14/10/07
Sur le site de Un écho dIsraël.
Au cours de la session de formation sur les fêtes juives dautomne organisée par les surs de Sion à lEcce Homo, en collaboration avec le Chemin Neuf [1], nous avons eu loccasion lors dune excursion au désert du Néguev de passer une matinée à Yeroham au centre Bamidbar, deux jours avant la fête des Tentes (Soukkot). Nous avons été accueillis par Rivka, une jeune femme souriante et au cur grand ouvert.
Pour comprendre lhistoire de ce centre, il est bon de savoir un peu comment est née cette ville. Il y a quelque 4 000 ans, Agar chassée par Abraham, à cause de la jalousie de Sarah, trouva, dans le Néguev, un puits que la tradition a nommé « Puits de la miséricorde », et la vie de son fils Ismaël fut sauvée. « Yeroham » signifie justement « il lui sera fait miséricorde ».
Lhistoire de la ville commence en 1951, 3 ans après la création de lÉtat dIsraël. Des nouveaux immigrants ont été amenés en grand nombre dans ce lieu désertique, car il sagissait détablir des résidences dans tout le pays, pour que les gens laiment et le défendent. Le gouvernement avait décidé de construire des points dhabitation où il y avait de leau et du travail. Les nouveaux venus ont dabord habité dans des tentes, puis dans des baraquements de bois. Cest une ville de développement où les premiers arrivants venaient dEurope de lEst ; beaucoup fuyaient la Roumanie.
Sous une soukka (cabane) en construction, aux abords du centre, Rivka nous a fait réfléchir, avec des exercices, au sens de la soukka dans la Bible et dans la tradition rabbinique, en lien avec Dieu, la nature, les hommes et la société. Nous avons dabord exprimé chacun par 3 mots ce que signifiait pour nous le terme « maison ». Des mots divers et variés ont jailli de chacun de nos esprits : sécurité, accueil, chaleur, jardin, livres, famille, espace, joie, etc. On nous a demandé ensuite ce que nous emporterions si nous devions quitter précipitamment notre maison. Nous nous sommes répartis en 4 groupes pour réfléchir, à partir de textes que Rivka nous a donnés, sur un aspect de la soukka en lien avec soi-même, avec les autres, avec la nature et avec les différentes tendances qui saffrontent au sein du peuple juif. Pour terminer notre échange, elle nous a invités à traduire par un dessin ce que nous avions partagé dans notre groupe, daprès les textes distribués.
Quest-ce que ce centre Bamidbar (littéralement « dans le désert » ; cest le titre hébreu du Livre des Nombres) ? Après lassassinat dItzhak Rabin, la question du vivre ensemble du peuple juif dans sa diversité, sest posée de façon cruciale dans le cur de beaucoup. Deux femmes : Débora Goldman Golar et Leah Shakdiel ont eu lintuition de créer un lieu où des juifs de tous bords pourraient se rencontrer, se parler, se découvrir, apprendre à vivre ensemble en se côtoyant autour de textes de la tradition juive.
Les écarts grandissants entre riches et pauvres, droite et gauche, centre et périphérie, et les tensions entre le religieux et le séculier, les ashkénazes et les sépharades, les nouveaux immigrants et les anciens résidents, tout cela tend à déchirer la société israélienne. Au lieu de voir la culture juive comme un dénominateur commun, une force pour la solidarité sociale et une façon de pourvoir à la situation daujourdhui, beaucoup de secteurs de la société lignorent et y sont même étrangers. Dautres la voient comme une particularité exclusive des « religieux ». Ces tensions nationales sont exacerbées dans la périphérie lointaine du Néguev, qui a absorbé beaucoup plus de nouveaux immigrants que le centre du pays. Cette région a aussi un taux bien plus élevé de chômeurs, doù beaucoup de détresses socio-économiques. Sa population est compartimentée, extrêmement diverse et souvent mutuellement hostile. Doù un réel besoin, spécialement dans le Néguev, dune organisation qui rassemble les Juifs dans leur diversité, chacun avec son héritage et ses choix, de manière à affronter les défis urgents de la région et à rechercher ensemble un enrichissement mutuel, grâce à un programme créatif et innovant.
Elles [2] ont donc établi ce centre en 1996. Des juifs de tous horizons sy rencontrent et étudient les sources juives, depuis la Bible jusquaux ouvrages contemporains. Il règne une atmosphère ouverte, égalitaire et pluraliste, qui fait tomber les stéréotypes et comble les fossés. Ce lieu veut encourager la coopération et inciter au respect mutuel. A Bamidbar, les sources juives sont connectées à la vie, laquelle senrichit de lintérieur par les projets qui en découlent. Le style classique juif de lapprentissage ("hevruta") est utilisé à Bamidbar, où chacun étudie avec lautre dans un dialogue constant.
Les arts et la musique font partie intégrale du programme. Bamidbar est devenu un centre régional de renouveau juif et un centre artistique de créativité éducative, inspiré par les sources juives. Cest le seul centre détudes pluraliste juif entre Beer-sheva et Eilat. En lan 2000, ce centre a reçu un prix décerné par le président de la Knesset et le ministère de la Diaspora et des affaires sociales.
En 2005-2006, 1500 enfants et adultes ont participé au programme hebdomadaire de ce centre, et plus de 10 000 ont participé à des événements ponctuels, ou à des programmes spéciaux.
Bamidbar est une organisation sans but lucratif. Pour vivre, elle reçoit différentes subventions dorganisations comme Avi Hai et la fédération UJA de New York, la fédération juive de Los Angeles, lAgence juive, le ministère de léducation, et des dons privés.
Agnès Staes
© Un écho dIsraël
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Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Communauté chrétienne catholique à vocation cuménique. Cest lune des "Communautés nouvelles" les mieux insérées dans lEglise et qui jouit dune bonne réputation au sein de cette dernière.
[2] Les fondatrices du Centre Bamidbar : Débora Goldman Golar et Leah Shakdiel.
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Mis en ligne le 19 octobre 2007, par M.











