17 mars 2002
La Rivista di Studi Politici Internazionali a publié, il y a plus de sept ans, une étude de Paul Giniewski sur "Lorigine du problème des réfugiés arabes de 1948" (No 242, avril-juin 1994, pp. 249-260). Depuis, les négociations de paix israélo-palestiniennes de Camp David, de Washington, de Wye Plantation, de Taba, et dEilat ont remis la question des réfugiés à lavant-scène en tant que composante, apparemment insoluble, dun réglement définitif du contentieux. Le "droit au retour" des réfugiés palestiniens étudie les aspects juridiques et politique actuels du problème, à la lumière des événements les plus récents (G. V.).
Le "droit au retour" des réfugiés palestiniens
Le problème des réfugiés a été causé, essentiellement, par lencouragement donné aux Arabes de Palestine par leurs chefs et par les dirigeants dÉtats arabes, de sexpatrier en attendant leur retour sur les ruines de lÉtat juif [qui serait] écrasé à sa naissance. De nombreux témoignages arabes concordants lattestent et nous en citons un seul, les résumant tous : un entretien du poète palestinien, Mahmoud Darwich, avec Farouk Mardam Bey et Elias Sanbar, rédacteur en chef de la Revue dEtudes palestiniennes. Darwich relate comment ses parents sétaient réfugiés de Palestine au Liban (1) :
"Pour mes parents, notre séjour au Liban était temporaire ; nous y étions en visite ou même en villégiature. On avait à lépoque commandé aux Palestiniens de quitter leur patrie pour ne point gêner le déroulement des opérations militaires qui devaient durer quelques jours et nous permettre de réintégrer rapidement nos maisons. Mes parents découvrirent bien vite que ces promesses nétaient que rêves ou illusions".
Mais, en dépit des responsabilités historiques ainsi établies, lOLP et lAdministration palestinienne qui lui a succédé après les accords dOslo, nont jamais cessé den contester le bien-fondé, de rendre Israël responsable de la nakba (le désastre de 1948) et de revendiquer un droit au retour absolu, individuel des exilés dans leurs anciens foyers.
Examinons dabord la validité alléguée de ce droit, du point de vue juridique. Un droit est la faculté de jouir dune chose, daccomplir une action, de pouvoir en bénéficier. Sur quel fondement les Palestiniens exigent-ils ce droit ?
Les limites de la résolution 194
Les adversaires dIsraël invoquent principalement la résolution 194 de lAssemblée générale des Nations Unies et la Déclaration universelle des Droits de lHomme. Quelles sont la validité, lapplicabilité et la pertinence de ces textes dans le débat ?
Larticle II de la résolution 194 (II) du 11 décembre 1948 recommande "de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leur voisins".
On notera tout dabord que ceux qui brandissent cette résolution évitent dévoquer son impérativité limitée, voire nulle - il ne sagit pas dune résolution du Conseil de Sécurité, pouvant conduire à une mise en oeuvre par coercition. En tant que résolution de lAssemblée générale, elle a une valeur indicative seulement mais aucun caractère impératif et nentraîne aucune obligation juridique, pour un Etat, de lappliquer. Elle nest pas exécutable en droit international par qui que ce soit. De plus, six Etats arabes avaient voté contre cette résolution en 1948. Il serait contraire à la morale quune partie à un conflit prétende tirer bénéfice dun texte quelle a rejeté.
Dautres éléments juridiques tirés du texte de la résolution 194 militent contre lexistence dun droit
La résolution concerne les réfugiés désireux de "vivre en paix avec leurs voisins". En aucun cas, on ne saurait qualifier de retour paisible un rapatriement qui implique la possibilité, voire dont lobjet - nous le verrons - est la destruction de l'État juif, la dépossession des "voisins" des rapatriés. Il sagirait dun retour belligérant, lexact contraire du cas prévu par la résolution 194. Les expatriés rapatriés constitueraient un cheval de Troie, au sens le plus strict des mots, une cinquième colonne politique, démographique, militaire, cest à dire une arme offensive, une arme sournoise, dont il serait inimaginable quon ne sen serve pas pour produire les effets voulus.
Le même article II de la résolution 194 recommande de faciliter, sur un pied dégalité, plusieurs solutions du problème : "le rapatriement, le rétablissement, le relèvement économique et social des réfugiés et le paiement de compensations".
Dautres résolutions ultérieures de lAssemblée générale sont allées dans le même sens. Selon la résolution 393 du 2 décembre 1950,
"la réintégration des réfugiés dans la vie économique du Proche-Orient, soit par rapatriement ou réinstallation, est essentielle [...] pour réaliser des conditions de paix et de stabilité dans la région". La résolution 394 du 14 décembre 1950 appelle les gouvernements concernés à faire en sorte que "les réfugiés, rapatriés ou réinstaIlés, soient traités sans discrimination légale ou de fait". La résolution 513 du 26 janvier 1952 parle de "réintégration soit par rapatriement soit par réinstallation". Quant à la résolution 242 de 1967, elle se réfère seulement à "un juste règlement du problème des réfugiés", sans prescrire la nature de ce règlement. Adoptée par le Conseil de Sécurité, elle a un statut juridique international. Elle prend le pas sur les recommandations, antérieures, de lAssemblée générale sur le sujet: "En sabstenant de toute référence à des résolutions précédentes, écrit Ovadia Sofer, ancien ambassadeur dIsraël aux Nations Unies, on espérait apparemment créer les bases dune approche nouvelle, imaginative et constructive pour une solution du problème" (2).
Il ny a donc pas droit au retour exclusivement.
De plus, les États arabes avaient non seulement rejeté la résolution 194, à lorigine, comme on la dit. Ils ont largement violé les résolutions sur les réfugiés. En les cantonnant dans des camps, en leur imposant des conditions de vie misérables, en leur refusant la citoyenneté des pays daccueil (sauf en Jordanie) ils les ont discriminés légalement et de fait. Ils ont empêché "la réintégration des réfugiés dans la vie économique du Proche-Orient". Le but des Etats arabes était exactement l'inverse du but visé par les résolutions: "Réaliser (les conditions de paix et de stabilité dans la région". Les réfugiés étaient, au contraire, instrumentalisés pour constituer, aux flancs dIsraël, un abcès de fixation qui devait maintenir vivace une plaie purulente, afin de créer des conditions de guerre et dinstabilité.
Sur ce point, il est utile dévoquer le témoignage dun directeur de lUNRWA (lagence des Nations Unies daide aux réfugiés), Ralph Galloway:
"Les Etats arabes ne souhaitent pas résoudre le problème des réfugiés. Ils désirent le conserver comme une blessure ouverte, un outrage aux Nations Unies et une arme contre Israël. Il leur importe peu de savoir si les réfugiés vivent ou meurent" (3).
Les Droits de lhomme et leurs limites
Lautre instrument juridique invoqué, la Déclaration universelle des Droits de lhomme, du 10 décembre 1948, fonde-t-elle plus solidement un droit au retour?
Son article 13, § 2, reconnaît à "chacun le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et dy retourner".
Or, la Déclaration contient des limitations au droit général de retour, qui sappliquent bien au cas des réfugiés palestiniens. En effet, son article 29 § 2 prévoit que lexercice dun droit de lhomme pourra être restreint "dans le but dassurer la reconnaissance et le respect des droits des autres et dassurer les justes besoins de moralité, dordre public et le bien-être général dune société démocratique". Le retour belligérant des Palestiniens, quon a évoqué, troublerait évidemment, le droit au retour par son irrédentisme et sa tendance naturelle à la subversion de léquilibre démographique, les "droits", "lordre public" et le "bien-être général" de la société israélienne. Ce même retour belligérant violerait aussi larticle 30 de la Déclaration des Droits de lhomme, qui précise quaucune de ses dispositions ne saurait être interprétée de manière à accorder "à un État, à un groupe ou à une personne, un droit quelconque à exercer une activité ou à commettre un acte visant à la destruction dun droit et dune liberté" visés par la Déclaration. La destruction des droits et des libertés des Israéliens est concomitante au droit de retour des réfugiés.
Les fondements juridiques invoqués par les adversaires dIsraël napportent donc aucune base au droit au retour allégué (4).
Le "droit" de détruire Israël ?
Sur les plans politique et moral, pourquoi un droit au retour est-il inacceptable pour Israël ?
Sa revendication avait été mise à lavant-plan par les Palestiniens, lors des négociations de lété 2000, à Camp David, puis à Taba, au cours des mois suivants, accompagnée dune vaste offensive médiatique. Un volumineux document de travail de 53 articles alléguait la responsabilité dIsraël dans le "déplacement forcé et la spoliation" des réfugiés, une obligation juridique et morale dIsraël dans la résolution du problème, la définition des ayant-droit (réfugiés et leurs descendants), les modalités techniques du rapatriement, la restitution des biens immobiliers, lindemnisation pour les "décès, blessures, déplacements physiques, traumatismes psychologiques et pertes de biens", les compensations aux réfugiés renonçant au rapatriement, etc. (5).
Parmi les modalités avancées lors des négociations figurait encore : la réinstallation des réfugiés dans des régions non-dangereuses ; le montant des indemnités qui seraient dues aux rapatriés comme à ceux qui renoncent au rapatriement, et se chiffrant en centaines de milliards de dollars ; les compensations aux pays qui les ont hébergés depuis 1948. En même temps, on faisait miroiter aux yeux des Israéliens que le droit au retour demeurerait largement théorique. Une fois sa responsabilité reconnue par Israël, on négocierait ensuite pour "relativiser sa mise en pratique", comme lécrit Elias Sanbar (6).
On cherche, en somme, à faire croire que la plupart des réfugiés renonceraient à revenir en Israël et se contenteraient de compensations financières. Il ne sagit dailleurs pas seulement dapaiser Israël. Loffensive du droit au retour a un sens politique précis, et correspond à une technique de négociation palestinienne classique. Elle fait partie de la stratégie dite "des étapes" ou des "petits pas". On avance une revendication quon sait vouée à léchec. On revient un peu en arrière, pour obtenir dIsraël, en contrepartie, une concession majeure dont on minimise limportance, et, layant "empochée", on fonde sur cette concession une nouvelle revendication qui en découle logiquement, mais dont on a soigneusement occulté quon lexigerait dans un deuxième temps. Car qui a admis une chose ne peut en refuser les conséquences.
Or, les Palestiniens ne cherchent pas à obtenir un droit au retour théorique pour nen faire aucun usage. Ils veulent, au contraire, lutiliser jusquà ses dernières conséquences.
Cette évidence apparaît dans lun des articles du document de travail de Camp David, bref et sans équivoque, qui en est le plus important, lArt. 26: "A leur retour, les réfugiés devront prendre la nationalité israélienne".
Le langage est clair: on ne dit pas "pourront", mais "devront". On voit demblée lobjectif.
Si Israël accordait un droit au retour, 4 millions dArabes (5 selon certaines sources) acquerraient le droit de modifier du tout au tout la composition de la population israélienne.
Devenant citoyens israéliens, donc électeurs et élus de plein droit, samalgamant au million dArabes israéliens, ils constitueraient un bloc de population égal, demblée, à la population juive. Même sils nétaient quégaux en nombre, à coup sûr, laccroissement démographique des populations arabes étant largement supérieur à celui de la population juive, lEtat juif deviendrait en quelques années, voire en quelques mois, un pays majoritairement arabe. Et comme en démocratie les majorités décident de leur sort, la majorité arabe pourrait modifier, en toute légalité et pacifiquement, la nature du pays, en un mot, abolir lEtat juif et devenir un "Israël arabe", ou samalgamer avec la Palestine.
Ce processus serait évidemment accéléré par le comportement, aisément prévisible de la population juive. De nombreux Juifs choisiraient de sexpatrier pour fuir la transformation de lEtat juif en son contraire. Il ny aurait plus dimmigration juive, qui avait permis, depuis 1948, la forte expansion du pays.
On voit que le droit au retour, avancé par les Palestiniens nest quune autre formulation, parfaitement transparente, de lobjectif invarié des ennemis dIsraël : le détruire. Cet objectif a connu dinnombrables formulations depuis la prédiction du "massacre colossal", formulée par Azzam Pacha, le Secrétaire général de la Ligue arabe, jusquaux formulations plus sophistiquées de la charte de lOLP, en passant par les "effacer Israël de la carte" et les "jeter les Juifs à la mer", dAhmed Choukeiri, président de lOLP, du général Aref, président de lIrak et de Gamal Abdel Nasser.
Cest cela que le retour des réfugiés obtiendrait par des moyens non sanglants. Rappelons la déclaration du ministre égyptien des Affaires étrangères Muhammed Salah al-Din en 1949 : "
En exigeant le retour des réfugiés en Palestine, les Arabes entendent leur retour en tant que maîtres, non comme esclaves. Plus explicitement, ils veulent la destruction dIsraël" (7).
Rappelons encore une prise de position équivalente de Gamal Abdel Nasser en 1960 :
"Si les réfugiés retournent en Israël, Israël cessera dexister" (8).
Prétendre que le retour des réfugiés palestiniens serait la condition de la pacification israélo-arabe est, pour dire le moins, une hypocrisie. Cest une grossière ruse de guerre. Ce serait, pour Israël, le commencement de sa disparition.
Un refus israélien unanime
Aussi, lexigence palestinienne a-t-elle été rejetée à lunanimité par toute la classe politique israélienne. Nul gouvernement dIsraël, quelles que soient ses dispositions pacifiques et son désir de compromis sur les questions territoriales, ne saurait accepter un droit de retour qui serait suicidaire pour son pays.
Les plus significatifs ont été les rejets exprimés par les Israéliens les plus "colombes", qui navaient cessé, pendant des années, de militer pour la paix avec les Arabes, pour des concessions et pour un État palestinien. Ils ont clairement exprimé que les Palestiniens, en exigeant le droit de retour, rejetaient la paix et voulaient la destruction de lÉtat juif. Ainsi lécrivain A. B. Yehoshua, qui avait signé de nombreux articles et appels en faveur dun Etat palestinien :
"Peut- être la paix est-elle pour le moment impossible, puisque Yasser Arafat exige toujours le retour des réfugiés palestiniens" (9).
De même David Grossmann, lécrivain qui avait pourfendu loccupation israélienne des territoires, a reconnu que
permettre le retour des réfugiés dans un Israël "quils ont pendant des décennies juré de détruire, contre lequel ils ont lutté pendant des décennies et dont ils ont transmis la haine à leurs enfants", marquerait sa fin (10).
Amos Oz, lun des fondateurs du mouvement pacifiste "La paix maintenant", sest exprimé dans le même sens dans le Guardian britannique, dans le New York Times et, à deux reprises, dans des articles fort remarqués du Figaro.
En août 2000, significativement avant lintifada Al Aqsa :
Les Palestiniens "insistent sur leur 'droit au retour' alors que nous savons tous très bien que cette formule du 'droit au retour' nest rien dautre quun euphémisme arabe pour camoufler la volonté de liquider Israël. Arafat ne réclame pas uniquement le droit à un Etat palestinien, droit que je soutiens absolument. Il exige que les exilés palestiniens retournent tout à la fois en Palestine et en Israël, rompant ainsi léquilibre démographique et transformant Israël en un 26ème pays arabe".
Et Amos Oz davertir les Palestiniens :
"Sils veulent aussi semparer dIsraël, quils sachent quils me trouveront en travers de leur chemin, prêt à défendre mon pays : un vieux pacifiste, prêt à se battre pour la survie dIsraël" (11).
En février 2001, Amos Oz répétait et complétait sa pensée:
"La revendication palestinienne du droit au retour va à lencontre du droit dIsraël à lexistence. Aucun compromis nest envisageable entre le droit pour Israël dexister et un principe qui implique sa destruction Les Palestiniens veulent le beurre et largent du beurre. Ils me disent à la fois : Sortez de chez nous! (en clair: Démantelez les colonies) et laissez-nous aller chez vous! (au nom du droit au retour). Notre maison nous appartient, mais la vôtre aussi : voilà le message actuel de notre interlocuteur" (12).
Dans son article du Guardian, Amos Oz précisait encore :
"Il y aurait en fin de compte deux Etats arabes sur cette terre: la Palestine et Israël".
"Nakba" palestinienne et juive
Dans ces conditions, quelle serait la solution politique possible du problème des réfugiés ?
Il est utile dévoquer, en toile de fond, quelques précédents historiques.
Après la Première guerre mondiale, il y a eu un déplacement de population entre la Grèce et la Turquie. Il na pas été suivi par le rapatriement des exilés.
Après la Deuxième guerre mondiale, la Tchécoslovaquie a expulsé les citoyens de nationalité allemande. Depuis, personne na émis lopinion que les millions dAllemands des Sudètes avaient un droit au retour. En 1997, lAllemagne a signé un traité acceptant que cette expulsion soit irrévocable.
Lors de lindépendance de lInde, en 1947, des millions de Musulmans, qui ne voulaient pas vivre en minorité dans ce pays, se sont repliés au Pakistan, où ils étaient majoritaires. Un mouvement inverse a eu lieu du Pakistan en Inde. Personne na jamais émis une prétention à un droit au retour de ces populations ainsi échangées.
Quand les communistes ont pris le pouvoir au Vietnam, des millions de boat-people se sont enfuis vers les États-Unis et vers différents pays dAsie. Personne na jamais évoqué un droit au retour.
Bien entendu, chaque problème de réfugiés est spécifique, et celui des Palestiniens lest aussi. Mais sa mise en vedette par les médias et les chancelleries, et plus généralement la place démesurée du conflit israélo-arabe depuis cinquante ans parmi les autres conflits internationaux, doit au moins nous amener à poser la question du pourquoi de cette singularité.
Il faut se demander si cette mise en vedette ne tient pas au fait que les adversaires des Palestiniens sont les Israéliens, sur qui pèsent la lourde hérédité des tares [qu'on a attribuées aux] Juifs depuis près de deux mille ans, et lhostilité dont ils ont été lobjet. Certains observateurs lont noté.
"Nous avons la chance que nos ennemis soient israéliens. Imaginez que ce soient les Cinghalais! Qui parlerait de nous?", constatait Albert Aghazarian, un porte-parole de luniversité palestinienne de Bir Zeit (13).
"La grande chance des Palestiniens vient du fait quils sont en conflit avec israéliens", a écrit Thomas Friedmann, dans le New York Times. "Sils avaient eu la mauvaise fortune des Kurdes, en conflit avec les Irakiens, ou celle des Arméniens en lutte contre les Turcs, le monde ignorerait, dans une large mesure, leurs tribulations" (14).
Les Palestiniens mobilisent la sollicitude générale non seulement parce quils font partie de la famille arabe, mais parce quils sont opposés aux Juifs. (Cest un problème que nous avons étudié plus à fond dans notre dernier livre, La Mutation (15). Il ny a pas lieu de laborder ici au-delà de notre remarque).
Or, dans lexposé du problème des réfugiés palestiniens, on occulte habituellement les responsabilités historiques des dirigeants arabes, que nous avons évoquées. On néglige sa situation dans lensemble du contentieux. Les problèmes politiques ont un Sitz im Leben, une réalité existentielle, comme les questions philosophiques. Il y a eu une "nakba" [catastrophe] palestinienne, en 1948, mais, simultanément, une catastrophe juive du même ordre de grandeur et de la même nature - lexode, la dépossession de 800.000 Juifs des pays arabes, Yémen, Maroc, Irak, Egypte, Libye, qui, suite à la création dIsraël, ont dû y abandonner tous leurs biens, probablement plus importants que ceux abandonnés par les exilés arabes de Palestine. Ils nont jamais été dédommagés. Leur retour, ou le retour de leurs descendants dans un milieu hostile serait inconcevable. Certaines de ces communautés juives vivaient dans ces pays arabes bien avant la conquête musulmane.
Il y a donc eu, en 1948, un échange de populations de fait : une partie de la population arabe dIsraël sest repliée dans les zones de la Palestine restées arabes, ou dans les pays limitrophes, et la majeure partie de la population juive du monde arabo-islamique sest repliée en Israël et dispersée à travers le monde.
Normalement, la solution définitive de la composante "réfugiés" du contentieux israélo-arabe devrait découler de cet état de fait, dailleurs conforme à lesprit du partage de la Palestine en deux Etats, juif et arabe.
Israël ne se suicidera pas
Il reste une considération de moralité politique à énoncer. Comment juger la valeur morale de la prétention à un rapatriement et une indemnisation des victimes arabes et des "ministères et collectivités politiques palestiniens", selon le langage de lArt. 53 du document de travail palestinien soumis à Camp David ? (16).
Ce sont les dirigeants arabes qui ont été à lorigine du malheur des expatriés. Ils ont perpétué le problème, ils ont empêché toute réinstallation massive dans les pays daccueil, afin de maintenir en létat cette arme, quils voulaient absolue, contre Israël, ils ont fait, des expatriés, la pépinière de lirrédentisme et du terrorisme. En 1947-48, les États arabes ont choisi la guerre pour étouffer Israël à sa naissance. Sils avaient accepté de coexister avec un Etat juif, lEtat arabe de Palestine aurait eu des frontières beaucoup plus favorables que celles quil peut espérer dune paix israélo-palestinienne, et il ny aurait pas eu de problème des réfugiés.
Israël a gagné la guerre qui lui a été imposée alors - et les guerres ultérieures. Israël na donc pas plus de responsabilité morale que juridique de rapatrier et de compenser. Un gagnant a-t-il lobligation de rembourser au perdant sa mise imprudemment hasardée, lobligation de lindemniser de sa perte et des souffrances et traumatismes psychologiques quil sest lui-même infligés ?
Conclure à une telle obligation serait encourager laventurisme politique. Un "joueur" imprudent ou inconscient, voire un agresseur, seraient assurés dobtenir gain de cause dans tous les cas, soit en réussissant leur projet, soit en étant compensés par le gagnant - sa victime.
Ce serait lintroduction, dans les relations internationales, dun principe immoral et destructif de lordre public : "Pile je gagne, face tu perds".
On peut tenir pour assuré quIsraël nacceptera jamais de "jouer" selon cette règle de jeu, quil ne commettra pas de suicide national sous la forme de sa transformation en un État arabe, donc, quil naccordera jamais de droit au retour.
Dans ces conditions, si les Palestiniens veulent vivre en paix avec Israël et, grâce à cette paix, édifier une Palestine économiquement viable, débarrassée des subsides internationaux qui la condamnent au gaspillage, au non-développement et à la corruption, ils ont intérêt à accepter ce quils avaient refusé en 1947-48. Cest à dire lÉtat juif dIsraël et une seule Palestine arabe, et pas deux. Si les Palestiniens font état de leur "droit" de résister à "loccupation", au nom de quoi Israël devrait-il renoncer à son droit, au moins équivalent, de résister à son occupation-destruction par une majorité arabe le transformant en État non-juif ?
Le double problème des réfugiés quon a mentionné est résolu si lon accepte dentériner les faits : Israël a absorbé une grande partie des 800 000 Juifs qui ont été ou se sont exilés des pays arabes. La vocation naturelle de la Palestine est dabsorber les exilés arabes.
Si les Palestiniens et les États arabes choisissent la perpétuation du problème, ce dernier continuera de nourrir de futurs affrontements qui se règleront par la pure force. En refusant le droit au retour, Israël refuse de mourir, mais par là, crée les conditions de la paix par la coexistence. Ceux qui refusent de renoncer à ce droit refusent de coexister, nient le droit à la vie de lÉtat juif et préfèrent la guerre à la paix.
© Paul Giniewski
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Notes:
(1) Entretien: "En marge du transitoire", Revue dEtudes palestiniennes, No 10, Hiver 1984.
(2) Ovadia Sofer, Les Nations Unies au Moyen-Orient, PUF, 1977, p. 79.
(3) Ralph Galloway, "UNRWA", cité par Terence Prittie, The Palestinians : People, History, Politics, p. 71.
(4) Pour lanalyse juridique de la résolution 194 et de la Déclaration universelle des Droits de lhomme, nous avons suivi, en partie, lexposé d'Alexander Safian, " The Palestinian Claim to a 'Right of Return' ", Camera Backgrounder, septembre 2000. CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America, POB 428, Boston, MA, 02456-0428) veille à lexactitude de linformation sur le Moyen-Orient aux Etats-Unis et publie de nombreuses monographies sur le traitement du conflit israélo-arabe dans la presse.
(5) " Les réfugiés: 'responsabilité' et 'droit au retour' ", Le Monde, 29 décembre 2000, p. 13.
(6) Le Monde, 25 janvier 2001, pp. 1 et 16 : Sexpatrier pour fuir la transformation de lEtat juif en son contraire. Il ny aurait plus dimmigration juive, qui avait permis, depuis 1948, la forte expansion du pays.
(7) Al-Miari, 11 octobre 1949, cité par Nathan Feinberc, The Arab-Israeli Conflict in international Law, p. 109.
(8) Neue Zuercher Zeitung, 1 septembre 1960, cité par Terence Prittie, Op. Cit.
(9) A. B. Yehoshua, "Je ne comprends toujours pas pourquoi Barak a démissionné", Tribune juive [sans précision de date d'édition].
(10) Daniel Doron, "If refugees are allowed to return", The Jerusalem Post, 18 janvier 2001, p. 8.
(11) Amos Oz, "Arafat doit choisir", Le Figaro, 3 aoùt 2000.
(12) Amos Oz, "Pourquoi je voterai Barak", Le Figaro, 4 février 2001, p. 13.
(13) LÉvénement du Jeudi, 31 décembre 1987.
(14) The Jerusalem Post Magazine, 25 août 1989. Cité par David Makovsky, Media impact, Salvator, 2000.
(15) Paul Giniewski, Lantijudaïsme chrétien: La Mutation, Paris, Editions Salvator, 2000.
(16) Voir notes (5) et (6), ci-dessus.
Mis en ligne le 17 mars 2002, par M. Macina.











