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La paix et le terrorisme ne vont pas ensemble, Dan Gillerman
Discours de l’ambassadeur Dan Gillerman,
Représentant permanent de l’État d’Israël à l’Organisation des Nations-Unies
Conseil de Sécurité, 23 mars 2004
Représentant permanent de l’État d’Israël à l’Organisation des Nations-Unies
Conseil de Sécurité, 23 mars 2004
Monsieur le Président,
En trois ans et demi d’attentats terroristes perpétrés par des Palestiniens et qui se sont soldés par la mort de centaines de civils israéliens innocents et par des milliers de blessés, le Conseil de Sécurité n’a pas jugé bon de se réunir une seule fois pour condamner un seul de ces attentats. Pas la moindre résolution, pas la moindre déclaration du président n’ont été adoptées par le Conseil de Sécurité dénonçant spécifiquement le massacre délibéré de nos civils innocents. Pas de réaction non plus, il y a deux mois – le 29 janvier dernier –, lorsque onze citoyens israéliens ont été sauvagement massacrés au cours d’un attentat-suicide atroce dans un bus, en plein cœur de Jérusalem. Dans notre angoisse, tous les efforts que nous avons investis pour susciter quelque réaction ont été vains et n’ont même pas inspiré une déclaration du président.
Aujourd’hui, selon le triste schéma habituel, le Conseil se réunit. Sous quel prétexte? Non pour condamner le terrorisme, ni pour rendre hommage à la mémoire des centaines de morts qu’il a provoqués, mais pour prendre la défense de l’un des principaux responsables de ce fléau, véritable parrain du terrorisme. Ce n’est pas là un message dont le Conseil peut s’enorgueillir. En toute franchise, ce serait plutôt un scandale.
Tant que nous soutiendrons que la réaction au terrorisme est plus dure que le terrorisme, nous ne faisons qu’encourager ce fléau. Si nous souhaitons donner une chance aux pourparlers de paix, les attentats de ce genre, dirigés et commis par le cheikh Ahmed Yassine – qui avait juré de les poursuivre impitoyablement –, ne risquent pas de s’apaiser. Il faut les éradiquer. Et pas seulement pour le bien de mon pays, mais pour celui de tout le monde libre.
Monsieur le Président,
En vérité, le Conseil de Sécurité n’a jamais consacré d’assemblée pour débattre des attentats dont le cheikh Yassine était responsable. La liste de ces attentats est horrible, révoltante. Le qualifier de «dirigeant spirituel» revient à faire d’Oussama Ben Laden une 'Mère Teresa'. Sous son costume prétendument clérical, le cheikh Yassine a été le véritable pionnier des meurtres les plus cruels de civils innocents. C’est sous sa direction, sur son inspiration et ses ordres directs que le Hamas – une organisation connue à travers le monde pour son terrorisme brutal – a commis plus de 425 attentats en moins de trois ans et demi, faisant 377 morts et 2076 blessés israéliens. Yassin se trouvait aux commandes d’une organisation qui se consacre à la destruction d’Israël. Si le cheikh Yassine n’était pas un super-terroriste, on peut se demander qui l’a jamais été.
J’ai en main un document de 187 pages attestant l’ampleur terrifiante du terrorisme du Hamas, dont les attentats suscitent l’angoisse indicible des citoyens d’Israël. Parmi les 425 attentats perpétrés par cette organisation depuis septembre 2000, nous avons recensé pas moins de 52 attentats-suicide qui se sont soldés par la mort de 288 Israéliens et par 1646 blessés. Je n’en citerai que quelques-uns, susceptibles de vous donner une idée du mal que cet homme représentait et de l'horreur que l'organisation qu'il dirigeait a disséminée, tout en en revendiquant, avec fierté, la responsabilité.
Maintes fois, tandis que des mères israéliennes vivaient des moments épouvantables en enterrant leurs enfants et que des femmes pleuraient leurs maris, le visage du cheikh Yassine, à l’expression jubilatoire, faisait son apparition sur les écrans de télévision, célébrant les criminels comme des «martyrs». Ce qui va suivre n’est qu’une liste partielle de ses infâmes et sanglantes performances :
- 1er juin 2001 : un attentat-suicide dans une discothèque de Tel-Aviv, le «Dolphinarium », provoque la mort de 21 jeunes et 120 blessés, après qu’un terroriste du Hamas se soit fait exploser en plein milieu d’un groupe d’adolescents qui attendaient d'entrer dans cette boîte de nuit.
- 9 août 2001 : attentat-suicide dans un restaurant de Jérusalem – 15 morts et 130 blessés.
- 1er décembre 2001 : double attentat-suicide dans la rue piétonnière Ben-Yehuda de Jérusalem – 11 morts et 188 blessés.
- 2 décembre 2001 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 16 à Haïfa – 15 morts et 40 blessés.
- 9 mars 2002 : attentat-suicide dans un café de Jérusalem – 11 morts et 54 blessés.
- 27 mars 2002 : attentat-suicide dans la salle à manger de l’hôtel Park de Natanya le soir où est célébrée la Pâque juive – 30 morts et 140 blessés.
- 18 juin 2002: attentat-suicide dans un autobus de la ligne 32A reliant un quartier de Jérusalem au centre de la capitale – 19 morts, 74 blessés. Ce bus, totalement détruit, transportait de nombreux enfants en route vers leurs établissements scolaires.
- 4 août 2002 : attentat-suicide dans un autobus assurant la ligne 361 au carrefour de Meron – 9 morts et 50 blessés.
- 21 novembre 2002 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 20 à Jérusalem – 11 morts et 50 blessés.
- 5 mars 2003 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 37 à Haïfa – 17 morts et 53 blessés.
- 18 mai 2003 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 6 à Jérusalem – 7 morts et 20 blessés.
- 11 juin 2003 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 14A à Jérusalem – 11 morts et plus de 100 blessés.
- 19 août 2003 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 2 à Jérusalem – 23 morts et plus de 130 blessés.
- 9 septembre 2003 : attentat-suicide à une station d’auto-stop située à proximité de la base militaire de Tsrifin – 9 soldats tués et 10 blessés.
- 9 septembre 2003 : attentat-suicide dans un café de Jérusalem : 7 morts et 70 blessés.
- 29 janvier 2004 : attentat-suicide dans un autobus de la ligne 19 à Jérusalem – 11 morts et 44 blessés.
- Il y a quelques jours, le 14 mars 2004 : attentat-suicide au port d’Ashdod – 10 morts et 16 blessés.
Les mains du cheikh Yassine étaient maculées du sang de civils innocents. Il a personnellement instigué et avalisé des attentats meurtriers, encouragé des hommes et des femmes à devenir des bombes humaines, ordonné l’envoi de missiles Kassam contre des localités israéliennes, coordonné des activités conjointes avec d’autres mouvements terroristes, et collecté des fonds pour les activités terroristes, mobilisant le monde arabe par une campagne destinée à recueillir des millions de dollars pour renforcer les capacités terroristes du Hamas.
Ses paroles ont répandu une idéologie fondée sur la haine, l’incitation au meurtre, célébré comme "martyre". Lors de ses nombreuses apparitions publiques, le cheikh Yassine n’a cessé de préconiser l’intensification de la «lutte armée» contre des Israéliens et des Juifs «partout dans le monde». Un jour à peine avant les deux attentats-suicide – au café Hillel de Jérusalem et à la station de bus près de la base militaire de Tsahal à Tsrifin (bilan : 17 morts) –, le cheikh Yassine appelait le Hamas à attaquer sans retenue les civils israéliens : «Nous ne limiterons pas [les activités] de notre commandement militaire, de nos bataillons et de nos factions» , proclamait-il. Et de fait, il ne connaissait pas de limite.
La folie meurtrière du cheikh Yassine ne sévissait pas seulement dans les artères de Tel-Aviv et de Jérusalem, elle menaçait les rues de notre village global. C’était était un maître ès terrorisme, aux visées internationales, qui entretenait des relations internationales. Ainsi, il recommandait d’infliger des attentats-suicide aux forces américaines et britanniques stationnées en Irak et ne cachait pas son admiration pour Ben Laden, à qui il souhaitait qu’Allah donne la possibilité de poursuivre son combat contre les Etats-Unis.
Voilà l’homme que le Conseil de Sécurité est censé défendre. Ses victimes, en revanche, n’ont pas éveillé l’attention de ce Conseil. Allez-vous consacrer votre attention à celui qui assumait la responsabilité directe de leur mort ?
Monsieur le Président, Messieurs les représentants des pays membres du Conseil de Sécurité,
Proportionnellement, le nombre d’innocents délibérément tués par des terroristes palestiniens équivaut, ce 23 mars 2004, à 22.499 citoyens russes ; à 43.136 citoyens américains ; à 58.963 Européens. Doutez-vous un instant de ce que vos pays feraient – et, dans certains cas, ont d’ores et déjà fait – face à un terrorisme de cette ampleur ? Je m’adresse à tous ceux qui se sont joints à nous pour ce débat : attendriez-vous paisiblement que le prochain terroriste «kamikaze» fasse son apparition sur le seuil de votre porte ?
Conformément aux normes les plus élémentaires du droit international, Israël a le droit légitime, le devoir même, de se défendre contre ces combattants illégaux et leurs commandants, qui se sont fixé pour mission suprême de massacrer le plus de civils possible. La classe dirigeante palestinienne a indubitablement prouvé qu’elle n’a pas l’intention de prendre la moindre mesure pour combattre le terrorisme, comme elle est, légalement et moralement, obligée de le faire.
Cet assassin de masse, du nom de cheikh Yassine, a vécu et agi en toute liberté pendant des années, et pas seulement en toute liberté mais sous la protection et grâce au havre que lui a fourni l’Autorité palestinienne, en violation des normes internationales les plus fondamentales. Que nous auriez-vous conseillé de faire ? De rester passifs pendant que Yassine et les dirigeants palestiniens co-signaient les arrêts de mort de nos civils innocents? C’est le devoir fondamental du gouvernement israélien, comme ce l’est de tout autre gouvernement, de protéger la vie de ses citoyens de la menace du terrorisme.
Contrairement aux terroristes auxquels nous sommes confrontés, nous investissons tous nos efforts, dans des conditions particulièrement difficiles, pour minimiser les dégâts causés aux populations civiles. Nous assumons nos responsabilités. Mais nous refusons de négocier, de jour, et d’enterrer nos morts, de nuit. En éliminant le cheikh Yassine de la scène internationale, nous adressons un message fort aux terroristes: vous ne connaîtrez ni répit ni immunité tant que vous tuerez nos civils.
Monsieur le Président,
L’opération menée hier par Israël constitue un pas important dans notre combat contre le terrorisme intégriste dans notre région, et permet d’envisager un retour aux négociations de paix. Le cheikh Yassine était l’un des plus grands obstacles à la cessation des hostilités et au renouvellement des négociations, un barrage sur la "Feuille de route" qui doit nous conduire à la paix. Depuis qu’il a fondé le Hamas dans les rangs des Frères musulmans en 1987, son organisation s’est systématiquement opposée aux pourparlers de paix avec Israël et a tenté de contrecarrer toutes les initiatives de paix proposées. De sorte que la question n’est pas de savoir «pourquoi maintenant ?» mais « pourquoi seulement maintenant ? »
La paix et le terrorisme ne vont pas ensemble. La paix et le Hamas ne vont pas ensemble. La "Feuille de route" requiert explicitement l’élimination du Hamas et des autres organisations terroristes ; préconise de mettre un terme au financement et au soutien de leurs opérations ; reconnaît que la paix sera impossible tant que l’on permet à ces messagers de mort de prospérer.
Israël maintient son engagement à la paix. Nous persévérerons dans cette voie, dans l’espoir qu’émergera un partenaire avec lequel nous parviendrons, de concert, à une solution politique basée sur les principes énoncés dans la "Feuille de route". En attendant, le Premier ministre Sharon a annoncé des plans d’évacuation de territoires qui, potentiellement, peuvent faire redémarrer les pourparlers de paix.
Le leadership palestinien a le choix. Il peut poursuivre sa politique de collusion avec les terroristes et les tyrans. Il peut poursuivre sa stratégie moralement dépravée de meurtres et de terrorisme et, ce faisant, continuer à répandre souffrance et détresse parmi les populations israéliennes et palestiniennes. Mais il peut aussi choisir une autre voie.
Il peut prouver au monde qu’il est disposé à assumer ses responsabilités et non plus se contenter de jouir de privilèges. Il peut montrer qu’il est disposé à fonder une société démocratique respectueuse des droits de ses citoyens et du droit de ses voisins, plutôt que d’établir une nouvelle dictature au cœur du Proche-Orient. Israël est prêt, comme il l’a toujours été, à collaborer activement avec une direction politique de ce genre.
Le Conseil de Sécurité aussi a le choix. Il doit cesser de lancer des messages qui font le procès de la réaction au terrorisme plutôt que celui du terrorisme lui-même. Cesser de se plier à des initiatives prenant la défense des meurtriers plutôt que de leurs victimes. Dans l’esprit des résolutions 242, 338 et 1373 le Conseil de Sécurité peut aussi faire passer un autre message : un message d’espoir et de paix. Un message qui n’implique pas que, dans ce conflit, une seule partie a le monopole des droits et du statut de victime. Un message qui rejette le terrorisme, sans compromis.
Quel message allez-vous adresser aujourd’hui à notre région et au reste du monde ?
Merci, Monsieur le Président.
Dan Gillerman *
* L’ambassadeur Dan Gillerman est le représentant permanent de l’État d’Israël à l’Organisation des Nations-Unies.
Mis en ligne le 3 avril 2004 sur le site www.upjf.org











