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"Excusez-moi. Je ne suis pas convaincu!" M. Kelly
The Washington PostMercredi 12 février 2003; Page A29
Traduction française de Menahem Macina pour reinfo-israel.com (www.reinfo-israel.com) Mention intégrale obligatoire aux fins de diffusion et/ou de mise en ligne sur site.
[Norbert Lipszyc nous a transmis l'original anglais de cet article, accompagné du commentaire suivant:
«Le passé n'explique pas toujours tout, il y a parfois des ruptures, mais cet article fait froid dans le dos. Il semble que les révolutionnaires à la Trotski d'aujourd'hui aient compris le bien fondé des Staliniens dans la lutte, et donc les bénéfices de l'infiltration. La logique de la montée de Besancenot en France va dans le même sens. Ceci, arrivant au lendemain de la journée de triomphe des "pacifistes" levés pour la défense de Saddam Hussein augure mal de l'avenir de notre planète. Bush aura-t-il l'aveuglement nécessaire pour faire le travail quand même ? J'en doute et cela m'effraie. Si Saddam a gagné, d'ici deux à trois ans l'Europe sera à feu et à sang. Il y a des jours comme ça où on n'a vraiment pas le moral. Alors la lecture de cet article, banal par ailleurs, a fait déborder le vase.»]
«Excusez-moi. Je ne suis pas convaincu !» – Le ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, s’adressant au secrétaire de la défense Donald Rumsfeld, à Munich, la semaine dernière, suite aux arguments de Rumsfeld en faveur de la guerre contre l'Irak.
M. Rumsfeld a pu convaincre les dirigeants de 18 nations européennes, mais pas vous, M. Fischer. C'est personnel. Telle me semble être la bonne manière de voir les choses. Le fait de ne pas convaincre doit être vu dans le contexte de qui nous n'avons pas convaincu. Parfois "qui" explique "pourquoi".
M. Fischer, qui êtes vous?
Vous êtes le ministre des affaires étrangères de l'Allemagne. Vous l’êtes depuis 1998, quand le parti des Verts de l’aile gauche allemande, dont vous êtes un des dirigeants, a conquis dans les scrutins un majorité suffisante pour contraindre le parti Social Démocrate à entrer dans le gouvernement de coalition dit des Verts-Rouges.
Mais pendant les années de votre formation à la vie politique, vous ne portiez pas le costume bleu de gouvernement. Vous portiez un casque noir de moto. C’est ce que vous portiez, ce jour d’avril 1973, quand vous avez été photographié, pour citer l’historien de la nouvelle gauche, Paul Berman, "comme un jeune nervi dans un combat de rue, à Francfort".
En 2001, le magazine Stern publiait cinq photographies de vous en pleine action ce jour-là. Ce que ces photos représentaient a été décrit par Berman dans un article de 25.000 mots, très informé, intitulé "La Passion de Joschka Fischer" (The New Republic, du 3 septembre 2001). Les photos vous montraient, M. Fischer, infligeant "une terrible correction" à un jeune policier du nom de Rainer Marx: "Fischer et d'autres à l'attaque, le policier au casque blanc plié en deux ; le poing ganté de noir de Fischer levé comme pour frapper le flic dans le dos; les camarades de Fischer s’attroupant autour; le flic affalé par terre, Fischer et ses camarades semblant lui donner des coups de pied.
Comme Berman l’a rapporté, M. Fischer, vous avez fait votre chemin dans la vie publique en tant que figure importante de la gauche radicale allemande, anti-américaine, anti-libérale, néo-marxiste, et à visée révolutionnaire, de la génération de 1968. C'est la gauche qui a produit et soutenu la bande de Baader-Meinhof (ou Faction Armée Rouge), qui, comme Berman l’a écrit, "ne s’interdisait rien", y compris "les enlèvements, les attaques de banque à main armée, les meurtres". Vous n'étiez pas vous-même un terroriste, mais vous étiez un ami fidèle et actif des terroristes, n'est-ce pas, M. Fischer?
En 1976, pour protester contre la mort, en prison, du fondateur de Baader-Meinhof, Ulrike Meinhof, vous avez prêté la main et participé à une manifestation à Francfort, écrit Berman, "quelqu'un lança un cocktail Molotov sur un policier et le brûla presque mortellement." Vous avez été arrêté mais pas inculpé. En 2001, la fille de Meinhof, Bettina Rohl (qui a donné ces maudites photos au Stern), a dit à la presse que vous étiez l’auteur du lancement de cette bombe incendiaire. D'autres témoins contemporains des faits, rapporte Berman, ont indiqué que vous "n'aviez jamais proscrit l’emploi des cocktails Molotov et que vous l'auriez même favorisé." Pour mémoire, vous l'avez nié.
En 2001 le gouvernement allemand a jugé votre vieil ami, Hans-Joachim Klein, qui avait été un "soldat" de l’ombre dans les Cellules Révolutionnaires, alliées de la Faction Armée Rouge et du Front Populaire pour la Libération de la Palestine. Les Cellules Révolutionnaires ont aidé au meurtre des athlètes olympiques israéliens, à Munich, en 1972, et, en 1975; Klein lui-même a pris part, avec l’infâme Carlos, à une opération conjointe d'assassinat, au cours de laquelle trois personnes ont été tuées.
Pendant votre déposition comme témoin au procès de Klein, vous avez été accusé d'avoir donné asile à des membres de la Faction Armée Rouge dans votre Maison de la Lutte Révolutionnaire, le centre du groupe de Lutte Révolutionnaire à Francfort, que vous avez co-fondée avec votre compagnon d’habitat, Daniel Cohn-Bendit, dit "Danny le Rouge". Vous avez été contraint d'admettre qu'il y avait une certaine vérité dans l'accusation, après qu’il eut été révélé, comme Berman le rapporte, que Margrit Schiller, "qui avait passé quelque temps en prison en raison de ses liens avec la Faction Armée Rouge", avait, dans ses mémoires, "carrément déclaré qu'elle avait vécu 'quelques jours', au début des années ’70, dans la Maison de la Lutte Révolutionnaire". (Après votre témoignage, vous avez serré la main de votre vieil ami terroriste, Klein. Gentil !)
En 1969, vous avez assisté à la réunion de l'Organisation de Libération de la Palestine, au cours de laquelle l’OLP a décidé que son but final était l’anéantissement d'Israël - c'est-à-dire, l’anéantissement ou l'expulsion des juifs d’Israël. Sept ans après, les Cellules Terroristes Révolutionnaires, dirigées par votre collègue de Francfort, Wilfried Boese, détournaient un avion d'Air-France, à Entebbe, en Ouganda. Les pirates de l'air avaient prévu d’assassiner tous les passagers juifs de ce vol, mais ils furent tués par des commandos israéliens. "Soudain", écrit Berman, "l'implication de l'anti-sionisme lui apparut. De retour à Alger, en 1969, l’OLP, en présence du jeune Fischer, avait voté l’anéantissement de l'entité sioniste : qu’est-ce que cela signifiait ? Maintenant il savait ce que cela signifiait."
Ainsi, voilà qui vous êtes, M. Fischer, l'homme que nous n'avons pas convaincu. Vous êtes l'homme à qui le massacre des sportifs israéliens à Munich n’a pas suffi, l'homme auquel il a fallu Entebbe pour qu’il soit convaincu que le meurtre de juifs est inacceptable. Vous demandez que l’on vous excuse [1]. Vous avez été excusé.
Michael Kelly
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[1] Allusion à la phrase de J. Fisher à l’adresse de Ronald Rumsfeld : "Excusez-moi. Je ne suis pas convaincu !", qui sert de titre au présent article. NDLR de reinfo-israel.
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© 2003 Washington Post Company pour l’original anglais.
© 2003 reinfo-israel.com pour la traduction française.
Original anglais:
www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A59725-2003Feb11.html
[Nos remerciements à Norbert Lipzyc qui a attiré notre attention sur cet article.]











