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Terrorisme
Londonistan, Serge Truffaut
En raison du nombre de radicaux islamistes installés sur les bords de la Tamise, Londres, dans les années 90, avait été surnommée Londonistan. Ces radicaux jouissaient jusqu'alors de la tradition du droit d'asile et de toutes les conséquences juridiques que cela suppose. L'auteur en brosse, à grands traits, l'histoire.
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Le Devoir, 8 juillet 2005
 
http://www.ledevoir.com/2005/07/08/85793.html?347
 
En raison du nombre de radicaux islamistes installés sur les bords de la Tamise, Londres, dans les années 90, avait été surnommée Londonistan. Ces radicaux jouissaient jusqu'alors de la tradition du droit d'asile et de toutes les conséquences juridiques que cela suppose. En voici l'histoire.

Tout commence en Algérie en 1992 lorsque les autorités du pays prennent la décision d'annuler les élections afin d'empêcher l'arrivée au pouvoir des islamistes. Le geste a pour conséquence un essor immédiat du Groupe islamique armé (GIA). À la suite d'un attentat dans lequel des musulmans sont tués, une scission se produit. Les dissidents se rassemblent alors au sein du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).
 
Figure de proue de cette organisation, Hassan Hattab s'installe à Londres au début de 1994 après avoir été adoubé par Oussama ben Laden, responsable de l'implantation d'un réseau d'al-Qaïda en Europe. C'est du moins ce que soutient un universitaire, Rohan Gunaratna, dans son livre qui fait autorité auprès des bonzes britanniques de la lutte antiterroriste. Le titre : Inside Al-Qaeda : Global Network of Terror. [1]
 
 
Le choix de Londres, on s'en doute, avait été mûrement pesé. Comparativement à d'autres pays européens, la Grande-Bretagne avait ceci d'avantageux : la loi sur l'immigration est plus laxiste que sur le continent, les autorités respectent méticuleusement le droit à la vie privée et, enfin, les budgets accordés à la lutte antiterroriste - avant le 11 septembre 2001 - étaient constamment réduits.
 
Qui plus est, l'ensemble des lois afférentes au droit d'association, au financement des organismes de charité, etc., est plus souple qu'ailleurs. Par exemple, en France, juges et policiers peuvent s'appuyer sur la notion dite d'association de malfaiteurs pour mettre en garde à vue, envoyer en prison et autres. Il n'existe pas d'équivalent en Grande-Bretagne.
 
En juillet 1994, les partisans de Ben Laden ouvrent à Londres un bureau baptisé Advice and Reformation Committee. Un certain Khaled al-Fawaz est nommé directeur de cette officine. C'est de là qu'il planifie, assurent les services de renseignement américains, les attaques contre les ambassades du Kenya et de la Tanzanie.
 
Après la série d'attentats commis à Paris, au cours de l'été 1995 - dont l'explosion au métro Saint-Michel a été le point culminant -, Rachid Ramda, un des auteurs de ceux-ci, a trouvé refuge à Londres, évidemment. Depuis des années, la France demande en vain son extradition. Ce qui va[ut] pour la France va[ut] également pour l'Allemagne. Certains radicaux réclamés par Berlin sont dans les environs de la Tamise.
 
 
Du milieu des années 90 à aujourd'hui, les islamistes vont faire de Londres leur centre opérationnel, en multipliant associations et organisations qui servent de paravents à leurs basses besognes. Dans quel but ? Instaurer le califat et imposer la charia, en Grande-Bretagne notamment.
 
Parmi ces organisations, certaines méritent qu'on s'y arrête. C'est à Londres qu'Azzam Publications a installé son siège social. Cette maison d'édition porte le nom du leader spirituel d'Oussama ben Laden, qui a suivi son enseignement de 1979 à 1989. Pour Azzam, le djihad doit se poursuivre tant et aussi longtemps que le dernier des infidèles n'aura pas disparu de la surface de la Terre. Depuis sa fondation, en 1997, Azzam édite des livres aux propos incendiaires, en plus de relayer les publications haineuses produites par des tiers, qu'il distribue par le biais de boîtes postales.
 
De tous les groupes organisés, la section londonienne du Islamic Liberation Party est une des plus célèbres. La raison en est simple : son leader, le Syrien Omar ben Bakri, clame haut et fort et en public sa haine des Occidentaux et des Juifs. Il est si fanatique, si actif, qu'il a greffé une ribambelle d'associations à son mouvement afin, entre autres choses, de recueillir des fonds destinés à l'entretien du réseau, mais surtout au recrutement des terroristes.
 
Ceux-ci, c'est à retenir, sont presque toujours des musulmans détenant un passeport de l'Union européenne et qui, une fois conquis à la cause, sont envoyés en Jordanie pour parfaire leur entraînement.
 
Après le 11 septembre 2001, les autorités britanniques ont enfin convenu de modifier certains aspects de leur législation. Elles ont renforcé leur loi sur l'immigration et musclé celle qui touche au financement des organismes de charité. Mais elles n'ont toujours pas pris les mesures nécessaires au combat contre l'encouragement à la haine et la propagation de celle-ci, contrairement, une fois encore, à l'Allemagne et à la France. Il est écrit dans le ciel que tout cela est appelé à être modifié de fond en comble.
 
Serge Truffaut
 
© Le Devoir http://www.ledevoir.com
 
 
Note d’upjf.org
 
[1] Sœur M. Kraentzel, qui collabore efficacement à la correction orthographique et stylistique des textes mis en ligne sur notre site, nous signale qu’il existe une traduction française de l’ouvrage évoqué par S. Truffaut. Voir ci-après.
 
                                         
Al-Qaida. Au cœur du premier réseau terroriste mondial, Rohan Gunaratna, collection Autrement Frontières, éditions Autrement, septembre 2002.
 
Rohan Gunaratna est un chercheur sri lankais spécialisé dans le terrorisme international. Dans son livre sur Al-Qaida, il dissèque méthodiquement l'organisation, la stratégie, l'idéologie et le terrain d'action du réseau terroriste. Précise, documentée et fouillée, son analyse dresse un état des lieux sans concession sur l'organisation de Ben Laden. Au-delà de la riposte militaire immédiate, l'expert en terrorisme préconise également de mettre en place une contre-idéologie puissante et énergique pour lutter contre l'hérésie Al-Qaida. En dépit de quelques répétitions sur l'histoire du mouvement, ce document reste incontournable pour appréhender la nébuleuse islamiste la plus traquée par les services secrets du monde entier...
 
(Suite sur le site Cyberscopie.info)
 
 
 
Mis en ligne le 10 juillet 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org
 
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