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Terrorisme financier d'Arafat, silence complice de l'Europe, Ph. Meyer
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Article paru le 13 novembre 2003 dans le Jerusalem Post, édition Française

Les volets diplomatiques, politiques et militaires du conflit israélo-palestinien font l’objet d’un matraquage médiatique et partisan en Europe. L’aspect financier est en revanche occulté. Les dirigeants et les médias européens n’ont en effet aucune raison d’attirer l’attention sur ce sujet. Et pour cause.

Premier élément gênant pour l’Europe. L’aide financière massive qu’elle fournit à l’Autorité palestinienne est largement détournée de ses objectifs premiers. L’utilisation frauduleuse qui en est faite - et en premier lieu par Yasser Arafat lui-même - est difficilement contestable. Les documents officiels trouvés par l’armée israélienne au QG palestinien de la Moukata, au printemps 2002, avaient déjà clairement établi les liens financiers étroits entre l’Autorité et les organisations terroristes qui lui sont affiliées, ainsi que la corruption qui règne à tous les échelons de la direction palestinienne. Ces documents avaient alors convaincu les Etats-Unis de la nécessité d’écarter Arafat du processus de négociation. Mais les dirigeants européens ne l’ont pas entendu de cette oreille. Les tentatives d’enquêtes voulues par certains parlementaires européens ont très vite avorté, et aucun média n’a réellement fait état de ces documents. Comment faire confiance à des sources israéliennes ? Arafat est resté un interlocuteur privilégié de son créancier européen, avec les conséquences que l’on sait sur le blocage du processus de paix. C’est pourquoi les informations récemment dévoilées par les médias anglo-saxons sont d’autant plus importantes. Elles ne proviennent plus, cette fois, des Israéliens eux-mêmes.

D’une part, une enquête réalisée par la chaîne de télévision américaine CBS, dans son émission phare «Soixante Minutes», vient de révéler qu’Arafat prélève tous les mois sur les fonds de l’Autorité palestinienne la somme de 100.000 dollars, qu’il envoie à sa femme, qui vit à Paris avec sa mère et sa fille. Un joli pactole qui permet à ces dames de jouir d’un train de vie luxueux dans la capitale française. Arafat aurait détourné plus de 800 millions de dollars en dix ans. Sa fortune personnelle est estimée à une somme qui varie entre 1 et 3 milliards de dollars, avec des participations en actions dans de très nombreuses sociétés dans le monde. Rappelons que la CIA avait estimé, en 1990, que l’OLP d’alors détenait une fortune comprise entre 8 et 14 milliards de dollars, générée par la taxe de 5% sur les salaires de tout Palestinien travaillant dans les pays arabes. Un article du Daily Telegraph, en date du 6 décembre 1999, confirmait ces faits, en indiquant que l’OLP possédait 8 milliards de dollars sur des comptes bancaires à New York, Genève et Zurich.

D’autre part, une enquête de la BBC faisait état, la semaine dernière, de la poursuite du financement, par l’Autorité palestinienne, des Brigades des Martyrs d’al-Aqsa, la branche armée du groupe terroriste du Fatah. Selon un ancien responsable du gouvernement d’Abou Mazen, 50.000 dollars sont versés tous les mois à ces assassins, responsables de très nombreux attentats meurtriers en Israël. Ces faits sont incontestables. L’Europe ne peut les nier. Alors elle les passe sous silence.

Deuxième élément gênant pour l’Europe. Ces pratiques financières crapuleuses, qu’affectionne Arafat depuis des décennies, confirment le caractère despotique, mafieux et corrompu de sa propre personnalité et de sa pseudo «Autorité» palestinienne. Elles sont dignes des régimes totalitaires qui soutiennent le vieux terroriste palestinien, et que ce dernier cite en exemple. On est bien loin de l’image de partenaire crédible et respectable, qu’Arafat veut vendre au monde entier, et que gobe, sans broncher, une Europe naïve et irresponsable. Pendant qu’Arafat vole dans la caisse pour financer les frasques familiales et payer ses terroristes, la population palestinienne vit dans des conditions déplorables, avec un degré de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Des collectes sont organisées dans le monde entier sur fond de propagande bien ficelée. Et les dirigeants de l’Union européenne soulagent leur conscience - et le portefeuille de leurs contribuables, par la même occasion -, en versant au pot, tous les mois, des sommes gigantesques, que le voyou de la Moukata s’emploie à dépenser à sa guise. Il s’agit bien là, de la part de l’homme au keffieh usé, d’un terrorisme financier flagrant. Comment qualifier autrement des pratiques qui affament sa population et qui financent les attentats ?

Après avoir détourné les avions d’El-Al dans les années soixante-dix, Arafat détourne les moyens de subsistance de son propre peuple. Où s’arrêtera-t-il ? Ou plutôt, qui l’arrêtera ? Sûrement pas l’Europe. Une telle situation n’est, en effet, guère compatible avec l’image de victimes que l’Europe s’efforce d’accoler aux Palestiniens. Les dirigeants européens sont au courant de ces faits, mais préfèrent se taire. Ils utilisent la marionnette Arafat depuis tellement longtemps, qu’ils ne peuvent plus la jeter aux orties. Admettre ces pratiques despotiques, reviendrait, pour l’Europe, à avouer son échec, ou pire son erreur historique. Alors, elle les passe sous silence… mais continue de remplir les caisses à Ramallah et à Gaza!

Dernier élément gênant pour l’Europe. Une telle situation tranche nettement avec celle qui prévaut en Israël. Le bourreau serait plus civilisé que la victime ? Pensez donc ! Et pourtant. Israël perçoit également une aide financière internationale importante, essentiellement en provenance des Etats-Unis. Or, force est de constater que tant l’utilisation qui en est faite, que le contrôle auquel elle est soumise n’ont rien à voir avec le gangstérisme palestinien couvert par le silence européen. D’une part, aucun détournement de ces fonds au profit des membres du gouvernement n’a été constaté depuis la création de l’Etat d’Israël, il y a 55 ans. Quand on sait l’indépendance et la pugnacité de la justice et de la presse israéliennes dans d’autres domaines de la vie publique, de telles dérives auraient très vite été rendues publiques. C’est là toute la force inhérente à la seule démocratie dans la région.

D’autre part, les Etats-Unis assortissent leur aide de conditions contraignantes quand le processus de paix est en jeu. Le Président Bush n’a-t-il pas récemment exigé que des garanties bancaires qui allaient être accordées par les Etats-Unis ne servent pas au financement du mur de protection construit par Israël, si le tracé ne remplissait pas certaines conditions ? Une relation qui prouve bien que des liens - pourtant très étroits et très anciens - n’excluent en rien des contraintes concernant l’utilisation de l’aide fournie.

Cette situation est aux antipodes de celle qui régit les liens entre l’Europe et les dirigeants palestiniens. D’un côté, une démocratie israélienne qui subit les contrôles de sa propre société et de son partenaire financier américain. De l’autre, un régime-voyou palestinien, qui détourne sans scrupules les chèques en blanc signés aveuglément par l’Europe. Mais, là non plus, l’Europe ne peut se résigner à admettre des faits qui honorent les Etats-Unis et Israël, et qui tranchent tellement avec les pratiques obscures qu’elle entretient avec les dirigeants palestiniens. Alors elle les passe sous silence.

De tout cela, la presse européenne ne se fait guère l’écho. Toujours prompte à accuser Israël des pires maux, elle ne trouve aucun mot pour dénoncer des pratiques pourtant indéfendables. On eût aimé entendre également les autorités politiques européennes réagir à ces dernières révélations des médias américains et anglais. Mais, bien sûr, on attendra longtemps pour cela. Ce silence global est pourtant lourd de conséquences. Non seulement il permet au vieux despote palestinien de poursuivre ses pratiques illégales en toute quiétude. Mais surtout, il permet de maintenir un système financier qui nourrit la haine, la violence et le terrorisme. Il ne sert à rien d’envoyer un vague communiqué de condamnation, après chaque attentat perpétré en Israël, si, dans le même temps, on cautionne et alimente un circuit financier qui rend possibles ces actes criminels. Quand l’hypocrisie d’Etat fait office de politique, relayée par un système médiatique complaisant, il ne faut guère s’étonner de voir l’opinion publique céder aux sirènes de la désinformation.

C’est ainsi que, selon un récent sondage de la Commission européenne, Israël est perçu par la population européenne comme la «principale menace pour la paix dans le monde». Dans le même temps, les Palestiniens conservent l’image de victimes innocentes. Mais quel sondage a demandé aux Européens s’ils étaient d’accord pour financer, par leurs impôts, les bijoux de la femme d’Arafat et les explosifs des kamikazes du Fatah ?

En recourant aux falsifications volontaires et aux mensonges par omission, les dirigeants européens prennent finalement un double risque. Moralement, celui de réveiller les vieux démons de l’antisémitisme, qui sommeillent sur le vieux continent depuis la Shoah. Politiquement, celui de mettre l’Europe hors jeu par rapport au processus politique qui ramènera un jour Israéliens et Palestiniens à la table des négociations.

Mais il est vrai que la diplomatie européenne a déjà gâché, depuis bien longtemps, cette occasion et d’autres, de jouer un rôle-clé sur la scène internationale.

Philippe Meyer

© Jerusalem Post



Mis en ligne le 17 novembre 2003 sur le site www.upjf.org
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