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Elections en Iraq: défaite du terrorisme islamiste (ESISC)
EUROPEAN STRATEGIC INTELLIGENCE
AND SECURITY CENTER (ESISC)
NOTE BRÈVE
janvier 2005
A : DÉCIDEURS POLITIQUES, RÉDACTIONS ET CONTACTS
DE: ESISC DEP 2 : WORLD OBSERVATORY OF TERRORISM
ESISC DEP 3: RENSEIGNEMENT STRATÉGIQUE
(esisc@esisc.org)
REF ESISC/NB/01.05
DATE 31 Janvier 2005
OBJET LES ÉLECTIONS IRAQIENNES ILLUSTRENT LA DÉFAITE STRATÉGIQUE DU TERRORISME EN IRAQ
Abou Mous`ab A-Zarkaoui en avait fait une question de principe : on ne voterait pas en Iraq, ou alors, les élections seraient transformées en « bain de sang ». Son message avait été largement diffusé par les canaux habituels : Mafkarat al-Islam (le "Bulletin" de la "Résistance Nationale Iraqienne"), divers médias arabes et quelques relais dans l’anémique extrême gauche européenne. Dans un message attribué à Oussama Ben Laden, on a même pu entendre le chef d’Al-Qaïda déclarer que « Celui qui participe aux élections [en Iraq et en Palestine] commet l’apostasie contre Allah ». Au-delà de la situation propre de l’Iraq, il s’agit en fait d’une position de principe des islamistes qui, on le sait, estiment que la démocratie est "illicite" puisque toute légitimité vient de dieu et du Coran, et non des hommes.
Le 30 janvier, le monde entier a pu constater les faits : au moins 60% des électeurs se sont présentés dans les bureaux de vote pour y remplir leur devoir citoyen et déterminer ce que sera l’avenir de leur pays.
Quant au « bain de sang » : le terrorisme a fait, ce 30 janvier, 35 morts (sans compter 9 kamikazes) et des dizaines de blessés. Bien trop, évidemment, mais à peine plus que le bilan d’un jour "normal" en Iraq depuis quelques mois.
Les résultats de ces élections – qui seront connus dans quelques jours – sont une chose ; le fait qu’elles aient pu avoir lieu malgré les menaces et la violence et répondre aux critères internationaux généralement admis, en est une autre, nettement plus importante : l’histoire dira sans doute un jour que c’est ce 30 janvier que l’Iraq a entamé son retour à la normalité. Mais si la tenue des élections est une défaite pour le terrorisme, force est de reconnaître qu’elle envoie des signaux contradictoires.
Le 30 janvier a marqué, en Iraq, l’échec de la terreur islamiste en tant que stratégie, c’est incontestable : les terroristes ont une capacité de nuisance réelle, ils peuvent tuer et mutiler, ils ont les moyens de commettre des massacres, ils sont capables de prendre en otage la communauté sunnite et de freiner son intégration dans le nouvel Iraq, mais ils ne peuvent s’opposer durablement à la mutation vers la démocratie, entamée au printemps 2003 avec le renversement de Saddam Hussein. Et il a été démontré, ce 30 janvier, parfois de manière très émouvante – on pense à ces parents emmenant, malgré le danger, leurs enfants aux bureaux de vote « pour qu’ils sachent un jour qu’ils étaient là lorsque les Iraqiens ont pu voter librement pour la première fois » – que le peuple Iraqien, au moins dans ses deux composantes majoritaires, chiite et kurde, a fait le choix de la démocratie parlementaire.
Du point de vue tactique, on ajoutera que les quelques attentats qui ont endeuillé l’Iraq ont surtout démontré un amateurisme certain : même pour le plus obtus des tueurs, sacrifier 9 "martyrs" pour tuer 35 personnes peut difficilement passer pour un éclatant succès militaire.
Reste un signal inquiétant : il y avait, dimanche, deux Iraq. Un Iraq majoritaire qui a fait le choix de la normalisation et prouvé que, malgré le terrorisme, celle-ci est en marche, et un Iraq minoritaire, sunnite, qui a refusé de jouer le jeu. Par peur ou par choix – et sans doute y a-t-il un peu des deux -, cet Iraq sunnite s’est, on l’espère provisoirement, exclu du processus démocratique. Il y a des leçons à en tirer. On peut comprendre les peurs des Sunnites, qui ont dirigé le pays sans partage durant plusieurs décennies et sont, maintenant "marginalisés", puisque comptés pour ce qu’ils sont : une minorité obligée de partager le pouvoir. Mais, en appelant à se retirer du processus électoral, nombre de dirigeants politiques et religieux sunnites ont fait preuve de la plus grande des irresponsabilités, puisqu’ils entretiennent sciemment l’idée qu’une autre voie que celle de la démocratie est possible, voire souhaitable.
Si la communauté sunnite veut retrouver en Iraq la place qui est la sienne, elle doit payer le prix, et ce prix est triple :
Les élections, en tous les cas, permettront de doter l’Iraq d’un gouvernement légal incontestable, puisqu’il reflétera le choix de la majorité des citoyens. Lorsque ce gouvernement légal fera appel à l’aide de la communauté internationale pour reconstruire le pays, cette communauté – et, au premier chef, l’ONU et l’Europe – ne pourra plus opposer le scepticisme et la mauvaise volonté qui étaient de mise face aux demandes des dirigeants de la coalition militaire qui a libéré l’Iraq de la dictature.
Mais il sera clair aussi que ceux qui s’opposeront par les armes à cette incontestable légalité perdront tout droit – en admettant qu‘ils l’aient jamais eu – à se faire reconnaître comme une quelconque "Résistance nationale", que ce soit par les médias arabes, par l’extrême gauche ou par les milieux "anti-guerre", que l’on a entendus, ces deux dernières années, condamner chaque action de la coalition, mais jamais les atrocités commises par les islamistes et leurs alliés baathistes, à Faludja et ailleurs. Ces "combattants" devront enfin être reconnus pour ce qu’ils sont et ont toujours été : des terroristes et des criminels.
Il reste que les semaines et les mois à venir verront sans doute la violence augmenter : contre les chiites et les Kurdes, bien entendu, mais aussi contre les autorités légales, les forces de la coalition et les pays et organisations internationales qui aideront l’Iraq à progresser. Ce terrorisme peut être mortel, mais il est condamné, à terme, et ne doit pas décourager les efforts.
Le 30 janvier, c’est la moitié du chemin, sans doute, qui a été faite. C’est à la fois peu et énorme.
Claude Moniquet
© ESISC (esisc@esic.org)
Mis en ligne le 31 janvier 2005 sur le site www.upjf.org.
AND SECURITY CENTER (ESISC)
NOTE BRÈVE
janvier 2005
A : DÉCIDEURS POLITIQUES, RÉDACTIONS ET CONTACTS
DE: ESISC DEP 2 : WORLD OBSERVATORY OF TERRORISM
ESISC DEP 3: RENSEIGNEMENT STRATÉGIQUE
(esisc@esisc.org)
REF ESISC/NB/01.05
DATE 31 Janvier 2005
OBJET LES ÉLECTIONS IRAQIENNES ILLUSTRENT LA DÉFAITE STRATÉGIQUE DU TERRORISME EN IRAQ
Abou Mous`ab A-Zarkaoui en avait fait une question de principe : on ne voterait pas en Iraq, ou alors, les élections seraient transformées en « bain de sang ». Son message avait été largement diffusé par les canaux habituels : Mafkarat al-Islam (le "Bulletin" de la "Résistance Nationale Iraqienne"), divers médias arabes et quelques relais dans l’anémique extrême gauche européenne. Dans un message attribué à Oussama Ben Laden, on a même pu entendre le chef d’Al-Qaïda déclarer que « Celui qui participe aux élections [en Iraq et en Palestine] commet l’apostasie contre Allah ». Au-delà de la situation propre de l’Iraq, il s’agit en fait d’une position de principe des islamistes qui, on le sait, estiment que la démocratie est "illicite" puisque toute légitimité vient de dieu et du Coran, et non des hommes.
Le 30 janvier, le monde entier a pu constater les faits : au moins 60% des électeurs se sont présentés dans les bureaux de vote pour y remplir leur devoir citoyen et déterminer ce que sera l’avenir de leur pays.
Quant au « bain de sang » : le terrorisme a fait, ce 30 janvier, 35 morts (sans compter 9 kamikazes) et des dizaines de blessés. Bien trop, évidemment, mais à peine plus que le bilan d’un jour "normal" en Iraq depuis quelques mois.
Les résultats de ces élections – qui seront connus dans quelques jours – sont une chose ; le fait qu’elles aient pu avoir lieu malgré les menaces et la violence et répondre aux critères internationaux généralement admis, en est une autre, nettement plus importante : l’histoire dira sans doute un jour que c’est ce 30 janvier que l’Iraq a entamé son retour à la normalité. Mais si la tenue des élections est une défaite pour le terrorisme, force est de reconnaître qu’elle envoie des signaux contradictoires.
Le 30 janvier a marqué, en Iraq, l’échec de la terreur islamiste en tant que stratégie, c’est incontestable : les terroristes ont une capacité de nuisance réelle, ils peuvent tuer et mutiler, ils ont les moyens de commettre des massacres, ils sont capables de prendre en otage la communauté sunnite et de freiner son intégration dans le nouvel Iraq, mais ils ne peuvent s’opposer durablement à la mutation vers la démocratie, entamée au printemps 2003 avec le renversement de Saddam Hussein. Et il a été démontré, ce 30 janvier, parfois de manière très émouvante – on pense à ces parents emmenant, malgré le danger, leurs enfants aux bureaux de vote « pour qu’ils sachent un jour qu’ils étaient là lorsque les Iraqiens ont pu voter librement pour la première fois » – que le peuple Iraqien, au moins dans ses deux composantes majoritaires, chiite et kurde, a fait le choix de la démocratie parlementaire.
Du point de vue tactique, on ajoutera que les quelques attentats qui ont endeuillé l’Iraq ont surtout démontré un amateurisme certain : même pour le plus obtus des tueurs, sacrifier 9 "martyrs" pour tuer 35 personnes peut difficilement passer pour un éclatant succès militaire.
Reste un signal inquiétant : il y avait, dimanche, deux Iraq. Un Iraq majoritaire qui a fait le choix de la normalisation et prouvé que, malgré le terrorisme, celle-ci est en marche, et un Iraq minoritaire, sunnite, qui a refusé de jouer le jeu. Par peur ou par choix – et sans doute y a-t-il un peu des deux -, cet Iraq sunnite s’est, on l’espère provisoirement, exclu du processus démocratique. Il y a des leçons à en tirer. On peut comprendre les peurs des Sunnites, qui ont dirigé le pays sans partage durant plusieurs décennies et sont, maintenant "marginalisés", puisque comptés pour ce qu’ils sont : une minorité obligée de partager le pouvoir. Mais, en appelant à se retirer du processus électoral, nombre de dirigeants politiques et religieux sunnites ont fait preuve de la plus grande des irresponsabilités, puisqu’ils entretiennent sciemment l’idée qu’une autre voie que celle de la démocratie est possible, voire souhaitable.
Si la communauté sunnite veut retrouver en Iraq la place qui est la sienne, elle doit payer le prix, et ce prix est triple :
- accepter son statut de minorité ;
- accepter de jouer le jeu de la démocratie ;
- isoler et dénoncer le terrorisme, qui jouit encore de trop de sympathies, voire de complicités, au sein de cette communauté.
Les élections, en tous les cas, permettront de doter l’Iraq d’un gouvernement légal incontestable, puisqu’il reflétera le choix de la majorité des citoyens. Lorsque ce gouvernement légal fera appel à l’aide de la communauté internationale pour reconstruire le pays, cette communauté – et, au premier chef, l’ONU et l’Europe – ne pourra plus opposer le scepticisme et la mauvaise volonté qui étaient de mise face aux demandes des dirigeants de la coalition militaire qui a libéré l’Iraq de la dictature.
Mais il sera clair aussi que ceux qui s’opposeront par les armes à cette incontestable légalité perdront tout droit – en admettant qu‘ils l’aient jamais eu – à se faire reconnaître comme une quelconque "Résistance nationale", que ce soit par les médias arabes, par l’extrême gauche ou par les milieux "anti-guerre", que l’on a entendus, ces deux dernières années, condamner chaque action de la coalition, mais jamais les atrocités commises par les islamistes et leurs alliés baathistes, à Faludja et ailleurs. Ces "combattants" devront enfin être reconnus pour ce qu’ils sont et ont toujours été : des terroristes et des criminels.
Il reste que les semaines et les mois à venir verront sans doute la violence augmenter : contre les chiites et les Kurdes, bien entendu, mais aussi contre les autorités légales, les forces de la coalition et les pays et organisations internationales qui aideront l’Iraq à progresser. Ce terrorisme peut être mortel, mais il est condamné, à terme, et ne doit pas décourager les efforts.
Le 30 janvier, c’est la moitié du chemin, sans doute, qui a été faite. C’est à la fois peu et énorme.
Claude Moniquet
© ESISC (esisc@esic.org)
Mis en ligne le 31 janvier 2005 sur le site www.upjf.org.











