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Jénine : un autre angle de vue, par Albert Capino
7.11.2002 Extraits d’un article de Sylvana FOA, paru hier pour «The Village Voice», une sorte de «Reporter sans frontières» au sens propre du terme, organe non-conformiste fondé en 1955 à New-York, comme alternative à la presse traditionnelle.
Elle nous y décrit la course dangereuse des taxis palestiniens de Jénine qui se fraient un passage à travers les collines, pour éviter les barrages.
Les Israéliens, qui ont surnommé Jénine «capitale de la terreur», en raison de l’origine des nombreux attentats-suicide dont ils sont victimes, y ont en effet imposé un couvre-feu assuré par de nombreux barrages.
Le Maire Walid Abou Mwais s’en plaint : «Nous devons faire d’énormes détours pour éviter les barrages israéliens : quel est le rapport entre la lutte contre le terrorisme et tout cela ?»
La réponse nous est donnée par les commentaires d’un membre des Nations-Unies et d’un démineur.
Larry, 63 ans, Colonel britannique à la retraite, coordinateur, pour l’UNWRA, des secours d’urgence, apporte un éclairage très intéressant sur le déblaiement du carré qui fut le champ de bataille entre l’armée israélienne et les factions armées palestiniennes, en avril dernier.
Larry a travaillé dans des situations d’urgence partout dans le monde depuis des années. Si vous vous souvenez des images de la Bosnie en 1990, le père Noël à la longue barbe blanche, qui dirigeait les convois à travers les lignes serbes vers les villages musulmans, c’est lui. Un type vraiment courageux.
«Les barrages israéliens sont un jeu d’enfant comparés à ceux des serbes» déclare-t-il. «Le pire qui puisse arriver est que nous soyons retardés».
Il pense que la majorité des habitants abhorrent les attentats-suicide, que les barrages sont une erreur et contre-productifs et entraînent des «courses dangereuses».
«Les chars jouent au chat et à la souris avec les taxis» nous dit Larry. «Les jeunes Israéliens qui pilotent ces tanks donnent parfois l’impression qu’ils jouent à un jeu vidéo. Ils surgissent brusquement de derrière les collines et effraient les chauffeurs».
Larry pense que le bouclage est inefficace et qu’il a des effets secondaires sur la jeune génération à Jénine, qu’Israël pourrait un jour regretter.
«Je n’ai jamais vu autant d’enfants avec des visages aussi durs. Des gosses, armés de longues et méchantes frondes d’un mètre, traînent dans les allées étroites et arpentent les terrains vagues de manière menaçante, à la recherche de cibles. »
«Même la police a peur de ces gamins» dit Larry «Ce sont vraiment des durs et ils sont persuadés que c’est leur droit de lancer des pierres.»
«Ils nous en lancent même à nous [l’ONU]», dit-il en riant «s’ils n’ont pas un char israélien à lapider, nous sommes leur second choix».
«Ce qui est effrayant, c’est qu’ils n’aient pas de modèle à l’intérieur de l’Autorité Palestinienne, vers qui se tourner. Leurs seuls modèles sont les "Shahids" [martyrs] des attentats-suicide».
Les Nations-Unies ont fini de nettoyer le pâté de maisons, détruites en avril dernier, pendant l’une des batailles les plus féroces de l’Intifada.
Ce ne fut pas un travail facile. La zone était truffée de bombes, de grenades et autres engins.
Un artificier anglais de 52 ans, Ian, expert en déminage, a neutralisé des milliers «d’engins terroristes improvisés», dans les ruines du camp.
«Nous avons trouvé 4.668 engins, dont 804 étaient amorcés», dit-il. «Nous avons enterré le premier lot dans 30 mètres cubes de ciment. Maintenant, nous faisons tout sauter. »
«Il y avait pas mal de matériel israélien, dont des missiles, qu’ils disent ne pas avoir utilisés», lâche-t-il sur un ton grinçant, «mais la plupart [des engins] étaient palestiniens». Nous avons trouvé six atelier avec leur matériel servant à fabriquer des bombes. Ils produisaient même leur propre poudre».
L’équipe d’Ian est sans arrêt sollicitée par des gens qui «ne sont pas satisfaits de la situation»... comme de ces missiles artisanaux [Qassam] avec leurs tubes de deux mètres, enterrés dans la rue près de leurs maisons.
«Ils nous font confiance et veulent que nous les enlevions, pour qu’ils puissent mener une vie tranquille. Nous gardons leur confiance et ne disons pas aux israéliens où nous avons trouvé le matériel, de peur qu’ils fassent ensuite sauter les maisons incriminées».
Le travail d’Ian a été rendu encore plus dangereux par les enfants armés de leurs frondes. A la recherche de matériel de récupération qu’ils peuvent vendre, comme des cadres de fenêtre en aluminium, ils harcèlent continuellement les démineurs».
Larry ajoute : «Il y a des sacrés fauteurs de trouble, ici, et ces gars sont violents. Il n’y a ni loi, ni tribunaux, ni prisons, ni discipline.»
«Et il y a eu des cas où des types armés de flingues venaient réclamer que nous leur rendions leurs bombes» renchérit Ian, qui a accompli un travail similaire au Kosovo, en Albanie et en Bosnie.
«Je les leurs rends toujours. J’ai une femme et des enfants.»
Albert Capino
L’article intégral (en anglais) peut être consulté à www.villagevoice.com/issues/0245/foa.php











