4 septembre 07
Texte repris du site Un écho dIsraël.
On parle beaucoup des relations entre le Vatican et lEtat dIsraël. Il nous faut tout dabord apporter une précision dordre sémantique. La formule « relations Vatican/Israël » est impropre, car lEtat du Vatican, entité territoriale de 44 ha, avec environ un millier dhabitants, qui doit son existence aux accords du Latran de 1929, na pas de relations avec Israël ni avec les autres Etats, mais cest le Saint-Siège, ensemble des organismes de gouvernement de lEglise Catholique, et non lÉtat de la Cité du Vatican, qui fait lobjet dune représentation internationale. Le Saint-Siège jouit de la personnalité juridique de droit international pour représenter lEglise universelle. Cest le sujet de différents accords et relations diplomatiques. On peut dailleurs remarquer que cest, à lheure actuelle, la seule autorité religieuse qui jouisse dun tel statut.
Le Saint-Siège est donc cette souveraineté abstraite du pape sur lensemble des catholiques. Un organisme qui, ne possédant aucun territoire, est reconnu par toutes les instances internationales, mais dont la Cité du Vatican, le plus petit État du monde, remplit les fonctions de support matériel de ses activités et de conservation de son patrimoine religieux, et culturel. Selon les paroles mêmes de Jean-Paul II, lÉtat existe comme garantie de lexercice de la liberté spirituelle du Siège apostolique (autre nom du Saint-Siège), et donc comme moyen den assurer lindépendance réelle et visible dans son activité de gouvernement en faveur de lÉglise universelle : « Un petit lopin de terre bien utile au Saint-Siège » (Pie XI).
Nous ne reviendrons pas sur la question du temps pris par le Siège Apostolique pour reconnaître formellement lEtat dIsraël, les analyses et polémiques de cette étape des relations entre lEglise et lEtat dIsraël pourraient faire lobjet dun ouvrage.
Aujourdhui ces relations sont essentiellement régies par lAccord fondamental signé le 30 décembre 1993, à Jérusalem, entre Mgr Celli et Mr Yossi Beilin, respectivement représentant du Saint-Siège et de lEtat dIsraël. Cet accord était le fruit du travail de la commission bilatérale permanente qui sétait mise en place le 29 juillet 1992.
Outre les reconnaissances de droits et engagements réciproques des deux entités concernées, cet accord prévoit trois points pour lavenir : létablissement des relations diplomatiques (art. 14), la création de deux commissions, lune pour les questions économiques (art. 10 § 2), lautre pour les questions juridiques (art. 3 § 3).
Le 15 juin 1994, les relations diplomatiques pleines et entières, avec échange dambassadeurs, sont établies. Mgr Andrea di Montezemolo, délégué apostolique à Jérusalem, avait été nommé, le 19 janvier 1994, représentant spécial du Saint-Siège en Israël et, deviendra, le 28 juin, nonce apostolique à Jérusalem, avec siège à Jaffa. M. Shmuel Hadas, premier ambassadeur de IEtat dIsraël auprès du Saint-Siège, exerça les fonctions de « représentant spécial » à Rome, dès le 10 février 1994.
La commission des questions juridiques aboutit assez rapidement à un accord qui fut signé le 10 novembre 1997, par Mr David Lévi, ministre des Affaires étrangères, pour lEtat dIsraël, et Mgr Andrea Di Montezemolo, Nonce Apostolique, pour le Siège Apostolique.
La caractéristique et loriginalité de cet accord est de donner le plein effet, avec tous les droits inhérents à la loi israélienne, aux entités juridiques existant selon le Droit Canon de lEglise catholique. Les personnalités déjà existantes sont énumérées aux articles 3, 4 et 5, tandis quune annexe donne la liste détaillée des différentes institutions concernées. Enfin, une procédure, en annexe de larticle 12, prévoit le processus didentification et de reconnaissance par notification de lautorité ecclésiale compétente auprès du gouvernement israélien, pour les nouvelles entités simplantant dans le pays, avec létablissement dun registre.
Le seul problème est quaujourdhui, 10 ans après sa signature, ce texte na toujours pas été ratifié par lEtat dIsraël, et quil na donc pas force de loi (art 13), et quà plus forte raison, il na pas de décrets dapplication, ce qui met les institutions ecclésiales dans des situations juridiques et pratiques rocambolesques pour les opérations les plus simples de la vie courante, comme louverture dun compte bancaire, ou dune boîte postale !
Les questions économiques et fiscales relèvent de la commission bilatérale permanente (Accord fondamental, art. 10 § 2 b), avec lapport dune sous-commission qui étudie les questions en jeu et présente des propositions de résolutions.
Reconnaissons que lhistoire de son travail relève de lArlésienne ou du feuilleton sans fin. On ne présentera pas un calendrier détaillé (larticle 10 § 2 c prévoyait un travail devant aboutir dans les 2 ans), mais relevons simplement quelques dates. Les négociations ont commencé le 11 mars 1999 ; les travaux ont repris récemment, en 2007, après cinq ans dinterruption. La dernière réunion avait eu lieu le 12 mars 2002.
Lobjet de ces âpres négociations porte sur la sécurité des propriétés religieuses de lEglise catholique en Israël, et sur la re-confirmation des exonérations fiscales historiques dont lEglise jouissait au moment de la naissance de lEtat dIsraël.
Certes, comme le faisait remarquer le Père David Jaeger, o.f.m. [franciscain] lun des principaux négociateurs, pour lEglise, de ces accords,
« Rédiger un accord, dans le style propre à un texte juridique de cette nature, requiert du temps et des efforts » (Agence AsiaNews.it).
Il précise également :
« Il nexiste, par ailleurs, pas de motif objectif pour lequel ces négociations ne devraient pas aboutir. LEglise nattend rien dautre que la reconnaissance ultérieure formelle des droits quelle a déjà acquis, ainsi que certaines garanties fondamentales pour la sécurité juridique de ses lieux saints. Il ne coûterait rien à lEtat dIsraël de donner son accord. Cela signifierait également être cohérent avec les promesses faites publiquement, à de nombreuses reprises, au cours des dernières décennies ».
Sil y a négociation, cest parce quil y a un objet de discussion. Les sociétés ont évolué. Il paraît difficile de pérenniser des droits existants qui ont été établis dans une situation économique et politique donnée, qui a beaucoup évolué. Lessentiel de ces droits remontent au début du XXe siècle et bien antérieurement. La situation de lEglise et de ses institutions était également différente.
Aujourdhui, on bénéficie des services de lEtat, il doit donc y avoir participation à ses finances.
On ne peut pas non plus ne pas remarquer que le droit en matière de fiscalité est lun des droits les plus fondamentaux dun Etat souverain, avec ceux sur larmée ou la politique étrangère, par exemple. De ce double point de vue, une remise à plat de lensemble des problèmes fiscaux simposait donc. Mais quels sont les questions en discussion et leurs enjeux ?
Un premier point est la reconnaissance des possessions ecclésiastiques, avec toutes les questions de cadastre, denregistrement - parfois sous des prête-noms, en raison de la situation historique du passé.
La question de la récupération de propriétés contestées ou confisquées au cours de lhistoire mouvementée de ce pays.
Enfin la protection de ces propriétés. Tout dabord, de leur caractère sacré : au niveau de lurbanisme, il y a une protection à assurer pour le respect de la sainteté des lieux (les ouvertures de restaurants, de night-clubs, ou autres [établissements] peuvent être de vraies menaces) ; respect du silence, et autres aspects de la protection des lieux saints, tout comme il existe un périmètre de protection pour un monument historique.
Protection face à la pression immobilière, face aux possibilités exorbitantes dexpropriation. Protection concernant le respect de limmunité des lieux, la redéfinition des possibilités dintervention des forces de police, de lantique droit dasile, etc.
Un second point est celui de la fiscalité proprement dite. La question des impôts locaux : arnona (taxe municipale, une ordonnance de 1938 en exempte les institutions dEglise), impôts fonciers (exemption par la loi de 1961), taxe sur les transactions (exemption pour les institutions publiques : loi de 1963).
Autres aspects fiscaux, ceux liés aux personnes :
1. Pour la situation des institutions employant du personnel
· impôts sociaux payés en partie par lemployeur et en partie par lemployé ;
· la TVA sur les salaires ;
· limpôt sur le revenu, prélevé à la source et payé par lemployeur ;
2. Pour les revenus des personnes morales que sont les institutions
· imposition des loyers éventuels ;
· imposition des revenus bancaires, etc. ;
· imposition des revenus des donations, quêtes, etc.
3. Les activités des institutions
Si une institution a une activité commerciale ou artisanale, peut-elle bénéficier dun régime particulier, et dans quelles limites ?
On peut ici mentionner, par exemple, le cas particulier des hôtelleries pour pèlerins : quel régime leur appliquer ? Est-ce que ce sont vraiment des activités commerciales, ou des services rendus aux pèlerins ? Cela dépend sans doute de la cohérence entre les services proposés et les tarifs demandés ! Difficile de légiférer pour de tels cas !
Mentionnons aussi, dans ce cadre, le respect - ou un régime dérogatoire - par rapport aux législations sociales, au droit du travail, etc. Il faut mentionner ici que les accords dexemption (Accord de Mytilène, de 1901, et de Constantinople, en 1913) de certaines communautés, françaises et italiennes, nentrent pas dans le cadre de cette négociation, puisquil sagit daccord bilatéraux, [conclus] à lépoque, entre lempire ottoman et les pays en question, accords reconnus par des échanges de lettres entre ces puissances et le gouvernement provisoire dIsraël.
Fondamentalement, quest-ce qui est en cause ?
- La capacité de lEglise et de ses institutions à vivre dans la société moderne avec ses règles.
- Mais, dautre part, cest aussi la capacité dun Etat à reconnaître le caractère particulier de sa situation - la Terre Sainte - et la spécificité de lEglise, de son rôle et de sa place acquise au long de lhistoire et de sa vie contemporaine.
En reconnaissant, dans le Préambule, le « caractère singulier et la signification universelle de la Terre Sainte », « la nature unique des relations entre lEglise catholique et le peuple juif » (on remarquera ici quil est fait mention du peuple juif dans son ensemble et non pas seulement des Israéliens, ou de lEtat), en reconnaissant que lEglise a le droit dexercer ses différentes activités dans le pays (art. 3), lEtat dIsraël sengage à donner à lEglise les moyens de vivre en sachant adapter la législation à son caractère spécifique et au caractère particulier de ses activités.
Refuser un régime particulier serait prendre le risque de condamner la présence de lEglise en létouffant économiquement, en létranglant sous le poids des impôts. Que lon songe simplement à ce que représente lensemble des taxes foncières sur les propriétés, vastes et nombreuses, qui sont aujourdhui en pleine ville, alors quelles étaient autrefois à la campagne. Cest aussi lun des enjeux de ces négociations.
Bien sûr, lexistence de lEglise est, avant tout, dans la communauté des croyants, mais il faut aussi que ses institutions, qui laident et la structurent, puissent vivre.
Enfin, il y a aussi un autre enjeu dans cette négociation entre le Saint-Siège et Israël : le caractère dautorité que créera cet accord. En effet, il ne pourra pas ne pas servir de référence et faire jurisprudence dans les rapports entre lEtat dIsraël et les autres Eglises, et même au-delà des Eglises avec des institutions religieuses dautres confessions.
On comprend donc la difficulté et les enjeux de ces négociations. On comprend aussi que les aléas de la vie politique israélienne, loin de la stabilité de lEglise - 7 gouvernements, sans compter les remaniements, durant ce laps de temps pour deux Secrétaires dEtat et deux Nonces, du côté catholique, avec ces changements et ce quils impliquent dorientations politiques différentes et de directives aux négociateurs -, naient pas favorisé un aboutissement heureux et rapide.
A lissue de la réunion plénière du mois de mai, le P. Jaeger déclarait à Radio Vatican :
« En continuant avec bonne foi, bonne volonté et en travaillant, laccord est plus que possible, et même en vue ».
Le chef de la délégation israélienne, M. Abramovitch, se montrait aussi optimiste.
Mais à lissue de la rencontre de juillet, si cette dernière était qualifiée de cordiale, le P. Jaeger jugeait ces séances « trop courtes et trop espacées ». Il ny aura même pas eu deux mois avec cette rencontre du 3 septembre, alors soyons optimistes !
Fr. Louis-Marie *
© Un écho dIsraël
* Le Frère Louis-Marie est moine bénédictin à lAbbaye dAbou Gosh [Galilée].
Mis en ligne le 07 septembre 2007, par M.











