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Pourparlers de Paix
Bush/Arafat, une haine partagée, Haaretz
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Haaretz, 12/11/2004
www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=500593


À l’annonce de la réélection du président George Bush, un éditorialiste du quotidien palestinien Al-Ayyam ('Les jours') écrivait : « les Arabes ne connaîtront pas la joie durant les quatre prochaines années. »

Un autre gourou aurait pu déclarer qu’Arafat est peut-être simplement mort de n’avoir pas supporté les résultats électoraux de l’Ohio.

À supposer que cela ait été le cas, cela n’aurait pas été sans raison. Arafat n’avait aucune chance avec Bush. Il y avait une muraille entre les deux hommes.

Arafat lui-même avait été à l’origine de cette barrière, en ce fatidique mois de janvier 2002. Ce mois avait débuté par la capture du Karine-A*, en Mer rouge, et s’était conclu par le discours de Bush décrivant Arafat comme un 'soutien du terrorisme'.

Comme le remarque un commentateur, c’est à cette époque que l’administration Bush a commencé à partager le point de vue israélien sur le conflit avec les Palestiniens. Ce mois-là, Arafat commit deux fautes. La première, fut de torpiller une mission diplomatique américaine en faisant venir d’Iran, rien de moins, cette cargaison d’armes ; la seconde fut de mentir au président américain, dans une lettre où il jurait n’avoir rien à voir avec ce bateau.

A matter of Character« George Bush déteste qu’on lui mente », fait remarquer un de ses proches. Après ce mensonge, Arafat fut compté parmi les méchants de l’après 11 septembre. De distante et dénuée de sympathie, la relation avec le dirigeant palestinien vira à un ostracisme fondé sur une stratégie réfléchie. Dans le livre de Ronald Kessler, Une affaire de personnalité, Steven Hadley, l’adjoint de Condoleezza Rice au Conseil national de sécurité, présente le changement de relations avec Arafat comme une illustration de la volonté de Bush de rompre avec les recettes des stratégies passées.

Selon Steven Hadley, « tout le monde se concentrait sur les territoires et les frontières. Le président a estimé que c’était prendre le problème par le mauvais bout. Occupons-nous de la mise en place des institutions de l’État palestinien. Ce qui suppose une nouvelle direction, qui ne soit pas impliquée dans le terrorisme. »


Raté, comme d’habitude

Lors d’une réunion, au milieu de ce même mois de janvier, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld suggérèrent que le moment était venu de rompre avec Arafat.

Deux semaines plus tard, le 25 janvier, se tint une nouvelle réunion. À partir d’avril, Bush s'est mis à désigner publiquement Arafat comme un 'problème'.

Arafat était devenu un personnage détestable, et sa représentativité fut réduite au minimum, en attendant qu’une nouvelle direction émerge. Une direction exempte de mensonge et de terrorisme. Une direction qui mériterait qu’on lui déroule le tapis rouge à la Maison blanche.

Quelques mois auparavant, George Bush avait pourtant déclaré qu’Arafat méritait des félicitations pour ses efforts en vue de « contrôler les éléments extrémistes » en son sein. Il n’aurait fallu à Arafat qu’un effort minime pour établir un modus vivendi acceptable avec l’administration américaine (relation dénuée d’amour : Bush, à l’inverse de Clinton, s’était déjà refusé à rencontrer Arafat au tout début de son mandat).

Mais Arafat a échoué, comme d’habitude. « J’avais averti Arafat, à deux reprises, que ça ne pouvait plus durer, que je ne pourrais plus traiter avec lui s’il ne faisait pas quelque chose contre le terrorisme », a confié le secrétaire d’État Colin Powell à Ronald Kessler. Aujourd’hui, ses successeurs disposent d’une seconde chance, et cette seconde chance est bien réelle.


Une vision planétaire claire

Selon certaines sources à Washington, le président américain fonde de grands espoirs sur les avancées significatives qu’ils pourraient opérer au Moyen-Orient, et dont il a un besoin vital. Il connaît le nom de Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen) et se fera un plaisir de l’aider de toutes les manières possibles. Lorsque Mahmoud Abbas fut nommé Premier ministre, et que son nom fut cité pour la première fois à George Bush au cours d’une réunion, celui-ci en parla comme d’un dirigeant jeune, énergique et prometteur, jusqu’à ce que l’un de ses assistants lui fasse remarquer, avec un sourire : « M. le Président, il a 68 ans. »

L’équipe Bush a une vision planétaire claire, aisée à appréhender, sinon à mettre en oeuvre. Les Palestiniens ont droit à un État à eux, même s’il faut l’imposer, y compris à Ariel Sharon. Mais ils doivent impérativement se soumettre à quelques conditions simples.

L’administration Bush, à l’inverse de ses prédécesseurs, ne pense pas que la question palestinienne soit la clé de tous les problèmes de la région. Ils ne considèrent pas le problème palestinien comme la cause de l’inimitié des Arabes contre l’Amérique et Israël, mais tout au plus comme un prétexte qu’il serait bon de désamorcer, ce qui compliquerait la tâche des ennemis de Bush en Iraq, en Arabie saoudite et en Iran, et satisferait ses amis à Beyrouth et en Europe.

Le président Bush pourrait alors leur dire : « quand nous avons affaire à des dirigeants arabes responsables, nous sommes heureux de faire la moitié du chemin dans leur direction. » Il pourrait ainsi affirmer qu’une nation arabe peut être démocratique.

Puis, comme le terrorisme continuerait ailleurs, il proclamerait que le problème palestinien n’était pas la cause du terrorisme, mais que celui-ci est motivé par la haine viscérale de tout ce que l’Occident représente : la liberté, le progrès et la démocratie. Et maintenant, aidez-nous dans notre guerre contre le terrorisme. Le problème palestinien est derrière nous.

En tout cas, il en est qui le croient, à Washington.


Shmuel Rosner, correspondant de Haaretz

© Haaretz, pour l’original, et upjf.org, pour la version française.


* Sur l'affaire du Karine-A, cf. Affaire du Karine A, affrêté par l'Autorité Palestinienne - Documents officiels
Mis en ligne le 12 novembre 2004 sur le site www.upjf.org.
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