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Pourparlers de Paix
Un journaliste palestinien ami d'Arafat : 'Démissionnez!'
Update 18 mai : Depuis cette première mise en ligne, Yigal Palmor nous a fait l'amitié de traduire l'intégralité de ce texte et de nous autoriser à le publier. Qu'il en soit remercié. M. Macina.Lettre à Arafat
Par Jihad Al Khazen
Al-Hayat 15 mai 2004
Traduction française : Yigal Palmor
Le texte anglais figure à la suite de la version française.
Notre cher frère, Yasser Arafat
Je suggère que vous démissionniez. Vous avez fait de votre mieux. Il est temps de mettre le gouvernail entre des mains plus jeunes.
L'administration américaine voudrait que vous quittiez la scène, et Ariel Sharon voudrait vous tuer. Leurs motifs respectifs sont connus. Leur position à votre égard émane de l'inimitié. Je suis, quant à moi, parvenu à cette conclusion par affection. Je suis inquiet pour vous.
Vous n'êtes plus jeune. Votre santé n'est pas des meilleures. Votre cause est plus faible que vous. Elle a besoin d'un esprit brillant et de mains qui ne tremblent pas.
Je vous demande de démissionner car je suis votre ami. Je vous souhaite du bien et je veux que votre cause vive.
Vous êtes un président démocratiquement élu. Si des élections avaient lieu demain dans les territoires palestiniens, vous les emporteriez à nouveau, à une majorité écrasante.
Voilà pourquoi j'espère que vous quitterez la présidence dans une position de force, et non par faiblesse. Vous pourriez ainsi rester le père de la révolution et de la patrie.
Je sais que vous n'aimez pas écouter quelqu'un qui vous demande de démissionner. Cependant, je suis votre ami; et votre ami est celui qui vous parle sincèrement.
Vous souvient-il comment a commencé notre amitié, en 1967, dans le bureau du camp d'Al-Hussein, à Amman? Peut-être ne vous en souvenez-vous pas, puisque vous avez des milliers d'amis. Je me souviens, toutefois, de l'escalier que j'ai grimpé, qui m'a mené vers une grande chambre d’où l’on entrait dans votre bureau. Nous en sommes sortis après une rencontre qui a duré moins d'une heure, pour prendre des photos sous une ampoule qui pendait du plafond.
Trente-sept ans ont passé. J'eusse aimé qu'ils soient quarante, voire cinquante.
Je vous ai vu au camp Wahadat, puis au camp Al-Fakhani. Je vous ai vu à Londres, Washington, Paris et Davos.
Notre amitié n'a pas failli, face aux erreurs de la révolution en Jordanie et au Liban.
J'étais à Washington pendant l'invasion israélienne. Je vous ai vu prendre le chemin de la Tunisie. Je vous avais boycotté, pour faire valoir mon objection au cumul d'erreurs durant ces cinq années. Plus tard, j'ai cédé face à la révolution et à son leader, et nous avons renoué notre amitié.
Je vous avais transmis des messages, plusieurs fois, pendant la guerre civile autour de Camp David I. Combien de fois ai-je parlé, à vous et de vous.
Puis, sont survenus les accords d'Oslo et la poignée de mains dans le jardin de la Maison Blanche.
Plusieurs dîners et conversations nous avaient réunis à Davos; et de Washington à Londres.
Vous souvenez-vous de ce dîner, à Davos, lorsque j'étais à votre table, à côté de celle du président Moubarak et de son épouse, et que la table de Benjamin Netanyahu était dans un coin de la salle.
Et les rencontres, après le dîner, avec les supporters. Il y avait parmi eux de nombreux Juifs soutenant la paix. Où sont ils maintenant?
Mon dernier souvenir de Davos est votre terrible discours, fin janvier 2001. Mais qui vous a conseillé de prononcer ce discours? Qui l'a écrit? Pourquoi? Je n'avais pas obtenu de réponse convaincante lorsque, avec d'autres amis, nous vous avons fait des reproches, à la fin de cette soirée, dans votre suite à l'hôtel.
James Wolfensohn, le président de la Banque Mondiale, nous avait rejoints. C'est un juif australo-américain, qui fait de son mieux pour aider l'Autorité palestinienne et les Palestiniens. J'observais comment il avait coordonné, avec vous, la manière de demander de l'aide aux pays du Golfe et aux Européens. Où sont maintenant les semblables de Wolfensohn ?
Je me souviens que nous avions chanté "Joyeux anniversaire" à Afif Safiyeh, votre ambassadeur à Londres. C'était le 4 mai, à l'hôtel Claridge. Vous vous apprêtiez à proclamer l'Etat palestinien, ce jour-là, seulement pour vous le voir interdire. (Le président Bush avait annoncé son soutien à la création d'un Etat palestinien indépendant le 24 juin, il y a deux ans ; le 24 juin, c'est mon anniversaire, et je ne crois pas qu'il soit plus chanceux que celui d'Afif).
Oh, mon ami… J'écris ceci après une nuit sans sommeil, où j'ai pensé à vous et à votre situation.
Je ne reviens pas sur les erreurs [commises] en Jordanie et au Liban. Je ne mets pas en question votre position sur l'occupation du Koweït, ni vos relations avec Saddam Hussein. Je ne ferai pas la liste des occasions manquées du processus de paix.
Ce que vous et nous souffrons est bien assez.
La cause est dans l’impasse où vous l'avez menée. C'est la vérité. Vous êtes assiégé avec la cause.
Vous [voit]-on vous lever pour clamer: "J'ai fait de mon mieux, j'avais raison et j'ai commis des erreurs, mais j'ai remis le nom de la Palestine sur la carte" ?
Vous entends-je dire : "Je démissionne, et je fais de la place à un leadership qui pourra transférer ce nom de la carte à la terre de Palestine" ?
Durant trente-sept ans avec vous, je n'ai jamais douté de votre patriotisme. Je ne vais pas commencer maintenant.
Vous êtes statufié par la cause. Puisque il en est ainsi, je ne peux pas vous voir permettre à Yasser Arafat de devenir un obstacle ou une barrière a la création de l'Etat palestinien.
Peu m'importe ce que diront les ennemis. C'est vous qui m'êtes cher. Néanmoins, la cause palestinienne m'est plus chère encore, et elle doit vous être plus chère que vous-même.
Vous avez, toutefois, fait de votre mieux pour la Palestine. Vous avez maintenant le droit de vous reposer.
Si vous démissionnez aujourd'hui, vous partirez la tête haute.
Un président arabe démocratiquement élu démissionne. Les élections démocratiques sont rares dans nos pays. La démission l'est encore plus.
Démissionnez, mon ami. Assez, c'est assez. Faites-le, et donnez-vous une chance. Donnez une chance à la cause.
Jihad Al Khazen
© Al-Hayat
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Ayoon wa Azan
Letter To Arafat
By Jihad Al Khazen
Al-Hayat 2004/05/15
Our dear brother Yasser Arafat,
I suggest that you resign. You have done your best. It is time to give the wheel to younger hands.
The American administration wants you to leave the scene, and Ariel Sharon wants to kill you.
The reasons of both are known. They took a stance from you based on enmity. I came to this conclusion out of love. I am worried about you.
You are not young anymore. You do not have the best of health. Your cause is weaker than you are. It needs a brilliant mind and hands that do not shake.
I ask you to resign because I am your friend. I wish you well-being and I want your cause to live.
You are a democratically elected president. If presidential elections were held in the Palestinian territories tomorrow, you would win again with a sweeping majority. That is why I hope you would leave the presidency in your moment of strength, not weakness. This way, you would always be the father of the revolution and of the homeland.
I know you do not like to listen to someone asking for your resignation. However, I am your friend; and your friend is the one who is sincere with you.
Do you remember how our friendship began in 1967 at the office at Al-Hussein camp in Amman? Perhaps you do not; since you have thousands of friends. However, I remember the stairs that I went up, which led to a large room leading to your office. We came out after a meeting that lasted less than an hour to take photos under a bulb that hung from the ceiling.
Thirty-seven years have passed; I wish them to be 40, even 50 years.
I saw you at the Wahadat camp, then at Al-Fakhani camp. I saw you in London, Washington, Paris, and Davos.
Our friendship did not falter in the face of the revolution mistakes in Jordan and Lebanon. I was in Washington during the Israeli invasion. I saw you leave to Tunisia. I boycotted you to object to the accumulation of mistakes in those five years. Later, I weakened in front of the revolution and its leader, and we resumed our friendship.
Many a time I carried messages to you during the civil war about Camp David I. How many times I spoke to you and of you.
Then, came the Oslo Accords and the handshake in the garden of the White House.
Many dinners and conversations brought us together in Davos; and from Washington to London.
Do you remember when I was with you at the same dinner table next to President Mubarak's table and his wife in Davos, and Benjamin Netanyahu's table was in the corner of the hall.
And the after-dinner meetings with the supporters. They included many peace-supporting Jews. Where are they now?
The last thing that I remember from Davos is your awful speech at the end of January 2001. Who advised you to give that speech? Who wrote it? Why? I did not get a convincing answer when other friends and I blamed you in your hotel suite that evening.
James Wolfensohn, the president of the World Bank, joined us. He is an Australian-American Jew who tries his best to help the Palestinian Authority (PA) and the Palestinians. He coordinated with you, while I watched, how to ask for help from Gulf and European countries. Where are those who are like Wolfensohn now?
I remember when we sang Happy Birthday to Afif Safieh, your ambassador to London… It was May 4 at the Claridges Hotel; you were on the verge of declaring the Palestinian State that day, only for you not to be allowed to do so. (President Bush announced his support for the establishment of an independent Palestinian state on June 24, two years ago. June 24 is my birthday; and I do not think that it is luckier than Afif's).
Oh my friend. I write this after a sleepless night; thinking about you and your situation.
I am not reviewing the mistakes of Jordan and Lebanon. I am not questioning your position from the occupation of Kuwait, or your relations with Saddam Hussein. I will not list the missed opportunities in the peace process.
What you and we are suffering is enough.
The cause is at a dead end, in which you drove it. This is the truth. You are besieged with the cause.
Do I hear you standing to say: I tried my best, I was right and made mistakes, and I brought back the name of Palestine on the map?
Do I hear you say: I resign, and I move out of the way of a leadership, which could transfer the name from the map to the land of Palestine?
Over 37 years with you, I never doubted your patriotism, and I am not today.
You are molded by the cause. Since this is the case, I cannot see you allowing Yasser Arafat to become the obstacle or barrier in front of the establishment of the Palestinian State.
I do not care what the enemies say. I care about you. However, I care more about the Palestinian cause, which must be more important to you than yourself.
Nevertheless, you did your best for Palestine. It is your right now to relax.
If you resign today, you will leave with your head up high.
A democratically elected Arab president resigns. Democratic elections are rare in our countries; resignation is rarer.
My friend, resign. Enough is enough. Do it and give yourself a chance. Give the cause a chance.
english.daralhayat.com/column/05-2004/Article-20040515-89411b11-c0a8-01ed-001c-d5f52a8658bd/story.html
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----- Original Message -----
From: israelinfo
Sent: Monday, May 17, 2004 1:01 PM
Subject: Lettre à Arafat
Je vous signale une « Lettre à Arafat, Ayoon wa Azan », publiée le 15 mai 2004 dans le journal Al Hayat - qui paraît à Londres, et écrite par Jihad Al Khazen, l’un des éditorialistes du journal. Voici quelques extraits traduits en français. Ci-après le lien au texte complet en anglais
Rachel Samoul
Service d’Information
De l’Ambassade d’Israël
en Belgique et au Luxembourg
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Lettre à Arafat, « Ayoon wa Azan »
Mon cher frère Yasser Arafat,
………
Je vous demande de démissionner car je suis votre ami. Je veux pour vous le meilleur et je souhaite que votre cause vive.
Notre cause se trouve dans une impasse, dans laquelle vous l’avez conduite…
………
Est-ce que vous vous levez pour dire : «J’ai fait de mon mieux et j’ai ramené le nom de la Palestine sur la carte» ?
Est-ce que je vous entends dire : «Je démissionne et je laisse la voie libre à un autre leadership, qui pourra transférer le nom de la Palestine d’une carte à un pays» ?
………
Je ne peux pas laisser Yasser Arafat devenir un obstacle ou une barrière à l’établissement d’un Etat palestinien.
Je ne suis pas concerné par ce que disent les ennemis. Je suis concerné par vous.
Toutefois, je suis encore plus concerné par les intérêts de la cause palestinienne, qui doit être plus importante pour vous que vous-même.
………
Mon ami, démissionnez. Trop, c’est trop. Faites-le et donnez-vous une chance.
Donnez à la cause une chance.
Jihad Al-Khazen
© Dar Al-Hayat pour l’original anglais et Israelinfo pour la traduction française
Mis en ligne le 17 mai 2004 sur le site www.upjf.org
Update du 18 mai : publication de l'intégralité de la traduction.
Mis en ligne le 18 mai 2004 sur le site www.upjf.org











