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Propagande/Désinformation
Comment les hommes de main d'Arafat suppriment les nouvelles, Jeff Jacoby
Nous avons cru utile de remettre ce texte en tête de liste, malgré son ancienneté, tant il corrobore adéquatement celui que le Jerusalem Post vient de publier et dont nous avons mis en ligne une traduction française : "Le parti pris pro-palestinien n’est plus du journalisme".16 août 2004
Jewish World Review
Traduction de l'américain : Menahem Macina & Henri Orquera, pour upjf.org
Original anglais : jewishworldreview.com/jeff/jacoby_2004_08_16.php3
Deux jours après la libération de Bagdad, un responsable de CNN a révélé que sa chaîne avait, pendant des années, édulcoré ses reportages d’Iraq. Dans une tribune intitulée « les informations que nous gardions pour nous », Jordan Eason avoue que CNN avait délibérément pris pour habitude de passer sous silence les atrocités du régime de Saddam Hussein. « Révéler la vérité », écrit-il, « aurait mis en danger les vies d’Iraqiens, en particulier celles de nos collaborateurs à Bagdad. »
Supprimer des informations en menaçant les reporters de violence ou de mort est l’un des sales petits secrets du journalisme au Moyen-Orient. Dans son mémoire de 1989, De Beyrouth à Jérusalem, Thomas Friedman écrit que l'intimidation physique était un obstacle majeur à la sincérité des reportages de Beyrouth pendant les années où l’OLP de Yasser Arafat tenait le Sud Liban sous sa coupe.
« Il y avait des... sujets qui étaient délibérément omis, par peur », admet Friedman. « Combien de récits sérieux furent rédigés de Beyrouth sur la corruption de la direction de l’OLP ? On aurait du mal à en trouver un seul dans les reportages de Beyrouth, jusqu’à l’invasion israélienne. » Au lieu de relater ce qu’ils savaient, les journalistes s’autocensuraient. « La presse occidentale dorlotait l’OLP », admet Friedmann. « Pour tous les correspondants à Beyrouth, la règle d’or était de rester en bons termes avec l’OLP. »
C’était il y a plus de vingt ans. Est-ce que cela a changé ?
Dans le sillage des Accords d’Oslo de 1993, Arafat et l’OLP ont pris le contrôle de la population palestinienne à Gaza et en Cisjordanie. Recyclés en "Autorité palestinienne", ils n’ont pas tardé à s’en prendre à la presse.
« Les forces de sécurité d’Arafat ont arrêté plus de trente journalistes ou éditeurs », notait la Columbia Journalism Review, en 1996. « Alors qu’ils ont été presque totalement affranchis du joug de la censure militaire israélienne, les journalistes palestiniens sont entravés de manière nouvelle. Reporters Sans Frontières, un groupe de vigilance basé à Paris, a publié un rapport… déplorant la politique de l’Autorité palestinienne consistant à suspendre les journaux et à utiliser menaces et violences contre les journalistes… Le résultat est une presse soumise et aux ordres, qui… s’engage rarement dans le journalisme d’investigation et publie uniquement… une critique édulcorée du régime ».
Khaled Abou Toameh, journaliste arabe reconnu, qui couvre Gaza et la Cisjordanie [Judée et Samarie] pour le Jerusalem Post et le US News and World Report, faisait remarquer récemment qu’aucun journaliste professionnel et crédible ne peut obtenir un emploi dans les trois journaux palestiniens. « Il y a beaucoup de journalistes palestiniens professionnels », déclarait-il au Middle East Forum, en avril dernier, « mais ils ne peuvent trouver du travail que dans la presse non palestinienne. »
Malheureusement, l’intimidation des journalistes s’étend aussi plus largement aux médias arabes et occidentaux.
Le 11 septembre 2001, les Américains ont été choqués par des images de Palestiniens dansant dans les rues pour célébrer les attaques terroristes sur les États-Unis. Mais ces scènes ont rapidement disparu des ondes, non parce qu’elles n’étaient pas dignes d’intérêt, mais parce que l’Autorité palestinienne avait ordonné de les supprimer.
Un caméraman d’Associated Press fut convoqué par un service de sécurité de l’Autorité palestinienne et dissuadé de diffuser le matériel qu’il avait filmé. Un proche conseiller d’Arafat avertit le bureau d’Associated Press que si le reportage était diffusé, « nous ne pourrions garantir la vie du caméraman ». D’autres organes de presse ont, de la même façon, été contraints de ne pas utiliser les images des réjouissances du 11 septembre. La plupart cédèrent, et les images se sont évaporées.
Les journalistes se plaisent à entretenir leur réputation d’intrépidité, d’engagement à publier mordicus et à "sortir" toute affaire, quelle qu’elle soit. La réalité n’est pas toujours aussi héroïque. Parfois les médias ne sont pas du tout téméraires, et leur relation des faits, ou son absence, peut friser la collaboration avec des dictateurs ou des tortionnaires.
Entre temps, l’intimidation continue.
En juin [2004], Abou Toameh a rapporté, dans le Jerusalem Post, que les "Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa", une branche armée du Fatah, avaient revendiqué le passage à tabac d’un photographe de l’Agence France Presse, qui avait eu les deux bras cassés. En juillet, le "Syndicat des Journalistes Palestiniens", une officine d’Arafat, a averti que tout journaliste surpris à couvrir les affrontements entre groupes rivaux à Gaza serait puni sévèrement. La semaine dernière, des miliciens en arme ont menacé d’attaquer des journalistes travaillant pour des stations-satellites arabes, si elles ne cessaient pas de rendre compte de l’agitation actuelle au sein de l’Autorité palestinienne.
« Ailleurs dans le monde, personne… n’a une idée exacte de ce qui se passe dans la région », déclarait Abou Toameh, en avril. « La faute en incombe en partie aux journalistes étrangers qui se laissent aisément tromper… Toutefois, le principal coupable est l’Autorité palestinienne, dont l’attitude tyrannique et le contrôle qu’elle exerce sur les médias créent une atmosphère d’intimidation et de crainte. » Il semble en effet, que, pour de trop nombreux journalistes, rester en bons termes avec les méchants soit, ici encore en Palestine, la règle d’or.
Jeff Jacoby *
© Jewish World Review pour l’original anglais, et upjf.org pour la version française.
* Jeff Jacoby est chroniqueur au Boston Globe.
Mis en ligne le 18 août 2004 sur le site www.upjf.org.
Article remis en tête de liste le 21/01/05











