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Propagande
Un "J'accuse" retentissant à l'encontre de Paris VI
Gisèle NINIO-GRYNBERGJournaliste - Enseignante
Nice
Monsieur le Président de l'Université de Paris VI,
Chaque citoyen a une conscience et il appartient à chacun de se manifester quand celle-ci est maltraitée, choquée, blessée. C'est un PRINCIPE DEMOCRATIQUE que nous avons encore la chance de pouvoir exercer en France.
J'ai lu avec stupéfaction le texte de la motion que votre Conseil d'administration a voté le 16 décembre 2002, pour clore cette année dans l'indignité.
J'ai particulièrement apprécié les motifs avancés : "Les relations entre les parties… se fondent sur le RESPECT DES DROITS DE L'HOMME ET DES PRINCIPES DEMOCRATIQUES qui inspirent leurs politiques internes et internationales et qui constitue UN ELEMENT ESSENTIEL du présent accord".
Effectivement, une université qui permet à ses étudiants de "caillaisser" le Premier Ministre de la République française en visite chez elle [il s’agissait de Lionel Jospin] fait preuve, sans conteste, de RESPECT DES DROITS DE L'HOMME. C'est une façon tout à fait démocratique de s'exprimer, votre conseil d'administration ne démentira pas.
Envoyer de jeunes illuminés fanatisés croyant atteindre le Paradis en se faisant exploser au milieu d'une foule de civils afin d'en tuer et d'en estropier le plus grand nombre, c'est un PRINCIPE DEMOCRATIQUE comme tout démocrate sait et soutient.
Développer dans la presse et dans les livres scolaires un antisémitisme repris des années sombres du nazisme et instiller la haine des Juifs qu'il est recommandé de tuer par tous les moyens, c'est encore une fois un PRINCIPE DEMOCRATIQUE, et surtout c'est faire preuve incontestable du RESPECT DES DROITS DE L'HOMME.
Refuser des réformes démocratiques demandées par la communauté internationale comme préliminaire à la création d'un Etat "démocratique", comme le fait le grand ami des Droits de l'Homme et le parfait DEMOCRATE qu'est Yasser Arafat, est certainement à vos yeux une preuve éclatante de courage politique. Prôner le terrorisme plutôt que la discussion est une
attitude digne de soutien et d'admiration de la part d'intellectuels français tels que vous et vos acolytes. Ces 2 éléments vont certainement vous permettre de renforcer votre coopération bilatérale, Paris VI, avec les universités palestiniennes.
Mais de tout cela, point dans votre motion.
Monsieur le Président, depuis quand un accord d'association entre scientifiques fait-il référence à la politique du pays associé ? Depuis quand les scientifiques sont-ils responsables de la ligne politique de leur gouvernement ?
Les scientifiques sont des citoyens au même titre que vous et les membres de votre conseil d'administration.
Ainsi, il serait tout à fait risible et ridicule de vous imputer en quelque façon que ce soit la ligne politique de notre gouvernement et de vous rendre responsables de l'ingérence de l'armée française dans la guerre civile qui déchire la Cote d'Ivoire. Y a t-il eu un imbécile pour imputer cet acte politique au corps scientifique ?
Monsieur le Président, où est la voix outrée, choquée, indignée de votre Conseil d'administration devant la condamnation à mort d'un intellectuel iranien qui ne plait pas aux intégristes au pouvoir ? Cette condamnation serait-elle conforme, selon vos critères, au RESPECT DES DROITS DE L'HOMME et aux PRINCIPES DEMOCRATIQUES ?
De même que signifie votre silence assourdissant sur les mises à mort sans procès des opposants politiques au grand DEMOCRATE Arafat ?
Monsieur le Président, vous ai-je entendu dénoncer le détournement des fonds de l'UE, offerts à l'AP justement pour développer les écoles et universités palestiniennes ? Est-ce cela le soutien que vous vous apportez à «la politique actuelle» de l'AP ? Est-ce aussi au nom des Droits de l'Homme que vous vous taisez si habilement ?
Monsieur le Président, quand votre université devient le champ de bataille idéologique de mouvements islamiques intégristes, qui étendent leur emprise sur tout le campus et empêchent d'autres voix de se faire entendre, vous laissez faire, au nom du respect de la DEMOCRATIE où tous les courants devraient pouvoir s'exprimer en toute LIBERTE ?
Monsieur le Président, quand les juntes militaires asservissaient les peuples argentins et chiliens, n'était-ce pas le rôle des universitaires français de soutenir leurs collègues ? Fallait-il mettre les scientifiques argentins et chiliens dans le même panier que les tortionnaires et les mettre au ban de la communauté universitaire ? A l'époque, vos collègues ne l'ont pas fait.
Monsieur le Président, quand la France torturait en Algérie, contre qui avez-vous protesté ? Contre les tortionnaires, ou contre les hommes de science qui, tout à leur recherche, faisaient avancer l'Humanité et n'avaient aucune responsabilité dans ces comportements indignes de notre armée ?
Est-ce que la communauté universitaire et les instances scientifiques des autres pays ont boycotté nos universitaires et les centres de recherches avec lesquels ils avaient des liens d'association ? Et pourtant... la 'gégène' tournait à fond.
Monsieur le Président, quand la France se vautrait dans la Collaboration et que certains membres de l'Université française faisaient acte d'allégeance au "Sauveur de la France" [le maréchal Pétain, NDLR], où était l'écho des voix des présidents de nos universités contre la mise à mort de nos principes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité ?
Monsieur le Président, quand vos collègues juifs français ont été chassés de l'université par les lois de Vichy, vos collègues sont restés MUETS, probablement au nom du RESPECT DES DROITS DE L'HOMME.
L'histoire de l'université française n'a pas toujours été digne, ni exempte de lâcheté, et la motion que vous et votre conseil d'Administration venez de signer conforte cette ligne de conduite qui entache l'image de nos universités.
Ayant moi-même enseigné dans une IUT, j'en suis encore plus choquée, car nous avons une responsabilité morale et intellectuelle face à nos étudiants.
Nous n'avons pas le droit d'être l'exemple d'une MALHONNETETE INTELLECTUELLE, d'UNE SCANDALEUSE DESINFORMATION et d'UN PARTI PRIS IGNOBLE, qui fleure un tantinet l’antisémitisme déguisé en pensée politique, dont vous et vos collègues avez été les acteurs indignes.
Monsieur le Président, ne vous étonnez pas, désormais, qu'à travers le monde, on se rit de nos universités qui sont capables de faire preuve d'une telle monstruosité. Et pendant que vous signez sottement une motion qui n'a rien à voir avec les fonctions que vous devez assumer et qui, finalement, vous pénalise peut-être, les Etats-Unis, eux, continuent à attirer dans leurs universités les plus illustres et talentueux scientifiques, même s'ils sont Israéliens, et leur offrent, de surcroît des prix Nobel. Dois-je vous rappeler que c'est un chercheur israélo-américain qui a reçu le Prix Nobel d'Economie ? Mais peut-être l'université de Paris VI préfère-t-elle une piètre notoriété à l’accueil, en son sein, d’universitaires israéliens.
Dommage pour vos étudiants, dommage pour vous, dommage pour la France.
Cependant il existe encore, fort heureusement, dans notre pays, des scientifiques, des intellectuels et des universitaires, prêts à se désolidariser de votre attitude partisane et pathologiquement anti-israélienne. Ceux-là sauront se dresser contre vous et contre vos sbires, qui inspirent la honte et le dégoût.
Je vous présente, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs du conseil d'administration, mes sentiments chagrinés et quelque peu écoeurés.
Gisèle NINIO-GRYNBERG
Journaliste
Ancienne Enseignante à l'Université de Nice-Sophia Antipolis
Département InfoCom/Tech de Co.
Source : Israelinfo, Bruxelles.











