Sderot, une ville israélienne de 24 000 âmes. « 24 000 âmes détruites », selon la psychologue Adrianna Katz. Car Sderot est au milieu du champ de bataille de la guerre sans fin entre Israéliens et Palestiniens. Située à moins dun kilomètre du mur qui entoure la bande de Gaza, cest la seule ville de lEtat Hébreu à portée de Qassam. Depuis 7 ans, ces missiles rudimentaires, bourrés dexplosifs et de billes de métal, ont fait 11 morts et des dizaines de blessés à Sderot. En mai, chaque jour, près de 20 Qassam frappaient la ville.
A chaque tir des activistes du Hamas ou du Jihad Islamique, une sinistre alerte retentit dans les rues : « Tseva Adom », alerte rouge. Les quelques piétons ont alors moins de 20 secondes pour se cacher dans un hall dimmeuble ou derrière un mur. Entre un quart et la moitié de la population aurait quitté la ville, léconomie marche au ralenti, les maisons ne valent plus rien. Ne restent que les plus pauvres, ou les plus âgés.
(Texte extrait dun reportage consacré à Sdérot par Arte, le 16 juin 2007).
Les illustrations de cet article ont été ajoutées par upjf.org

Exposé de Noam Bedein, avec projection d'extraits de vidéo,
au Centre Interdisciplinaire de Herzliya
17 décembre 2006 [avec ajout, sur la vidéo, de séquences tournées en 2007].
Hertzliya, Israël
Transcription et traduction française : Menahem Macina
Vidéo (en anglais) sur Youtube.
Noam Bedein : Je mappelle Noam Bedein. Je suis venu minstaller à Sdérot ; il y a 3 mois et demi, et jai créé un nouveau centre dinformation à Sdérot. Aujourdhui, je viens exposer cette démarche.
(Défilement de rushes dimages de destruction, de chutes de missiles, de mouvements de panique, dincendies consécutifs à des chutes de Qassam, de murs éventrés, etc.)

(On aperçoit, dans une ruelle, un tout jeune enfant qui marche sans avoir conscience du danger, un adolescent se précipite, le soulève du sol et lentraîne en courant.). On entend, en hébreu : « Vite, vite
plus que quelques secondes !... Les enfants, courez tous chez les baby-sitters. » Puis, cest lexplosion qui déchire les tympans. Les cris denfants et de femmes fusent de toutes parts. Une énorme gerbe de flammes et un nuage de fumée sélèvent du lieu de limpact.)
Bedein : Pourtant nous avons fait savoir que, dans le Néguev occidental, il y a plus de 8 000 citoyens israéliens qui nont même pas de pièce sécurisée, où courir se réfugier.
Un tout jeune adolescent : « Nous, on na pas de pièce sécurisée, à la maison, alors on se réfugie dans la salle de bain, cest lendroit le plus sûr. »
Un homme : « Aucun citoyen
personne na dabri contre les bombes chez lui, personne na dabri et les gens ont peur. Ils ne peuvent pas dormir et ils ne savent pas quoi faire. Et même quand vous êtes chez vous, vous ne savez pas si votre habitation est protégée ou non [contre les impacts de missiles] »
Un tout jeune homme : « Quoi ! Ils veulent que nous mourions ? »
Yehouda Ben-Mamman, Responsable de la Sécurité de Sdérot (4 avril 2007) :
« Leau de pluie sinfiltre dans labri anti-bombes. Le niveau de leau peut atteindre jusquà 40 centimètres. Vous comprendrez, et tous ceux qui mécoutent en ce moment, comprendront que, dans de telles conditions, cet abri nest daucune utilité. »
Un homme dâge moyen : « Dans notre secteur, nous navons pas de pièce sécurisée à la maison. »
Yoav Peled, Responsable de la sécurité (19 avril 2007) : « Nous savons, nous allons sans aucun doute vers des temps difficiles. La population doit avoir une protection quelconque. »
Une résidente dorigine russe : « Il ny a pas dabri. Jhabite juste là (elle désigne lendroit de la main). »
Autre habitante : « Je ne dors plus du tout. Ni ma fille ni moi ne dormons plus. Pourquoi ? Parce quil ny a pas dabri contre les bombes. »
Un homme plus âgé, interviewé à lintérieur dun abri : « Rien ne marche. Il ny a pas délectricité, pas deau, lendroit est inondé, il y a des rats à lintérieur, dans les égouts
»
Sarchiv Zeligman, Responsable de la sécurité : « [Il y a] deux ou trois dortoirs pour enfants. En cas durgence, tous doivent arriver jusquici. [Il entre dans lescalier qui mène à labri] Labri nest pas en état, le sol nest pas dallé, il ny a ni électricité, ni eau. Il na pas les conditions minimales permettant dy entrer. »
Eyal Gelfand, un adolescent (juillet 2007) : « A lécole, il ny a que les parties extérieures qui sont protégées [des photos illustrent cela : on y voit un assemblage de poutres de bois, en saillie, sur le toit]. Le milieu de lécole est sans protection. Si un missile Qassam frappe le milieu de lécole, tout le toit tombera sur nous. »
Hava Gad, porte-parole de lassociation de parents de Sdérot : « Cest simple [si elle était atteinte par un missile], toute lécole sécroulerait. Tous ses murs sont en plâtre. [Démonstration par limage et le son, en tapotant sur un mur].
[Démonstration de course aux abris, en 15 secondes.]
Bedein : « En conclusion, il ny a pas de rue, de quartier, de collectivité, ou de famille, qui naient fait lexpérience du traumatisme de lexplosion dun missile tout près, dans le voisinnage immédiat. »
Un adolescent : « Une Qassam est tombée, juste ici, sur une maison, par derrière, des Qassam tombent tout autour de ce bloc dimmeubles. »
Une mère de famille, dans la rue, avec un bébé dans les bras : « Chacun fait lexpérience de la même crise. Et tous ceux qui ont vu tomber un missile et il ny a pas dhabitant qui nen ait pas vu tomber à côté de lui tous sont mentalement déprimés, financièrement atteints, tous souffrent danxiété. »
Une autre mère de famille, à son domicile : « Quand je fais le ménage chez moi, je pense toujours aux Qassam, je ne peux pas men empêcher, cest en moi, et cela, même jusquà aujourdhui. Quoi que vous me disiez, quoi que mexpliquent les psychologues ou les psychiatres que je consulte, je suis toujours comme ça. Toujours prête à ça, cest toujours dans ma tête. »
Autre dame dâge moyen, à son domicile : « Vous ne pensez quaux Qassam, à la peur, et vous vous demandez comment vous dormirez cette nuit. »
Une psychologue pour enfants (juillet 2007) : « Nous élevons toute une génération denfants dans un endroit où lon ressent linsécurité. »
Dr Adriana Cats, Centre de maladies mentales de Sdérot : « Certains dentre eux arrivent ici sur un brancard, dautres peuvent marcher, il y en a qui crient, dautres qui pleurent. »
Bedein : « Des enfants grandissent, de nos jours, avec des sirènes qui font partie de leur vie quotidienne. »
Une institutrice : « Les enfants et leurs parents présentent des symptômes post-traumatiques, qui se traduisent par des difficultés de sommeil, des cauchemars, certains enfants se remettent à faire au lit
»
Un tout jeune garçon : « Jétais presque arrivé à labri et dun seul coup : Boom ! Et alors toutes les fenêtres ont explosé
»
Un jeune adolescent : « On ne peut pas vivre comme ça ! »
[Dans la pièce dun appartement, un homme montre un gros éclat de missile, quil tient à bout de bras].
Une psychologue pour enfants (juillet 2006) : « Et au cours des six années écoulées, on a élevé des enfants dont les yeux sont remplis de terreur
[on voit trois enfants, dont deux au moins, ont un regard apeuré ou angoissé]
Leur domicile nest pas un lieu sûr. »
[Brève séquence filmée, la nuit, en pleine alerte. Sur fond dappels de haut-parleurs, une petite fille, quun adulte tente de réconforter, hurle :]
« Je veux ma maman !... Maman ! »
[Visage dune jeune femme qui pleure silencieusement.]
Dans une salle de jardin denfants, des petites filles sont assises autour dune table. Lune delles raconte : « Quand je suis au jardin denfants, je regarde [autour de moi] et je crois toujours quune Qassam va tomber. Des fois, je ne vais pas au jardin denfants parce que jai peur. »
La psychologue pour enfants, interviewée plus haut : « Habitante de Sdérot, en tant que praticienne et en tant que mère, je laffirme : ce qui se passe ici est une catastrophe. »
Bedein : « Notre but est de rendre lopinion israélienne et mondiale conscientes de ce que ces gens subissent. Oui, il est très facile aujourdhui de nous occuper de nous-même, de notre carrière et de notre famille. Nous devons nous réveiller et comprendre que même nous, des gens ordinaires, nous pouvons faire la différence dans ce monde, à propos de cette réalité. Je suis un petit "pisseux", comme ma appelé jadis ma grand-mère. Pourtant, je sais quil est possible de réaliser ne serait-ce quun petit changement. Ce nest même pas une question de croire ou ne pas croire. Cest un fait. Merci beaucoup et bonne fête de Hanoucah. »
Un enfant a traduit ainsi son angoisse
SMC et lOrganisation de Défense de Sderot [SDO] ont créé la Tente de Réalité, qui expose des roquettes Qassam et une galerie de photos et de vidéos.
SMC et SDO ont planté 300 palmiers dans des écoles de Sdérot. Lévénement a eu lieu à Tou Bishvat [fête des arbres] en mémoire de 7 victimes de la terreur islamique.
Une exposition de presse a été sponsorisée par SMC et réalisée par lOrganisation Sociale de Sderot Shacham.
SMC a sponsorisé une thérapie par les clowns pour les enfants terrorisés de Sdérot, et a distribué des équipements scolaires donnés par la Shalom House [Maison de la Paix] de Philadelphie.
"Vivre sous les tirs", un projet théâtral racontant lhistoire des enfants de Sdérot, a été représenté, en juillet 2007, par vingt enfants de Sdérot, âgés de 9 à 13 ans, dans la région de New York et Boston. Une production de SMC et RJCF, Boston.
Avec votre aide, Sderot Media Center continuera à documenter et à aider les gens de Sdérot qui vivent dans une réalité intolérable
Jusquà ce que la terreur palestinienne soit vaincue
Merci.
Noam Bedein a créé un site Internet : Sderotmedia.
[Merci à Victor Perez de mavoir signalé cette vidéo.]
Mis en ligne le 18 décembre 2007, par M.











