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Israël, les Juifs, François Zimeray et le PS
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Où l’on apprend que le CRIF a reçu tout récemment une délégation importante du Parti Socialiste français, conduite par son Premier Secrétaire, François Hollande. Faut-il y voir le souhait du Bureau National de calmer et d’aplanir les relations avec la communauté juive, suite au vacarme dû à l’examen de ses actes politiques anti-israéliens et surtout incompréhensibles au commun des démocrates ? Pour cela, il faudrait croire - entre autres - au démenti de Michel Rocard sur «l’erreur historique de la création d’Israël», transmis en catimini par François Hollande à Roger Cukierman lors de cette rencontre, alors qu’il aurait été si simple qu’il prenne un micro ou une plume pour ce faire.

De même, on [ne] peut [accorder] un quelconque crédit à toute future initiative de ces mêmes Socialistes [tant qu’]ils ne [clarifient pas] leurs positions, sans faux-fuyants, sur les trois points suivants : légitimité d’Israël ; 'droit au retour' des 'réfugiés' palestiniens, Jérusalem, capitale éternelle du peuple Juif. Gageons qu’ils [prendront tout] leur temps avant de nous répondre publiquement.

Ce qui consolidera, malheureusement, notre ressentiment à l’endroit de ce parti - tout comme celui de François Zimeray, alors député du parlement européen et exclu, il y a peu, pour "mauvaise conduite" comme le démontre l’extrait, [cité] ci-dessous, d'une lettre inédite adressée à ce dernier par un haut responsable régional, le 14 février 2003. Cette lettre faisait suite à la demande d'exclusion du Parti Socialiste, formulée à Rouen, [à l’en]contre [du] député européen, qui venait de dénoncer publiquement le caractère raciste des manuels scolaires palestiniens.

«Puisque tu daignes m'adresser un courrier prodomo [sic], après avoir agi sans mandat et en contradiction avec les positions du Parti, sache que je réprouve totalement les prises de position publiques que tu as exprimées. Un militant socialiste élu doit se rappeler en permanence qu'il ne peut tenir son mandat que du Parti qui le désigne [...] N'étant pas totalement étranger à tes fonctions actuelles, je regrette d'autant plus ton comportement [...] Notre rôle n'est pas de transposer un conflit d'une grande complexité [...] et de justifier cela en produisant un document "preuves" édité par une des parties [1]. Tes mandats d'élu t'imposent un vrai respect des positions prises collectivement. Tu nous as engagés contre notre gré».

Est-il encore loisible, après lecture de ce paragraphe, d’imaginer l’idéologie socialiste comme celle d’une croyance aux vertus des Droits de l’homme, de Liberté et de Démocratie ? A la lecture des discours de François Zimeray, les reproches [qui lui sont] faits deviennent, pour le moins, tout à fait incompréhensibles.

A preuve, l’allocution, [reproduite ci-après, prononcée en avril 2002] au Parlement [par] l’Eurodéputé, en [sa qualité de] membre de la Commission des Affaires Etrangères et de la Défense, peu avant le vote d’une résolution visant à suspendre l’accord d’association Europe-Israël.

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[1] Il s'agit d'un dossier contenant des extraits des manuels scolaires palestiniens édité par L'Arche, "Mensuel du judaïsme français".

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[Une résolution injuste] [1]


Mes chers collègues,

Comme la plupart d'entre nous, je ressens avec douleur les événements qui emportent nos espoirs de paix au Proche-Orient. Tous les événements. D’abord, les attentats qui ne cessent de baigner de sang le cœur d'Israël et de plonger dans le malheur et la crainte ce pays, auquel nous attachent tant de valeurs. Ensuite, les souffrances du peuple palestinien, endurées tant du fait de la répression consécutive aux attentats, que du fanatisme et encore de la corruption de ses dirigeants.

Comme vous, je me dis qu’il faut agir, «faire quelque chose» parce que je crois que l'histoire de l'Europe nous dicte des devoirs particuliers, mais aussi parce qu'elle peut servir utilement d'exemple pour les Palestiniens comme pour les Israéliens.

Comme vous, j'ai lu le projet de résolution de compromis qui sera soumis à la session plénière du Parlement Européen. Il vise notamment à suspendre l'accord d'association Europe-Israël, exceptionnelle sanction, qui n'avait jusque là été prise que pour le Soudan, le Nigeria, la Serbie, et le Togo.

Avant de passer au vote, j'ai à cœur de vous dire, quoi qu'il m'en coûte, que cette initiative me paraît être une erreur politique, mais plus encore qu'elle constitue une faute morale dont les auteurs n'ont manifestement pas pris toute la mesure. Nous y proclamons notre aversion pour le terrorisme, mais nous condamnons avec force une opération dont le seul but est de poursuivre les terroristes.

Est-il normal que des factures relatives aux opérations-suicide, annotées de [la main même de]Yasser Arafat aient été découvertes dans son quartier général, comme des centaines de kilos d’explosifs ? Est-il admissible que les assassins du ministre israélien du tourisme y aient trouvé asile ? Ces éléments déterminants, apparus lors des perquisitions des 1er et 2 avril dernier, à Ramallah, n’éclairent-ils pas d’un autre jour l’intervention israélienne ? Pour le moins, ils auraient justifié une évolution de notre position vis-à-vis de la centrale Palestinienne.

L’erreur politique c'est d'abord de vouloir sauver, une fois de plus, "le soldat Arafat", qui aura, toute sa vie, fait le choix du pire et trahi le camp de la paix. En 1996, il fit échouer Pères. En 2000, il fit chuter Barak et provoqua l'élection de Sharon. Est-ce être partial que de constater qu'il refusa de saisir la paix qui était là, à Camp David ? Est-il excessif de considérer que, durant les douze années de calme qui ont suivi Oslo, il se révéla incapable d'administrer les territoires dont il avait la charge, dans le sens du développement et [du] bien public ?

A cet égard, les informations qui circulent sur la corruption [qui règne] au cœur de l'Autorité Palestinienne ne sont pas de simples rumeurs, elles ont été relevées par la Cour des Comptes de l'Union Européenne, et c’est un fait politique dont nous n'avons jamais eu le courage de tirer les conséquences.

Erreur politique encore, parce que cette déclaration - comme toutes celles que nous avions précédemment adoptées - repose sur le postulat qu'il n'y a pas d'autre choix que celui d'Arafat, et que toute relève plongerait nécessairement la région dans le chaos ; il est vrai qu’Arafat dirige seul et n’a jamais voulu préparer sa succession.

Mais c'est mal connaître la société palestinienne - et c'est lui faire injure - que de considérer qu'il n'y a pas, en elle, des responsables publics intègres, soucieux des intérêts de leur peuple, réellement désireux et capables de construire une paix avec leurs voisins. On le sait, la société civile, comme [la société] politique palestinienne ne manque[nt] ni de talents ni de bonnes volontés.

Comme vous, je mesure bien, pourtant, la popularité que confèrent au raïs, dans le monde arabe, ses postures pseudo héroïques, mais le narcissisme ne tient pas lieu de ligne politique, et nous ne saurions admettre que Yasser Arafat constitue l’indépassable horizon politique des Palestiniens.

Erreur politique toujours, car cette résolution sera interprétée comme un nouveau témoignage de complaisance envers un terrorisme qui, demain, frappera bien au-delà du Moyen-Orient. Ainsi, durant plusieurs années, alors que les accords d'Oslo s'appliquaient, nous avons fermé les yeux sur un système éducatif dispensant une pédagogie de la haine raciale, du djihad et du martyre. Tous les jeunes qui se transforment en bombes humaines ont reçu cet enseignement, malheureusement financé par le contribuable européen.

Une erreur politique enfin, parce que nous n’avons jamais su tenir un langage qui suscite, par-delà les critiques parfois légitimes, la confiance des Israéliens, avec, pour conséquence, un discrédit de l’Europe et, pour tout dire, un recul de son influence, qui n’a d’égal que la croissance de son engagement financier.

Erreur politique, mais surtout faute morale. Parce que nous n’enracinons pas nos paroles dans la mémoire des faits ; parce que nous nous servons de ce conflit pour régler des comptes avec notre propre histoire ; parce que nous cédons à la force des images sans les mettre en perspective ; parce que nous jugeons sur l’apparence et que nous avons renoncé, une fois pour toutes, à contrarier l’opinion publique.

Il est, paraît-il, urgent de sanctionner Israël, alors que nous avons attendu deux ans pour condamner les attentats antisémites qui frappent, en Europe, les personnes comme les synagogues ou les écoles juives. Comme nous avions également omis de nous indigner du lynchage barbare de deux Israéliens, et comme nous continuons à nous taire devant les exécutions sommaires de Palestiniens qualifiés honteusement de "collaborateurs". Il est vrai que nous nous étions déjà tus lorsque le dictateur syrien proféra des propos ouvertement antisémites sur notre sol, et que nous avions aussi laissé notre honneur à Durban, où, dans les mots, s’annonçait le 11 septembre [2001]…

Depuis que Yasser Arafat a déclenché la seconde Intifada, les civils israéliens vivent chaque jour dans la peur du massacre, et nous nous contentons de condamner verbalement les attentats sans jamais agir de tout notre poids politique et économique pour que soient arrêtés et punis leurs auteurs, leurs complices et leurs instigateurs. Tout au contraire, si l'on se réfère au projet de résolution, c'est ceux qui les poursuivent que nous devrions sanctionner !

Il faudra quand même expliquer pourquoi ces crimes suscitent chez nous moins d’indignation militante, de résolution que les représailles ciblées et leurs conséquences, certes parfois tragiques pour des civils. Il faudra expliquer pourquoi, alors qu’Israël a été contraint, par la passivité de l’Autorité Palestinienne, à rechercher les auteurs de ces actes parfois au sein même de [la] direction [politique palestinienne], il s'est trouvé des Européens pour offrir de leur servir de boucliers humains.

A Nanterre, la semaine dernière, les Français ont touché du doigt, avec horreur, ce que pouvait être la folie meurtrière ; peuvent-ils pour autant imaginer ce que ressentent les Israéliens, en butte aux attentats, en moyenne toutes les deux heures ? Je vous demande au nom de quoi Israël devrait-il être le seul Etat qui devrait laisser assassiner les siens ?

A-t-on pensé, avant de rédiger cette déclaration, aux enfants qui ont perdu leurs parents dans les attentats, aux parents qui ont perdu un enfant, à ces familles brisées qui avaient cru échapper à la persécution et aux malheurs rencontrés souvent chez nous, en Europe ?

De toute évidence, leur sort inspire moins de compassion que celui des hommes en armes "assiégés" dans les lieux saints qu'ils ont pris en otage. On pourrait le déplorer, mais là n'est pas l'essentiel. Au nom de quelle éthique faudrait-il négocier avec les terroristes ? En France, a-t-on négocié avec les terroristes du GIA, ou avec le preneur d'otages d'une école de Neuilly ?

Nous devons, si nous prétendons jouer un rôle dans l’avenir du monde et tout simplement si nous entendons être dignes de notre héritage historique, entendre les leçons qu'il nous inspire avec force, affirmer que rien, aucune cause, aucune raison ne peu[vent] justifier qu’il soit délibérément porté atteinte à des civils.

Et vis-à-vis du terrorisme, notre attitude concrète n’a pas toujours été aussi claire que nous voulons bien le croire.

Ainsi, il y a de la complaisance à justifier le terrorisme par le désespoir. Cette explication est facile mais elle est fausse et, pour tout dire, infâme. Elle est fausse, parce que nos esprits rationnels et cartésiens ont du mal à concevoir que le fanatisme ne naît pas du désespoir, mais au contraire de la folle espérance d’un au-delà "peuplé de vierges".

Elle est infâme, parce qu’expliquer le terrorisme c'est déjà le justifier. Justifierait-on l'acte fou de Nanterre par le désespoir ? «L'histoire humaine est une vallée de larmes» (¹) et pourtant, jamais, nulle part, l'on n’avait vu de tels actes. Il n’y a rien de grand, rien de noble dans cette forme de terrorisme que l’on appelle injustement martyre, c’est la façon la plus lâche et la plus monstrueuse de défendre une cause.

Dans nos précédentes résolutions, nous avions pris l'habitude, au mieux, de renvoyer les parties dos à dos, comme si les torts étaient nécessairement partagés. Ce qui nous donne bonne conscience, l'illusion d'être justes. Bien sûr, on peut critiquer Israël, la politique de son gouvernement, mais comment mettre sur le même plan système dictatorial et démocratie, ceux qui commettent ces attentats et ceux qui cherchent, même brutalement, à y mettre fin ?

Comment ne pas faire la différence entre ceux qui visent délibérément des civils - parce que c'est le mode d'action politique qu’ils jugent le plus efficace -, et ceux qui subissent leurs actes ? Renvoyer les parties dos à dos, refuser de juger, c’est déjà faire preuve d'aveuglement moral. Mais, en réalité, cette résolution n'est même pas équilibrée, puisqu'elle ne condamne aucunement Arafat pour ses choix désastreux et ses appels incessants au djihad, réservés à la langue arabe.

Et puis il n'est pas interdit d'être décent. Il nous faut beaucoup d'orgueil pour sanctionner Israël, son peuple, son armée de civils, sa vitalité démocratique. Et si la responsabilité collective a un sens, je ne suis pas sûr que notre histoire lointaine, ou notre passé récent nous qualifient vraiment pour porter de tels jugements. Lorsque nous étions nous-mêmes confrontés à des difficultés analogues, nous n'avons pas mieux réagi.

Est-ce l'Italie des carabiniers de Gênes, ou bien la Suède des gendarmes de Göteborg, qui donnent à Israël des leçons de mesure dans le maintien de l'ordre public ? Est-ce la France, dont le contingent campa aux portes de Srebreniça, durant les massacres ? Est-ce l'Espagne, qui réprima, comme l'on sait, les terroristes basques ? Est-ce l'Angleterre, qui censura la guerre des Malouines [et] qui donne [aujourd’hui] à l’Etat hébreu des leçons de transparence ?

Plutôt que [de] nous précipiter pour accabler à nouveau Israël, nous ferions mieux de nous interroger sur les conséquences désastreuses des positions invariablement critiques que nous avons adoptées depuis des années, et dont le seul effet a été de renforcer l’isolement des pacifistes israéliens et de radicaliser leurs positions. «Vous avez détruit le camp de la paix » écrivit récemment un ancien militant de Shalom Archav.

Ensuite, nous avons incité les dirigeants palestiniens à l’intransigeance, et, forts du soutien inconditionnel de l’Europe, ils ont cru devoir refuser les offres de paix et surenchérir par la violence.

Mes chers collègues, cette résolution n'est ni juste, ni utile. L'Europe pourrait, pourtant, apporter une contribution décisive, elle a les moyens d'être crédible. Il faudrait, pour cela, qu’elle reste dans son rôle en aidant à un vrai développement des territoires palestiniens – et, demain, de l'Etat Palestinien -, en posant comme condition absolue de son concours le respect des droits fondamentaux».


François Zimeray


[1] C'est sous ce titre que nous avons mis en ligne ce texte, le 10 avril 2002 (www.upjf.org/detail.do?noArticle=719&noCat=116&id_key=116#).

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On est donc peu étonné, après ce genre d’attitude [envers] un défenseur des valeurs humaines, de voir les dirigeants socialistes tenter de renouer le contact, voire plus, avec le CRIF et la communauté juive, pour ainsi limiter les dégâts de leurs choix et intérêts électoraux.

Mais si la raison nous fait saisir le peu de poids électoral que nous représentons en France, l’intelligence nous commande, par contre, de rester à l’écart de ce parti, tant que ses actes ne seront pas en phase avec les valeurs humanistes que la diaspora juive, à travers le temps, a largement contribué à façonner et développer.

Il est dans l’intérêt de ces valeurs de précipiter les choses. Cela ne tient qu’à la volonté des caciques du PS.

© Victor Perez

[Texte aimablement transmis par Simon Pilczer.]

Mis en ligne le 25 juin 2004 sur le site www.upjf.org.
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