16 janvier 07
Original anglais : "Lost in translation : Abbas threat to Israel", sur le site de IMRA.
Traduction française : Menahem Macina
Le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas a prononcé un discours anti-israélien très militant cette semaine, mais la majeure partie de son violent message a été perdue au cours de la traduction, du fait quil a recouru à une phraséologie obscure en langue arabe.
« Que fleurissent des milliers de fleurs, et que nos fusils, tous nos fusils, soient dirigés contre lOccupation », a déclaré Abbas, faisant une claire référence à la vieille rhétorique du dirigeant communiste Mao Tse Tung.
Même des non-Arabes rompus à la pratique de larabe ont eu du mal à comprendre létrange forme verbale "daa" utilisée par le Dr Abbas, mais cest une forme dimpératif qui signifie : "laissez-nous", ou "permettez-nous de commencer", de la racine du verbe arabe faible Wa-da-a (Waw, Dal Ayin). [Voir Hans Wehr, A Dictionary of Modern Written Arabic, p. 1058].
La phrase est importante, à maints égards, en ce quelle montre
- que le Dr Abbas - qui a étudié à lUniversité du KGG, Patrice Lumumba, pour les dirigeants du Tiers Monde donne toujours de limportance à la rhétorique et aux tactiques révolutionnaires communistes ;
- quil persévère dans la "voie révolutionnaire" de Yasser Arafat, qui honorait également ceux qui recourent à la violence contre Israël ;
- et quil croit que la révolution palestinienne exige une violence soutenue contre Israël, et que cette violence peut, en fait, constituer un facteur dunification entre Palestiniens - quoique Abbas ait dit que le moment opportun était un élément dune importance décisive.
« Je laffirme au maître des martyrs », a déclaré Abbas, en rendant hommage à Arafat, « vos fils poursuivront votre marche. Je vous le dis, vos lionceaux continueront ce combat (nidal), cette bataille (kifaah) jusquà ce quun Etat palestinien soit établi sur la terre de Palestine, avec Jérusalem pour capitale. »
Au cours de son discours de plus de 30 minutes, prononcé le 11 janvier, à Ramallah, Abbas a dit clairement quil faisait la différence entre le "combat", ou la "bataille" contre Israël, et les "affrontements" entre Palestiniens.
« Faire usage de mes armes contre mon frère, mon ami, mon voisin », a déclaré le successeur dArafat, en martelant ses mots et en agitant vigoureusement la main gauche, « cest défendu, défendu, défendu ».
Mais Abbas a dit aux Palestiniens que le combat palestinien continuerait en dépit des revers.
« Ils nous ont tués partout, mais cette révolution, à cause de la détermination de son peuple, à cause de la détermination de sa jeunesse cette révolution sest poursuivie et se poursuivra jusquà ce que nous réalisions le rêve palestinien. »
Abbas sexprimait à loccasion du quarante-deuxième anniversaire de la fondation du mouvement du Fatah jour de la commémoration du premier attentat palestinien contre le système de pompage israélien des eaux, le 1er janvier 1965, et Abbas essayait de profiter de loccasion pour unir la communauté palestinienne divisée, probablement en faisant dIsraël lennemi commun.
La Journée du Fatah avait été repoussée de dix jours, du fait des durs combats armés entre le Fatah et le Hamas, qui saffrontent pour la direction de lAutorité palestinienne, depuis la mort de Yasser Arafat, en novembre 2004.
« Depuis linstauration de cette commémoration, nous avons cru en des principes que nous nabandonnerons pas. Depuis laube de notre commencement, nous avons dit : 'quéclosent des milliers de fleurs et que nos fusils, tous nos fusils soient dirigés contre lOccupation'. Et nous serons fidèles à ce serment : lunité nationale renouvelée pour quiconque se soucie de la patrie et son devenir », a déclaré Abbas.
A plusieurs reprises, durant son discours, Abbas a évoqué Arafat en tant que martyr, usant du même qualificatif pour les mercenaires du Fatah, morts en perpétrant des actions terroristes contre Israël.
Les commentaires dAbbas ont été interprétés par les Palestiniens eux-mêmes comme une claire allusion au fait quattaquer Israël était un titre de gloire et non un acte condamnable.
Les termes du dirigeant palestinien ont été repris, presque mot pour mot, dans des émissions télévisées ultérieures, par dautres officiels palestiniens, tels Ibrahim Abu-Naja et le Dr Kamal Sharafy, qui, respectivement, ont appelé Israël « lennemi », et « lennemi sioniste ».
Et sil faut lever tout doute concernant le caractère militant des propos dAbbas et la direction visée par les fusils palestiniens, quelques minutes après le discours dAbbas lui-même, un présentateur chevronné de la télévision palestinienne a défini la création dIsraël comme le commencement de l"occupation".
« Personne [ici] nest criminel. Tout notre peuple est la main dans la main pour libérer notre terre », a déclaré Abbas, parlant du combat contre Israël qui unit tous les Palestiniens.
Pas une fois, dans son discours, il na condamné les attentats-suicide du Hamas, ni ceux de son propre mouvement, le Fatah.
Toutefois, Abbas a clairement laissé entendre que la violence palestinienne devait être limitée pour des raisons pratiques, parce quelle « outrepassait les lignes rouges », mettant ainsi les Palestiniens en danger.
« Jai entendu ici des bruits de tirs, et cest interdit », a insisté Abbas, qui préside le Fatah et lOLP, protestant contre la foule, largement favorable au Fatah, qui sétait assemblée pour écouter ses propos, dans la ville de Ramallah, au nord de Jérusalem.
« Condamner et empêcher les affrontements internes », tel est mon but, a affirmé Abbas.
Il faisait allusion aux effusions de sang entre Palestiniens, au cours desquelles quelque 300 Palestiniens sont morts lan dernier. Mettre fin à cette "falatan" anarchie, en arabe est la priorité majeure de son régime, a dit Abbas, mais ses paroles ne semblent pas avoir convaincu la foule.
« Le Hamas est une bande de shiites », criaient des gens dans la foule, utilisant le terme "shiite" comme une sorte dinjure.
Abbas a de nouveau réprimandé les membres de son Fatah, en disant : « Cela aussi [ce type de propos] est interdit », en même temps quil cherchait à imposer des thèmes nationalistes et islamiques dunité, sécartant ainsi légèrement de son discours préparé. [Voir le site du Fatah en arabe.]
[Presque tous les Palestiniens sont des musulmans sunnites et le terme "Shia", en arabe, qui signifie faction, ou membre dune faction, se réfère aux musulmans qui se sont séparés de la majorité de la communauté après la mort de Mohammed, le guide de lislam, et ont soutenu Ali, neveu de Mohammed. Note de M. Widlanski.]
« Aucun [Palestinien] nest étranger à notre société », a hurlé Abbas, en agitant les mains vers la foule bruyante.
Il a rendu un hommage appuyé au défunt Cheikh, Ahmad Yassin, lun des fondateurs du Hamas, linventeur des attentats-suicide à lexplosif, qui ont ravagé Israël de 1994 à 2004, après quIsraël ait conclu plusieurs accords avec les Palestiniens.
« Personne nest un traître. Personne ne collabore [avec Israël]. Personne nest un incroyant », a poursuivi Abbas, suggérant fortement que le comportement de quiconque avait mené la lutte armée contre Israël, même sil affrontait le Hamas pour prendre le pouvoir, restait dans le cadre de ce qui est acceptable.
Dans ce qui, à maints égards, aura été lun des discours les plus militants prononcés par un responsable politique habituellement vanté comme un modéré, le Dr Abbas a également tendu la main à lorganisation terroriste Hamas, qui na jamais prétendu quelle ne voulait pas détruire Israël.
Le Dr Abbas a semblé rejeter toute possibilité de compromis territorial, ou quoi que ce soit de moins quun rapatriement intégral des réfugiés palestiniens, et il a repoussé lidée de la Secrétaire dEtat Condoleeza Rice, selon laquelle un retrait israélien supplémentaire aboutirait à la création dun Etat palestinien à lintérieur de frontières temporaires.
« Aujourdhui plus quen toute autre époque, nous devons rester fermement attachés à nos principes palestiniens, et ne pas accepter un Etat avec des frontières temporaires », a affirmé Abbas, ajoutant : « Nous ne céderons pas un pouce [du territoire] de Jérusalem ».
Michael Widlanski *
© IMRA
* Le Dr Widlanski est un spécialiste de la politique et des relations arabes à lInstitut Rothberg de lUniversité Hébraïque de Jérusalem. Il a consacré sa thèse de doctorat aux médias radiophoniques et télévisuels palestiniens. Il a été journaliste, correspondant de presse et rédacteur, respectivement au New York Times, à la Cox Newspapers-Atlanta Constitution, et au Jerusalem Post. Il a également occupé les fonctions de conseiller des délégations israéliennes aux discussions de paix de 1991-1992, et de Conseiller aux Affaires Stratégiques du Ministère de la Sécurité Publique, pour la publication des archives secrètes de lOLP, saisies à Jérusalem.
Mis en ligne le 17 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org











