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Pourparlers de Paix
Faut-il chasser Arafat ? Alexandre Adler (extraits)
13 septembre 2003Le Figaro
(Extraits)
" Les masquent tombent: à peine deux mois et demi après avoir fait mine d'accepter, sur les objurgations de l'Égypte, un premier ministre et un gouvernement palestiniens qui, de facto, n'étaient plus placés sous sa responsabilité, Yasser Arafat vient de faire définitivement tomber son vieux compagnon et adversaire, Mahmoud Abbas (Abou Mazen).
Développement inquiétant, qui se combine avec les difficultés récurrentes de l'occupation américaine de l'Irak, ce nouveau tournant de la politique moyen-orientale est généralement déploré ou salué par les analystes de la région qui évoquent irrésistiblement le célèbre argument que Siegmund Freud avait il y a longtemps baptisé d'«argument de la casserole»: «Tout d'abord, je n'ai pas volé la casserole; et ensuite elle attache, elle est de mauvaise qualité.» Ici cela donne plutôt: tout d'abord la feuille de route garde toute son actualité (c'est ce que vient de réaffirmer, contre toute évidence, George Bush), et ensuite on peut de toute façon se dispenser pour l'instant d'une solution politique au conflit. Place à la confrontation, donc.
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… le retour d'Arafat n'implique nullement la fin des négociations. Certes, les Israéliens toutes tendances confondues (moins évidemment la poignée d'énergumènes propalestiniens auxquels la presse française donne une place démesurée) ne veulent plus de négociations en face-à-face avec le président palestinien qui, depuis l'an 2000, a renié sa parole d'Oslo sur tous les sujets. Mais ce face-à-face n'est pas aussi nécessaire qu'on croit. Allons plus loin: il n'est même pas nécessaire que les Américains engagent autre chose que des contacts officieux avec la nouvelle Autorité palestinienne aujourd'hui restaurée.
L'Europe – qui brûle de jouer ce rôle d'interlocuteur privilégié et qui a déjà investi des sommes assez importantes dans la reconstruction de la Palestine tout en manifestant une sympathie sans faille à la cause de ce peuple, qui inclut le président de la Banque centrale Wim Duisenberg – cette nouvelle Europe a tous les moyens de représenter les intérêts palestiniens dans une négociation pragmatique qui aurait d'autant plus de chances d'aboutir qu'elle n'impliquerait plus la moindre reconnaissance mutuelle, pour l'instant, entre Palestiniens et Israéliens.
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Il faut et il suffit en effet pour qu'un État palestinien soit viable qu'il dispose d'un territoire relativement homogène, avec notamment la réouverture d'une route internationale Gaza-Hébron (sur le modèle Hanovre-Berlin Ouest d'autrefois), et ce nouvel État pourra se pencher plus intensément sur des activités de reconstruction intérieure de nature à apaiser l'opinion.
Israël, de son côté à l'abri d'un mur de défense, à condition qu'il soit très proche des cartes soumises successivement aux Palestiniens à Camp David en juillet 2000 puis à Taba en janvier 2001, continuera son existence dans une sécurité beaucoup plus grande, et avec un engagement américain total en matière d'aide économique et militaire. Pas plus qu'Israël n'a eu besoin de la reconnaissance diplomatique du moindre de ses voisins arabes lors de son entrée à l'ONU en 1948, pas plus aujourd'hui le nouvel État palestinien n'a besoin d'être reconnu ni par l'État d'Israël, ni même par les États-Unis qui peuvent se contenter pour l'instant d'un chargé d'affaires.
A l'inverse, la persistance d'actions terroristes non isolées à partir du territoire palestinien permettrait à Israël de déclarer la guerre en bonne et due forme à son voisin qui en porterait désormais la responsabilité entière, ce qui n'est évidemment pas le cas actuellement dans le climat d'anarchie et d'anomie qui règne aussi bien à Gaza qu'en Cisjordanie.
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Même l'évacuation des implantations juives au-delà du mur de défense ne serait pas nécessairement résolue à 100%, au moins dans un premier temps. Mais tout cela pourrait avancer peu à peu grâce à des navettes diplomatiques effectuées par des diplomates américains et européens, de même qu'un couple qui divorce préfère négocier les problèmes matériels les plus aigus par l'intermédiaire des deux avocats qu'il aura choisis.
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L'avenir du Moyen-Orient se joue en ce moment même dans les deux capitales, de polarités opposées, des deux seules nations véritables de la région, le Caire en Égypte et Téhéran en Iran. Si, demain, Moubarak y est remplacé par une «solution pakistanaise», où certains militaires s'entendent avec les Frères musulmans qui ont autrefois accouché du Hamas à Gaza, et à l'inverse si demain des démocrates de plus en plus résolus s'emparent du pouvoir en Iran en alliance avec ces mêmes ayatollahs modérés qui semblent prévaloir en Irak, c'est tout le sens de l'évolution régionale qui bascule.
Il vaudrait mieux pour tout le monde qu'à ce moment-là un État palestinien ait été créé, même avec des rustines. Il sera la première ligne de défense contre l'inévitable poussée intégriste venue d'Egypte; il pourra aussi trouver son salut dans la poussée démocratique de sens opposé, qui va s'affirmer depuis l'Iran et l'Irak. "
Alexandre Adler
© Le Figaro
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www.figaro.fr/cgi/edition/genimprime?cle=20030914.FIG0285
[Texte aimablement communiqué par D. W., Bruxelles].
Mis en ligne le 14 septembre 2003 sur le site www.upjf.org











