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Mitzna, un politicien en uniforme, par Ouri Dan *
Voir aussi : Trop tard, Amram !, par Amos Asa ElAmram Mitzna est le candidat attendu à la présidence du parti travailliste israélien . Rappelons que l'ambassadeur américain Daniel Kurtzner lui avait rendu une visite secrète, cet hiver, démontrant l'ingérence flagrante des Etats-Unis dans la politique intérieure d'Israël. Le maire de Haïfa est appuyé par les milieux d'affaires israéliens et par une partie non négligeable du pouvoir américain. Son but est de renvoyer dos à dos les deux pachydermes au pouvoir, qui se disputent déjà la victoire aux élections législatives de 2003. Note du traducteur.
* Ouri Dan est un journaliste expérimenté. Il a couvert les guerres de Sharon et est un proche du Premier ministre. Il témoigne aujourd'hui sur Amram Mitzna.
Article paru dans le Jerusalem Post du 14 août 2002, et traduit par Albert Soued www.chez.com/soued, le site des Symboles dans la Bible.
Voir Original anglais
J'ai entendu le nom de Amram Mitzna, pour la première fois, lors de la guerre du Liban, il y a 20 ans. Je ne suis donc pas surpris qu'il mette en avant sa candidature, à l'image d'un chevalier à l'armure scintillante, pour devenir premier ministre.
Déjà, à l'époque, encore en uniforme de général de brigade, il a commencé à flirter avec la politique, parvenant en fin de compte à devenir maire de Haifa.
Il devrait s'arrêter là.
En août 1982, les forces armées d'Israël avaient réussi à expulser de Beyrouth Yasser Arafat et ses 10.000 terroristes. Sous le leadership du Premier ministre, Menahem Begin, et de son ministre de la Défense, Ariel Sharon, cette action historique a démontré, une fois de plus aujourd'hui, qu'elle était vitale pour la défense du pays. La majorité des Israéliens s'attendent aujourd'hui à l'expulsion d'Arafat, en dehors des portes de Jérusalem.
Ce succès de 1982 a suscité une vague de jalousie et de haine dans le Parti travailliste et dans la gauche israélienne. Ceux-ci organisèrent des manifestations et une campagne de propagande contre la guerre, tirant un avantage politique des pertes humaines dans l'armée, campagne qui n'avait pas de précédent dans l'histoire du pays.
À cette époque j'étais le conseiller médiatique de Sharon. J'ai suivi de près l'action du Parti travailliste, qui craignait que le succès de Begin-Sharon ne propulse ce dernier au pouvoir, après Begin. Et quel serait alors le sort de ces politiciens de gauche assoiffés de pouvoir? Ces ambitions personnelles et celles du Parti travailliste se sont traduites par des attaques dans les médias et par des manifestations de la Gauche contre Begin et Sharon, pendant que la guerre faisait rage au Liban. Ainsi, quand à la veille de Rosh Hashana 1982, les Arabes chrétiens des Phalanges massacrèrent les arabes musulmans Palestiniens à Sabra et Shatila, les politiciens du Parti travailliste et la Gauche se précipitèrent pour danser sur ce sang versé, dans l'espoir d'en rendre responsable Begin et Sharon. Les banderolles provocatrices de la Gauche, aussitôt diffusées dans les médias du monde entier, portaient les accusations "Begin assassin!" et "Sharon assassin!"
C'est dans cette atmosphère de lynchage politique que j'ai dit à Sharon que la Commission créée par le gouvernement pour enquêter sur ces événements tragiques risquait de le déposer de ses fonctions, même s'il n'était nullement coupable dans cette affaire. Par conséquent, quand j'entendis à la radio que le général de brigade Amram Mitzna avait informé le chef d'Etat-Major Raphaël Eytan qu'"il rentrait chez lui", protestant et demandant la démission de Sharon, j'étais sidéré. Comment un officier supérieur de l'armée peut-il envoyer un ultimatum au ministre de la Défense?
On était à la veille de Yom Kippour, dix jours après le massacre de Sabra et Shatila. Dans mon bureau au Ministère de la Défense, je me renseignai sur l'identité de Mitzna. Qui était cet homme?
On me dit qu'il était le chef d'un corps d'armée, responsable de 1000 chars et qu'il s'était battu contre les blindés syriens et les avait stoppés, lors de la guerre du Liban! Mais de graves questions restaient en suspens, eu égard à l'échec de ce corps d'armée dans la bataille de Sultan Yaa'coub. Le degré de responsabilité de Mitzna lui-même dans cet échec n’était pas encore clair.
On me dit aussi que le Ministre de la Défense avait accepté la demande de Mitzna de rencontrer le premier ministre Begin, pour lui présenter une plainte et des accusations contre Sharon, concernant la guerre au Liban. Mais on me dit que Begin avait rejeté d'emblée la version de Mitzna. En blâmant Sharon, Mitzna voulait-il brouiller les cartes et cacher la responsabilité de son échec dans la bataille de Sultan Yaa'coub?
J'ai aussitôt téléphoné à Sharon, qui était dans son bureau, pour l'informer de l'"ultimatum" de Mitzna entendu à la radio, lequel mentionnait l'entretien avec Begin. Je l'informai aussi du résultat de la réunion de plusieurs généraux de l'armée, lors de laquelle Mitzna n'a cessé de critiquer la hiérarchie politique. Le but de l'entretien était de savoir comment imputer la responsabilité des échecs de la guerre du Liban, en l'orientant vers certains officiers supérieurs et vers le Ministre de la Défense. Cette attitude séditieuse était totalement inconcevable dans une démocratie.
Sharon appela aussitôt le chef d'Etat-Major Eytan et lui dit d'informer Mitzna qu'il avait le choix entre regagner immédiatement son poste militaire, ou quitter l'armée sur le champ.
Après avoir entendu cela de Sharon, je craignais que ce message clair provenant du ministre de la Défense ne soit diffusé sur les ondes aussitôt, avant le silence de Kippour.
Le lendemain de Kippour, Mitzna regagna sa position à l’Ecole supérieure de guerre. Il semblait que ce grand héros n'était pas prêt à risquer sa place en démissionnant de l'armée et en protestant. J'ai donc tiré la conclusion que ses arguments et ses revendications d'un "homme de principes" contre le ministre de la Défense, n’allaient pas jusqu’à l’amener à abandonner sa fonction, sa voiture, et les confortables avantages de son service dans l'armée!
Le lendemain, Sharon réunit les généraux de l'armée pour leur donner une leçon de civisme et de démocratie, leur apprendre ce qui était permis et ce qui ne l'était pas, à la lumière de la conduite incorrecte de Mitzna.
Aujourd'hui, alors que tout le monde est au courant des positions de Mitzna, qui sont proches de celles de la Gauche radicale, et que l’on sait qu'il est prêt à mener des négociations avec Arafat, et à accepter des retraits territoriaux importants, on peut mieux comprendre peut-être, qu'il ait agi déjà en 1982 comme un politicien, alors qu'il était général de brigade, et qu'il ait ourdi un complot peu démocratique contre Sharon, et qui a échoué.
* L'auteur est le correspondant au Moyen Orient du New York Post











