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Le Pentagone envisage des frappes rapides et fortes, Thomas E. Ricks
Washington Post, 10 novembre 2002Traduction française de Voxdei (N. Ciarapica)
D’après de hauts responsables militaires, les Etats-Unis envisagent un plan d’invasion qui encerclerait l’Irak à partir de plusieurs points de frappe, dans le but de faire chuter Saddam, désavoué par les siens, avant même de gagner Bagdad.
Toutefois, un plan de long combat est également prêt, dans le cas contraire. En effet, même après une élimination éventuelle de Saddam Hussein, les stratéges n’excluent pas les guérillas de résistance autour de la capitale irakienne, ou à Tikrit, la ville natale de Saddam.
Les spécialistes peaufinent la stratégie dans l’attente de la réponse définitive de l’Irak à la résolution de l’ONU. Une attaque est hautement probable en cas de refus irakien, à la fin de cette semaine. Les Etats-Unis s’efforcent de ménager les sensibilités régionales. Les attaques seront très ciblées et ne viseront que les objectifs militaires jugés nécessaires. Les forces envoyées dans la région ne seront déployées qu’en cas de l’échec du premier plan prévu.
L’objectif affiché de la campagne est d’encourager la libération de l’Irak par les Irakiens. A cet effet, l’invasion américaine débutera par des actions terrestres et aériennes, en plus d’une guerre psychologique, visant à détruire les institutions par lesquelles Saddam se maintient au pouvoir. Les frappes aériennes seront sensiblement moins longues que lors de la première
guerre du Golfe. Elles viseront les cibles du régime ainsi que les sites de production des armes de destruction massive. Simultanément, par les tractes et les émissions radiophoniques, les appels seront lancés, d’une part, aux militaires irakiens pour qu’ils changent de camp, et d’autre part, aux civils, pour les assurer qu’ils ne sont pas pris pour cibles. Des avertissements
contre l’utilisation des armes chimiques ou bactériologiques seront aussi diffusés.
Si la chute de Saddam advient rapidement, les Etats-Unis n’auront pas besoin de lancer un assaut sur Bagdad. Certains espèrent même qu’elle pourra se produire avant toute attaque américaine, au fur et à mesure qu’elle s’avère imminente. Le Colonel Richard Atchison, (retraité) était chargé des renseignements concernant les cibles durant les opérations "Tempête de Désert". Il décrit la stratégie de la nouvelle guerre : «Vous coupez le soutien de la base tribale de Saddam au Nord. Au sud, région rebelle, vous essayez de former un futur gouvernement avec vos alliés. A l’ouest, où il n’y a pas grand-chose, à part une autoroute, deux bases aériennes et les dépôts d’armes, vous sécurisez la Jordanie et Israël. »
Les Etats-Unis veulent envoyer un double message au monde arabe : d’abord, qu’ils sont déterminés à éviter d’attaquer la population irakienne, et ensuite, qu’ils ont la capacité de détruire toutes armées qui leur résistent.
Le plan entend éviter les combats de rue, où les avantages technologiques américains ne seront pas utilisables et où les pertes humaines seront inévitables.
Dans la première phase, les militaires américains se dirigeront vers l’ouest désertique, à la frontière jordanienne, afin de protéger Israël des missiles ou des attaques biochimiques par avion. En même temps, la 101e division de l’US Air Force, plus une unité d’hélicoptères britanniques quitteront les bases d’Allemagne et de Turquie pour le nord de l’Irak. Ce mouvement devra se dérouler sans résistance car il survolera le territoire kurde, quasi-indépendant. Une fois les bases d’opérations établies dans le nord, les forces américaines poursuivront les attaques vers le sud. Elles seront ainsi en position d’attaquer Tikrit, au bord du Tigre à 160 km au nord de Bagdad. Ces forces serviront aussi de protection entre les Kurdes et les Turcs.
Au sud, les forces britanniques et les Marines auront probablement à saisir les zones aériennes et d’autres installations clé autour de la cité portuaire de Basra, à dominance chiite. Cela laissera le temps aux Chiites de s’organiser.
En admettant que Saddam soit toujours en place après ces phases, alors, les Américains pourront le cerner de toutes parts, en progressant vers le centre du pays, qui est aussi le centre stratégique. C’est de là que Saddam puise son soutien. La région est bien gardée, grâce aux armements anti-aériens qui avaient été retirés d’autres zones et se trouvent amassés là.
Le plan ressemble plus à celui du Panama, en 1989, qu’à celui de la Première Guerre du Golfe: une opération de grande envergure, ayant un suivi significatif pour l’après-guerre et une bonne prévention de meurtres par représailles.
L’opération devrait engager250 000 militaires, la moitié par rapport à la précédente.
© Washington Post











