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Propagande anti-israélienne
Les images du Liban: une guerre dans la guerre, L. Lema
La polémique fait rage. Décortiquant les images du récent massacre de Cana, certains crient à une mise en scène du Hezbollah.
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Sur le site du journal Le Temps.

9 août 2006                                          
                                                                    
 
Alors que se poursuit le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais, un autre front s'est ouvert: les images de cette guerre disent-elles toute la vérité ? A un photographe, pris la main dans le sac après qu'il eut trafiqué certaines prises de vue (lire ci-dessous), s'ajoute désormais une polémique sur le massacre qui a eu lieu dans le village de Cana, le 29 juillet.

Ce massacre, dont le bilan a été ramené de 56 à 28 morts, pour moitié des enfants, avait secoué l'opinion publique mondiale. Lundi encore, Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, a cité le bombardement de ce village comme l'un des exemples des éventuelles violations du droit de la guerre commises par Israël.

Ce n'est pas l'avis d'une multitude de sites internet, pour la plupart conservateurs et étroitement liés à Israël. Décortiquant les images diffusées lors du retrait des corps ensevelis sous les décombres, les responsables de ces sites notent une série d'incohérences qui les font douter de la véracité de la scène.

Les premiers tirs ont été effectués par un site britannique qui réclame notamment le retrait de la Grande-Bretagne de l'Union européenne (eureferendum.blogspot.com). En substance, son auteur note l'omniprésence d'un civil, qu'il nomme «M. Tee-shirt blanc» et son attitude volontairement éplorée face aux photographes réunis devant lui. «Bienvenue à Hezbollywood», conclut-il, en insistant sur le fait que tout ceci a le goût d'une mise en scène orchestrée par le Hezbollah, afin de gagner la guerre des images. En cause également: le fait que ces clichés soient accompagnés d'heures différentes (entre 7h 20 et 11h 40 du matin). Ce qui donne le sentiment que les sauveteurs ont posé jusqu'à plus soif avec les cadavres d'enfants dans les bras.

Ces accusations ont été démenties avec la dernière énergie par toutes les agences de presse présentes à Cana. Si les heures ne coïncident pas, notent-elles, c'est parce qu'elles peuvent indiquer tour à tour le moment de la prise de vue ou celui de son envoi aux rédactions. Se basant sur leur propre expérience du terrain, les responsables affirment que, vu le nombre de photographes présents, une mise en scène telle qu'elle est décrite n'est pas concevable.

La porte était néanmoins ouverte. Et d'autres s'y sont engouffrés pour émettre des doutes supplémentaires: se fondant sur ces premiers soupçons, divers commentateurs américains, et d'autres sites qui s'alimentent les uns les autres, expliquent ainsi qu'en réalité, l'armée israélienne n'a pas touché l'immeuble dans lequel se terraient les familles libanaises. Les règles du Hezbollywood seraient plus machiavéliques encore: les cadavres auraient ainsi été acheminés d'une morgue proche, puis l'immeuble aurait été dynamité par le Hezbollah lui-même, avant l'arrivée des journalistes étrangers.

Joint au téléphone, le porte-parole du Croissant-Rouge libanais, Ayad el-Munzer, s'étrangle d'indignation: «Les gens s'étaient regroupés à Cana afin d'y trouver refuge. Allez voir les blessés qui ont perdu leurs proches puis ont été acheminés à l'hôpital Hariri, de Beyrouth. Ils vous raconteront d'eux-mêmes comment tout cela s'est passé.» De source humanitaire occidentale, on note aussi que, en ayant rapidement réduit le bilan initial, la société de secours libanaise a donné la preuve qu'elle souhaitait «garder un profil bas» et éviter une utilisation politique du massacre de Cana.

La médiatisation qui entoure les conflits du Proche-Orient fait de la «guerre des images» un classique de la région, notamment depuis le début de la seconde Intifada palestinienne en septembre 2000. Directement, ou grâce à des médias amis, les Israéliens ont systématiquement tenté de contre-attaquer sur ce terrain, à chaque fois qu'ils se sentaient menacés sur le plan médiatique (lire les exemples ci-après). 
                                                         
          
"Si le trucage avait été habile, on n'aurait rien vu».
Sur la trace d'un trucage photographique grossier." Luc Debraine
                           
 
La photo originale d'Adnan Hajj (à gauche) et une fois retouchée (à droite). Photo: Keystone
      
                               
Le Libanais Adnan Hajj ne travaillera plus pour Reuters. Collaborateur de l'agence britannique, ce photographe indépendant est accusé d'avoir manipulé au moins deux de ses images des attaques israéliennes sur le Liban. Grâce à Photoshop, Adnan Hajj a noirci une colonne de fumée au-dessus de Beyrouth et dupliqué des volutes, grâce à la fonction «Tampon de duplication» du logiciel. Une autre photo a aussi été dramatisée, cette fois en ajoutant deux leurres à celui tiré par un F-16 israélien sur Nabatiyeh.

Cette deuxième manipulation a été découverte par les responsables de Reuters, qui ont peu cru les explications du photographe au sujet de la première image (Adnan Hajj prétend s'être trompé en tentant d'éliminer des poussières de sa photo dans de mauvaises conditions de lumière). Reuters a retiré de sa base de données les 920 images récemment prises au Liban par le photographe.

Le premier traficotage, celui de la fumée noire, a été débusqué par le blog (Little Green Footballs) de l'Américain Charles Johnson. Conservateur et islamophobe, Johnson avait déjà découvert que les documents utilisés par la chaîne CBS pour critiquer les conditions du service militaire de George W. Bush étaient des faux.

Comme le suggèrent ces exemples, la fonction scrutatrice des médias jouée par les blogs ne cesse de prendre de l'ampleur. Ce contrôle est d'ailleurs salué par Paul Holmes, responsable de l'information chez Reuters. Ce qui n'empêche pas l'agence de renforcer le contrôle des photos en provenance du Proche-Orient. Les images seront contrôlées par les éditeurs les plus expérimentés, ainsi que par la rédaction en chef.

Chez la concurrence, on ne comprend pas comment Reuters a pu être abusé par les trucages grossiers d'Adna Hajj. «C'est très maladroit et donc très repérable lors d'un contrôle, note Gérard Julien, un des rédacteurs en chef de la photo à l'AFP. Si le trucage avait été habile, personne n'aurait rien vu. Car, à part l'agrandissement des détails, on manque de moyens pour détecter les fraudes. On court le risque d'être abusé. Ce sont les dangers de la concurrence entre les médias. Mais cette concurrence permet aussi de débusquer les tricheries: les mêmes scènes sont souvent photographiées par plusieurs personnes. Il est ainsi facile de comparer. Il faut rappeler la règle de base, qui interdit toute manipulation d'une photo de presse, ne serait-ce que pour éliminer un micro, ou gommer un réverbère à l'arrière-plan. Il est toujours permis d'éclaircir un visage sous-exposé, mais certainement pas de changer comme ici le sens d'une image.»
        
De quelques polémiques médiatiques récentes...
 
PROCHE-ORIENT. Ces dernières années, la bataille des images n'a jamais cessé, Luis Lema
 
Dans une région où il apparaît primordial d'influencer l'opinion publique mondiale, la propagande n'est rien d'autre que la continuation de la guerre par d'autres moyens. A chaque événement sa controverse. De la première photo qui a symbolisé le déclenchement de la deuxième intifada au massacre sur une plage de Gaza, en juin dernier, en passant par la mort du petit Mohammed al-Dura dans les bras de son père ou le rôle des ambulances palestiniennes.
 
 
© Le Temps
 
Mis en ligne le 09 août 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org
 
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