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La guerre n'est pas encore gagnée, par Garry Kasparov *
LA PROCHAINE BATAILLE Il faut passer à l’offensive contre Bagdad, Damas, Téhéran et Riad.
Wall Street Journal online
Lundi 5 août
Traduction française de Norbert Lipszyc pour reinfo-israel. Reproduction autorisée sous réserve des mentions d'origine et de Copyright, du traducteur et de notre site, avec mention complète de l'adresse internet : www.reinfo-israel.com]
Voir Original anglais
Le 6 décembre 1941, la Seconde Guerre mondiale faisait déjà rage. Tout comme les attaques aériennes sur Pearl Harbor, l’attaque du 11 septembre a entraîné les Américains dans une vaste bataille déterminante pour l’avenir de la civilisation occidentale – que les Etats-Unis avaient trop longtemps négligé.
Comme ce fut le cas pour la Seconde Guerre mondiale, la guerre lancée par les terroristes a commencé par des attaques contre les Juifs. Il est inutile de vouloir séparer le conflit israélo-palestinien de la guerre contre le terrorisme. Un fois de plus, une occasion se dessine d’une avancée vers la paix au Moyen-Orient, mais je suis persuadé qu’il est sans espoir de chercher une solution séparée pour la crise du Moyen-Orient avant d’obtenir la victoire dans la guerre contre le terrorisme.
Comme durant les années 30, chaque retard à engager cette guerre augmentera le prix de la victoire, non seulement en termes de vies perdues dans le conflit palestinien, mais aussi d’occidentaux qui seront la cible des terroristes. Le bon sens habituel dit que la victoire contre les terroristes prendra des décennies. Je ne crois pas que cela prendra, et de loin, aussi longtemps.
Pourtant, la focalisation américaine sur la sécurité interne peut s’avérer dangereuse si elle encourage à se satisfaire d’une guerre offensive. Autant il est important de renforcer les défenses internes, autant l’action préventive ne peut avoir que des effets limités sans une offensive aux objectifs clairs.
Aucun bouclier, aucun contrôle aux aéroports, aucun budget du renseignement ne seront suffisants si l’islamisme militant conserve ses bases, ses accès à des fonds, ses moyens d’entraînement et de propagande. Il est plus facile et moins onéreux de réaliser une attaque terroriste que de la prévenir : le prix d’une attaque réussie contre l’Amérique est de 10 millions de dollars, ou même moins ; le prix, pour l’Amérique, sera beaucoup plus élevé. Le temps et les dépenses jouent en faveur des terroristes, aussi, plus il faudra de temps pour déraciner les terroristes, plus la probabilité d’une autre attaque sur le sol américain sera élevée.
Si la guerre contre le terrorisme doit être gagnée rapidement, Mr Bush ne doit pas perdre de vue deux impératifs aussi importants l’un que l’autre : une contre-attaque décidée et une volonté absolue de ne pas chercher à apaiser l’ennemi.
Il y a 60 ans il fut, d’une certaine manière, plus facile de combattre l’Axe du Mal. Les armées allemandes et japonaises et leurs industries constituaient des cibles évidentes. Aujourd’hui, les attaques aériennes n’ont au mieux qu’un effet partiel. Couper les racines financières du terrorisme sera décisif, et les troupes au sol devront jouer un rôle primordial.
La guerre contre la terreur a aussi une forte dimension politique. Elle requiert des Etats-Unis qu’ils reconstruisent les pays ravagés par le fondamentalisme islamiste. Nous ne pouvons pas attendre que la libéralisation interne des pays crapuleux fasse son effet. Il y aura des jérémiades sur ce qu’on appellera une nouvelle forme de colonialisme. Pourtant, demandez aux gens d’Afghanistan s’ils ne vont pas mieux aujourd’hui. Il est de notre intérêt que d’autres soient également libérés.
Mais l’offensive vient avant. Bagdad reste la prochaine étape, mais elle n’est pas la dernière. Nous devons aussi avoir des plans pour Téhéran, Damas, sans oublier Riad. Les tactiques seront différentes, mais le but - la défaite totale du terrorisme - est clair. Une fois les troupes américaines au sol en Irak, le message doit parvenir à tous les sponsors du terrorisme que ce petit jeu est terminé.
En ce qui concerne le deuxième impératif - avoir le courage de nos opinions -, les alliés de l’Amérique en Europe sont hésitants. En écoutant les leaders européens sur le thème du conflit israélo-palestinien, je comprends mieux la situation critique dans laquelle se trouvaient les premiers ministres français et anglais, Edouard Daladier et Neville Chamberlain, à Munich en 1938.
Chamberlain et Daladier ne pouvaient pas trouver de précédent analogue dans le passé. Ils avaient reçu, eux aussi, de leurs électorats respectifs, un mandat clair d’éviter la guerre. Et Hitler semblait être un partenaire "légitime" pour des pourparlers de paix : les Nazis avaient été élus par le peuple allemand. Le système des partis multiples avait été aboli, mais il était courant, à cette époque, de remettre en question la démocratie. En effet, les solutions que Hitler proposait pour l’Allemagne étaient considérées avec sympathie par le monde civilisé, alors que le communisme était perçu comme une bien plus grande menace.
Le prix pour une "paix éternelle" payé à Munich par les leaders du monde libre ne semblait pas excessif à beaucoup de leurs contemporains. Et alors que les persécutions contre les Juifs auraient du être le présage des troubles bien plus graves à venir, l’antisémitisme et les préjugés de longue date contre les Juifs facilitèrent l’aveuglement concernant ce détail. Qui aurait alors imaginé que les lois de Nuremberg et la Nuit de Cristal mettraient en danger Paris et Coventry ?
Chamberlain et Daladier n’avaient pas de boule de cristal leur permettant de voir les conséquences de leur accord avec Hitler, mais aujourd’hui, nous avons des leçons historiques précieuses qui devraient nous permettre d’éviter les erreurs fatales.
Les alliés de l’Amérique doivent encore reconnaître l’urgence de la situation ; ils doutent toujours de la nécessité de mesures plus strictes pour s’opposer au défi le plus sérieux auquel notre civilisation ait été confrontée depuis un demi-siècle. Il est courant, en Europe, d’accorder aux terroristes-suicide le luxe d’une cause "politique" à défendre. Les pays de l’Union Européenne et les banques travaillent encore à garantir les obligations émises par le gouvernement iranien. Le multilatéralisme, le multiculturalisme, sans oublier l’antisémitisme, exercent toujours une trop forte influence pour que l’Europe puisse jouer un rôle constructif.
Il y a une autre ressemblance frappante avec le Seconde Guerre mondiale : la Russie pourrait être à nouveau un allié précieux pour l’Amérique. Malgré les agissements de Vladimir Poutine en Tchétchénie et ses violations des droits de l’homme, il est très loin de "l’oncle Joseph" [=Staline], le héros de la presse libérale des années 1941-1945.
Les alliés européens de l’Amérique s’associeront à l’action contre Saddam Hussein, ou du moins ne s’y opposeront pas. Mais il y aura une très forte pression pour déclarer ensuite que la guerre a été gagnée et que la phase offensive est terminée. Ce serait désastreux.
Ceux qui ont provoqué la guerre actuelle doivent se souvenir que Coventry et Pearl Harbor ont eu pour résultat Dresde et Hiroshima. Il n’y aura pas de paix à Gaza, ni de libération de la peur à Jérusalem, tant que nous n’aurons pas mené à son terme la guerre contre la terreur à Bagdad, Téhéran, Damas et ailleurs. La puissance américaine a sauvé l’Europe du fascisme et du communisme. Elle est encore une fois le dernier espoir.
* Mr. Kasparov, est le meilleur joueur d’échecs au monde. Il contribue régulièrement au Journal.
www.opinionjournal.com/editorial/feature.html?id=110002087











