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Reportages de presse pendant l'Intifada: la couverture palestinienne de Djénine, M. D
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août 2003

[Nous reproduisons ici, de préférence à d’autres, la présentation de l’article du prof. Dajani, qui figure sur le site de l’Intelligence and Terrorism Information Center [I.T.I.C.] at the Center for Special Studies (www.intelligence.org.il/), sous le titre "En finir avec la provocation: Un universitaire palestinien de haut rang condamne sévèrement la couverture médiatique palestinienne de la bataille de Jénine, lors de l’opération "Bouclier de défense" (www.intelligence.org.il/eng/bu/media/pl_media.htm). L’article de cet intellectuel palestinien est précieux pour comprendre la véritable pathologie dont souffre la direction palestinienne, les déviations qu’elle engendre dans son appréciation de la réalité, et la politique suicidaire qui en découle, aux dépens du peuple palestinien lui-même. Menahem Macina.]

Traduction française par Claude Detienne et Menahem Macina, pour upjf.org. (Reproduction sur site rigoureusement interdite, sauf accord exprès de l’UPJF).


Bulletin Spécial d’Information

Août 2003


[Présentation de l’article par l’I.T.I.C.]



La dernière édition du Palestine Israel Journal (Volume 10 No. 2, juin 2003) était consacrée à la couverture médiatique palestinienne et israélienne de la seconde Intifada ("Media and the Second Intifada"). On y trouvait un article intitulé "Press reporting during the Intifada – Palestinian coverage of Jenin", écrit par le Professeur Mohammed Dajani. Dans son article, le Professeur Dajani présente une évaluation autocritique de la façon tendancieuse dont les médias palestiniens rendent compte de l’Intifada et il se concentre sur la façon dont le combat de Djénine a été rapporté (voir l’article ci-après). La même édition contenait également des articles écrits par des chercheurs israéliens, qui critiquaient, chacun à sa manière, la couverture médiatique israélienne de l’Intifada.

[img]http://www.upjf.org/fichiers/Dajani.jpg[/img]


Le Professeur Mohammed Dajani est spécialisé en communication, il est l’un des signataires de la pétition de Sari Nusseiba et dirige l’Institut d’études américaines de l’Université Al-Quds, de Jérusalem. Il a également pris part à des forums israélo-palestiniens où il n’a pas hésité à dénoncer les médias palestiniens et à présenter les résultats de sa recherche consacrée à l’image d’Israël dans les médias palestiniens durant la seconde Intifada (1).
Selon l’article de Dajani, la couverture de l’opération israélienne “Bouclier défensif” à Djénine «a été tendancieuse, émotionnelle, pleine d’exagérations, incohérente, négligée et chauvine» (2). Il affirme que cela n’a pas été dû à une quelconque malveillance palestinienne, mais plutôt que la situation est le résultat d’une «pénurie de journalistes professionnels, bien formés et qualifiés». Des journalistes peu professionnels ont gavé le public palestinien d’un matériau émotionnel rappelant la couverture des massacres de Sabra et Chatila (3). Dans leur couverture des événements qui se passaient dans le camp de réfugiés de Djénine, les médias palestiniens portèrent sur les événements un regard informé par les craintes et les soupçons du public palestinien, et ne rapportèrent pas ce qui se passait réellement.

«Dans leur couverture des événements du camp de Djénine, les médias palestiniens rapportèrent ce que les gens soupçonnaient et craignaient, non ce qui se passait réellement.»

Outre le manque de professionnalisme des journalistes palestiniens, Dajani estime que leur mauvaise couverture des événements de Djénine fut influencée par une combinaison d’autres facteurs :
  1. Le refus israélien d’autoriser les journalistes et les photographes (étrangers, israéliens et palestiniens) à entrer dans le camp durant les dix premiers jours du combat, au motif que c’était pour leur propre sécurité, eut pour conséquence que les reporters dépendirent de sources secondaires (détaillées dans l’article) qui avaient intérêt à dépeindre 'l’ennemi' (les Israéliens) sous le jour le plus défavorable.
  2. La presse palestinienne fut complice du zèle de l’Autorité palestinienne à transformer le combat de Djénine en un mythe héroïque, un symbole de 'résistance' comparable à la résistance d’Alamo. (4)
    Les éditeurs des journaux palestiniens évitèrent d’imprimer des informations 'positives' sur les tentatives faites par l’armée israélienne pour aider la population civile en fournissant de la nourriture, de l’eau, des soins médicaux et de l’électricité. Dajani souligne que rien de positif n’a jamais été imprimé dans la presse palestinienne, qui présenta une image tendancieuse de l’armée israélienne comme s’écartant de son comportement [habituel] pour provoquer dommages, humiliation et souffrance:

    «La presse palestinienne présenta l’armée israélienne comme s’écartant de son comportement [habituel] pour infliger autant de mal, de blessures, d’humiliations, de souffrances, de destructions de propriété et de dommages aux infrastructures qu’il lui était possible.»

    Dajani est également sévèrement critique du nombre injustifié et exagéré des personnes censées avoir été tuées dans la bataille de Djénine, conséquence, entre autres, de la confiance accordée à des sources peu fiables. Finalement le nombre de Palestiniens tués tomba de 5.000 à 52, dont pratiquement la moitié n’étaient pas des civils.

    «L’empressement des journalistes à utiliser des sources peu fiables, qui s’avérèrent fausses. Par exemple, ils rapportèrent et exagérèrent au départ le nombre des victimes de Djénine, citant une source officielle palestinienne. Cela augmenta l’inquiétude du public et favorisa la circulation de rumeurs. En conséquence, le nombre de Palestiniens tués dans le camp de réfugiés de Djénine tomba de 5.000 à 3.000, puis à 500, à 300, à 100 et finalement à 52, dont pratiquement la moitié étaient des combattants armés. » (5)


    Notes de la Présentation

    (1) Le Prof. Dajani a participé à un séminaire organisé conjointement par l’Université hébraïque et par l’Université Al-Quds, qui s’est tenu à l’hôtel American Colony, à Jérusalem-Est, en janvier 2003, ainsi qu’à la Conférence internationale du Centre Vidal Sasson pour l’étude de l’antisémitisme, qui s’est tenue à l’Université hébraïque, en février 2003. En ces deux occasions, il a exprimé ses opinions et présenté les résultats de sa recherche sur l’image de l’“Autre” (c’est-à-dire de l’Israélien) dans les médias palestiniens pendant la seconde Intifada, recherche financée par des organisations oeuvrant dans le cadre de l’Union européenne pour la promotion de la paix.
    (2) Dans le passé, Dajani n’a pas hésité à exprimer des critiques sévères envers les médias palestiniens. Lors de sa participation à une table ronde de la Conférence internationale du Centre Vidal Sasson pour l’étude de l’antisémitisme, il a affirmé que ces médias avaient exagéré et s’étaient nourris de sentiments nationalistes exacerbés, et il les a caractérisés comme étant émotionnels, incohérents, sélectifs et négligents dans la façon dont ils rassemblaient et présentaient l’information. Dans son discours à l’hôtel American Colony, il Dajani a estimé que la couverture médiatique palestinienne de la confrontation était extrêmement subjective et qu’un de ses objectifs était de gagner un soutien international. Selon lui, la couverture palestinienne était «pleine d’exagérations, émotionnelle et chauvine», et il était difficile d’en extraire des faits authentiques.
    (3). Plus tard, Dajani constata que, dans leur couverture de l’Intifada, les journaux palestiniens utilisaient des slogans nationalistes, des descriptions héroïques et des expressions émotionnelles pour décrire les pertes palestiniennes (p. ex. ‘massacre’, ‘meurtre collectif’, etc.)
    4. En 1836, lors d’une offensive mexicaine cherchant à prendre le contrôle du Texas, 189 Texans (dont le célèbre Davy Crockett) se barricadèrent dans une mission fortifiée appelée Alamo et résistèrent à 2000 soldats mexicains. Après un long siège, le fort fut pris et ils furent tués, mais le cri « Souvenez-vous d’Alamo ! » éveille encore de sentiments de patriotisme parmi les Américains.
    (5) Dans cet article, Dajani réitéra la description de la couverture des combats de Djénine qui figurait dans son exposé au Centre Sasson, où il avait présenté des chiffres identiques.


    [img]http://www.upjf.org/fichiers/Palestine_israel_Journal.jpg[/img]



    Reportages de presse pendant l’Intifada : la couverture palestinienne de Djénine

    Mohammed Dajani *



    * Le Professeur Mohammed S. Dajani est directeur de l’Institut d’études américaines de l’Université Al-Quds de Jérusalem.


    Une grande partie de ce que nous savons, croyons ou pensons est affecté par les informations que nous lisons. Le pouvoir de la presse se reflète dans sa description comme le 'quatrième pouvoir'. Cette description montre l’influence énorme qu’exerce la presse sur la formation de l’opinion publique et sur le changement des comportements et des attitudes des citoyens et des responsables politiques à 'l’ère de l’information'. Dans le monde d’aujourd’hui, les informations circulent très rapidement, essentiellement grâce aux satellites, à Internet, aux télécopieurs, à la télévision, à la radio, aux téléphones portables, aux journaux, aux magazines, et autres moyens de communication populaires. Malheureusement, le prix à payer pour l’accélération de la circulation de l’information est que la couverture de l’information est devenue moins approfondie et moins exacte.

    Ceux qui font l’information dépendent des médias pour répandre leurs opinions et leurs idées dans le public. Les faiseurs d’information comptent sur les journalistes pour faire connaître leur message, et parallèlement, les journalistes comptent sur les faiseurs d’information pour être tenus informés. Quand l’accès à l’information est bloqué et que la liberté de mouvement et d’observation des journalistes est limitée, la qualité de l’information s’en ressent. Il en résulte un impact négatif sur le système démocratique, alors qu’un large accès à l’information peut tourner au plus grand avantage de la démocratie, en augmentant la conscience et la participation politiques des gens.

    Idéalement l’information devrait refléter la réalité. Toutefois, dans la pratique, ce n’est pas le cas. Dans son livre 'Understanding Media' [Comprendre les Médias], Marshall McLuhan forgea la fameuse expression «Le média est le message». McLuhan voulait dire par là que la façon dont les événements sont communiqués peut être plus importante que les événements eux-mêmes. En Palestine, l’information est transmise par des médias mus par l’envie de créer et de promouvoir une position politique, plutôt que de fournir un service public. Le présent article tente de répondre à la question: Est-ce que la manière dont les informations sont rapportées obéit à un parti pris politique ou idéologique, et dans quelle mesure cela déforme-t-il la réalité ?

    Reportages de presse après les accords d’Oslo

    Après les accords d’Oslo, dans les jours qui ont précédé l’Intifada d’Al-Aqsa (septembre 1993 à septembre 2000), la couverture médiatique des symptômes et des causes du conflit potentiel a non seulement échoué à empêcher que n’éclate le conflit, mais l’a peut être accéléré en élargissant le fossé entre les deux peuples. La couverture médiatique ne prêta qu’une attention insuffisante aux défis politiques et économiques brûlants auquel était confronté le processus de paix d’Oslo, et la couverture de ces problèmes complexes fut superficielle. Les informations de paix ne sont pas excitantes; le conflit, la violence et les informations tragiques ont ce caractère dramatique qui attire l’attention et l’intérêt. Les positions politiques des journalistes ont souvent influencé leurs reportages. Ces derniers étaient systématiquement prévenus contre le processus de paix d’Oslo. Les reportages avaient rarement la forme d’un exposé d’une 'position et de son contraire', présentant les deux points de vue opposés (palestinien contre israélien), mais laissant aux lecteurs le soin de tirer leurs propres conclusions. Les questions sensibles étaient évitées plutôt qu’affrontées, et la tension continua à monter jusqu’à ce que la visite d’Ariel Sharon au Haram al-Sharif / Mont du Temple provoquât la seconde Intifada.

    Après le début de l’Intifada d’Al-Aqsa (septembre 2000 jusqu’à ce jour), 'l’approche conflictuelle' de la couverture des événements mit en vedette l’expansion de la violence. Les 'nouvelles violentes' firent les 'gros titres', tandis que les 'nouvelles apaisantes' devenaient de la 'non-information'. La presse palestinienne rapporta de façon émotionnelle les événements les plus importants. Cela va dans le sens d’une culture peu tolérante pour les opinions d’autrui et d’une tradition de monopolisation de la vérité (1). Le conflit avec Israël continuant d’empirer, les deux principaux journaux distribués dans les territoires palestiniens, Al-Quds, publié à Jérusalem, et Al-Ayyam, publié à Ramallah (2), devinrent une ressource précieuse pour les Palestiniens assoiffés d’informations sur les derniers développements. Les deux journaux se concentrèrent sur les pertes civiles, les dommages physiques et les destructions de propriétés.

    Mais séparer les faits du reportage émotionnel et de l’extrémisme peut s’avérer difficile. La couverture médiatique, et surtout les éditoriaux, portèrent un regard subjectif sur les événements palestiniens. Les reportages, articles et photos publiés dans la presse palestinienne visaient à renforcer les opinions palestiniennes (3), à provoquer des réactions contre Israël et à susciter un soutien international à la cause palestinienne. Tout comme les politiciens, les journalistes éprouvèrent de grandes difficultés à rester objectifs.

    En général, la couverture médiatique de l’incursion israélienne à Djénine, en avril 2002, a été tendancieuse, émotionnelle, pleine d’exagérations, incohérente, négligée et chauvine. Cette attitude n’était ni délibérée ni malveillante, mais résultait plutôt d’une pénurie de journalistes professionnels, bien entraînés et qualifiés. Nous avons affaire à un public affolé auquel on 'injecte' une information exagérément émotionnelle, qui fait écho aux massacres de Sabra et Shatila. Dans leur couverture des événements du camp de Djénine, les médias palestiniens rapportèrent ce que les gens soupçonnaient et craignaient, non ce qui se passait réellement.
    La couverture médiatique palestinienne de ce qui se passait à Djénine fut influencée par différents événements:

    1. La réticence israélienne à autoriser l’accès au camp aux équipes de journalistes. La façon dont les nouvelles sont recueillies sur le terrain et quelle information est rassemblée détermine ce qui est rapporté plus tard. Pendant les premiers jours de l’événement, la couverture médiatique palestinienne se limita à la confrontation militaire entre l’armée israélienne et les combattants palestiniens. L’armée israélienne interdit aux journalistes, aux reporters et aux cameramen de s’approcher du camp pendant les dix premiers jours. Ils n’autorisèrent ni ne facilitèrent la présence de reporters (étrangers, israéliens ou palestiniens) dans le camp de réfugiés de Djénine. Un porte-parole de l’armée israélienne affirma que les reporters n’étaient pas admis dans la zone pour leur propre sécurité. Beaucoup de journalistes dépendirent des sources suivantes pour leur information:
      (a) Communiqués publiés par les deux parties.
      (b) Sources proches du front appartenant aux deux parties.
      (c) Témoins visuels fuyant les abords du champ de bataille.
      Toutes ces sources peuvent avoir intérêt à présenter leur ennemi sous le jour le plus défavorable.
    2. Le désir de l’Autorité palestinienne de faire de Djénine un 'nouvel Alamo'. Ici la presse était un partenaire consentant; ils aspiraient à faire de Djénine un symbole de résistance pour les Palestiniens.
    3. La réticence des éditeurs à rapporter des informations, données, ou des photos défavorables ; la presse israélienne rapporta que l’armée israélienne essayait d’aider les civils en:
      (a) distribuant des vivres ;
      (b) fournissant de l’oxygène et un générateur électrique israélien à un hôpital palestinien ;
      (c) transférant 83 malades et blessés dans des hôpitaux en Israël ;
      (d) envoyant des techniciens de la Compagnie électrique de Jérusalem pour réparer le réseau électrique de Djénine ;
      (e) réparant des conduites d’eau potable ;
      (f) faisant fonctionner un puits détruit.
      Aucune de ces informations ne fut rapportée dans la presse palestinienne. Étaient-elles fausses ? La presse palestinienne présenta l’armée israélienne comme s’écartant de son comportement [habituel] pour causer autant de maux, de blessures, d’humiliations, de souffrances, de destructions de propriétés et de dommages aux infrastructures qu’il lui était possible.
    4. La réticence des éditeurs à montrer des photos des victimes israéliennes, parce que le public aurait pu interpréter cela comme de la sympathie pour les Israéliens. Alors que les morts palestiniennes faisaient abondamment l’objet des gros titres, les victimes israéliennes n’y apparaissaient pas. Pas une seule photo d’un parent ou enfant israéliens en deuil ne fut publiée dans la presse palestinienne, suite à une attaque violente contre des civils. La presse palestinienne n’informait que rarement ses lecteurs du drame humain des victimes israéliennes, en publiant leurs photos, leurs noms, leur milieu, etc. Les images des attentats-suicide contre des objectifs civils israéliens que voyaient les Palestiniens étaient extrêmement déshumanisées – restes du bus détruit ; ou décombres de l’immeuble explosé. Les victimes israéliennes n’avaient ni visage ni nom.
    5. L’empressement des reporters à utiliser des sources peu fiables, qui s’avérèrent fausses. Par exemple, ils commencèrent par publier un nombre exagéré de victimes à Djénine, en se basant sur une source officielle palestinienne. Cela augmenta l’inquiétude du public et favorisa la circulation de rumeurs. En conséquence, le nombre de Palestiniens tués dans le camp de réfugiés de Djénine tomba de 5.000 à 3.000 puis à 500, à 300, à 100 et finalement à 52, dont pratiquement la moitié étaient des combattants militaires.
      Couverture qualitative
      En étudiant les mécanismes du choix du langage et des descriptions pour rapporter chaque événement, nous avons découvert que les journaux palestiniens ont choisi soigneusement leur langage et leurs descriptions, en vue de donner aux événements leur dimension émotionnelle. Ils jouaient avec les mots et utilisaient largement les photos et les dessins des éditoriaux pour influencer l’opinion publique palestinienne, arabe et mondiale. Ils étaient émotionnels et parfois inexacts dans leur description des événements de Djénine. En général, ils n’arrivèrent pas à donner aux gens la vraie image de ce qui se passait.
      1. Utilisation des nombres de victimes. Les journaux palestiniens indiquèrent un nombre de victimes exagéré et vague. Par exemple, ils disaient 'des dizaines' ou 'des centaines', au lieu de fournir des chiffres exacts. Cela augmenta la préoccupation du public et provoqua des rumeurs sur un nouvel 'holocauste' en train de se dérouler dans les territoires palestiniens.
      2. Utilisation d’histoires humanitaires. Pour décrire la souffrance palestinienne, les journaux palestiniens eurent recours à des récits humanitaires hautement émotionnels décrivant la victimisation de familles pour gagner à leur cause la sympathie du monde.
      3. Utilisation de photos. Les journaux palestiniens utilisèrent des photos crues de personnes décédées, que la presse évite normalement de publier. Ils utilisèrent aussi des photos de maisons détruites et d’enfants, de femmes et de vieillards souffrants et accablés de chagrin. Par contre, pas une seule photo d’une victime israélienne de la violence palestinienne ne fut imprimée dans un journal palestinien.
      4. Utilisation de descriptions comparatives. Dans un passage, l’aspect du camp de Djénine fut comparé à celui de «Berlin en 1945».
      5. Utilisation de slogans nationalistes. La presse palestinienne mit en valeur la résistance militaire palestinienne à l’invasion de l’armée israélienne, comme constituant un acte patriotique ; elle décrivit les événements en termes héroïques (p. ex., slogans, drapeaux, chants, poèmes, photos de martyrs). Une manchette disait : «Les habitants du camp de Djénine jurent : Nous n’oublierons jamais.» On utilisa des descriptions émotionnelles pour décrire l’héroïsme des combattants (p. ex. 'résistance cruelle'), et pour décrire les victimes (p. ex., massacre, meurtre de masse, etc.).
      6. Utilisation de bulletins d’informations israéliens et étrangers. Les journaux choisirent des récits ou des éditoriaux de la presse arabe, israélienne et internationale pour renforcer l’opinion du public palestinien.
        La presse palestinienne a couvert les événements de Djénine de façon plus intensive que tout autre événement de la réoccupation de la Cisjordanie par les Israéliens. Les journaux ont écrit à ce sujet pendant des mois, tandis que la couverture d’actions violentes israéliennes, dans des régions comme Naplouse, Hébron et Gaza, était limitée. Une des raisons de cet état de fait peut avoir été l’effort des médias de contribuer à la création d’une légende héroïque.


        Leçons tirées

        1. Ce qu’on lit dans les journaux n’est pas nécessairement ce qui s’est passé. Les journalistes et les journaux ne sont pas parfaits. Désinformations, accusations sans fondement et déformations sont imprimées, dans la presse ou transmises par la télévision et les sites Internet, à côté d’informations factuelles et des reportages exacts.
        2. L’accès aux événements est directement lié à la qualité des informations. Plus un reporter a accès aux événements, plus la couverture de ces événements est de qualité.
        3. Une grande partie de ce que nous lisons renforce nos croyances et nos convictions. Toute information qui cherche à changer notre opinion ou notre croyance devra faire face à un préjugé non seulement politique mais aussi culturel. Plus on accumule de preuves contre notre point de vue, plus nous nous y accrochons. Pour nous, ils sont cruels ; pour eux, nous sommes mauvais. Il n’a pas fallu beaucoup de preuves pour que les Palestiniens croient que les Israéliens commettaient des atrocités généralisées à Djénine. Toutes les preuves accumulées contre les Israéliens ne faisaient que renforcer les croyances et les convictions des gens.


          Que faut-il faire ?

          Les éditeurs et les reporters devraient tenir compte de ce qui suit :
          1. Être conscient du potentiel nuisible que chaque information peut comporter pour le public. Par conséquent, penser en termes d’exactitude, d’objectivité, de clarté, d’importance, et d’honnêteté dans les reportages. Des reportages inexacts, tendancieux et vagues, de même que des efforts pour délégitimer 'l’autre' menacent la crédibilité du journal. Un reporter devrait se distancier de son peuple et de sa culture pour rapporter les informations, parce que la partialité produit une perspective négative, des stéréotypes et des points de vue malhonnêtes.
          2. Bannir des manchettes des termes hautement émotionnels tels que 'massacres', 'catastrophe', 'enfer', 'désastre', etc., pour éviter des effets de vague nuisibles aux conséquences tragiques. Éditeurs et reporters devraient prévoir que de pareils termes ont le pouvoir d’accroître les craintes du public, de provoquer la panique, et pourraient entraîner la fuite des gens ou des vengeances violentes.
          3. Filtrer et modérer des histoires hautement dramatiques et violentes susceptibles de provoquer colère et inquiétude publiques. Le lynchage des deux Israéliens arrêtés dans le centre-ville de Ramallah fut alimenté par des photos d’un Palestinien [prétendument] torturé et tué par des colons israéliens fanatiques, qui avaient été publiées, la veille, dans la presse locale.
          4. Dans la couverture de l’information, ne pas oublier que 'le public a le droit de savoir'. Ne pas rapporter un événement parce qu’il 'humanise l’autre', ou heurte les opinions du public, fera plus de mal que de bien.
          5. Choisir très soigneusement les sources d’information, car l’information et les données qu’elles fournissent seront rapportées dans la presse d’aujourd’hui et deviendront l’histoire de demain. Cela est particulièrement important en temps de conflit ou de crise.
          6. Développer la compétence en participant à des ateliers de formation et à des séminaires. Une bonne couverture de l’information dépend de la compétence des reporters et des journalistes.
          7. Dans la couverture de l’information, mettre moins l’accent sur les conflits et les discordes et davantage sur les fécits de conciliation, de pardon et de tolérance.

            Conclusion

            Les médias imprimés palestiniens ont joué un rôle significatif dans la formation de l’histoire et de la politique du peuple palestinien et ils continuent à fournir l’information la plus approfondie sur les questions politiques. Néanmoins, la confiance publique dans la couverture de l’information par les médias imprimés est en déclin. On peut attribuer cette diminution d’intérêt à l’augmentation d’un manque de confiance et de foi dans les médias, dû aux accusations de partialité et de déformation, au contrôle qui s’exerce sur les médias, mais aussi à la politisation et à la couverture trop émotionnelle de l’information.

            La mainmise d’un petit nombre d’individus sur les médias palestiniens signifie (a) que les citoyens n’ont pas accès à des points de vue multiples ; et (b) que la qualité de la couverture de l’information est réduite. Ces problèmes sont le fruit d’une culture, et aussi d’un système politique et éducatif qui n’encourage pas les citoyens à penser de façon critique, et ne tolère pas que les citoyens expriment publiquement des points de vue contradictoires ou des critiques constructives. De là vient le fait que de nombreux Palestiniens sont préoccupés par l’avenir de la démocratie dans le futur État de Palestine.


            Notes

            (1) Sans appliquer aucune censure officielle, il sera pratiquement impossible pour un Palestinien de publier aujourd’hui dans aucun quotidien un éditorial sur des sujets tabous, comme le soutien à la guerre des Etats-Unis en Iraq, la condamnation des attentats-suicide, la défense de l’avortement, l’exposé de la corruption à l’intérieur de l’Autorité nationale palestinienne, ou un appel à la fin de l’Intifada.

            (2) Trois quotidiens circulent dans les territoires palestiniens : Al-Quds, publié à Jérusalem, Al-Ayyam et Al-Hayat al-Jadida, publiés à Ramallah. Les deux premiers ont été choisis pour l’étude à cause de leur large diffusion dans les territoires palestiniens. Dans un sondage d’opinion concernant les attitudes des Palestiniens envers la politique, effectué par le "Jerusalem Media and Communications Centre", en octobre 1999, le journal Al-Quds recueillit le plus haut pourcentage de lecteurs (57,3 %) et le taux de confiance de plus élevé (59,4 %). Al-Ayyam suivait loin derrière. Il n’est pas surprenant que les journaux palestiniens ne soient pas comparables au New York Times ou au Washington Post.

            (3) Le lecteur moyen de journaux palestiniens jette un coup d’œil sur les manchettes, regarde les photos et les caricatures rédactionnelles. Les caricatures publiées dans la presse palestinienne reflètent une partialité anti-israélienne, anti-américaine, anti-arabe, anti-Oslo, et dont preuve, par contre, de tendances favorables à l’Intifada, à l’Iraq, aux réformes, et à Arafat.


            Bibliographie

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            Tuchman, G. Making. News: A Study in the Construction of Reality. New York: Free Press, 1978.

            Professeur Mohammed Dajani

            © Palestine Israel Journal pour l’original anglais, et upjf.org pour la traduction française.


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            * Cet article est basé sur l’étude intitulée «Media Images of the Other in Israel and the Palestinian Territories: Covering One Another During the Second Intifada», dirigée par le Prof. Gadi Wolfsfeld, du Truman Research Institute for the Advancement of Peace, de l’Université hébraïque de Jérusalem, avec le Prof. Mohammed S. Dajani, du Sartawi Center for the Advancement of Peace de l’Université Al-Quds, et parrainée par la fondation Konrad Adenauer-Stiftung.

            Mis en ligne le 6 octobre 2003 sur le site www.upjf.org
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