[*] Voir : " Report: Abbas reiterates refusal to recognize Israel as 'Jewish state' ", Haaretz, 02.10.08.
Sur le site de lUnion Européenne
Texte original anglais : « From the outside, looking in: international perspectives on the Middle East Israel at 60: test of endurance » [Regarder de lextérieur à lintérieur : Perspectives internationales pour le Moyen-Orient. Israël à 60 ans : une épreuve dendurance].
Traduction française : Menahem Macina.
Herzliya, 22 janvier
Je suis heureux dêtre ici, en Israël, quelques jours seulement après des discussions sur des sujets centraux entre Israël et les négociateurs palestiniens. Cela me fournit lopportunité dêtre avec des amis, de parler de politique et déchanger mes vues, partagées par beaucoup à défaut de tous en Europe.
Durant huit longues années, le conflit entre Israël et lAutorité Palestinienne na produit que du désespoir et enflammé lextrémisme. Les espoirs de paix de 1990 ont engendré le scepticisme. La porte qui sétait ouverte à Oslo sest refermée sèchement sur nous, dun seul coup, à lautomne 2000. Il y a maintenant, semble-t-il, une nouvelle opportunité. Nous ne pouvons la laisser séchapper comme les précédentes. Mais pour saisir loccasion et faire de 2008 lannée de la paix israélo-palestinienne, nous ne devons pas être aveugles aux leçons du passé.
Les années 2000-2008 ont été ponctuées non seulement par les souffrances des peuples israélien et palestinien, mais aussi par une grande incompréhension de la nature réelle de ce conflit, partout dans le monde et en Europe.
Nous autres, Européens, avons toujours cru que la paix au Moyen-Orient est très importante pour nous. Nous sommes vos voisins ; nous avons en commun un passé riche en grandes réalisations et en terribles tragédies.
Plus encore, nous avons en partage un avenir de compréhension et de prospérité accrues.
Résoudre ce conflit nous permettra de traiter plus facilement dautres défis. Nous avons depuis longtemps reconnu les droits nationaux du peuple palestinien. Nous avons également réitéré notre engagement de longue date en faveur du droit de lEtat juif dIsraël à vivre en paix et en sécurité.
Mais au-delà de la réitération fréquente de ces convictions, il y a eu beaucoup dincompréhension entre lEurope et Israël au cours des récentes années.
Israël sest plaint de lEurope durant des années et non sans raison, quelquefois. Trop longtemps, lopinion publique européenne et quelques-uns de ses dirigeants ont fait porter à Israël une trop grande part de la responsabilité de léchec du processus de paix.
Trop longtemps, nous avons négligé les inquiétudes et les préoccupations légitimes dIsraël concernant le terrorisme, le fanatisme et le refus de groupes importants, au sein du monde arabe, daccepter lexistence dIsraël, sans parler de sa légitimité.
Trop longtemps, le fâcheux état de la sécurité dIsraël a dépassé notre compréhension et a été rejeté comme le prétexte dune inaction diplomatique.
Au lieu de cela, nous aurions dû comprendre plus tôt les préoccupations dIsraël, car votre situation difficile face au terrorisme est la même que la nôtre. Cela ne veut pas dire que le bilan dIsraël est sans tache. En tant quamis, il est de notre devoir de critiquer notre ami et allié, courtoisement et avec respect, quand nous estimons que vous avez eu tort. Mais, trop souvent, notre critique na pas réussi à reconnaître au moins les dilemmes auxquels Israël était confronté. Nous avons demandé à notre ami de prendre des risques, mais nous ne lui avons pas toujours offert des garanties quen prenant ces risques Israël ne se retrouverait pas sans aide.
Durant les trois années de la seconde Intifada palestinienne, beaucoup, en Europe, hésitaient à reconnaître que la tendance croissante et insidieuse de la haine que la violence au Moyen-Orient a déchaînée pouvait être appelée "antisémitisme". Cette maladie européenne a développé de nouvelles racines et pris de nouvelles formes. Mais les choses ont changé. Des gouvernements ont pris note et ont agi davantage. Cette attitude préjudiciable, cette prise de position à légard dIsraël et des Juifs na pas de place et ne doit pas en avoir dans lEurope daujourdhui. Quon les présente comme les effets indésirables dinjustices politiques ne change rien. Cest tout simplement injustifiable. Point.
Lantisémitisme est la forme la plus laide et la plus hideuse de la haine raciale, qui aboutit à maltraiter nos concitoyens juifs. Les Européens nont pas besoin quon leur rappelle à quoi cela peut mener. Quand Israël nous rappelle lantisémitisme en Europe aujourdhui, nous devons prendre la chose au sérieux, car ce terrible préjudice, si on sabstient de laffronter, constitue une grave menace pour lédification de nos sociétés démocratiques.
De même, lEurope évalue mieux maintenant les aspects complexes du paysage moyen-oriental. LEurope est mieux préparée à prendre elle-même des risques réels, à investir gros sur le plan politique et à assumer les problèmes et les intérêts israéliens, dune manière qui ne figurait pas à notre ordre du jour dans les premières années de lIntifada.
Il y a moins de deux mois, des dirigeants se sont assemblés à Annapolis, dans le Maryland, pour rétablir lespoir dans le processus de paix israélo-arabe. En parcourant la liste des participants, on ne peut manquer de reconnaître le long chemin parcouru au cours des huit dernières années. Beaucoup de ministres des affaires étrangères des Etats-membres de lUnion européenne étaient là, côte à côte avec des diplomates de haut rang de lUE. A elle seule, notre forte présence à Annapolis est significative, comparée à notre absence politique antérieure, comme en 2003, à Aqaba.
Certes, Annapolis est une promesse de paix, non la paix elle-même. Nous croyons que ce conflit fait partie dun réseau complexe de problèmes apparentés dans la région.
Heureusement ou non, lentièreté du processus est très fortement influencé par le contexte politique régional, qui est loin de rendre facile la position de MM. Olmert et Abbas.
LIran sefforce de jouer un rôle mondial et dexercer une hégémonie régionale. Si la première ambition est légitime pour tout pays démocratique, la posture du Président de lIran, appelant à la destruction dIsraël et mettant en doute lHolocauste met ces objectifs dans une lumière entièrement différente et extrêmement inquiétante. Nous, les partenaires internationaux devrions empêcher lIran de se doter dune bombe atomique. Cela déstabiliserait énormément le monde et la région. Déjà maintenant, les pays arabes ont peur de lIran. Que serait-ce si ce pays avait un tel moyen de dissuasion ? LIran serait le seul pays de lOPEC à posséder une bombe atomique. Il nest pas difficile dimaginer les conséquences que cela pourrait avoir pour Israël, pour la région, sur les prix du pétrole et sur la sécurité mondiale. Ce nest pas seulement le problème dIsraël, cest notre problème commun, en Europe et dans le reste du monde.
Je suis favorable à la troisième série de sanctions de lONU sil ny a pas de progrès dici la fin de la période de quatre semaines, à laquelle M. Al Baradei a donné son accord en Iran, la semaine passée. Une solution diplomatique serait la meilleure option si, et seulement si, elle est combinée avec des sanctions sévères. Il y a aussi une estimation erronée de la puissance des forces démocratiques en Iran. Malheureusement, elles ne sont pas bien organisées et leur nombre est encore très limité. En tant quEurope, nous devons leur montrer ce que leur coûterait lisolement international et leur faire comprendre la nécessité où ils sont de mieux réagir.
La Syrie est un partenaire de longue date de l'Iran malgré leurs profondes différences. Lun est un régime théocratique shiite et lautre, un état socialiste à population majoritairement sunnite. Pourtant personne na vraiment réussi à les séparer lun de lautre depuis 1969.
Rien ne me fait croire que nous y parviendrons cette fois. Leur alliance sest forgée sur la base dun combat commun contre lOccident.
Cest également crucial pour la relation avec le Liban, où les espoirs sont que le plan en trois points négocié avec la médiation de la Ligue Arabe ne soit pas accepté.
Telles sont mes réflexions sur un plan géopolitique plus large. Elles sont fortement influencées par la perception détaillée que jai en matière de problèmes de sécurité et de lutte contre le terrorisme mondial politique dont jai la responsabilité en Europe.
Le terrorisme est une menace mondiale. Le monde entier est concerné par lui.
Nous avons des technologies ultrarapides, des transports et des médias stables. Nous avons des liens au niveau individuel amis, famille ou relations daffaires -, au niveau politique par le biais dorganisations internationales -, et, hélas, par le biais de réseaux criminels et terroristes. Les frontières entre lEurope et le Moyen-Orient, entre lextérieur et lintérieur, sont de plus en plus floues.
Un conflit violent dans un pays instable a des conséquences au-delà de ses frontières. Et un pays stable peut avoir des criminels et des terroristes en son sein. LAfghanistan sous le régime des Talibans, ou les terroristes élevés dans leur patrie anglaise, le démontrent.
Israël nest pas seulement un partenaire-clé pour lEurope, il est aussi notre partenaire naturel. Israël vit et existe selon les mêmes traditions et les mêmes valeurs que les citoyens européens. Jespère développer notre coopération dans un avenir proche. Cest la seconde raison pour laquelle je suis venu en Israël rencontrer mes interlocuteurs majeurs. Le premier étant la Conférence dHerzliya.
Israël combat les mêmes menaces terroristes que lEurope, mais à une beaucoup plus grande échelle. Nous sommes témoins de lexistence de groupes terroristes nationaux. On constate, en Israël, une radicalisation extrême et une transformation très mobile de groupes islamiques violents, qui agissent dans les territoires occupés et au Liban.
Le principal dentre eux, le Hamas qui appuie son radicalisme sur son armée privée a provoqué une riposte israélienne et constitué un défi pour les opposants palestiniens. Je suis fier de ce que, durant la présidence italienne de lUnion européenne [UE], en 2003, à lépoque où joccupais le poste de Ministre des affaires étrangères, le Hamas a été mis dans la liste des groupes désignés comme terroristes par lUE. Le Hamas na jamais renoncé à son projet de détruire Israël et rejette toujours le principe dune solution à deux Etats. Cest pourquoi le Hamas ne peut être un interlocuteur valable, ni pour la communauté internationale, ni pour le pauvre peuple palestinien, qui devra réaliser et le plus tôt sera le mieux, que le Hamas ne leur a apporté que le désastre.
Les groupes terroristes ont de plus en plus recours aux nouvelles technologies et ont tôt fait de se reconstituer, quel que soit le lieu où ils opèrent dans le monde. En conséquence, il y a beaucoup de choses que lEurope et Israël peuvent faire ensemble.
Lun des meilleurs résultats est la création de lESRIF Forum Européen pour la Recherche et lInnovation Sécuritaires , qui fait appel conjointement aux secteurs public et privé pour soutenir la recherche en matière de sécurité. Un milliard quatre cents millions deuros (pour les années 2007 à 2013) ont été consacrés à cette entreprise, et je suis fier de ce quIsraël soit membre de cette initiative.
La sécurité nest pas un cadeau et je crois que, grâce à une meilleure interaction entre partenaires publics et privés, grâce à une meilleure coopération entre l'Europe et Israël et dautres partenaires du Moyen-Orient, nous pourrions améliorer considérablement la sécurité de nos citoyens, ainsi que celle de nos intérêts communs.
Je m'engage, à titre personnel et à titre institutionnel, à aider Israël et le peuple israélien, dans les années à venir, en vue de réaliser notre objectif commun de paix et de prospérité dans cette région.
Franco Frattini
Commissaire européen à la Justice, à la liberté et à la sécurité
Mis en ligne le 23 janvier 2008, par M.











