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La Guerre est la seule option, Elie Wiesel
Editorial d'Elie Wiesel, paru dans The Observer du dimanche 22 décembre 2002.Traduction française par Simon Pilczer, pour www.reinfo-israel.com
Le lauréat du prix Nobel de la Paix, en 1986, déclare que nous devons arrêter la machine à tuer de Saddam.
"Depuis la résolution unanime du Conseil de Sécurité de l'ONU, le monde a vécu dans l'angoisse, anticipant un évènement qui affecterait profondément le cours des évènements au Moyen-Orient.
La guerre en Irak, pour laquelle Washington et Londres ont plaidé depuis le début, aura-t-elle finalement lieu ? Et si oui, sera-t-elle justifiée ? Si les inspecteurs en armements de l'ONU reviennent sans rien, pouvons-nous être assurés que Saddam Hussein leur a vraiment garanti la liberté de faire leur travail ? Ou Saddam est-il un menteur, qui cache des armes chimiques, biologiques, ou nucléaires capables de dévaster des régions entières?
Voilà des questions cruciales, aussi troublantes que complexes. Impossibles à résoudre, mais aussi impossibles à contourner.
Il est quasi certain que Saddam héberge des arsenaux mortels. Idéalement, les inspecteurs internationaux devraient découvrir et détruire les armes qui mettent de nombreux pays en danger, et pas seulement Israël. Mais qu'en est-il si les caches irakiennes s'avèrent trop profondes, trop bien dissimulées ? Les armes peuvent être enterrées dans les sous-sols des hôpitaux et dans des cimetières, et des usines peuvent fonctionner dans les palais présidentiels. Les inspecteurs disposent-ils des outils adéquats pour les découvrir ?
Peu de spécialistes du renseignement doutent que Saddam soit capable d'utiliser des armes de destruction massive. Sa mentalité, son tempérament, et son passé sont bien connus : tuer un grand nombre d'êtres humains ne le trouble pas. Il l'a prouvé à la fin des années 80, quand il ordonna le massacre par le gaz de ses propres citoyens.
En vérité, c'était alors aux leaders des nations civilisées d'élever leurs voix et de condamner Saddam au nom de la conscience du monde, simplement et clairement, pour crimes contre l'humanité. Mais pour des raisons purement politiques, ils ne l'ont pas fait : à cette époque, Saddam était l'ennemi de l'Iran, qui était l'ennemi des Etats-Unis et de ses alliés. Aussi fut-il traité avec précaution - alors que son régime devenait plus puissant que jamais.
Saddam hésitera-t-il avant d'utiliser les mêmes tactiques meurtrières dont il s'est déjà montré capable ? Craindra-t-il une réaction internationale ? C'est possible. Mais il est aussi possible qu'il soit assez astucieux pour exploiter l'impasse entre les USA et l'ONU. Alors, le temps jouera pour lui. Et quand tout sera dit et fait, il sera celui qui décide quand, contre qui, et où lancer ses missiles portant le poison et la mort.
C'est le pire de tous les scénarios. Parce que de nombreuses vies sont en jeu. La vie des Israéliens, des Américains, et, bien sûr, des Irakiens. Par dizaines de milliers. Aussi, une chose est évidente : nous devons faire tout notre possible pour empêcher Saddam d'utiliser ses armes.
Cela signifie-t-il la guerre ? Pas nécessairement. Puisque nos services de renseignements, qui semblent bien informés, savent où se trouvent les usines en question (du moins je l'espère), je suis assez naïf pour croire qu'une espèce d'opération James Bond serait ce qu'il y a de mieux.
J'imagine des commandos américains, britanniques, et israéliens, les mieux entraînés du monde, qui seraient parachutés, une nuit, en Iraq. Ils détruiraient toutes les bases de missiles et les centres de production d'armes, et se retireraient à l'aube, sans tuer un seul Irakien.
Suis-je trop romantique ? pourquoi ne le serais-je pas ? Après tout, je suis aussi un romancier. Je dois seulement admettre que les militaires à qui j'ai proposé mon plan ne l'ont pas trouvé très réaliste. Et le fait que je ne connais rien aux stratégies de guerre n'a pas renforcé ma position.
Alors où allons-nous ? Si toutes les voies vers une solution pacifique sont fermées, et ainsi toutes les tentatives de négociation sont condamnées à l'échec, et si Saddam renvoie les inspecteurs les mains vides, vaincus et ridiculisés, la guerre apportera-t-elle la solution désirée ?
Je trouve la guerre répugnante. Toutes les guerres. Des guerres, je connais les aspects monstrueux : du sang et des cadavres partout, des réfugiés affamés, des cités dévastées, des orphelins en larmes et des maisons en ruines. Je ne lui trouve aucune beauté. Mais c'est le cœur lourd que je demande : Que doit-on faire ? Avons-nous le droit de ne pas intervenir, quand on sait que la passivité et la conciliation rendent la guerre possible ?
La politique d'intervention du Président Bush est-elle la meilleure réponse à un besoin impératif ? Oui, on l'a dit, et je ne suis pas enclin à dire autre chose. L'objectif de Bush est d'empêcher le plus mortel des conflits biologiques ou nucléaires de l'histoire moderne.
Si les USA, soutenus par le Conseil de Sécurité de l'ONU, sont contraints d'intervenir, cela sauvera des victimes qui sont déjà ciblées, déjà menacées. Et ils vaincront. Les USA nous le doivent, et ils le doivent aux générations futures. Comme le disait le grand écrivain français André Malraux, la victoire appartient à ceux qui font la guerre sans l'aimer."
© The Observer 2002
www.observer.co.uk/iraq/story/0,12239,864318,00.html











