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Attentats anti-Arabes par jet de pots de peinture, J.-P. Tolomio
Titre intégral : 'L’attentat' de la Grande Mosquée de Lyon, ou, l’utilisation d’un discours militant à propos d'un jet de pots de peinture.Geste stupide que celui de jeter de la peinture sur les murs. Mais quand ces murs sont ceux d’un édifice religieux, l’acte prend une dimension autre que le simple vandalisme. Tout comme prend une signification particulière la destruction de statues ou de vestiges archéologiques, mais… cela se passe si loin.
J’ai entendu le Recteur de la grande mosquée de Lyon. Son commentaire sur le jet des pots de peintures m’a laissé sans voix, voire rêveur et perplexe, dans un premier temps, et en colère, dans un deuxième, tant la mauvaise foi et la vanité étaient présentes.
Qualifier d’attentat le jet de pots de peinture est le propre du discours militant. Du discours qui veut récupérer ou dissimuler quelque chose - un bien, une action, un statut -, ou s’y opposer. Un discours tout en masque, dont l’essence réside dans l’amplification et la mise en scène en vue de mettre en avant une posture de victime qui, jusqu’à présent, il est vrai, a fait merveille pour la 'cause arabe'. Victimisation d’un côté, culpabilisation de l’autre; ballet pervers qui renforce les deux éléments ad vitam aeternam.
Tels sont les deux motifs utilisés par la communauté 'islamisante' pour arriver à ses fins, avec, bien entendu, la complicité active ou passive de 'l’intelligentsia' du moment. Celle pour laquelle il suffit, selon les périodes, de crier «haro !» sur Staline, Mao, Bush, ou Charon, pour qu’elle accepte n’importe quelle cause et perde tout sens de l’analyse, pour qu’elle en vienne à pervertir le sens historique de mots tels que : massacre, apartheid, résistance, liberté, colonie, colons, fascisme, etc. Pourvu que l’idée, le propos soient contre, je les accepte ! Ils sont miens ! Et j’ai forcément raison. - Tant pis si, dans cinq, dix, ou quinze ans, je devrai tricher pour faire oublier l’égarement de la première heure.
Pourtant, Monsieur le Recteur, je ne me sens coupable, et encore moins responsable, ni de la colonisation, ni des actes des gouvernements et hommes/femmes politiques depuis 1954. Depuis les événements de la station de métro Charonne (1), il faut dire que mes conceptions, tant politiques qu’humaines, ont quelque peu changé, à la lumière de vos actes et de l’évolution du monde. Je ne suis pas intéressé par la dualité 'mystique' évoquée plus haut.
En effet, comment faire pour continuer de se draper indéfiniment dans la posture de victime, qui vous a tellement servi, face aux révélations, toujours plus précises et plus encombrantes des forces de police à propos de la mouvance islamiste en France ? Alors, pour empêcher ce dévoilement gênant, on plonge dans l’exagération : on appelle à une manif, comme aux beaux temps de 68 ; on crie à l’attentat contre le peuple arabe. Ainsi, on aura du monde. Ainsi, on parviendra peut-être à masquer la réalité, à savoir : le rôle précis joué par les membres de la communauté musulmane de France, quel qu’en soit le courant.
Tant il est vrai que, pour vous, le fauteur d’attentats, l’auteur de massacres, c’est toujours l’autre.
Vous ne voulez assumer le rôle de victime que parce qu’il vous donne le pouvoir de manière facile, grâce à la culpabilité vécue par l’autre. Victimes du racisme. Victimes de la colonisation. Victimes de Tsahal, de Charon, d’Israël, des Etats-Unis, du capitalisme, de la mondialisation, etc. - la liste est longue et pourtant vous oubliez : pourquoi pas victimes de vous-mêmes ?
L’amplification du propos est de rigueur, et peu importe la vérité des faits, plus le premier discours sur un événement est outrancier, plus il sera porteur et efficace sur le plan de la communication. Attentat ! Comme à Djerba ? Non, quand même pas ! Les journalistes connaissent très bien ce phénomène. Nous savons que seule la première impression restera dans l’inconscient, et qu’aucun démenti ne pourra effacer cette première image. Elle est indélébile. La publicité, les techniques du combat politicien, les mises en scène des groupes d’activistes de tous bords, la désinformation à l’œuvre, nous le démontrent chaque jour. En cela, Monsieur le Recteur, vous avez parfaitement intégré les savoirs de l’action politique et celui de la désinformation. En cela vous êtes un "bon communicateur" !
Quelle est la contrepartie de votre discours ? Qu’est-ce qui doit être minimisé par l’exagération de vos propos ?
Il faut minimiser l’impact qu’ont eu, sur la population, trois actions :
- la première concerne l’utilisation du suicide comme idéal de vie pour toute une jeunesse.
- La deuxième concerne les attentats de Moscou et de Grozny.
- La troisième concerne les arrestations de Romainville et de La Courneuve qui implique des individus de votre communauté et de votre région, formés à Grozny et en Afghanistan.
Oui, Monsieur le Recteur, ces personnes allaient commettre un attentat, un vrai, un acte qui n’a rien à voir avec de la peinture sur les murs. Sur les murs, Monsieur, c’est du sang qu’il allait y avoir. Du sang de personnes qui sont d’autant plus faciles à tuer, qu’elles sont dans l’incapacité de se défendre. Cela devient une habitude de tuer des gens sans défense. Mauvaise certes, mais habitude quand même - voir Algérie, Israël, Bali, New York, etc.
L’acte qu’ils voulaient commettre, ils l’ont appris, il y ont été formés - tout comme le frère de l’un d’entre eux, et comme les auteurs des attentats de Paris, Bali, New York, Jérusalem, Tel Aviv, etc. -, dans les camps d’entraînement des factions islamistes.
Bien entendu, vous condamnez ces actions mais… - le 'mais' du doute et de la désinformation - est toujours aussi actif.
Comment en sont-ils arrivés là, ces jeunes ?
Au delà des questions maintes fois rabâchées et restées sans réponse, devons-nous poser cette question sans poser celle de votre responsabilité ?
Ou devons-nous perpétuer le simulacre de la responsabilisation de la République, de l’école, de la colonisation, des Etats-Unis, des autres, en général, parmi lesquels le Juif et l’Américain tiennent une place privilégiée ? Non ! Il faut arrêter de jouer les autruches.
Tous les gouvernements Français, depuis 1954, ainsi que tous les opposants à ces mêmes gouvernements, sont entrés dans cette spirale. Nous en connaissons et en payons aujourd’hui les conséquences.
Vous, Monsieur le Recteur, leur père qui est votre confrère en religion, aviez la charge de l’éducation cultuelle de ces jeunes. Ils sont, certes, nés en France, ils ont fréquenté l’école laïque, mais ils appartiennent à votre communauté, à votre culture et, si raté il y a, il ne peut que mettre en évidence votre responsabilité. Car le cadre cultuel dont ils sont dotés est sous votre pleine et entière responsabilité. Ou alors, vous manquez à vos obligations sacerdotales !
Voilà peut-être pourquoi vous criez au loup. Pour n’avoir pas à assumer les conséquences de vos actes, de vos manquements, ou de vos engagements. Mais il n’est pas dit qu’il y ait raté, manque ou laxisme de votre part !
Je suis également issu d’une communauté étrangère, d’un milieu pas favorisé du tout. Ce sont les responsables de cette communauté qui m’ont appris à me respecter, à respecter l’autre, le pays dans lequel je vis, à respecter mes racines, ma culture et, par voie de conséquence, celle de l’autre, quel qu’il soit. Si un de nous dérogeait à cette règle par absentéisme à l’école, à l’église, par non-respect de l’environnement, des règles et des lois, par des 'menus' faits de petite délinquance, c’étaient ces responsables qui agissaient auprès de la famille. Ils jouaient le rôle de gardiens de la Tradition, de gardiens de la vie, gardiens de l’honneur d’être homme. C’est pourquoi l’on rencontre peu de sociopathes dans notre milieu !
Avez-vous fait la même chose ?
Que fait le responsable des âmes dans votre communauté ? Qui est-il ? Quel est son rôle, son devenir ? Autant de questions auxquelles vous ne pourrez vous soustraire longtemps encore. La surprise du dévoilement risque d’être grande, n’est-ce pas !
Nous savons que, dans la manifestation que vous appelez de vos vœux, pas un seul calicot ne parlera de votre responsabilité.
Nous le savons, nous, citoyens du pays de France. Le Gouvernement le sait aussi. Le Ministre de l’Intérieur le sait également. Acceptera-t-il cette manif ? Ce serait, de sa part, jouer avec le feu, surtout si nous voyons, sur vos banderoles, des appels au meurtre contre telle ou telle communauté, ou tel ou tel pays. (C’est à la mode.)
Pour ma part, je ne crois pas qu’en l’espèce, il ait pu y avoir un raté dans l’éducation de ces jeunes. Ni qu’il y a eu un faux-pas dans votre prestation. Je serais tenté de dire, au contraire. La réussite du plan est pleine et entière. Car, voyez-vous, un individu naît dans un milieu qui est déjà là, et qui le conditionne, et sa vie est une réponse à ce conditionnement.
Plusieurs instances 'fabriquent' ce conditionnement. L’école, tant décriée, n’est qu’une instance parmi tant d’autres, et pas la plus importante. Les parents, le religieux, le politique, en sont d’autres. L’empreinte est ineffaçable. La réussite, en ce domaine, est de faire en sorte que durant le temps de cette formation, les possibilités de libre arbitre, de choix soient non seulement préservées, mais également développées. Le contraire, en somme, du lavage de cerveau !
Nous sommes des 'animaux' culturels, et l’éducation reçue se traduit dans les actes d’un individu. Elle reflète un contexte, une ambiance, une volonté d’aller dans une direction. Ce jeune, son frère et tous ceux qui ont servi, ne sont pas les «soldats perdus» d’une guerre ou révolution que vous n’avez pas su faire ni gagner. Ils sont les «acteurs involontaires» d’actions commanditées et dirigées par les tenants des pouvoirs religieux, parentaux, éducatifs et politiques qui entourent cette jeunesse du monde musulman.
La mise en avant du suicide comme idéal de vie dans les actes terroristes perpétrés en Israël semble, hélas ! conforter la position qui est la mienne. Cette pratique n’est, certes, pas nouvelle dans la région. Elle a été élaborée et pensée entre les XIe et XIIIe siècles. L’histoire définit cette période comme celle des "assassins" (2), qui tuaient les opposants à la religion ou au calife, avec le secret espoir d’entrer au Paradis. Ils avaient été formés en vue de cette récompense suprême.
Il a toujours été plus facile et moins dangereux pour soi-même, d’inciter des fidèles à se sacrifier. Une bonne partie de la littérature du suicide (3) en fait foi, une bonne partie de la vie des sectes nous renseigne sur la facilité de la manœuvre, et tous les tyrans de l’histoire l’ont utilisée. C’est d’ailleurs la marque ultime de la tyrannie et de l’oppression.
Les individus qui ont été arrêtés par la police n’ont pas sauté en tuant d’autres personnes. Ils ne sont pas allés au Paradis. Ils n’iront jamais. Ils ont échoué. Mais le résultat n’est-il pas le même ? Quelle va être leur vie maintenant ? Quels vont être leur espérance, leur idéal de vie ?
En sacrifiant la jeunesse de vos communautés (j’emploie le pluriel sciemment), vous prenez, bien sûr, un risque pour l’avenir, mais vous êtes certain de conserver le pouvoir dans le présent. C’est peut-être un des buts recherchés.
Quel que soit l’auteur du jet des peintures, l’acte est tellement puéril, tellement primaire, tant dans le choix de la cible, les murs ! que dans la dispersion des impacts (revoir le reportage-télé), que la revendication avancée (un ancien d’Algérie) paraît on ne peut plus suspecte, pour ne pas dire fantaisiste. Donc …
J.-P. TOLOMIO
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Notes
(1) Une manifestation contre les attentats de l’OAS, organisée devant la station Charonne, le 8 février 1962, s’était soldée par 9 morts. A l’époque, De Gaulle était au pouvoir et Papon était Préfet de Paris. Cette date est célébrée chaque année par certains milieux de gauche en France, qui à partir de cet événement, se sont davantage rapprochés du monde maghrébin.
(2) Littéralement, 'les fidèles de Hassan', du nom du créateur de la Confrérie. Le terme 'Assassin' est, selon l’acception commune, la traduction de 'fumeur', ou 'mangeur de haschich'. Dans le roman Samarcande, de Amin Maalouf, la traduction acceptée ne serait pas la bonne, et 'Assassiyoum' devrait être traduit par 'fidèles aux Assass', c’est-à-dire aux fondements de la foi. Une autre interprétation se rapproche de celle de Maalouf, et la signification serait plutôt : "disciples de Hassan". La secte des 'Assassins' a été anéantie par Hulagu, petit fils de Gengis Khan, en 1256, mais certains auteurs admettent qu’elle a pu perdurer, sous une autre forme, jusqu’à nos jours, et qu’elle aurait eu pour dernier chef l’Aga Khan.
(3) La bibliographie relative au suicide est trop importante, tant en littérature, qu’en philosophie et qu’en psychologie, pour qu’il soit possible d’en établir même une liste succincte.











