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Pourparlers de Paix
Arafat et le cocu, par Michel Gurfinkiel
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11/10/03

Je ne puis entendre parler de Yasser Arafat sans me rappeler une vieille saynète de boulevard: l'histoire du jaloux qui faisait surveiller son épouse par un détective. Celui-ci présente son rapport. " Hier, vers 15 heures, votre femme a appelé un taxi. Elle s'est rendue à l'hôtel du Libre-Echange. Un monsieur l'attendait à la chambre 25. Elle y est restée avec lui pendant trois heures environ, jusqu'à 18 heures 30. Ensuite, elle a repris un taxi, de manière à regagner le domicile conjugal peu avant 19 heures ". Le mari : "Savez-vous ce que ma femme et ce monsieur ont pu faire dans cette chambre ?" Le détective : "Je peux l'imaginer,
Monsieur. Sans preuves formelles, évidemment." Le mari : "Ah ! le doute, toujours le doute !"

Une histoire "pour rire". Mais aussi – comme c'est souvent le cas au théâtre – un aperçu assez réaliste de la nature humaine. On n'aime pas regarder la vérité en face. Ni dans les affaires privées, ni dans les affaires publiques. Et encore moins dans les affaires internationales. On préfère se réfugier dans le déni le plus comique – ou le plus tragique. Le monde, jadis, faisait semblant de ne pas savoir qui était Hitler. La moitié ou les trois quarts du monde, naguère, faisaient semblant de ne pas savoir qui étaient Staline, Mao, ou Pol Pot. Chacun sait, aujourd'hui, qui est Yasser Arafat et ce que sont les organisations terroristes palestiniennes. Mais les quatre cinquièmes du monde préfèrent se comporter comme s'ils ne savaient toujours pas. Et le dernier cinquième, qui a le mérite d'admettre les faits, n'ose pas en tirer les conséquences, ou ne les tire qu'à moitié.

Tenons-nous en au seul mois de septembre 2003. Le 6 septembre, Mahmoud Abbas, dit Abou Mazen, démissionne de ses fonctions de premier ministre de l'Autorité palestinienne. A cette occasion, il envoie une lettre à Arafat, publiée dans le grand journal arabe international Al Hayat. Il se livre également, dans le même journal, à une analyse de ses relations avec le même personnage. De ces textes, publics puisque publiés, disponibles en kiosque ou sur Internet, il ressort qu'Arafat a sciemment, délibérément, saboté le cabinet palestinien modéré qu'Abbas avait mis en place, et porte toute la responsabilité de l'échec de la feuille de route. Il en ressort autre chose, qui n'est pas moins significatif. Abbas reconnaît, en effet, qu'il n'a jamais eu l'intention de s'attaquer de front aux organisations terroristes palestiniennes, contrairement à la feuille de route et aux engagements qu'il avait pris personnellement envers le président américain George W. Bush et le premier ministre israélien Ariel Sharon. Parce que, dit-il, " cela eût entraîné une guerre civile entre Palestiniens ". En d'autres termes, il a confirmé que l'Autorité palestinienne est structurellement liée au terrorisme et irréformable de l'intérieur.

Ces doubles aveux, personne n'en a fait état en France ou Europe, ou presque personne. Aux Etats-Unis, on y a prêté une plus grande attention.Ce qui explique sans doute que Bush ait multiplié ses critiques publiques à l'égard d'Arafat. Mais, pour autant, il hésite toujours devant une conclusion logique : demander et exiger le démantèlement l'Autorité palestinienne actuelle, mettre hors la loi Arafat et ses hommes liges.

Le 20 septembre, à Dubai, dans les Emirats arabes unis, en marge d'un sommet du Fonds monétaire international, le représentant du Fonds dans les Territoires palestiniens, Karim Nashashibi, Palestinien lui-même, donne une conférence de presse. Il y indique, entre autres choses, que Yasser Arafat a détourné vers un compte personnel, entre 1995 et 2000, la bagatelle de 900 millions de dollars, pris sur les fonds public palestiniens (et l'aide internationale). C'est la première fois qu'on évoque avec tant d'autorité et de précision les prévarications du chef palestinien. En France, presque personne ne fait état de cette information. En Europe, quelques journalistes seulement la rapportent. Aux Etats-Unis, on la mentionne. Pour autant, Washington n'émet pas un mandat d'arrêt international. L'Autorité palestinienne n'étant pas un Etat, Arafat n'a pas droit à l'immunité souveraine qui met les chefs d'Etat au-dessus de poursuites éventuelles émanant d'un autre pays que le leur.

Plus les preuves s'accumulent, plus on demande de nouvelles preuves. Un jeu insensé. Mais bien dans la nature humaine. Il suffit d'aller au théâtre pour s'en convaincre.


© Michel Gurfinkiel, 2003

Mis en ligne le 11 octobre 2003 sur le site www.upjf.org
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