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Trahison morale de l'Europe à propos d'antisémitisme, E.M. Bronfman, C. Benatoff
4 janvier 2004 [Précisons que, depuis la parution de l'article dévastateur qui suit, une conciliation est intervenue entre les protagonistes. Voir : "Commission européenne - Congrès juif mondial: vers l'apaisement".]
Traduction française par Menahem Macina pour upjf.org
Original anglais paru dans le Financial Times du 4 janvier 2004, sous le titre "Europe's moral treachery over anti-Semitism".
L’antisémitisme peut s’exprimer de deux manières: par l’action et par l’inaction. Aussi incroyable que ce soit, la Commission européenne est coupable de l’une et de l’autre.
D'abord, la Commission a rendu public un sondage défectueux et dangereusement provocateur, alléguant qu’Israël constitue la plus grande menace pour la paix du monde. Puis, elle a censuré une étude commanditée par son propre Observatoire [1], qui faisait état de l’implication de minorités musulmanes dans des incidents consécutifs à un antisémitisme européen croissant.
Parlons sans détour : ces deux mesures étaient politiquement motivées, et témoignent d’un manque de volonté et de décence. Car les faits sont têtus, et il est très dangereux de les ignorer. Dans le cas présent, ceux qui courent le plus grand danger, ce ne sont pas les obstructionnistes qui ont empêché la publication de l'étude durant près d’un an, mais les Juifs d'Europe, témoins et victimes du plus barbare et du plus inhumain des massacres qui s’y est produit et qui reste vivant dans la mémoire de ceux qui résident en Europe.
Il faut compenser l'inaction par l’action ; et la transparence doit être la marque distinctive des institutions démocratiques. C’est pourquoi nous avons rendu public le rapport de l’Observatoire. Le Talmud enseigne que le silence sous-entend le consentement, et c'est pourquoi nous n’aurons de cesse que tout parlementaire européen, tout Etat membre et tout organisme intergouvernemental ait en mains un exemplaire de ce rapport.
La signification de cette étude est claire pour quiconque la lit. Il suffit de prêter attention à son principal résultat : "on ne peut nier l’existence d’un lien étroit entre l'augmentation de l'antisémitisme et l'escalade du conflit au Moyen-Orient". Le rapport explique que les mesures prises par Israël envers les Palestiniens servent de prétexte pour "accuser les Juifs, en général" dans toute l'Europe.
Le rapport estime, à juste titre, que "des facteurs qui déterminent habituellement la fréquence des incidents antisémites… comme la puissance et le degré de mobilisation que des partis d’extrême droite peuvent produire, n'ont pas joué de rôle décisif " dans la multiplication des incidents antisémites depuis le commencement de la deuxième Intifada. L'étude a constaté que des incidents antisémites dans la période de référence ont été commis surtout par des extrémistes de droite, des islamistes radicaux, des jeunes musulmans et la gauche pro-palestinienne. Elle précise que "la thèse dominante de l'antisémitisme contemporain est toujours celle d'une conspiration juive mondiale".
Ces résultats ne sont pas théoriques. En 2002, l'étude annuelle du Congrès Juif Mondial, sur l'antisémitisme dans le monde, a constaté qu'avant le déclenchement de la deuxième Intifada, en septembre 2000, la violence physique était majoritairement dirigée contre des institutions, principalement des cimetières et des synagogues.
Toutefois, durant l’année 2002, cette configuration a changé drastiquement et le nombre attaques physiques contre des personnes juives, ou des gens qui ressemblaient à des Juifs, a presque doublé. En France, alors que le débat se poursuit à propos du fait d’arborer ostensiblement des habits et des objets religieux dans les écoles, le Grand Rabbin de France a dû conseiller aux juifs de porter une casquette au lieu de la kippa traditionnelle, pour des raisons de sécurité individuelle.
En dehors d'Israël, la majorité des violentes attaques antisémites dans le monde ont eu lieu en Europe de l'Ouest. Le fait que l’Union européenne ait caché ce fait a des relents de malhonnêteté intellectuelle et de trahison morale.
La guerre contre l’antisémitisme - la forme de racisme la plus ancienne du monde - a subi une terrible défaite du fait des censeurs européens. Au siècle passé, l'Europe a perfectionné l’antisémitisme, et ceux qui souhaitent voir le continent exempt de ce mal ne peuvent pas permettre que des voyous, qu’ils soient dans la rue ou au parlement, salissent un peuple qui n'a pas de leçon à recevoir en matière d'histoire de la conciliation et de l'inaction.
Les démocraties ne sont pas jugées sur la manière dont elles traitent leurs majorités actuelles ou futures, mais sur la façon dont elles traitent leurs minorités. Un test important des attitudes européennes aura lieu le mois prochain, lors de la conférence qui sera organisé conjointement par Romano Prodi, président de la Commission, et le Congrès Juif européen, et qui abordera de front le défi de l'antisémitisme de l’Europe continentale. Nous attendons ses résultats.
Dans le passé, les nations européennes ont transmis au monde les valeurs démocratiques, elles ont été les promotrices des droits de l'homme et les fondatrices de la liberté de l'homme. Au cours de notre génération, l'Europe a également produit et transmis le plus grand mal de l'humanité. Ce sont des vérités indiscutables. Alors que l'Europe débat de la question de savoir si sa constitution doit faire référence à son histoire chrétienne, il n’est peut-être inadéquat de citer le Nouveau Testament: "Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres" [Jn 8, 32]. L'Europe devrait être attentive à ces paroles.
Edgar M. Bronfman et Cobi Benatoff *
© The Financial Times pour l’original anglais et upjf.org pour la traduction française
* Edgar M. Bronfman et Cobi Benatoff sont respectivement présidents du Congrès Juif Mondial et du Congrès Juif Européen.
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Note de la Rédaction d’upjf.org
[1] Il s’agit de l'Observatoire de l'UE pour les phénomènes racistes et antisémites (EUMC). On peut lire le texte (anglais) intégral de ce rapport sur le site du CRIF : Le Rapport caché. Voir également un résumé, en français, des conclusions de ce rapport : Communiqué de Presse du député européen François Zimeray.
Mis en ligne le 09 janvier 2004 sur le site www.upjf.org











