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Propagande/Désinformation
Quand le journal "Les Echos" faisait l’apologie de l’Islam, P. Lefebvre
Peu ou prou, depuis Septembre 2001, l'Arabie Saoudite suscite l'inquiétude. Des voix s'élèvent pour dénoncer le régime princier, son train de vie, les collusions de la famille régnante avec le terrorisme international. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Bien avant, tant du côté américain qu'européen, il était de bon ton de manifester une certaine empathie. Souvenir…
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[Je crois utile d'ajouter les références suivantes à quelques articles de, ou sur Laurent Murawiec, spécialiste du danger mortel que constitue l'Arabie saoudite : "Arabie Saoudite: L'ennemi public n° 1, interview de L. Murawiec"; L. Murawiec, 'Les Saoudiens sont présents dans tous les maillons du terrorisme'; "Le noeud gordien n'a pas été tranché": interview de L. Murawiec ; G. Millière, "La guerre n'est pas finie" (sur Murawiec). J'ai choisi, pour illustrer le texte reproduit ci-après, une caricature, qui met dans la bouche d'un imposant officier de la police des moeurs saoudienne, une injonction qui illustre l'une des préoccupations obsessionnelles du leadership religieux implacable de cette monarchie absolue, même quand il s'agit de victimes d'un incendie. (Menahem Macina]. 

"Et assurez-vous que votre fille est convenablement couverte !"

 

Article mis en ligne sur le site de Primo-Europe, le 12 Août 2005

Le 23 Septembre 1995, le royaume d’Arabie Saoudite fêtait son 63ème anniversaire. Le quotidien économique Les Echos n’avait pu résister à la manne financière venue de cette monarchie absolue, en lui offrant une pleine plage de publicité.


C’était quelques années après la première guerre du Golfe. Le "Royaume des 5000 Princes" (1) était critiqué pour l’accueil de la coalition militaire venue libérer le Koweït.

Il fallait à ce royaume un moyen bien simple pour retrouver une virginité vis-à-vis des musulmans du monde entier. L’accueil des troupes impies sur le territoire sacré en avait fâché plus d’un, dont un certain Ben Laden, peu connu à l’époque. Il a, depuis et de manière souvent intempestive, manifesté son désaccord profond avec ce qu’il estimait être un péché mortel.

Mais ce régime tyrannique avait aussi besoin de lâcher du lest sur le plan intérieur, afin de juguler une opposition de plus en plus influencée par de fâcheux concepts démocratiques. D’autant plus fâcheux que ceux-ci sont en contradiction complète avec la constitution de l’Arabie Saoudite, à savoir le Coran.

Il avait enfin grande envie de montrer aux Occidentaux combien l’Arabie Saoudite est un pays où coulent le lait et le miel, une nouvelle terre promise où les rapports humains sont empreints de cordialité et d’humanité.

A l’instar d’une lessive, l’Arabie Saoudite s’est donc vendue dans une pleine page de publicité. Le grand quotidien national français aurait pu refuser de diffuser cette publicité, au motif que celle-ci venait à l’encontre de la déontologie journalistique la plus élémentaire. L’apologie de doctrines et d’idéologies, la propagande religieuse sont en effet proscrites dans toutes les chartes journalistiques.

Les Echos n’ont pas eu ce type de remords

On pouvait lire, sur un 4/5 de la page 7 dans le numéro du 22-23 Septembre 1995, le texte reproduit après cet article.

Au-delà du procédé, certes coûteux, qui consiste à s’auto-légitimer par presse étrangère interposée, le contenu de cette publicité pose question.

Affirmer que la formation du Royaume, en 1932, témoigne du courage, de la détermination et du Charisme du Roi relève d’un curieux accommodement avec l’Histoire.

Le tract publicitaire passe sous silence les massacres perpétrés par Ibn Saoud sur les tribus comme celle des Chammar, en 1921. Il omet de dire que la création de ce troisième royaume doit beaucoup à la chute de l’Empire Ottoman, principal adversaire de cet Etat naissant. Il oublie les querelles intestines au sein du royaume qui ont mené par exemple à l’assassinat du roi Fayçal en 1975, l’occupation de la grande Mosquée de la Mecque par des partisans d’un Islam encore plus rigoriste (2), occupation qui s’est soldée par l’assaut de la Mosquée et la mort de centaines de personnes.

Ce régime oublie enfin d’avouer qu’il ne tient en place qu’avec le soutien et la compréhension de la plus grande armée du monde, celle des Etats Unis d’Amérique.

L’Islam est le principal outil de légitimation de ce pouvoir. Grâce au Wahhabisme (doctrine très en vogue chez les Frères Musulmans et dont se réclament les mouvements terroristes actuels), l’Arabie Saoudite va se propulser au rang de gardien de la foi par site religieux interposé.

Il est permis de violer l’Histoire

Mais à condition de lui faire un enfant, disait, machiste, Alexandre Dumas. Et si possible, un beau !

L’Arabie Saoudite - et Les Echos, même en 95, ne pouvaient l’ignorer - est une tyrannie bien éloignée du portrait idyllique que cette publicité en fait.

Certes, depuis le 1er mars 1992, une loi fondamentale sur l'Etat, c'est à dire une constitution, a été promulguée et a instauré un Conseil consultatif, le Majlis al choura.

Mais il ne s'agit pas d'un véritable parlement. Ses membres au nombre de soixante sont nommés par le roi pour une durée de quatre ans, renouvelables une fois par moitié. Toutes les lois, à l'exception du budget, sont bien soumises au Majlis mais celui-ci, qui délibère à huis clos, ne peut formuler qu'un avis consultatif.

Le 10 février 2005, ont été organisées les premières élections démocratiques partielles dans ce pays : il s'agissait d'élire 50% des conseillers municipaux de Riyad et de sa province, les autres restant désignés par le pouvoir. Les femmes étaient exclues du corps électoral.

Malgré ces petites améliorations, il n’en reste pas moins que l’Arabie Saoudite reste l’un des régimes les plus fermés au monde.

Quelques exemples

L'Arabie saoudite ne délivre pas de visas touristiques. Les visas pour les visites à caractère privé nécessitent alors un "parrain" saoudien. L'entrée dans le pays est interdite aux personnes de confession juive ou tout simplement sans confession. Les détenteurs de passeport portant un visa valable (ou non valable) pour Israël n'ont pas non plus autorisation d'entrer. Les villes de La Mecque et Médine sont interdites aux non musulmans sous peine d'emprisonnement ou de mort.

Les "délits de moeurs" (adultère, relations hors mariage, homosexualité, etc.) sont très sévèrement punis, en général de mort.

Les femmes doivent impérativement être accompagnées de leur époux ou d'un parent masculin. Si ce n'est pas le cas, son parrain doit venir la récupérer à l'aéroport. Il y a cependant des restrictions sur le fait qu'un homme et une femme, sans liens de parenté, voyagent dans le même véhicule.

Sont interdits alcools et dérivés de l'alcool (médicaments, cosmétiques, vins, chocolats fourrés), articles religieux de toute autre religion que l'islam, tous produits à base de porc, livres et imprimés "subversifs" ou "immoraux" et/ou contredisant le Coran, statues (art statuaire interdit). Les trafiquants et consommateurs de drogue sont délicatement posés dans le même panier : décapitation publique.

Bien évidemment, les produits en provenance d'Israël sont rigoureusement interdits pour cause de boycottage, privant le pays des avancées technologiques ou médicales en provenance de l’Etat hébreu.

Sagesse et vérité du Saint Coran...

Voici donc ce royaume qui "n’a pas évolué au gré des modes en termes de moralité ou de politique", comme le dit la publicité des Echos. On ne saurait mieux dire.

La raison révélée se trouve dans les mots ci-après : "la constitution du Royaume repose sur le Saint Coran. La sagesse et la vérité du Saint Coran transcendent les déclarations éphémères de diverses cultures à différentes périodes".

Si l’Islam a droit de cité partout dans le monde, comme toute autre forme de pensée, il ne peut réclamer la soumission inconditionnelle de la part de l’ensemble de la communauté humaine. Et il n'a pas à affirmer que le Coran est la révélation qui englobe et annule toutes les autres. En tout cas, ce n’est pas à un quotidien de presse d'un pays laïque de relayer une telle idéologie religieuse.

Les rigoristes Frères Musulmans et ceux qui appellent au Djihad prennent toujours comme prétexte à leurs exactions en Israël et dans le monde entier l’humiliation vécue par les musulmans.

Qui doit se sentir humilié ici ?

Les occidentaux, critiquables, certes, dans leur façon d’exploiter les richesses pétrolières mais qui ont le droit de refuser de vivre sous le joug d’une religion, quelle qu’elle soit?

Les femmes d’Arabie Saoudite qui risquent la peine de mort pour un simple regard vers un homme?

Quelle humiliation, quand un Juif est tout simplement interdit de séjour sous peine de mort? Quelle humiliation quand le séjour en Israël, mentionné sur le passeport, interdit, même à un non Juif, toute entrée sur le territoire saoudien au nom de la pureté du sol?

Où est l’humiliation quand une monarchie absolue ose affirmer, dans le journal Les Echos, que la civilisation judéo-chrétienne, la philosophie des Lumières "l’Aufklärung", les Droits de l’Homme, la démocratie ne sont que "déclarations éphémères de diverses cultures à différentes périodes"?

Où est donc cette fameuse humiliation quand des associations "culturelles" en France et en Europe reçoivent force financement pour construire des mosquées alors qu’il est interdit à un Protestant, un Catholique, un Bouddhiste, d’organiser une simple réunion d’information dans un des hôtels chics de la capitale, Riyad, sous peine de décapitation immédiate?

Bon anniversaire

Le 23 Septembre, il faudra souhaiter un bon anniversaire à l’Arabie Saoudite en lui demandant de renoncer à ses dogmes prétentieux, de promouvoir l’égalité de l’homme et de la femme et l’accès pour tous à toutes formes d’enseignement et d’éducation.

Si le Prince Abdallah, qui règne dans les faits depuis de longues années, veut vraiment demander l’application de son plan de paix, qu’il commence par reconnaître Israël dans ses frontières sûres et reconnues, selon la vieille maxime.

Bon anniversaire, certes! Mais la mort du Roi Fahd ouvre une ère de succession propre à attiser des revendications déstabilisantes pour le royaume. Le Yémen, voisin et adversaire historique, pourrait se sentir enclin à prendre le large. L’Irak, sous la coupe américaine, pourrait devenir cet allié de remplacement que l’Occident cherche en vain depuis tant d’années.

Abdallah, nouveau roi, n’aura peut-être pas à lutter contre un éclatement du royaume. Mais le roi suivant?

Bien entendu, couper les ponts ne servirait à rien qu'à essouffler un peu plus l'économie de l'Occident. Il reste à ouvrir les yeux et ne plus être dupe.

La démocratie européenne qui ne mâchera pas ses mots - en existe-t-il encore une ? - à l’occasion des 73 ans de l’Arabie Saoudite, retrouvera un peu de cette dignité perdue dans les barils de brut.

Peine perdue, sans doute ! Et si tel était le cas, le quotidien Les Echos n’y consacrerait vraisemblablement qu’un entrefilet.

Pierre Lefebvre

© Primo Europe


(1) - Abd El Aziz, qui a repris Riyad en 1902, a eu trente six enfants. Aujourd'hui, sa descendance compte environ 7000 personnes dont 4000 garçons, tous princes de sang.

(2) – en Novembre 1979, plusieurs centaines de personnes se barricadent dans la Grande Mosquée. Cette petite armée est conduite par Jouhayman al-‘Outaybi. Ils appellent à la chute de la dynastie au pouvoir et à la condamnation de toute compromission avec les Etats non islamiques.

 

Annexe :
Texte intégral de l'annonce publicitaire parue dans les Echos


Le 23 septembre est le jour de la fête nationale du royaume d'Arabie Saoudite.

Ce jour-là, la nation saoudienne célèbre la fondation du Royaume, il y a 63 ans, sous la conduite du roi Abd al-Aziz ibn Abderrahmane al-Saoud (Ibn Saoud).

La formation du Royaume en 1932 témoigna du courage, de la détermination et du charisme du roi qui, alors qu'il n'était qu'un jeune prince, était sorti d'exil pour aller reconquérir son héritage ancestral dans le Nadj (région au centre de l'Arabie Saoudite actuelle). Au cours des années suivantes, Abd al-Aziz réalisa ce qui était impossible : l'unification de nombreuses tribus fières et indépendantes qui occupaient une vaste région d'une superficie approximativement équivalente à celle de l'Europe de l'Ouest.

Si le roi Abd al-Aziz a pu accomplir un tel exploit, c'est grâce à sa foi, à son attachement à l'Islam et à sa volonté politique, si fidèlement respectée par ses successeurs, de protéger les grands lieux saints comme la Mosquée Al Masjid al Haram dans la ville sainte de La Mecque et la mosquée du Prophète à Médine.

Les successeurs du roi Abd al Aziz ont maintenu cette tradition, que de nombreux étrangers n’arrivent pas à comprendre, mais qui demeure la base même de la stabilité du royaume. Tout au long d’une période de développement sans précédent, financée par les abondantes richesses pétrolières du pays, tout au long d’un processus de modernisation dont beaucoup disaient qu’il allait radicalement changer les valeurs sociales du royaume, l’Arabie Saoudite a su rester fidèle aux traditions qui lui ont donné naissance.

Le royaume, dirigé par le roi Fahd, qui a consacré toute sa vie adulte au service de la nation, a assuré l’éducation de son peuple (hommes et femmes), a mis en place un système d’aide sociale au profit de tous, a travaillé assidûment pour une paix véritable lors de nombreux conflits internationaux, et a montré envers d’autres nations une générosité que les pays les plus riches admirent mais ne peuvent égaler.

Il n’a pas évolué au gré de la mode en termes de moralité ou de politique, et ceci pour une bonne raison. La constitution du Royaume repose sur le Saint Coran. La sagesse et la vérité du Saint Coran transcendent les déclarations éphémères de diverses cultures à différentes périodes. Le royaume d’Arabie Saoudite adresse ses salutations à tous les peuples du monde.

Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter le Ministry of Information, PO Box 570, Riyad 11161, Royaume d’Arabie Saoudite.

(Les Echos, 22-23 Septembre 1995)

Mis en ligne le 06 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org
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