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Trop tard, Amram ! Par Amos Asa El *
Voir aussi " Mitzna, un politicien en uniforme", par Ouri Dan" ", par Ouri DanAmram Mitzna est le candidat attendu à la présidence du parti travailliste israélien. Rappelons que l'ambassadeur américain Daniel Kurtzner lui avait rendu une visite secrète cet hiver, démontrant l'ingérence flagrante des Etats-Unis dans la politique intérieure d'Israël. Le maire de Haifa est appuyé par les milieux d'affaires israéliens et par une partie non négligeable du pouvoir américain. Son but est de renvoyer dos à dos Sharon et Ben Eliezer, qui se disputent déjà la victoire aux élections législatives de 2003. [Note du traducteur]
Voir Original anglais
Article paru dans le Jerusalem Post du 15 août 2002, et traduit, pour simple information, par Albert Soued, www.chez.com/soued , le site des Symboles dans la Bible.
En d'autres circonstances, cela aurait pu être un coup de génie, un rare mélange de contre-attaque prosaïque et de justice poétique.
Après tout, le nouveau candidat au poste de Premier Ministre n'est pas l'habituel général en retraite qui, persuadé qu'il est "Batman", plonge tête baissée au milieu de la bataille, pathétiquement plein de lui-même, tragiquement dépourvu de talent, d'originalité et d'idées, sans mentionner l'expérience, avec laquelle au moins il pourrait parvenir à ses fins.
Doué d'une faculté d'écoute, déterminé à réaliser, portant une barbe généreuse et médiatique depuis que son visage a été brûlé lors d'une des nombreuses batailles qu'il a vécu depuis 1967, Amram Mitzna a étalé ce que la plupart des généraux-devenus-politiciens d'Israël ont toujours omis: la volonté de se mesurer à l'autorité, mais une réticence à prendre d'assaut le sommet.
Le défi lancé par Mitzna à ses supérieurs eut lieu avec élégance, quand il était brigadier général en 1982; il n'attaqua pas seulement un major-général, ni même le chef d'Etat-Major, mais le Ministre de la Défense lui-même. Il l'accusait de mener une campagne militaire aventureuse qui mettait en péril des soldats israéliens et des civils libanais, sans raison impérieuse. Ce ministre était Ariel Sharon.
Le défi a été lancé dans un forum limité, sans intention qu'il y ait des fuites, et avec le risque clair de perdre une carrière militaire prometteuse à 37 ans. En fin de compte, cette partie de l'avenir a été sauvée, même si cette attaque a sans doute empêché Mitzna d'être candidat au poste de chef d'Etat-Major. Cependant, pour le meilleur ou le pire, cette confrontation avec Sharon, vieille de 20 ans, lui a valu la réputation d'un homme indépendant d'esprit et ayant le courage de ses opinions.
Même si aussitôt après sa retraite, Mitzna décida de fuir la politique nationale et de briguer plutôt la mairie de Haifa, qu'il enleva élégamment à Aryé Gurel, maire de toujours, il s'employa à faire marcher sa mairie. Dans cette même élection de 1993, Roni Milo gagna la mairie de Tel Aviv. À l'opposé du charismatique mais modeste Mitzna, le terne mais pompeux Milo ne trouva pas incongru de briguer le poste de Premier Ministre, malgré un mandat sérieusement médiocre et non encore échu.
Au même moment, Mitzna s'est investi de sa mission avec minutie; il facilita les problèmes de circulation à Haifa en lançant le projet du tunnel du Carmel, il entreprit des percées touristiques telles que la promenade de la corniche, et il encouragea l'harmonie entre Juifs et Arabes, politique qui a porté ses fruits lors des émeutes de l'automne 2000, puisque celles-ci ont été étouffées dans l'œuf, à Haifa.
Dans un système politique dominé par des écrivaillons professionnels, des aides obséquieux, de médiocres technocrates, et des militaires "ego-maniaques", il est vrai que l'annonce de Mitzna apportait un souffle d'air frais. Il est bon de voir finalement un candidat au poste de premier ministre grimper les échelons politiques de manière conventionnelle, du bas vers le haut, plutôt que l'inverse, comme le fit Ehoud Barak!
Si Barak, mais aussi Bibi Natanyahou et Hayim Ramon, avaient passé une dizaine d'années comme maire, l’avenir du premier, et de là le nôtre, aurait été différent.
Hélas! Barak n'a pas choisi le chemin de l'effort, du résultat et de la modestie de Mitzna, mais il a insisté sur l'assaut du sommet, où il nous a infligé à nous tous, à son parti, au coeur de l'institution politique, un tel dommage, que Mitzna - avec tout le respect que j'ai pour sa réserve et sa pureté - ne peut le surmonter, ni même le réparer.
Pour réussir, Mitzna devra, bien sûr, être victorieux du courant politique habituel. Pour y arriver, il faudrait d'abord qu'il fasse oublier le traumatisme laissé par Barak.
Malheureusement pour lui, cela serait contre nature. Les Israéliens ne sont pas près d'oublier, pour de nombreuses années et même des décades, le charlatan qui a promis de faire prévaloir la cause des défavorisés sur le plan socio-économique et qui s'est empressé de les ignorer, celui qui réside parmi les célèbres et les nantis de Kfar Shmaryahou. Les Israéliens n'oublieront pas le bricolage volage de sa mixture appelée "révolution laïque". Les Israéliens n'oublieront pas sa retraite chaotique du Liban. Les Israéliens n'oublieront pas ses promesses inconsidérées de paix avec la Syrie, "ce printemps", et avec les Palestiniens, "dès cet automne" (ou inversement). Et les Israéliens n'oublieront sûrement pas le cauchemar en cours, qui a scellé la tragédie de Barak et qui déclenché la leur.
Alors pourquoi, pourrait-on se demander, un homme comme Mitzna devrait-il payer pour les échecs d'un autre?
Réponse triste: parce que lui-même le demande.
En effet, en demandant des "négociations directes et inconditionnelles" avec Yasser Arafat, et en insistant pour imputer à Sharon la responsabilité de la situation actuelle, Mitzna suggère qu'entre lui et la quête de pouvoir de Barak, il ne s'est rien passé d'anormal ou d'erroné, sauf l'aberration portant le nom de "Sharon".
Pour être crédible, tout candidat du parti travailliste devrait rejeter cette attitude et commencer plutôt par une déclaration du type suivant:
"En 1993, nous nous sommes embarqués dans l'aventure de la paix. Bien que le risque fût élevé, on était nourri par la croyance que gouverner 3,5 millions de Palestiniens n'était ni faisable ni désirable. Le risque pris impliquait un pari, et le pari fut perdu. L'ennemi nous a menti et, pendant qu'il parlait de paix, il préparait la guerre. Pour cela notre responsabilité est totale. Mais en même temps, notre croyance – à savoir : il faut que l'on se sépare - n'a pas seulement survécu à cette guerre, mais, en fait, elle est devenue un consensus, à tel point que le père du mouvement des implantations, Ariel Sharon, est aujourd'hui lui-même en train de construire cette barrière de séparation. Il est possible qu'on subisse une défaite électorale, mais sur le plan des idées nous restons cohérents."
Malheureusement, malgré sa fameuse modestie, Mitzna n'a pas pu trouver ces mots, préférant plutôt - comme en 1982 - partir en guerre contre Sharon, en le blâmant pour la pagaille que nous vivons.
Eh bien, mon cher Amram, en ce moment et partout, personne ne blâme Sharon, et c'est vous qui êtes hors du coup. Votre personnalité modérée et vos résultats impressionnants comme maire étaient peut-être ce dont votre parti avait besoin au moment où il a couronné Barak, mais aujourd'hui, ce dont il a besoin c'est d'un "repenti politique" et d'un "guérisseur de la nation", ce qu’à l’évidence vous n'êtes pas!
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* Amotz Asa El est journaliste au Jerusalem Post. Il écrit des articles politiques de fond, dans la rubrique "Israël du Centre", pour l'Israélien moyen.











