PROCHE-ORIENT :
Petit manuel pour comprendre
(CICAD)
1. Les liens entre les Juifs et la Terre dIsraël avant 1948
«Eretz Israël est le lieu où naquit le peuple juif. Cest là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. Cest là quil réalisa son indépendance, créa une culture dune portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible au monde entier.» 1
La présence des Juifs en Terre dIsraël est attestée dès le XIIe siècle avant notre ère. La fondation de la royauté remonte à -1020, avec le règne de Saül. En -932, un schisme se produit entre les royaumes dIsraël et de Juda. Israël est conquis en -721 par les Assyriens, et Juda en -587, par les Babyloniens. Le roi Nabuchodonosor ordonne alors la destruction du Temple de Jérusalem et la déportation des Juifs en Babylonie (premier exil). Une partie des Juifs revient sur sa terre en -539 et reconstruit le Temple, mais ne parvient pas à restaurer une domination juive sur cette terre, qui sera successivement administrée par les Perses, les Grecs, puis les Romains. Ce sont ces derniers qui, sous le commandement du général Titus, détruiront le deuxième Temple, en 70, et provoqueront le deuxième exil, après avoir maté la révolte dirigée par Bar Kochba, en 135.
A partir de ce moment, la majorité des Juifs va se retrouver dispersée en dehors dIsraël (diaspora); une présence juive sera néanmoins maintenue sur cette terre, de manière ininterrompue, et dimportantes communautés vont même être fondées à Jérusalem et Safed, par exemple. Cette contrée subira encore plusieurs invasions étrangères (Byzantins, au IVe siècle, Arabes, au VIIe, Croisés, au XIe, puis Mamelouks, au XIIIe, et enfin, Ottomans, au XVIe), durant lesquelles les Juifs maintiendront, tant bien que mal, leurs communautés et leur mode de vie.
Au XIXe siècle, sous la double influence des thèses sionistes et de la montée de lantisémitisme, un grand nombre de Juifs européens émigrent vers la Terre dIsraël dans le but dy fonder un Etat.
Ce nest cependant quau milieu du XXe siècle, alors que ce territoire se trouve sous mandat britannique, que cet espoir pourra se concrétiser.
2. Le sionisme
Définition
Bien que le terme "sionisme" désigne en réalité plusieurs idéologies et sensibilités différentes (religieuse, laïque, de gauche, de droite, etc.), il est possible didentifier un certain nombre de caractéristiques communes à ces différentes idéologies. Le sionisme peut ainsi se définir comme «le mouvement de libération nationale du peuple juif» 2, dont le but est de «donner un Etat au peuple juif dispersé de la Diaspora» 3.
Le terme "sionisme" a été créé en 1890 par lintellectuel Nathan Birnbaum 4, lun des premiers penseurs sionistes, et fait directement référence au Mont Sion, symbole de Jérusalem et de la Terre dIsraël.
Une forme de colonialisme ?
Cest lun des arguments majeurs des adversaires du sionisme, qui décrivent Israël comme lun des derniers Etats coloniaux au monde.
Quest-ce que le colonialisme ? Une «doctrine qui vise à légitimer loccupation dun territoire ou dun Etat, sa domination politique et son exploitation économique par un Etat étranger» 5. Linstallation des Juifs en Terre dIsraël ne répond pas à cette définition puisque:
- elle na pas été organisée par un Etat, mais par un mouvement de libération nationale, dans le but, justement, de construire un Etat.
- Les Juifs nétaient pas étrangers à cette terre.
Une forme de racisme, ou dapartheid ?
Le 10 novembre 1975, lAssemblée générale des Nations Unies votait une résolution assimilant le sionisme à une «forme de racisme» 6. Cette résolution «sinscrivait dans le cadre dune campagne anti-israélienne menée par lURSS et les pays arabes, à lépoque de la guerre froide. Presque tous les pays non arabes qui soutenaient la résolution ont formulé des excuses et ont modifié leur position. Quand lAssemblée Générale a décidé, en 1991, dannuler la résolution7, seuls quelques états arabes et musulmans, ainsi que Cuba, la Corée du Nord et le Vietnam, sy sont opposés» 8.
Le racisme est une «idéologie fondée sur la croyance quil existe une hiérarchie entre les groupes humains, les "races"» 9. Or, il nest nulle part fait mention, dans les écrits sionistes, dune quelconque supériorité des Juifs sur les Arabes ou sur nimporte quels autres êtres humains; le concept de «race juive» est dailleurs complètement étranger à la pensée juive et renvoie plutôt à lidéologie nazie, selon laquelle les Juifs sont une «race inférieure».
Les adversaires du sionisme utilisent également un autre terme, qui fait référence à une idéologie raciste: «apartheid». Ce mot désigne «la politique de ségrégation raciale mise en place dans la République sud-africaine en mai 1948» 10 ; cette politique impliquait notamment la création de ghettos et faisait de la population noire une population de seconde catégorie. La situation qui prévaut en Israël na aucun rapport avec cette politique puisque les citoyens arabes dIsraël, estimés à près dun million, ont les mêmes droits que leurs concitoyens juifs, à cette exception près quils ne font pas de service militaire. Un certain nombre de députés arabes siègent dailleurs à la Knesset (le Parlement israélien).
3. La création dIsraël
Une réparation pour la Shoah ?
Largument selon lequel la création dIsraël servirait de «dédommagement» pour les souffrances subies par les Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale est non seulement faux, mais également dangereux.
Il est faux, car il donne limpression que les rescapés de la Shoah auraient, en quelque sorte, débarqué un beau matin sur ce territoire, occupant ainsi un espace déjà habité par une autre population, et ce sans aucune légitimité ni aucun lien avec ce territoire. Or, comme nous lavons vu, les Juifs étaient présents sur cette terre depuis des siècles et la revendication dun Etat pour le peuple juif date de bien avant la Shoah.
Il est dangereux, dès lors quon le met en parallèle avec les théories négationnistes, qui ont de plus en plus de succès dans le monde arabo-musulman : en effet, si la seule légitimité dIsraël est la Shoah, et si lon nie lexistence de la Shoah, alors, Israël na plus aucune légitimité.
Légitimité internationale dIsraël
En 1917, le gouvernement britannique publie la déclaration suivante, connue sous le nom de Déclaration Balfour 11 : «Le Gouvernement de Sa Majesté envisage avec faveur la création, en Palestine, dun foyer national pour le peuple juif, et fera de son mieux pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant bien entendu que rien ne doit porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives qui vivent actuellement en Palestine, ou aux droits et au statut politique dont bénéficient les Juifs dans tout autre pays.» 12
Suite à la publication de cette déclaration, la Société des Nations confie à la Grande-Bretagne
un mandat devant lui permettre de mener à bien les objectifs contenus dans la déclaration. «Ce mandat se référait spécifiquement aux rapports historiques du peuple juif avec la Palestine et à la validité morale de «la reconstitution de leur foyer national dans ce pays». [...] Le mandat a été formellement accepté par les gouvernements de 52 Etats membres de la Société des Nations le 24 juillet 1922.» 13
Le 29 novembre 1947, lAssemblée générale des Nations Unies votait en faveur dun plan de partage de la Palestine mandataire en deux Etats: lun juif et lautre arabe14. Ce plan, accepté par les Juifs mais rejeté par les Arabes, signifiait implicitement une reconnaissance de la légitimité des revendications juives sur la Terre dIsraël. Le refus des Arabes de ce plan de partage sest manifesté par le déclenchement de la guerre.
Cette reconnaissance internationale est devenue explicite et sans équivoque, deux ans plus tard, lors de ladmission du tout jeune Etat dIsraël au sein des Nations Unies15.
4. Les Palestiniens
Quest-ce que la Palestine ?
Le terme «Palestine» trouverait son origine dans le nom des Philistins, un peuple aujourdhui disparu qui vivait le long de la côte méditerranéenne, aux frontières du royaume dIsraël, au XIIe siècle avant notre ère. En lan 135 de notre ère, après que les Romains eurent écrasé la révolte des Juifs, ils rebaptisèrent la Judée «Syria Palaestina» dans le but de «minimiser lidentification des Juifs avec la terre dIsraël» 16. Puis, au IVe siècle, le terme «Palestine» sera utilisé pour définir un territoire bien plus grand que celui occupé aujourdhui par Israël et les territoires palestiniens ; ce territoire sera divisé administrativement en trois entités, répondant au nom de Palaestina Prima, Secunda et Tertia. Les Arabes conquièrent ensuite le Proche-Orient et donnent le nom de Filastin (Palestine en Arabe) au territoire sétendant du Sinaï à Akko (St. Jean dAcre). Le terme «Palestine» cessera dêtre utilisé à lépoque des Croisés, pour être réhabilité après la défaite de ces derniers, au XIVe siècle. Sous lEmpire ottoman, le terme «Palestine» ne sera plus une dénomination officielle mais continuera dêtre utilisé par la population locale. Enfin, à lépoque de la colonisation anglaise, lusage sera de parler de «Palestine sous mandat britannique». En 1947, le Plan de Partage voté par lONU soutiendra dailleurs la création dun «Etat juif» et dun «Etat arabe», sans parler d«Etat palestinien» 17.
En résumé, selon Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à lUniversité de Tel-Aviv 18: «la Palestine na jamais constitué un pays, et le concept même de Palestine nexistait pas dans lEmpire ottoman. Comme lexplique Bernard Lewis, le spécialiste du Proche-Orient: "Depuis la destruction de lEtat juif dans lAntiquité et jusquau Mandat britannique, le territoire
Peuple palestinien: histoire et légitimité
Contrairement à une idée largement répandue, les Palestiniens daujourdhui ne sont pas les descendants des Philistins. Il sagit, pour la plupart, de descendants des populations arabes et musulmanes venues sinstaller sur ce territoire à lépoque de lEmpire ottoman (à partir du XVIe siècle). La population palestinienne actuelle est, dans sa grande majorité, musulmane sunnite, mais comprend également une importante minorité chrétienne, ainsi quune petite communauté samaritaine.
Si des mouvements nationalistes voient le jour chez les Arabes de Palestine, depuis le début du XXe siècle, il sagit la plupart du temps dun nationalisme panarabe et non pas spécifiquement palestinien. La Charte nationale palestinienne de 1964 21 déclare à ce propos, dans son article 1er, que «la Palestine est une terre arabe unie par des liens nationaux étroits aux autres pays arabes. Ensemble, ils forment la grande nation arabe» ; la Charte ne parle dailleurs pas de «peuple palestinien», mais du «peuple arabe de Palestine» (art. 3). Il faudra attendre quatre ans pour que la notion de «peuple palestinien» fasse son entrée dans la deuxième Charte nationale palestinienne de 1968 22.
La politique arabe du IIIe Reich
Le concept dune alliance entre Arabes et nazis peut sembler étrange, voire paradoxal. Pourtant, cest bien la même haine des Juifs qui a poussé Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem, à se rendre à Berlin, en novembre 1941, pour rencontrer un certain nombre de dirigeants nazis, dont Adolf Hitler. Le but de cette rencontre était damener les nazis à soutenir la cause des Arabes de Palestine, au nom de leur «combat» commun contre les Juifs. Hitler répondit positivement à cette demande en assurant au Mufti que «lAllemagne fournirait une aide concrète et pratique aux Arabes impliqués dans le même combat» 23. La reconnaissance dAl-Husseini pour cette aide se manifestera par la création de «deux brigades SS musulmanes en Bosnie, appelant à lextermination des Juifs du Yishouv» 24. Inculpé en 1945 pour son rôle dans le massacre des Juifs de Croatie et de Hongrie, il sévadera un an plus tard et continuera son «combat» antisémite, depuis lEgypte et le Liban, jusquà sa mort, en 1974.
Terrorisme ou résistance des Palestiniens ?
Le terrorisme se définit comme l«ensemble des actes de violence (attentats, prises dotages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat dinsécurité, exercer un chantage sur un gouvernement ou satisfaire une haine à légard dune communauté, dun pays, dun système» 25. La résistance, quant à elle, désigne laction dune «personne qui soppose à une occupation ennemie» 26.
A première vue, les actions des groupes palestiniens tels que le Hamas, le Djihad islamique et les groupes issus du Fatah, semblent donc sapparenter à de la résistance puisquelles sont dirigées, daprès leurs auteurs, contre loccupation israélienne. Néanmoins, si lon y regarde de plus près, force est dadmettre que ces actions doivent être qualifiées de terroristes, pour les raisons suivantes:
- la majorité dentre elles visent, intentionnellement, des civils;
- leur but nest pas uniquement de lutter contre loccupation israélienne, mais bien de terroriser la population israélienne;
- elles ne sont pas limitées au territoire considéré sous occupation, comme le seraient des actions de résistance, mais frappent également des villes qui ne sont pas, officiellement du moins, revendiquées par les Palestiniens (Jérusalem-ouest, Tel-Aviv, Haïfa, Sderot, Ashkelon, etc.).
5. Les réfugiés
Les réfugiés palestiniens: quel droit au retour ?
Entre 1947 et 1949, un peu plus de 900 000 Arabes 27 ont fui la Palestine mandataire. Sil est incontestable quun certain nombre dentre eux ont été expulsés par les Juifs, il est à souligner que la majorité a fui à lappel des dirigeants arabes qui lançaient loffensive contre Israël, en raison de leur refus dune implantation juive en Palestine mandataire. En effet, «Benny Morris, historien de lextrême gauche israélienne, qui enquêta sur des cas dexpulsions dArabes, conclut [...] que les leaders arabes encouragèrent leurs frères à partir. Le Comité National Arabe à Jérusalem, suivant, le 8 mars 1948, les instructions du Haut Comité Arabe, ordonna aux femmes et aux personnes âgées de différents quartiers de Jérusalem de quitter leur foyer. "Toute opposition à cet ordre [...] est un obstacle à la guerre sainte [...] et générera les opérations des combattants dans ces quartiers"» 28. De plus, toujours «selon [...] Benny Morris, dont les travaux sur le sujet font autorité, seule une petite minorité de villages arabes évacués au cours du printemps 1948 le fut sous la contrainte des forces juives du Yishouv [...]» 29, par suite dune guerre ou de transferts politiques de territoires ou de populations, comme la réinstallation des minorités allemandes dEurope orientale pendant et après la Seconde Guerre mondiale, la fuite des Palestiniens de ce qui est devenu Israël, ou le mouvement des juifs des pays arabes. » Le «droit au retour» de ces réfugiés prend sa source dans le droit international, notamment dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques 30, qui dispose que «nul ne peut être arbitrairement privé du droit rentrer dans son propre pays» (art. 12 al. 4). Cette disposition doit cependant être interprétée de manière restrictive puisquelle «sapplique aux personnes revendiquant ce droit à titre individuel. Il ne sagit aucunement ici des prétentions dun grand nombre de personnes ayant été déplacées. 31 De plus, un quelconque retour des réfugiés palestiniens est tout simplement inacceptable pour Israël, pour les raisons suivantes: «[...] aux yeux des Israéliens, il y a une contradiction absolue entre le soutien à "deux Etats pour deux peuples" et la revendication du droit au retour. Si un nombre important de Palestiniens devait exercer le droit au retour, cela signifierait quen une génération, lEtat dIsraël deviendrait un Etat bi-national, alors que lEtat de Palestine resterait un Etat palestinien. [...] La plupart des Israéliens se sont faits à la question palestinienne sous son angle territorial. La plupart des Israéliens sont plus que prêts à voir se créer un Etat palestinien [...] La seule question où aucun compromis nest possible, car il ny a pas de place pour le compromis, est celle des réfugiés.» 32
Le statut de réfugié
La Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés, adoptée à Genève le 28 juillet 1951, définit le réfugié comme une personne «qui, par suite dévénements survenus avant le 1er janvier 1951 et craignant, avec raison, dêtre persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social, ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité, et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle na pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de la dite crainte, ne veut y retourner» (art. 1er).
Cette définition devrait, en toute logique, sappliquer aux réfugiés palestiniens puisqu'Israël a ratifié cette convention le 1er octobre 1954. Pourtant, cas unique au monde, les réfugiés palestiniens bénéficient dun statut particulier, qui déroge en partie à cette convention. En effet, «contrairement au statut de réfugié donné depuis 1945 par lONU aux autres populations déplacées au cours de conflits dans le reste du monde, le statut de réfugiés palestiniens englobe non seulement lensemble des personnes qui résidaient en Palestine mandataire entre juin 1946 et mai 1948 et qui ont quitté leur région suite à la guerre israélo-arabe de 1948-1949, mais comprend également leurs descendants.» 34
Ils sont également les seuls réfugiés au monde à être pris en charge par un organisme spécialement créé à leur intention: lOffice de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees, UNRWA) 35. En dérogation au droit applicable à lensemble des réfugiés, lUNRWA définit les réfugiés palestiniens comme «les personnes dont le lieu normal de résidence était la Palestine, entre juin 1946 et mai 1948, [et] qui ont perdu aussi bien leur maison que leurs moyens de subsistance comme résultat du conflit israélo-arabe de 1948 [...] La définition de réfugié de lUNRWA inclut également les descendants des personnes qui sont devenues des réfugiés en 1948. Le nombre de réfugiés de Palestine enregistrés est passé, en conséquence, de 914 000, en 1950, à plus de 4,4 millions en 2005, et continue daugmenter à cause de la croissance naturelle de la population.» 36
Daprès la Direction suisse du Développement et de la Coopération (DDC), «en 2006, lUNRWA était la plus grande opération des Nations Unies au Moyen Orient, employant plus de 25 000 personnes presque toutes réfugiées elles-mêmes. La Suisse a apporté son concours à lUNRWA, en 2006, à concurrence de 16 millions de francs suisses.» 37
Les réfugiés juifs des pays arabes
Dans les années qui ont suivi la création de lEtat dIsraël, environ 820 000 Juifs se sont vus contraints de fuir les pays arabes, certains étant même expulsés de force. Contrairement aux Palestiniens, ces réfugiés juifs nont jamais bénéficié dun statut particulier, ni de laide internationale.
Récemment, le Congrès américain a adopté une résolution reconnaissant le problème des réfugiés juifs et demandant que ce problème soit réglé, au même titre que celui des réfugiés palestiniens 38.
6. Sabra et Chatila: quelle responsabilité ?
Sabra et Chatila sont les noms de deux camps de réfugiés palestiniens se trouvant au Liban, aux alentours de Beyrouth. A la mi-septembre 1982, en pleine guerre du Liban, des membres des Phalanges (milices chrétiennes libanaises) pénètrent dans ces camps et, sous le prétexte de venger leur chef, Bechir Gemayel, qui venait dêtre assassiné, tuent plus de 900 civils. Le slogan qualifiant Ariel Sharon, alors ministre israélien de la défense, de «boucher de Sabra et Chatila» est donc faux, puisque ce nest pas Tsahal qui a perpétré ces massacres mais bien les phalangistes chrétiens. Néanmoins, étant donné que les camps se trouvaient dans une zone alors sous contrôle de larmée israélienne, elle aurait dû intervenir et empêcher le massacre. Cest en tout cas lavis de la Commission Kahane commission israélienne nommée pour enquêter sur ces massacres 39 qui conclut, le 9 février 1983, à la «responsabilité indirecte» 40 dAriel Sharon, «car il ne pouvait ignorer le risque quil prenait en faisant entrer les phalangistes dans les camps sans que Tsahal ait la possibilité de contrôler efficacement leurs faits et gestes» 41.
7. La critique dIsraël
La critique légitime dIsraël
Il arrive à Israël, comme à nimporte quel Etat au monde, de commettre des erreurs. Lorsque cest le cas, la critique peut alors être admise, comme à légard de nimporte quel autre pays. Les Israéliens ne se gênent dailleurs pas pour critiquer leur Etat, que ce soit à propos de la politique extérieure (conflit avec les Palestiniens) ou de la politique intérieure (respect des minorités, par exemple).
Quand la critique dIsraël devient-elle antisémite ?
De manière générale, la critique dIsraël est inacceptable, et assimilable à de lantisémitisme
- lorsque dautres Etats ne sont pas critiqués pour des faits similaires, voire plus graves ;
- lorsque la critique dIsraël se concentre, non pas sur ses actions, mais sur son existence en tant quEtat des Juifs.
Plus spécifiquement, le Centre européen de surveillance du racisme et de la xénophobie (European Monitoring Center on Racism and Xenophobia, EUMC) a établi une définition de travail de lantisémitisme, dont une partie est consacrée à la critique dIsraël :
- « [...] Des exemples de la manière dont lantisémitisme se manifeste en rapport avec lEtat dIsraël [...] pourraient inclure:
- Le fait de nier au peuple juif son droit à lautodétermination.
- Le fait dappliquer un double standard en réclamant [dIsraël] un comportement qui nest exigé ou attendu daucune autre nation démocratique.
- Le fait dutiliser les symboles et images associés à lantisémitisme classique (p.ex., laffirmation que les Juifs ont tué Jésus, ou les accusations de meurtre rituel) pour caractériser Israël ou les Israéliens.
- Le fait détablir des comparaisons entre la politique israélienne et celle des nazis.
- Le fait de tenir les Juifs pour collectivement responsables des actions de lEtat dIsraël. [...]» 42.
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NOTES
1. Déclaration dIndépendance de lEtat dIsraël, 14 mai 1948 (extrait).
2. Frédéric Encel et François Thual, Géopolitique dIsraël, éditions du Seuil, 2006, p. 353.
3. Michel Mourre, Dictionnaire dHistoire universelle, éditions Bordas, 2006, p. 1335.
4. Né à Vienne en 1864, Nathan Birnbaum est le cofondateur, en 1882, de la première organisation détudiants juifs, Kadima. En 1884, il publie Die Assimilationsucht (« La maladie de lassimilation »), un des premiers textes à développer des thèses sionistes. La même année, il fonde le périodique Selbst-Emancipation ! (« Auto-émancipation »), qui reprendra, entre autres, les idées de Léon Pinsker, autre précurseur du sionisme. Cest dans ce cadre quil crée les termes "sioniste", "sionisme" et "sionisme politique". Ses idées seront plus tard reprises et développées par Theodore Herzl.
5. Le Petit Larousse illustré, 2007.
6. Résolution 3379 (XXX) de lAssemblée générale des Nations Unies, adoptée le 10 novembre 1975.
7. Résolution 46/86 de lAssemblée générale des Nations Unies, adoptée le 16 décembre 1991.
8. Mitchell G. Bard, Mythes et réalités des conflits du Proche-Orient, éditions Raphaël, 2003, p.11.
9. Le Petit Larousse illustré, 2007.
10. Michel Mourre, Op. cit., p. 84.
11. Du nom de Lord Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères.
12. Cité in Mitchell G. Bard, Op. cit., p. 6.
13. Idem.
14. Résolution 181 (II) de lAssemblée générale des Nations Unies, adoptée le 29 novembre 1947.
15. Résolution 273 (III) de lAssemblée générale des Nations Unies, adoptée le 11 mai 1949.
16. Mitchell G. Bard, Op. cit., p. 4.
17. Résolution 181 (II), déjà citée.
18. Emmanuel Navon, Sionisme et vérité: plaidoyer pour lEtat juif, article paru dans la revue française de géopolitique Outre-Terre N°9, de novembre 2004, et consultable ici.
19. Cf Bernard Lewis, The Palestinians and the PLO : A Historical Approach, Commentary, janvier 1975 ; et, du même auteur, Palestine : On the History and Geography of a Name, in Bernard Lewis, Islam in History, Chicago, Open Court, 1993, p. 153-165.
20. Palestine Royal Commission Report Presented by the Secretary of State for the Colonies to Parliament by Command of his Majesty, July 1937, Cmd. 5479, ch. 1, p. 6.
21. Traduction disponible sur le site de lAssociation France Palestine Solidarité.
22. Traduction disponible sur le site de lAssociation France Palestine Solidarité.
23. Mitchell G. Bard, Op. cit., p. 26.
24. Frédéric Encel et François Thual, op. cit., p. 192
25. Le Petit Larousse illustré, 2007.
26. Idem.
27. Chiffres de lOffice de Secours et de Travaux des Nations unies pour les Réfugiés de Palestine au Proche-Orient (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees, UNRWA).
28. Mitchell G. Bard, Op. cit., p.262.
29. Frédéric Encel et François Thual, op. cit., p. 328.
30. Adopté le 16 décembre 1966.
31. Stig Jagerskiold, The Freedom of Movement, in Louis Henkin, The International Bill of Rights, New York, 1981, pp. 166-184, p. 180 ; cité in Ruth Lapidoth, "Les Réfugiés palestiniens ont-ils un droit au retour en Israël ?".
32. Gershon Baskin, "Le droit au retour : oui, mais en Palestine", article publié sur le site Internet de La paix maintenant.
33. Wikipedia, rubrique «Réfugiés palestiniens».
34. Lensemble des autres réfugiés est pris en charge par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.
35. Site Internet de lUNRWA, (traduction CICAD)
37. Chiffre cité par Mitchell G. Bard, Op. cit., p. 255.
38. Voir, à ce sujet, Shlomo Shamir, U.S. Congress recognizes Jewish refugees from Arab countries for first time, article paru sur le site Internet de Haaretz, le 2 avril 2008.
39. Il est intéressant de noter que, si Israël a nommé une commission denquête, il nen a rien été au Liban, où le véritable responsable des massacres, Elie Hobeika, na jamais été inquiété. Cest quen Israël, lidée que larmée ait pu être mêlée de près ou de loin à un massacre était insupportable pour la population, qui a manifesté en nombre pour obtenir quune enquête soit menée.
40. Cité in : Raphaël Draï, Sous le signe de Sion ; Lantisémitisme nouveau est arrivé, éditions Michalon, 2001, p. 171.
41. Cité in : Frédéric Encel et François Thual, Op. cit., p. 334.
42. Site internet de lEUMC (traduction CICAD).
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© CICAD 2008
Mis en ligne le 3 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











