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« La terreur dans lâme » : Témoignage sur Auschwitz, Tom Luke
Il y a soixante ans, en janvier 1945, Auschwitz était « libéré ». La commémoration de cet événement a eu lieu en présence de survivants dont le nombre décroît régulièrement et sera bientôt réduit à zéro.
Sur le site de lONU.
Le Secrétaire général Kofi Annan inaugure lexposition intitulée « Auschwitz : la profondeur de labysse », au siège de lONU, en commémoration du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration nazis en Europe. Photo ONU/Eskinder Debebe
Pour certains, Auschwitz est déjà un fait historique, un symbole de lhorreur; pour dautres, cest un sujet impersonnel qui relève de la spéculation (universitaire). Il existe aussi des écoles de « pensée » en plein essor qui contestent le nombre de victimes et même lexistence des chambres à gaz, laissant entendre quAuschwitz était un camp de travail normal où les prisonniers sont morts de causes naturelles. Ces questions, et dautres, sont aujourdhui débattues, alors quil y a encore des témoins.
Auschwitz était un complexe de camps de concentration et de camps annexes. Cest dans le camp central quavaient lieu les tortures, les expériences pseudo-médicales et les exécutions, mais la plupart des détenus étaient assignés au travail forcé dans des complexes industriels internationaux voisins jusquà ce quils meurent dépuisement. Cest à Auschwitz-Birkenau, situé à quelques kilomètres du camp central, quont eu lieu les exterminations massives. Y arrivaient des trains transportant des millions de personnes venant de toute lEurope, qui étaient immédiatement mises en rang sur le quai et avançaient le long de la rampe de sélection où, en quelques secondes, leur destin était scellé dun geste de la main. Les victimes, envoyées du « mauvais côté » ne savaient pas ce qui les attendait. Chaque nuit, des milliers de personnes mouraient dans les chambres à gaz, flanquées de fours crématoires, ne laissant deux que fumée et cendres. Des fantômes déguisés en êtres humains, regardaient lagonie des damnés par des trous.
Mais même ceux qui, dès leur arrivée, étaient dirigés vers lenceinte du camp de Birkenau nobtenaient quun sursis. Ils étaient immédiatement déshumanisés, déshabillés, rasés de la tête aux pieds, vêtus de pyjamas, battus, torturés, affamés, comptés et recomptés. Cétait lhumiliation à son paroxysme. Il leur fallait généralement peu de temps pour comprendre doù venait la fumée qui sélevait vers le ciel. Les statistiques sur le nombre de morts peuvent être quantifiées, pas la terreur. Dautres sélections suivaient, les adultes jugés valides étaient rassemblés en groupes, tatoués, et marchaient, ou étaient transportés vers des camps de concentration, répartis dans le royaume nazi, où ils étaient assignés au travail forcé. Ceux qui restaient savaient, alors quils devenaient de plus en plus faibles, quil ny avait pour eux quune issue : Auschwitz-Birkenau, un produit du cerveau humain.
Alors que la fin de la Deuxième Guerre mondiale était en vue, les installations dextermination dAuschwitz-Birkenau ont été détruites par les nazis eux-mêmes. Il est intéressant de noter que la « race des seigneurs », réalisant la monstruosité de leurs actions, a tenté de dissimuler [la magnitude de] ses crimes. En janvier 1945, les prisonniers qui étaient en état de marcher ont été évacués lors de « marches de la mort », ceux qui restaient devant être exécutés. Mais le front de lest approchait inexorablement et il ne restait plus suffisamment de temps aux nazis pour accomplir le dernier acte contre les damnés. Et cest ainsi que les prisonniers les plus mal en point qui nétaient pas morts de froid ou de faim ont pu voir entrer lArmée rouge.
Mais Il ny a pas de quoi se réjouir. Personne ne sest empressé de libérer Auschwitz ou les autres camps de concentration. Les Soviétiques navaient dautre choix que se battre et détruire la machine nazie, ou être détruits. Dans leur marche en avant, ils ont redessiné les frontières, occupé et mis sous leur tutelle les pays de lEurope de lest, imposé des dictatures communistes et emprisonné les citoyens qui nétaient pas dans le rang. Ils ont reproduit le modèle prouvé du goulag soviétique, où des millions de personnes ont aussi péri. La libération des prisonniers dAuschwitz nétait quune pure coïncidence.
Dailleurs, les Alliés nont ni changé la planification de leurs opérations militaires et leur stratégie, pour libérer les camps de concentration, ni contribué à ralentir les opérations dextermination. Chacun sait que les Alliés et les Soviétiques étaient en possession dinformations sur les atrocités commises par les nazis, et pourtant, ils nont même pas jugé quil valait la peine de bombarder les voies ferrées qui conduisaient des êtres humains à la mort.
On aurait pu penser quaprès lexpérience de la Deuxième Guerre mondiale, lhumanité aurait retrouvé son bon sens. Et pourtant, depuis 1945, des millions dhommes, de femmes et denfants innocents ont été soumis - et continuent de lêtre - au travail forcé, ont été torturés et assassinés par des membres de la communauté internationale. Leurs raisons pour ce faire : conserver ou acquérir le pouvoir au nom de lÉtat, de leurs privilèges, de leur idéologie ou de leur doctrine, quel que soit son bien fondé. Il semble aussi quil y ait de plus en plus de fanatiques dans la société pour prêcher ouvertement la mort aux infidèles. Pendant ce temps, dans des lieux de délibération confortables, loin des scènes de massacres, des femmes et des hommes éminents débattent de la question de savoir si lon peut qualifier de génocide tel cas ou tel autre.
Lorsquon évoque Auschwitz, il ne faut pas oublier que, pour la grande majorité des victimes, la libération est venue trop tard.
Auschwitz était un complexe de camps de concentration et de camps annexes. Cest dans le camp central quavaient lieu les tortures, les expériences pseudo-médicales et les exécutions, mais la plupart des détenus étaient assignés au travail forcé dans des complexes industriels internationaux voisins jusquà ce quils meurent dépuisement. Cest à Auschwitz-Birkenau, situé à quelques kilomètres du camp central, quont eu lieu les exterminations massives. Y arrivaient des trains transportant des millions de personnes venant de toute lEurope, qui étaient immédiatement mises en rang sur le quai et avançaient le long de la rampe de sélection où, en quelques secondes, leur destin était scellé dun geste de la main. Les victimes, envoyées du « mauvais côté » ne savaient pas ce qui les attendait. Chaque nuit, des milliers de personnes mouraient dans les chambres à gaz, flanquées de fours crématoires, ne laissant deux que fumée et cendres. Des fantômes déguisés en êtres humains, regardaient lagonie des damnés par des trous.
Mais même ceux qui, dès leur arrivée, étaient dirigés vers lenceinte du camp de Birkenau nobtenaient quun sursis. Ils étaient immédiatement déshumanisés, déshabillés, rasés de la tête aux pieds, vêtus de pyjamas, battus, torturés, affamés, comptés et recomptés. Cétait lhumiliation à son paroxysme. Il leur fallait généralement peu de temps pour comprendre doù venait la fumée qui sélevait vers le ciel. Les statistiques sur le nombre de morts peuvent être quantifiées, pas la terreur. Dautres sélections suivaient, les adultes jugés valides étaient rassemblés en groupes, tatoués, et marchaient, ou étaient transportés vers des camps de concentration, répartis dans le royaume nazi, où ils étaient assignés au travail forcé. Ceux qui restaient savaient, alors quils devenaient de plus en plus faibles, quil ny avait pour eux quune issue : Auschwitz-Birkenau, un produit du cerveau humain.
Alors que la fin de la Deuxième Guerre mondiale était en vue, les installations dextermination dAuschwitz-Birkenau ont été détruites par les nazis eux-mêmes. Il est intéressant de noter que la « race des seigneurs », réalisant la monstruosité de leurs actions, a tenté de dissimuler [la magnitude de] ses crimes. En janvier 1945, les prisonniers qui étaient en état de marcher ont été évacués lors de « marches de la mort », ceux qui restaient devant être exécutés. Mais le front de lest approchait inexorablement et il ne restait plus suffisamment de temps aux nazis pour accomplir le dernier acte contre les damnés. Et cest ainsi que les prisonniers les plus mal en point qui nétaient pas morts de froid ou de faim ont pu voir entrer lArmée rouge.
Mais Il ny a pas de quoi se réjouir. Personne ne sest empressé de libérer Auschwitz ou les autres camps de concentration. Les Soviétiques navaient dautre choix que se battre et détruire la machine nazie, ou être détruits. Dans leur marche en avant, ils ont redessiné les frontières, occupé et mis sous leur tutelle les pays de lEurope de lest, imposé des dictatures communistes et emprisonné les citoyens qui nétaient pas dans le rang. Ils ont reproduit le modèle prouvé du goulag soviétique, où des millions de personnes ont aussi péri. La libération des prisonniers dAuschwitz nétait quune pure coïncidence.
Dailleurs, les Alliés nont ni changé la planification de leurs opérations militaires et leur stratégie, pour libérer les camps de concentration, ni contribué à ralentir les opérations dextermination. Chacun sait que les Alliés et les Soviétiques étaient en possession dinformations sur les atrocités commises par les nazis, et pourtant, ils nont même pas jugé quil valait la peine de bombarder les voies ferrées qui conduisaient des êtres humains à la mort.
On aurait pu penser quaprès lexpérience de la Deuxième Guerre mondiale, lhumanité aurait retrouvé son bon sens. Et pourtant, depuis 1945, des millions dhommes, de femmes et denfants innocents ont été soumis - et continuent de lêtre - au travail forcé, ont été torturés et assassinés par des membres de la communauté internationale. Leurs raisons pour ce faire : conserver ou acquérir le pouvoir au nom de lÉtat, de leurs privilèges, de leur idéologie ou de leur doctrine, quel que soit son bien fondé. Il semble aussi quil y ait de plus en plus de fanatiques dans la société pour prêcher ouvertement la mort aux infidèles. Pendant ce temps, dans des lieux de délibération confortables, loin des scènes de massacres, des femmes et des hommes éminents débattent de la question de savoir si lon peut qualifier de génocide tel cas ou tel autre.
Lorsquon évoque Auschwitz, il ne faut pas oublier que, pour la grande majorité des victimes, la libération est venue trop tard.
Tom Luke *
* Tom Luke, membre retraité du personnel de lONU, est né en République tchèque et est maintenant citoyen australien. Prisonnier dans les camps de concentration, de 1942 à 1944, il a été témoin des événements décrits dans cet article.
'Afterwards, Its Just a Part of You'
Pour commémorer le soixantième anniversaire de la libération dAuschwitz, une exposition intitulée «Afterwards, Its Just a Part of You» [Après tout, ce quest quune part de vous-même], a été organisée, le 18 janvier 2005, au siège de lONU, à New York.
Cette exposition montre les effets positifs, à long terme, des visites des camps de concentration et dextermination dAuschwitz et de Birkenau par des groupes de jeunes venant dAfrique du Sud, dAllemagne, dAutriche, de Belgique, des États-Unis, de France, du Luxembourg, des Pays-Bas et de Pologne.
Cette exposition montre les effets positifs, à long terme, des visites des camps de concentration et dextermination dAuschwitz et de Birkenau par des groupes de jeunes venant dAfrique du Sud, dAllemagne, dAutriche, de Belgique, des États-Unis, de France, du Luxembourg, des Pays-Bas et de Pologne.
Tableau faisant partie de l'exposition « Auschwitz la profondeur de l'abysse », organisée au siège de l'ONU, du 24 janvier au 11 mars 2005, qui présente la seule preuve visuelle existante du processus d'extermination à Auschwitz-Birkenau. La manifestation a été parrainée par le ministère des Affaires étrangères d'Israël et organisée par le musée de Yad Vashem, à la mémoire des martyrs et des héros de l'Holocauste, à Jérusalem. Photo ONU/Eskinder Debebe
Accompagnés de survivants et munis dappareils photographiques jetables, les jeunes se sont fait photographier tout au long de la visite et ont fait part de leurs sentiments. Pour eux, cette expérience a changé leurs points de vue sur la vie en général et sur les questions politiques et morales, tels le racisme et, en particulier, lantisémitisme.
Le travail photographique du Néerlandais, Pieter Boersma, connu pour ses constructions en bambou, qui a créé une mémoire visuelle des camps dAuschwitz-Birkenau au cours de ces 15 dernières années, a également fait partie de lexposition. Lidée a été conçue par Varry van Lakerveld, historien et organisateur dexposition (Amsterdam), et Christoph Heubner (Berlin), du Comité international dAuschwitz, qui ont organisé lexposition avec le soutien de Volkswagen Coaching GmbH (Allemagne), LOT Polish Airlines, Lufthansa et le Centre international des jeunes, dOswiecim (Pologne).
Le directeur général adjoint, Shashi Tharoor, du Département de linformation de lONU, qui a co-parrainé lexposition, ainsi que Roman Kent et Kurt Goldstein, survivants dAuschwitz, ont fait des déclarations. Une rencontre médiatique et une projection ont eu lieu en conjonction avec linauguration de lexposition. Pour en savoir plus, visitez le site www.un.org/events/UNART.
Le travail photographique du Néerlandais, Pieter Boersma, connu pour ses constructions en bambou, qui a créé une mémoire visuelle des camps dAuschwitz-Birkenau au cours de ces 15 dernières années, a également fait partie de lexposition. Lidée a été conçue par Varry van Lakerveld, historien et organisateur dexposition (Amsterdam), et Christoph Heubner (Berlin), du Comité international dAuschwitz, qui ont organisé lexposition avec le soutien de Volkswagen Coaching GmbH (Allemagne), LOT Polish Airlines, Lufthansa et le Centre international des jeunes, dOswiecim (Pologne).
Le directeur général adjoint, Shashi Tharoor, du Département de linformation de lONU, qui a co-parrainé lexposition, ainsi que Roman Kent et Kurt Goldstein, survivants dAuschwitz, ont fait des déclarations. Une rencontre médiatique et une projection ont eu lieu en conjonction avec linauguration de lexposition. Pour en savoir plus, visitez le site www.un.org/events/UNART.
Mis en ligne le 30 janvier 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











