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Terrorisme
Repenser la lutte antiterroriste, M. Chiche et M. Chetrit
L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical. Un conseiller du XIXe arrondissement de Paris et un membre du Bnai Brith tracent les grandes lignes des mesures qui pourraient être prises pour au moins endiguer la propagande des fauteurs de cette violence radicale.
Libre opinion parue dans Le Figaro du 25 juillet 2005
En réaction aux attentats de Londres, Tony Blair a rappelé que la répression ne pouvait pas être la seule réponse au terrorisme. Cette volonté ne transparaît pas du plan de lutte contre le terrorisme élaboré par le Conseil des ministres de l'Union européenne le 13 juillet. «Il n'y a pas d'initiative vraiment nouvelle sur la table», indique-t-on à Bruxelles. Dès lors, de quels autres moyens de lutte les démocraties disposent-elles ? A quel arsenal le premier ministre britannique faisait-il donc allusion ?
L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical.
En France, la participation de Français aux attentats du 11 septembre 2001, la constitution de filières afghanes ou irakiennes, ou le fort rythme des conversions à l'islam politique, l'islam salafiste [1], mis en évidence dans un rapport de juin des renseignements généraux remis au ministre de l'Intérieur, établissent désormais sans ambiguïté le travail de sape de ces réseaux.
Si ce phénomène demeure minoritaire, il n'en est pas moins inquiétant. Les terroristes ne sont plus des éléments extérieurs à nos Etats, ce sont des enfants de l'Europe. Ce sont de jeunes Européens instruits à l'école de la République ou du Royaume-Uni, qui décident de s'engager dans la lutte armée. Le nombre de combattants étrangers, en Afghanistan ou en Irak, atteste de la réalité de cette «internationale djihadiste». On se souvient de Zacarias Moussaoui et des sept Français détenus dans la prison américaine de Guantanamo.
Le djihadisme sème partout où existe de la frustration. Une frange de notre jeunesse européenne est en train de se laisser séduire par les sirènes du martyre au service d'une nouvelle ère de lutte contre l'Occident. Ces jeunes sont ainsi conditionnés par des recruteurs qui leur font miroiter un destin héroïque.
Mais quel facteur nouveau explique la réceptivité de cette jeunesse, élevée dans l'humanisme européen ?
La grande nouveauté au sein des populations immigrées, depuis dix ans, est l'essor des chaînes de télévision par satellite extra-européennes captées au moyen d'antennes paraboliques, implantées sur les toits et les balcons, et dont al-Djezira ou al-Manar sont les plus connues. Plus de 10 millions de personnes y ont accès en France, plus de 100 millions en Europe. Certaines populations immigrées ont ainsi trouvé un moyen de rester en contact avec leurs communautés d'origine, et en particulier de conserver des attaches linguistiques et culturelles.
Néanmoins, au-delà de cet aspect positif, il s'avère qu'en pratique, certains programmes véhiculent des idées contraires aux idées démocratiques ou de tolérance, d'autant que certains, par rejet de la télévision «occidentale», voient leurs sources d'information réduites à ces seuls outils de propagande.
Lorsqu'on sait que les Européens regardent la télévision «en moyenne» trois heures par jour, cela permet de saisir l'énorme pouvoir de propagande que peuvent avoir ces chaînes de télévision, mais également les sites Internet.
En effet, le problème posé par l'Internet n'est pas fondamentalement différent. S'affranchissant des frontières, l'Internet est devenu un vecteur de diffusion privilégié de matériaux antidémocratiques, xénophobes, racistes et terroristes.
Dès lors, si les échanges culturels et la liberté d'expression doivent, certes, être favorisés, il convient de limiter au maximum les abus qui pourraient en être faits.
Il est plus qu'urgent d'agir. Le paysage audiovisuel européen, devenu irresponsable car laissé à l'abandon, est devenu un terreau majeur du terrorisme et de la défiance à l'encontre de l'Occident. Ce laisser-faire entretient un climat qui nuit aux processus d'intégration et fait le lit des réseaux salafistes.
On sait quels effets délétères peut avoir une seule émission de télévision. Il appartient aux autorités de régulation de l'audiovisuel de contrôler le respect des droits fondamentaux des citoyens dans les contenus diffusés à la télévision. Mais ces autorités n'ont aujourd'hui qu'un champ d'intervention et des moyens limités au territoire national, ce qui s'avère être insuffisant pour réguler les télévisions en langues étrangères.
En l'état actuel de la réglementation européenne, une directive européenne de 1997 «Télévisions sans frontières» prévoit un mécanisme long et complexe lorsqu'un Etat entend faire cesser la diffusion sur son territoire d'une chaîne ressortissant à un autre Etat-membre. Ce processus est une usine à gaz, auquel n'a d'ailleurs jamais recouru un Etat-membre, pas même pour la télévision al-Manar, récemment interdite par la France, qui diffusait impunément ses programmes dans toute l'Europe depuis 2000.
La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) attire, depuis plusieurs années, l'attention des autorités sur ces nouvelles formes de propagation du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie sur Internet.
Afin de faire cesser la diffusion de chaînes étrangères appelant à la haine raciale et diffusant des images violentes, il convient d'instituer une Autorité européenne indépendante de régulation de l'audiovisuel (ARA). Cette autorité aurait à connaître des contenus de programmes diffusés sur toute l'Europe, quel que soit le média utilisé, qu'il s'agisse de la télévision ou de l'Internet.
La compétence d'attribution de l'ARA, en coopération avec les autorités nationales, serait bien évidemment limitée aux cas d'appel à la haine et à la violence, ou d'atteinte à la dignité humaine. Les autorités de régulation nationales de l'audiovisuel continueraient ainsi à être compétentes pour l'organisation et le contrôle de leur paysage audiovisuel national.
L'ARA aurait également l'avantage de mettre en commun les moyens d'une veille télévisuelle, y compris dans des langues extra-communautaires, qui font aujourd'hui défaut à l'Europe. Cela permettrait de mettre au point des parades efficaces sur l'ensemble du territoire européen.
Pour autant, une telle volonté de régulation pourrait ne pas être limitée à l'Europe. Les Etats-Unis avaient suivi l'exemple de la France en interdisant, dans la foulée, la chaîne al-Manar de la flotte américaine de satellites Intelsat.
Aujourd'hui, la mise en place d'une autorité européenne de régulation de l'audiovisuel est une priorité pour défendre nos démocraties. Peut-être cette instance était-elle l'un des moyens alternatifs à l'action policière envisagée par Tony Blair. Elle constitue, en tout cas, un outil primordial pour empêcher que des pans entiers de nos communautés nationales soient abandonnés à la propagande et à l'exclusion.
© Mahor Chiche et Michaël Chetrit *
* Respectivement conseiller du XIXe arrondissement de Paris et membre du Bnai Brith, ONG représentée à l'ONU et au Conseil de l'Europe.
Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Les salafistes, ou sectateurs de la salafiyya, prônent le "retour à l'islam des ancêtres", ce qui est précisément le sens du terme arabe. On trouvera de bons excursus sur ce mouvement dans larticle suivant, de Samir Oulahbib, en ligne sur notre site : "L'islamisme d'origine algérienne et ses répercussions en France".
Mis en ligne le 25 juillet 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











