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Merci, M. de Villepin, Par William Kristol et Robert Kagan
Copie préliminaire du Weekly Standard du 3 février 2003 (Tome 008, n° 20) www.weeklystandard.com/Content/Public/Articles/000/000/002/161stpqp.aspTraduction française par koira pour www.reinfo-israel.com
Pourquoi nous avons une dette de reconnaissance envers nos amis français
Soyons les premiers à le dire : nous avons une dette de reconnaissance envers la France, et particulièrement envers son Ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin. Il vient de clarifier la situation géopolitique actuelle et a mis fin à certaines illusions. Cette semaine, M. de Villepin a rejeté des mois d'hypocrisie diplomatique et révélé des vérités jusque-là restées tues sur la politique étrangère de la France.
Premièrement, la France ne recherche pas le désarmement de l'Irak ni même l'élimination des programmes de Saddam Hussein pour produire des armes de destruction massive. Lundi dernier, lors d'une réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unies, M. de Villepin a déclaré : Nous savons, déjà, que les programmes d'armes de destruction massive de l'Irak sont largement bloqués et, même, gelés. Par ce fait même, le gouvernement français reconnaissait que Saddam Hussein a bel et bien de tels programmes, mais que, d'après M. de Villepin, la France ne juge pas nécessaire que l'Irak s'en défasse.
Deuxièmement, il est désormais clair qu'en réalité le gouvernement français ne soutient pas la mise en oeuvre de la résolution 1441 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, qu'il avait contribué à négocier en novembre dernier. Cette résolution décidait "d'accorder à l'Irak "une dernière possibilité de s'acquitter des obligations qui lui incombent en matière de désarmement", "rappelant" que le cessez-le-feu de février 1991 mettant fin à la guerre du Golfe reposait 'sur l'acceptation par l'Irak' de la résolution 687 lui demandant d'éliminer ses armes de destruction massive sous l'égide de l'ONU" ; elle constatait que, depuis douze ans, "l'Irak est et demeure en violation patente des obligations" qui lui incombent". Cette résolution déclarait aussi que l'Irak "s'il continuait à manquer à ses obligations, aurait à faire face" à de "graves conséquences" www.cyberpresse.ca/reseau/monde/0211/mon_102110155338.html, comprises par tous les membres du Conseil de Sécurité comme signifiant la guerre. Aujourd'hui, la France a déclaré qu'elle n'insisterait pas pour que l'Irak s'acquitte de ses obligations, ni subisse ces "graves conséquences", parce qu'il continue à y manquer. M. de Villepin l'a dit au Conseil de Sécurité lundi dernier : "rien ne justifie d'envisager l'action militaire." Rien.
Une fois de plus, nous remercions M. de Villepin pour sa franchise. Celle-ci a des chances d'engendrer des effets bénéfiques des deux côtés de l'Atlantique. La provocation française aura pour effet de forcer les gouvernements européens à choisir leur camp entre l'entreprise de désarmement de l'Irak menée par les États-Unis et la résolution des Français de protéger Saddam contre la puissance américaine. Nous pensons que c'est sain, en partie parce que cela révélera que la France ne parle nullement au nom de l'ensemble des gouvernements européens, voire de la majorité d'entre eux. Le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie, la Pologne, la République tchèque, la Turquie et autres alliés européens sont déjà résolus à soutenir l'entreprise américaine, et d'autres se joindront à la coalition. Une invasion de l'Irak ne sera pas, et de loin, une action unilatérale.
Qui plus est, alors que la gêne des Européens face à la puissance américaine est une réalité, ils sont aussi gênés par le pacifisme agressif de Gerhard Schröder et, du moins pour l'instant, de Jacques Chirac. Tous les Européens ne seront pas non plus à l'aise devant la tendance de plus en plus notable des Français à ménager les pires dictateurs, et pas seulement Saddam, mais aussi Robert Mugabe, qu'ils viennent d'inviter à Paris, en violation, semble-t-il, d'une interdiction de voyager décidée par l'Union Européenne. La semaine dernière, le Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a fait scandale à Paris et à Berlin, lorsqu'il a opposé la "vieille Europe" de la France et de l'Allemagne à la "nouvelle Europe" de la Pologne, de la République tchèque, et autres admissions récentes dans l'Union Européenne.
Nous soupçonnons que l'indignation postillonnante provoquée par les remarques de Rumsfeld à Paris et à Berlin marque la crainte de ne pouvoir compter sur les nouveaux impétrants pour s'aligner sur le nouvel axe franco-germanique dissidentfrogman.tripod.com/weasels/weasels-german.jpg contre les États-Unis .
Plus important, cependant, sera l'effet de clarification qu'aura la position française sur le débat, aux États-Unis. Depuis plusieurs mois, une bonne partie de l'élite américaine de la politique étrangère, aussi bien Démocrate que Républicaine, essaie d'esquiver la question de savoir quoi faire de l'Irak. Elle insistait sur le fait qu'aucune intervention militaire des États-Unis ne devait être entreprise sans la sanction du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Les adeptes de cette opinion voyaient leur grand champion dans le Secrétaire d'État Colin Powell. Et ils considéraient sa manière de négocier la résolution 1441 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies comme une grande victoire de l'approche multilatéraliste, qui non seulement fournissait aux États-Unis la légitimité d'une autorisation éventuelle de l'ONU pour faire la guerre, mais ouvrait aussi la possibilité de réaliser pacifiquement le désarmement de l'Irak.
Pendant des mois, les partisans de cette approche ont eu le luxe de ne pas avoir à choisir entre leur dévotion affichée à une politique étrangère multilatéraliste et leur détermination ostensible de désarmer l'Irak. Cette position leur permettait de jouer aux durs, d'afficher leur résolution ‹ "Il faut retirer ces armes à Saddam Hussein, ou le retirer du pouvoir" déclarait en juillet dernier le sénateur Joe Biden - tout en leur donnant une bonne base pour s'en prendre aux "faucons" et autres "unilatéralistes" et "néo-conservateurs". Quiconque laissait entendre qu'une nouvelle tournée d'inspections de l'ONU ne marcherait pas, comme l'a fait, en août, le Vice-Président Cheney, était diabolisé comme fauteur de guerre. Quiconque osait suggérer que les États-Unis n'avaient pas besoin d'une autorisation du Conseil de Sécurité pour justifier l'éviction de Saddam Hussein, et qui faisait remarquer que cette autorisation, ils avaient des chances de ne pas l'obtenir, était dénoncé comme "unilatéraliste" voué à la destruction de l'ordre mondial. Certains d'entre eux y trouvaient un autre grand avantage : ceux qui étaient hostiles à la guerre contre l'Irak, quelles que soient les circonstances, mais qui, pour des raisons politiques, ne voulaient pas l'avouer, pouvaient se retrancher derrière l'exigence du "multilatéralisme". Si les Français étaient d'accord, disaient-ils, les États-Unis pourraient faire la guerre. Personne n'était forcé de répondre à la question suivante : que se passerait-il si, en dépit de tout, les Français disaient non ?
Les Français viennent de siffler la fin de cette partie-là. Il est désormais vraisemblable qu'on ne pourra pas obtenir l'autorisation du Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour faire la guerre, que Saddam se soumette ou non à la Résolution 1441. En conséquence, les hommes politiques américains vont être contraints de faire savoir, une bonne fois pour toutes, si, oui ou non, ils soutiennent le désarmement de l'Irak et le renversement du régime de Saddam, par la force, et sans l'autorisation de l'ONU. On ne peut plus noyer le poisson.
Ce qui est peut-être plus important, les faux durs du multilatéralisme ne vont plus pouvoir se cacher derrière Colin Powell www.iht.com/search.php?id=84608&owner=(The%20New%20York%20Times)&date=20030124162148. Le Secrétaire Powell a clairement pris position www.nypost.com/news/worldnews/53602.htm. Ayant donné une dernière chance à Saddam de désarmer pacifiquement, et tenté sincèrement de travailler avec les Français, Powell est prêt à aller de l'avant pour désarmer l'Irak par la force et sans autorisation de l'ONU. La semaine dernière, en réponse aux exigences françaises et allemandes de donner aux inspecteurs encore plus de temps, Powell a dit : "les inspections ne marcheront pas" (nous nous demandons si le susdit va subir les mêmes dénonciations que Cheney lorsque, il y a cinq mois, il a dit exactement la même chose) .
Comme le dit Powell, il serait désormais ridicule de prolonger la durée des inspections. Si Saddam avait eu l'intention de désarmer, il serait déjà en train de le faire. Powell a exprimé le scepticisme qu'il fallait quant aux intentions réelles de ceux qui voudraient qu'on donne encore plus de temps aux inspecteurs. Dans une allusion transparente au gouvernement français, Powell s'est demandé à haute voix "s'ils voulaient sérieusement en finir un jour ou l'autre".
Nous nous posons la même question concernant les hommes politiques américains. Car, tandis que Powell et son adjoint, Richard Armitage, ont réagi avec cohérence et intégrité aux dernières péripéties, aussi bien à Bagdad qu'au Conseil de Sécurité, certains hauts dirigeants de ce qu'on pouvait jusqu'ici appeler le "camp Powell" au Congrès semblent avoir abandonné le Secrétaire d'État. Ainsi, le sénateur Chuck Hagel continue de plaider, à la française, pour qu'on donne aux inspecteurs davantage de temps. "Il faut attendre, donnons aux inspecteurs une occasion d'éclaircir tout ceci", disait encore Hagel, la semaine dernière, sans seulement se soucier d'indiquer en quoi que ce soit combien de temps il faudrait leur donner en plus. Et Hagel de continuer en prétendant que ce serait "une énorme erreur si le Président allait de l'avant sans le soutien de nos alliés et l'assentiment des Nations-Unies."
Ce qui est drôle, c'est qu'en septembre, Hagel prétendait avoir une position différente. Voici ce qu'il disait alors :
"si nous suivons la voie diplomatique" et qu'à la fin nous ne pouvons pas obtenir une résolution du Conseil de Sécurité, alors les États-Unis auront épuisé tous les moyens, moyens et canaux diplomatiques, alors on dira stop. Et si, à la fin, on trouve que finalement les Britanniques, et les Turcs, et d'autres sont avec nous, alors nous aurons l'option de le faire."
Quatre mois plus tard, le gouvernement Bush sous la direction de Colin Powell, a fait exactement ce que Hagel exigeait. Et, en effet, "les Britanniques et les Turcs sont avec nous", tout à fait comme Hagel l'avait proposé. Mais, ô merveille, maintenant ce n'est finalement plus assez pour Hagel. Il continue à s'opposer à une guerre "sans l'assentiment des Nations-Unies", assentiment dont tout le monde sait qu'il ne viendra probablement pas. Ne serait-il pas plus simple, pour Hagel et d'autres qui pensent comme lui, de cesser tout simplement de faire semblant ? Pour eux, comme pour les Français, il ne s'agit pas de désarmer Saddam. ils sont tout simplement contre la guerre.
Et ce n'est même pas une question de multilatéralisme. Comme Powell le fait remarquer, et comme nous-mêmes l'avons souligné à plusieurs reprises, avec ou sans Résolution du Conseil de Sécurité, les États-Unis ne seront pas "seuls" contre l'Irak. Lorsque le Président annoncera que nous faisons la guerre, et lorsque l'attaque commencera, les États-Unis ne manqueront pas, d'alliés : outre les pays déjà cités, des États arabes comme l'Arabie Séoudite, le Koweït, le Qatar, et probablement d'autres encore. L'Australie a déjà commencé à envoyer des troupes, alors même que les Australiens vivent à des milliers de kilomètres de la zone de crise.
Nous aimerions mieux que la France, et l'Allemagne rejoignent les États-Unis dans une défense commune de la sécurité internationale. Nous préférerions que le Conseil de Sécurité des Nations-Unies soutienne la guerre contre Saddam. Mais avant tout, ce que nous voulons, c'est que les États-Unis, et une coalition de pays volontaires, entreprennent les actions nécessaires pour défendre et préserver cette sécurité internationale. La situation internationale s'est éclaircie. Le dossier contre Saddam est sans ambiguïté. Le gouvernement Bush est enfin uni sur la nécessité de l'action militaire. Maintenant, le Président, qui nous a conduits jusqu'à ce point, peut donner le signal.











