Centre d'Information sur les Renseignements et le Terrorisme
au Centre d'Etudes Spéciales (CES)
8 juillet 2007
La signification du terme "émirat islamique" utilisé par Abu Mazen et les médias palestiniens et égyptiens officiels, en référence à l'entité politique formée dans la bande de Gaza après la prise de contrôle du Hamas (1)
Aperçu général
1. En prenant le contrôle de la bande de Gaza au mois de Juin 2007, le Hamas a créé une entité politique islamique radicale aux caractéristiques impropres à celles d'un Etat souverain. 1,4 million de Palestiniens y vivent dans la pauvreté et sans aucune infrastructure économique réelle. Cette entité politique est dirigée par le Hamas, mouvement aux positions islamiques radicales, qui considère le terrorisme comme le moyen d'atteindre ses objectifs. Très proche des Frères Musulmans d'Egypte, dont il est la ramification palestinienne, et de l'Iran, il est régi par un régime islamique chiite radical. A l'occasion de la prise de contrôle de la bande de Gaza, des membres du Hamas ont exprimé leur adhésion à l'autorité de l'Islam et sa victoire sur les infidèles (2).
2. Le Hamas, qui s'est rapidement trouvé dans un conflit brutal avec les partisans du Président de l'Autorité Palestinienne Abu Mazen, lequel représente la faction nationale laïque du Fatah, est source d'inquiétude pour l'Egypte, frontalière de la bande de Gaza (et pour d'autres pays arabes). Dans ce cadre, Abu Mazen ainsi que des médias palestiniens et égyptiens officiels ont recouru à plusieurs reprises au terme "émirat islamique" pour se référer à la nouvelle entité instaurée dans la bande de Gaza. Ainsi, par exemple :
a. Dans un di
b. Le 19 juin 2007, Muhammad Ali Ibrahim, le rédacteur en chef du quotidien égyptien officiel Al-Gomhuria, a publié un article intitulé : "Un émirat islamique à notre frontière : les Frères Musulmans sont heureux de la victoire du Hamas dans la bande de Gaza - et pas sur Israël!" Selon l'article, les tactiques du Hamas dans la bande de Gaza témoignent du désir de toutes les factions islamiques du monde, y compris des Frères Musulmans égyptiens, d'établir un émirat islamique sur les ruines d'un pays quel qu'il soit. Ce document s'in
3. L'expression "émirat islamique" a une connotation très négative dans l'histoire de l'Islam. A notre époque, elle est utilisée pour se référer à un petit territoire gouverné par l'émir (amir, le dirigeant) d'une secte islamique fanatique qui tente, dune part, d'imposer l'Islam radical et, dautre part, de se séparer d'un environnement "infidèle". La majorité des mouvements islamiques ayant opéré - et opérant aujourd'hui - en Egypte (et dans les autres pays arabo-islamiques) cherchaient - et cherchent - à former un "émirat" dirigé par les lois de l'Islam (Voir l'Annexe pour plus de détails).
4. Il n'est donc guère étonnant que le Hamas ait vivement rejeté la de
5. L'annexe comprend une analyse du terme "émirat islamique" (imara islamiyya) utilisé par des hommes politiques et des médias officiels palestiniens et égyptiens, en référence à la menace que constitue la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas.
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Annexe
Analyse de la signification du terme « émirat islamique »
Terminologie
Emir
6. "L'émir" (amir) est un terme islamique religieux profondément enraciné, aux connotations sociales, militaires et fondamentalistes. Ses significations principales dans l'histoire islamique sont :
a. Le commandant suprême d'une armée musulmane (amir al-jaish).
b. Le commandant d'une unité militaire (selon le Prophète Mahomet, chaque groupe de plus de deux personnes doit posséder son propre émir).
c. Le chef d'une délégation (ou convoi) de pèlerins musulmans à La Mecque, notamment au Moyen Âge, considéré comme un commandant militaire véritable (amir al-hadj).
d. L'Émir des Croyants titre exclusivement réservé au calife musulman (dirigeant suprême) (note : selon la tradition chi'ite, l'imam Ali -le gendre du Prophète Mahomet, quatrième calife et fondateur de la shi'a -est appelé "Émir des Croyants").
7. De nos jours, le terme "émir" est parfois utilisé pour se référer au chef d'un groupe islamique radical dont les subalternes doivent observer les ordres aveuglément. Un exemple est celui de l'émir de Jamaate-Islami au Pakistan, Qazi Hussain Ahmad. On peut également citer Abu Mus'ab Al-Zarqawi, l'émir d'Al-Qaïda en Irak (tué en Juin 2006) et Khattab, le commandant arabe (émir) des rebelles tchétchènes (tué en 2002).
Emirat (imara)
8. Ce mot est utilisé pour décrire un territoire musulman gouverné par un émir imposant une hégémonie et une certaine conception du monde. Durant les périodes de crise de l'empire islamique, de tels émirats étaient répandus dans tout le monde arabe (tel Antakya, en Syrie actuelle [sic, sauf erreur; Antakya est en Turquie]). Ces émirats étaient célèbres dans l'histoire de l'Islam pour les rivalités internes qui opposaient leurs dirigeants. Le terme a gagné en notoriété à l'époque des croisades, lorsque les croisés sont arrivés unis tandis que le Moyen-Orient était alors déchiré et gouverné par de tels sous-émirats. Ce fut sa capacité à unir ces émirats qui a fait de Saladin, le chef militaire musulman qui a vaincu les croisés, une personnalité si vénérée dans l'histoire islamique.
L'évolution de ces termes à l'époque moderne
9. Un émirat est un petit territoire gouverné par l'émir d'une secte islamique fanatique, qui impose la loi religieuse islamique à la lettre et applique les règles de l'Islam dans tous les domaines de vie (économie, éducation, etc.) Il se sépare de ce qu'il considère comme un environnement "infidèle", et cherche constamment à accroître son territoire ainsi que le nombre de ses sujets. Le but suprême des fondateurs de l'émirat est d'unir tous les émirats en un territoire unique gouverné par un calife musulman (dirigeant suprême).
10. Comme mentionné plus haut, les cercles islamistes ont tendance à notre époque à adopter le terme "émirat". La majorité des mouvements islamiques ayant opéré en Egypte et dans d'autres pays arabomusulmans (comme l'Algérie) ont cherché à former un émirat gouverné par les lois de l'Islam. Ces groupes incluent notamment Al-Jama'a Al-Islamiyya, le groupe Al-Takfir wal-Hijra en Egypte, la ramification égyptienne du Parti Islamique de Libération (Hizb ut-Tahrir, établi à Jérusalem-Est en 1953 - alors sous domination jordanienne - et opérant en Egypte dans les années 1970 sous la direction de Saleh Sariyya, d'origine palestinienne).
11. Ci-dessous des exemples d'organisations islamiques modernes ayant annoncé l'établissement d'un émirat islamique :
a. L'organisation Al-Qaïda, qui a annoncé l'établissement d'un émirat islamique en Irak (vu pour la dernière fois le 3 juillet 2007).
b. L'organisation Fath al-Islam au Liban (dans la ville de Tripoli) (vu pour la dernière fois le 3 juillet 2007).
c. Les milices islamiques des tribunaux de la Sharia en Somalie (vu pour la dernière fois le 19 juin 2007).
La crainte égyptienne face à l'union possible de l'opposition islamique en Egypte et de l'émirat islamique dans la bande de Gaza
12. L'utilisation du terme "émirat islamique" par les médias égyptiens reflète l'inquiétude que la bande de Gaza ne devienne un foyer de l'Islam radical, et que le Hamas ne s'allie avec l'opposition radicale égyptienne, dont notamment les Frères Musulmans. "Emirat islamique", comme on l'a vu, est une expression utilisée par les mouvements islamistes ayant opéré et opérant actuellement en Egypte.
13. Dans ce contexte, il convient de rappeler le lien historique qui unit les Frères Musulmans et le Hamas d'un côté, et les musulmans radicaux de la bande de Gaza et des territoires administrés par l'Autorité Palestinienne de l'autre. Au-delà du fait que le Hamas est considéré comme le "protégé" des Frères Musulmans d'Egypte organisation qui lutte contre le gouvernement égyptien depuis des années un lien historique unit la branche militaire des Frères Musulmans et les résidents de la bande de Gaza. Ainsi, les Frères Musulmans ont combattu aux côtés des Palestiniens durant la guerre d'Indépendance d'Israël (1947-1949), époque à laquelle les Frères Musulmans ont commencé à opérer dans la bande de Gaza (contrairement à la théorie populaire selon laquelle ces activités auraient débuté plus tard).
14. Il n'est donc guère étonnant que, des années plus tard, la plupart des futurs dirigeants du Hamas aient reçu leur formation idéologique islamique radicale en Egypte (Ahmed Yassin, Abd Al-Aziz Al-Rantisi et d'autres). De même, de nombreuses personnalités du Jihad Islamique Palestinien dans la bande de Gaza sont très proches de l'Egypte (Fathi Shiqaqi, ancien dirigeant de l'organisation; et d'autres à présent). Qui plus est, la péninsule du Sinaï, adjacente à la bande de Gaza, subit depuis quelques années un processus d'islamisation, qui se reflète notamment dans les attaques terroristes ayant visé des sites touristiques le long de la Mer Rouge et commises par des éléments liés au jihad mondial, lesquelles ont causé des dégâts considérables à l'économie égyptienne. Ces groupu
Notes
1. Voir l'article intitulé Egypt condemns the Hamas takeover of the Gaza Strip, expresses its unequivocal support of the Palestinian emergency government, and campaigns to strengthen Abu Mazen. The Egyptian government is strongly concerned over the establishment of a radical Hamas-controlled 'Islamic emirate' supported by Iran and the Muslim Brotherhood, 5 juillet 2007. (Ce texte sera traduit en français prochainement).
2. Voir l'article de MEMRI (en anglais) intitulé Fears in PA: Gaza May Turn into Taliban-Style Emirate.
3. A ce sujet, voir l'article (qui sera prochainement traduit en français), intitulé In an emotional speech given a week after Hamas took over the Gaza Strip, Abu Mazen attacked Hamas and rejected a dialogue with Hamas (There is no dialogue with those conspirators and murderers.). Hamas responded with protest processions in the Gaza Strip and unrestrained personal attacks against Abu Mazen (26 juin 2007).
Mis en ligne le 19 juillet 2007, par M.











