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Les services secrets prédisent une réaction de Saddam en cas d'attaque, W. Pincus *
The Washington Post jeudi, 26 décembre 2002, Page A 23 www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A37825-2002Dec25.html
Les analyses américaines et britanniques ont un caractère très spéculatif, et des erreurs d’évaluation pourraient coûter cher dans l’éventualité d’une guerre.
Traduction française par Voxdei.org.
Les services secrets Américains et Britanniques surveillent de près Saddam Hussein, tandis que celui courtise les Européens et tentent de rallier le monde Arabe face à la menace américaine. Ils tentent aussi de prévoir les actions potentielles de l'Irak en cas d'attaque mais un officiel précise que ces analyses sont hautement spéculatives du fait que Saddam vit reclus dans un environnement sous bonne garde.
Les officiels des services secrets estiment que, bien que Saddam tienne son gouvernement d'une main de fer, il pourrait être renversé par un coup d'état militaire, si des troupes américaines étaient sur le point d'envahir le pays. L'un d'eux déclare :"la prévision est que plus les officiers militaires irakiens percevront que la fin est proche, plus les gens de l'intérieur désireront se rendre". "Mais du fait que des coup d'états contre Saddam se sont terminés par des représailles brutales, dont la mort et la torture pour des centaines voire des milliers d'officiers (certains non coupables), il est peu probable que le lancement de missiles de croisières et le largage de bombes suffisent pour lancer la mécanique" ; a déclaré un ancien officier de la CIA.
Les services secrets suivent aussi de près les rares apparitions publiques de Saddam Hussein. Dimanche 22 décembre, il a reçu une délégation de Biélorussie, menée par Nikolaï Ivanchenko, le député principal de l'administration du Président Alexander Lukashenko. La Biélorussie est l'un des quelques pays accusés par les Nations-Unies de fournir des armes prohibées à l'Irak. Elle est aussi soupçonnée d'avoir entraîné les forces irakiennes à utiliser des systèmes de défense anti-aérienne. En outre, les inspections passées des Nations-Unies ont rapporté que, dans le milieu des années 90, la Biélorussie a vendu des machines-outils capable de fabriquer des composants pour missiles et pour centrifugeuses à haute-vitesse, que l'Irak pourrait utiliser dans le processus d'enrichissement de l'uranium nécessaire à la fabrication de bombes atomiques. En 1998, les inspecteurs ont vu des machines similaires, bien qu'on leur ait dit qu'elles étaient utilisées pour fabriquer des lentilles optiques d'artillerie. Selon la radio
Biélorusse, Saddam Hussein aurait dit à la délégation Biélorusse qu'il ne recevait pas beaucoup d'aide d'autres pays pour lever l'embargo sur ce type de machines, à cause des accusations portés contre lui. Il a aussi assuré qu’il "ne fabriquait plus d'armes de destruction massive, mais que le monde ne semblait pas s'en préoccuper."
En octobre dernier, Bagdad a renforcé ses relations avec l'Arabie Saoudite, parmi d'autres pays, en faisant invitant des hommes d'affaires saoudiens, pour la première fois depuis l'invasion du Koweit en 1990. Deux semaines auparavant, les lignes téléphoniques entre les deux pays avaient été rétablies, et, cette semaine Bagdad a annoncé avoir conclu avec l'Arabie Saoudite des contrats d'une valeur de 44 millions de dollars portant sur l'acquisition de véhicules, de poudre de lait et de systèmes d'air conditionné. Le ministre du commerce, Mohammed Mahdi Saleh, a appelé, sur la chaîne Al-Jazeera, tous les pays arabes à aider son pays. Il s'est aussi fait l'écho du vice-premier ministre Tareq Aziz, en déclarant que Washington, aidé par Londres, cherche à diviser et à conquérir le monde arabe. Il a déclaré que l'Arabie Saoudite, la Syrie, l'Egypte, l'Iran ainsi que la Turquie seraient leurs prochaines cibles.
A l'intérieur du pays, cependant, la préparation de la population ainsi que des militaires se poursuit en vue d’une guerre possible. Radio Free Iraq, qui émet en Irak depuis l'Europe, a rapporté que le ministre du commerce prévoit la distribution de 6 mois d'allocations alimentaires en une seule fois. "Ce faisant, il s'assure que le peuple se battra au lieu de se rendre à l'ennemi pour obtenir à manger", ont déclaré certains analystes. L'Irak a même accepté d'ouvrir un poste frontière avec l'Iran, afin que la Croix Rouge puisse distribuer de la nourriture conformément au programme "pétrole contre nourriture".
Cependant, les récentes tentatives de S. Hussein pour neutraliser le Koweit et d'autres Etats du golfe semblent s'être retournées contre lui. Une tentative en vue de présenter "des excuses" au Koweit pour son invasion de 1990 a déchaîné une tempête politique, du fait qu’il avait assorti ces "excuses" d’un appel aux Koweitiens à désobéir à leur régime, qui coopère avec "l'ennemi américain".
Les députés Koweitiens ont qualifié le message de Hussein de "déclaration de guerre" et ont réaffirmé leur soutien à la présence de troupes américaines dans l'Emirat. Selon Khaled al-Razni, le directeur de l'ambassade du bureau de l'information koweitien, ces excuses reflètent la tentative désespérée de Saddam Hussein pour sauver son gouvernement et ses visées aggressives sur le Koweit. La Ligue Arabe, ainsi que le Conseil pour la Coopération dans le Golfe, composés de dirigeants de l'Arabie Saoudite et de pays du Golfe qui, pour la plupart, accueillent des troupes américaines sur leur sol, ont accusé Saddam Hussein d'inciter à la violence et de soutenir et d’encourager le terrorisme. Ils l'ont aussi exhorté à prouver aux inspecteurs des Nations-Unies qu'il ne possède pas d'armes de destruction massive.
Depuis les "excuses" de Hussein, l'Irak a tenté de calmer les tensions avec le Koweit. Pour calmer ces tensions, l'Irak a annoncé la tenue d'une rencontre en Jordanie, afin de discuter de l'endroit où se trouveraient 605 Koweitiens disparus pendant la guerre de 1990, ainsi que de la restitution d'objets d'art volés à l'Emirat koweitien pendant l'occupation. Ceci intervient après la restitution d'archives koweitiennes volées également en 1990.
"Mais les Koweitiens ne sont toujours pas satisfaits", a déclaré un haut officiel Américain.
© 2002 The Washington Post Company
* Walter Pincus est rédacteur de l’équipe du Washington Post











