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La Syrie, sanctuaire du terrorisme, Aoun interviewé (VA)
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Valeurs Actuelles n° 3494
paru le 14 Novembre 2003


Les Américains veulent changer la donne au Proche-Orient. La Syrie se retrouve dans le collimateur. Les défenseurs du Liban libre reprennent espoir. À leur tête, le général Aoun, de retour de Washington.


Résidant en France depuis 1991, le général Michel Aoun ne se résigne pas à l'exil. L'ancien patron de l'armée libanaise, puis éphémère premier ministre (1988), travaille à organiser l'importante diaspora libanaise dans le monde.

«Je reste un combattant», dit-il. Tenace, il poursuit son combat de 1990 qui le fit se dresser contre l'occupant syrien. Sur place, ses réseaux s'organisent. Il était, ces jours-ci, à Washington pour défendre l'idée d'un Liban libre et démocratique, au moment où George Bush fustigeait la Syrie. Le général Aoun sera, ce mardi 18 novembre, l'hôte de plus d'une centaine de députés français pour une conférence sur l'occupation syrienne du Liban. Et le dimanche 23, devant l'Hôtel de Ville, où ses amis du Rassemblement pour le Liban organisent une manifestation de soutien au Liban libre.

Qu'êtes-vous allé faire à Washington ?

Il n'y avait pas de politique américaine concernant le Liban. Le problème était, jusque-là, "sous-traité", d'abord par l'Egypte, puis par la Syrie,ce qui a conduit à la déstabilisation de mon pays. Les Américains ont cru que la Syrie pouvait être un facteur de stabilisation. Mais à la fois pompier et pyromane, la Syrie a transformé le Liban en havre du terrorisme : assassinats de deux présidents libanais, de plusieurs ambassadeurs étrangers, de centaines de soldats français et américains et de milliers de citoyens libanais. Damas a pris tous les prétextes pour rester.

Il y a eu des allégements

La Syrie n'a fait que réorganiser son dispositif. En février 2001, le président syrien a vendu la mèche en déclarant que le départ des Syriens ne dépendait pas de la paix au Proche-Orient. Ils ne partiront jamais. Nous avons perdu trop de temps pour en convaincre les Libanais. Il fallait se tourner vers les Américains, véritables maîtres du jeu.


Pour quoi faire ?

J'ai été invité à Washington pour évoquer le Moyen-Orient et le terrorisme devant le comité des affaires étrangères du Congrès. Notre campagne de sensibilisation a permis de faire adopter, en avril, le Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act, voté par la Chambre des représentants, le15 octobre, et par le Sénat, ce 11 novembre.

L'administration américaine dispose maintenant d'une politique claire pour le Liban, comme le prouvent les propos récents de George Bush. Le Liban n'est plus vendable, ni échangeable, ni lié au règlement du problème du Proche-Orient. Il est déclaré intérêt national américain de sécurité et doit recouvrer toute son indépendance politique.


Mais la Syrie semble intouchable ?

Le régime syrien est condamné. C'est un rescapé du stalinisme. Dès la première manifestation de liberté, il sera balayé. Comme tout régime dictatorial, la Syrie est génératrice de terrorisme. Toutes les organisations, chiites et sunnites, s'y croisent. La Syrie est leur sanctuaire.


Comment les combattre ?

Il faut désarmer ces organisations, démocratiser et développer la Syrie. Elle est maintenant au coeur de la cible. C'est une chance pour le Liban. Beaucoup doutent encore de la sincérité de Washington. Les Américains ne sont pas des enfants de choeur. Ils défendent leurs intérêts qu'ils inscrivent dans un environnement de sécurité.


Mais les amis de la Syrie à Beyrouth ?

Elle n'a que des clients, des sujets ou des agents, pas d'amis. Le Conseil des ministres du Liban se passe en liaison téléphonique permanente avec le responsable des services syriens, qui avalise, ordonne, oriente. Ce régime imposé ne représente rien des Libanais. Il vit ses derniers jours.


Comment lever l'emprise syrienne ?

En desserrant [l'étau du] régime syrien à Damas. Les Etats-Unis et la communauté internationale peuvent le faire. Nous comptons sur la France, qui a toujours défendu l'indépendance du Liban. Elle y est toujours présente, à travers les Libanais et la culture.


Que fait la France pour le Liban ?

Je ne sais pas. Sauf que des députés et des sénateurs vont déposer la semaine prochaine une pétition dans laquelle ils demandent l'application de la résolution 520 des Nations unies, qui stipule le départ des Syriens du Liban et la restauration de la souveraineté libanaise.


Propos recueillis par Frédéric Pons

© Valeurs Actuelles

Mis en ligne le 24 novembre 2003 sur le site www.upjf.org
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