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Elections en Iraq (II): déroulement de la campagne, N. Raphaeli
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Enquêtes et analyses - No. 201

30 décembre 2004

www.memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA20104

Introduction

Dans une atmosphère d'actes de violence qui vont s'intensifiant et de nombreux appels à l'ajournement des élections, les préparatifs pour le scrutin en Irak prévu pour le 30 janvier sont mis en oeuvre sans faiblir. A la date limite du 15 décembre, 107 listes portant les noms de 7200 candidats aux 275 sièges de l'Assemblée Nationale avaient été soumises et approuvées par la Haute Commission Electorale. Les listes représentent 73 partis politiques, 25 candidats indépendants et neuf listes formées de diverses coalitions et combinaisons de partis politiques.
En sus des listes pour l'assemblée nationale, 382 listes pour 7850 candidats ont été proposées pour l'élection des représentants des 18 conseils de province (41 représentants par Conseil à l'exception de Bagdad, qui élira 51 représentants). Enfin, 499 candidats –inscrits soit auprès des listes communes des deux principaux partis kurdes, soit sur la liste d'un des 17 partis kurdes de moindre importance - s'affronteront pour les 111 sièges du Conseil National Kurde (le Parlement Kurde Indépendant). [1] Un tableau illustrant le processus électoral en Irak est joint en annexe.
Le représentant spécial du Secrétariat Général des Nations-Unies, Ashraf Kadi, a déclaré que les dispositions logistiques nécessaires pour la tenue d'élections fiables sont en place. Cependant, contrairement aux cas de l'Afghanistan et du Timor Oriental où les Nations-Unies ont orchestré les élections, en Irak la responsabilité de l'organisation des élections repose sur le Haute Commission Electorale du pays. [2]

Les listes électorales

Sous le système de représentation proportionnelle mis en place en Irak par les Nations-Unies, le pays sera considéré comme une circonscription unique, et chaque électeur votera pour l'un des vingt cinq candidats indépendants ou pour une liste représentant un ou plusieurs partis. Bien qu'une vive concurrence risque de marquer les élections, vraisemblablement seules quelques listes, en particulier la liste de l' Alliance Nationale Irakienne conduitepar l' Ayatollah Ali Al-Sistani, la coalition kurde de deux listes et la liste d'Ayad Allawi, Premier Ministre par intérim, devraient gagner un nombre de sièges substantiel à l'Assemblée Nationale. Pour les autres, un succès, s'il advenait, se limiterait au niveau supérieur de la liste. Nous présentons ici les principales listes:


I - L'Alliance Nationale Irakienne

A tous points de vue, la liste de candidats la plus importante est l'Alliance Nationale Irakienne. La liste, représentant en premier lieu la majorité chiite et mise sur pied en consultation avec le Grand Ayatollah Ali al-Sistani, propose 228 candidats divisés à parts égales entre représentants des majeurs partis politiques chiites et candidats indépendants qui sont souvent Chiites mais aussi Sunnites, Failis (Chiites kurdes), Turcs et Yazdis (un autre groupe kurde dissident).

Les partis politiques représentés par la liste sont le Parti Islamique Da'wa, dirigé par Ibrahim al-Ja'fari, vice-Président d'Irak par intérim; Le Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak (CSRII), dirigé par Abd al-Aziz al-Hakim, qui conduit aussi la liste d'alliance nationale; et le Congres National Irakien, dirigé par le Dr Ahmed Chalabi. Le Hizbullah est un moindre parti, dirigé par Abd al-Karim al Mahmadawi. Un candidat indépendant notable figure sur la liste, Dr Hussein Shahristani, qui a composé la liste en consultation avec Sistani.

Shahristani, un ancien physicien atomique qui refusa d'être co-opté dans le programme d'armement de Saddam et fut conséquemment emprisonné, est considéré comme un candidat vraisemblable pour être le prochain Premier ministre d'Irak, un poste qu'il avait refusé quand il lui avait été offert par l'Ambassadeur Paul Bremer lors de la constitution du gouvernement intérimaire. Si la liste représente un large segment de la société irakienne, elle a offert peu en termes de programme politique ni de comment elle pourrait rétablir la stabilité du pays. Remarqué par son absence de la liste, Muqtada al-Sadr a refusé son soutien à l'Alliance Nationale. [3]


II - La Liste Kurde

La deuxième liste la plus notable est celle des deux principaux partis kurdes, le Parti Démocratique du Kurdistan dirigé par Mas'oud Barzani et l' Union Patriotique du Kurdistan dirigée par Jalal Talabani. Il s'agit de la première tentative pour les deux partis kurdes de faire campagne ensemble aussi bien pour l'Assemblée Nationale que pour le parlement autonome du Kurdistan. En lançant leur liste commune, Barzani a déclaré qu'il s'agissait «d'un accord historique» qui garantirait les droits du peuple kurde et contribuerait à construire «un Irak fédéral démocratique uni». Les Kurdes sont visiblement inquiets que l'élection d'une majorité de députés chiites à l'assemblée nationale puisse frustrer leur aspiration à une fédération et, plus significativement, leur revendication que la ville riche en pétrole de Kirkuk soit incluse dans une telle fédération. A l'heure actuelle, le statut de Kirkuk est incertain alors qu'Arabes et Turcs exigent qu'elle reste en dehors de toute future région kurde autonome. Les Kurdes s'inquiètent également que la liste de l'Alliance National Irakienne a réussi à attirer les Turcs qui composent un pourcentage substantiel de la population de Kirkuk et qui sont décidés à empêcher la ville de tomber sous le contrôle des Kurdes. Les Kurdes se sont aussi aliénés la tribu d'al-Shammar dans le nord, la tribu du Président al-Yawer, qui a abandonné le président et les kurdes et choisi de rejoindre l'Alliance. Au vu de l'actuelle constellation politique, demeurent comme seuls alliés naturels des Kurdes les Communistes et le Parti Islamique Irakien. [4]


III - Les Irakiens (al-Iraqiyoon)

La liste irakienne «al-Iraqiyoon» qu'a soumise al-Wifaq al-Watani (le Parti de l'Entente Nationale), est conduite par le Premier Ministre intérimaire Ayad Allawi. Elle comprend des membres de son parti ainsi que d'autres partis, des personnalités tribales et des indépendants. La liste inclut le Mouvement des Irakiens Démocrates que dirige Qassim Daoud, le ministre de la Sécurité Nationale. Comme indépendants figurent Hussein al-Sadr, un clerc chiite (oncle de Muqtada al-Sadr); le chef tribal sunnite Nazzar al-Khaizaran ; et le porte-parole d'Allawi, Thaïr al-Naqib, le frère du Ministre de l'Intérieur Fallah al-Naqib.

La liste propose 240 candidats. En présentant la liste, le Premier Ministre par intérim Allawi a offert une ébauche générale de programme politique, économique et social. Il a insisté sur l'importance cruciale de restaurer la sécurité, en incluant la reconstitution de l'armée comme condition requise avant d'exiger le retrait de la force de coalition internationale de «notre Irak bien-aimé». Allawi a aussi fait valoir son programme pour une amélioration en matière d'éducation, de santé et d'aide sociale. Dans le domaine économique, il a appelé à réduire la dépendance sur le secteur pétrolier et à l'ouverture de l'économie aux forces du marché. [5] Tentant de s'attirer le soutien des Baathistes, Allawi a déclaré distinguer entre les criminels de l'ancien régime et ceux qui n'avaient pas de sang sur les mains. Il s'est aussi engagé à combattre le terrorisme et l'extrémisme. [6]


IV - L'Irakienne (al-Iraqiya)

Cette liste, soumise par le Président Intérimaire Ghazi al-Yawer, comprend principalement des chefs tribaux. Assurément, les ambitions d'al-Yawer ont subi un sérieux revers quand son oncle, l'un des chefs de la tribu Shammar – la plus grande tribu d'Irak comprenant des membres sunnites et chiites – a décidé de s'associer à la liste «Alliance». Selon des informations relayées dans les médias irakiens, des discussions se sont tenues au sujet d'une fusion des listes d'Allawi et d'al-Yawer pour augmenter leurs chances mais les négociations n'ont pas abouti à cause d'un désaccord sur lequel des deux leaders devait conduire la liste. [7]


V - Le Parti Communiste Irakien

Le Parti Communiste Irakien, le doyen des partis communistes du monde arabe, a soumis une liste de 275 candidats, comprenant 91 femmes. La liste est conduite par le secrétaire général du parti Hamid Majid Moussa. La liste comprend aussi Mufid al-Jaza'iri, ministre de la culture par intérim. [8] Le fait qu'un communiste puisse servir comme ministre intérimaire démontre avec éclat le chemin parcouru par l'Irak vers la démocratie et la pluralité en moins de deux ans.


VI - Le Parti Islamique Irakien

Malgré les appels de l'Organisation des Clercs Islamiques (la principale organisation cléricale sunnite) au boycott des élections, le Parti Islamique Irakien (sunnite) a soumis une liste de 275 candidats sous la direction de Muhsin Abd al-Hamid, un ancien membre du Conseil Gouvernemental d'Irak. [9] Cependant, ce parti continue d'appeler au report des élections et refuse de dire s'il fait véritablement campagne. [10] Le 27 décembre, le Parti Islamique a annoncé qu'il se retirait des élections.
Un autre parti sunnite, appelé le Courant Islamique Démocratique, a soumis une liste de 60 candidats représentant apparemment des universitaires, des chefs tribaux et des femmes. [11] Aucune information n'est disponible au sujet de cette formation.


VII - Le Mouvement Monarchique Constitutionnel

Le Mouvement Monarchique Constitutionnel a soumis une liste de 275 candidats conduite par le Chérif Ali bin al-Hussein, le prétendant au trône Hachémite en Irak. La liste séduira probablement la vieille génération d'Irakiens nés sous la monarchie, témoins de sa destruction dans un coup d'Etat sanglant en 1958 et ayant connu plus de quatre décennies de la répression qui suivit. Cependant la monarchie en Irak était associée à la domination sunnite dans le gouvernement et, avant qu'il puisse monter sur le trône, le Chérif Ali devra convaincre de nombreux septiques qu'une telle intronisation bénéficiera à l'unité nationale et l'égalité. Son affirmation selon laquelle 69 % des irakiens souhaitent la restauration de la monarchie sera bientôt mise à l'épreuve du vote. [12]

Les autres listes

Un certain nombre d'autres partis ont présenté leur liste à la Haute Commission Electorale.

Le parti de l'Unité s'est joint à deux autres partis non identifiés pour former le "Parti Socialiste Nassérien" (du nom de Gamal Abdel Nasser), qui met l'accent sur le nationalisme arabe et l'Islam. Une liste a été présentée par leRassemblement à Mission Libérale ayant pour objectifs «Justice, égalité, et liberté» [13] Une liste de 63 candidats a été présentée par le sunnite libéral et laïc, Adnan Al-Pachachi, un vétéran de la politique et ancien ministre des Affaires étrangères irakien. Bien qu'il ait présenté une liste électorale, Al-Pachachi continue d'insister sur le report des élections afin de permettre à toutes les couches de la société irakienne de participer à la rédaction de la constitution, laissant ainsi ouverte toute éventualité quant à sa participation aux élections. Les chances de Mr. Al-Pachachi se sont vues amoindries par le désistement de sa liste de deux personnalités majeures: Mahdi al-Hafidh, ministre de la Planification et Ayham al-Samera'i leministre de l'Energie Electrique, tous deux ayant rejoint la liste électorale du Premier Ministre. [14] Il semblerait que plus les chances d'un candidat s'amenuisent, plus serait il en faveur de reporter les élections à une date ultérieure.


L'ancien général Najib al-Salhi , secrétaire-général du «Mouvement des Officiers et Civils Libres» a présenté une liste de 126 candidats, dont 42 sont des femmes et dont 25 sont des anciens officiers de l'Armée irakienne, parmi eux des Baasistes qui, comme al-Salhi, ont quitté l'Irak à cause de leur désaccord avec la politique de Saddam Hussein. [15]

Les électeurs

La Haute Commission Electorale estime à 14 millions le nombre d'électeurs en Irak, ce chiffre représentant le nombre de ceux qui ont reçu des tickets de rationnement alimentaire, distribués dans le cadre du «ProgrammePétrole contre Nourriture» dès 1996.
Selon le responsable de la Commission, Abd al-Hussein al-Hindawi, l'inscription en vue des élections a été «au-delà de toute attente». [16]

Aux Irakiens recevant des tickets de rationnement alimentaire, il faut ajouter ceux qui ont quitté le pays dans les années 80 et 90 du fait de la guerre contre l'Iran, puis à la suite de l'occupation du Koweït. Seul un petit nombre de ces ressortissants irakiens sont à l'heure actuelle rentrés en Irak; ceux-ci seront en mesure de voter sur présentation de leur passeport.

Les Irakiens encore en exil, seront autorisés à voter du 28 au 30 janvier dans l'un de leur 14 pays de résidence: les Etats-Unis, le Canada, La Grande Bretagne, la Hollande, la France, l'Allemagne, le Danemark, la Suède, l'Australie, l'Iran, la Turquie, la Syrie, la Jordanie, et les Emirats Arabes Unis. [17] L'Office des Migrations Internationales (OMI) a été autorisé par la Haute Commission Electorale Irakienne de prendre en charge le Programme de Vote a l'Etranger. La Syrie s'avère être le seul pays ayant annoncé qu'elle ne permettrait pas la tenue de telles élections sur son territoire. Bien qu'elle n'ait fourni aucune explication sur cette prise de position, on peut croire que la Syrie, déterminée semble-t-il à faire échouer l'émergence d'un Irak démocratique, serait en mal de faciliter un processus d'élections libres qu'elle refuse à sa propre population. [18] Par contre l'Iran, avec ses 200 000 ressortissants en Irak, a offert de coopérer avec l'Irak à la bonne tenue des élections. [19] Les Iraniens veilleront probablement à ce que les électeurs apportent leur suffrage à la liste parrainée par Al-Sistani.

Procédures électorales

Le vote pourra s'effectuer durant une période de dix heures, entre 7 heures du matin et 17 heures (une minute après le lever et 33 minutes avant le coucher du soleil).
Il y aura ainsi 7000 urnes dans tout l'Irak, chacune d'elles sous la protection de la Police irakienne, de la Garde Nationale, et d'autres compagnies de sécurité. On estime qu'environ 103 000 agents de sécurité auront la charge de protéger les bureaux de vote.
La Force Multinationale restera dans l'arrière plan afin de ne pas être vue comme ayant une quelconque influence sur le résultat des élections. [20]

L'ordre dans lequel apparaissent les listes a été établi au tirage au sort en présence de représentants des différents partis politiques. Les électeurs devront indiquer la liste de leur choix. Chaque liste portera un numéro à 3 chiffres, débutant à 101, assurant ainsi un format équivalent pour toutes les listes en lice. Parmi les principales listes électorales, la liste kurde porte le numéro 130, et la liste Alliance le numéro 169. Les électeurs, en dehors du Kurdistan, déposeront deux bulletins de vote: un pour l'assemblée nationale et un autre pour l'administration de la province. [21] Au Kurdistan, les électeurs déposeront également un troisième bulletin en vue d'élire le parlement autonome kurde. Les différents bulletins seront imprimés en une des trois couleurs choisies pour les distinguer.
Afin de garantir l'intégrité des élections, les électeurs devront pénétrer seuls dans l'isoloir, les aveugles et les handicapés pourront eux être accompagnés par une autre personne [22] ; le doigt de la personne ayant voté sera marqué à l'encre indélébile. La Haute Commission Electorale a décidé que les voix seront décomptées dans les bureaux de vote à la clôture du scrutin en présence de représentants des candidats, jugeant qu'il serait plus facile de protéger les bulletins de vote sur place plutôt que d'assurer la sécurité de 7000 véhicules acheminant les urnes vers un lieu centralise. Les résultats pourront être connus en quelques heures. Les votes des Irakiens résidant à l'étranger seront décomptés à Abu-Dhabi. [23]

La campagne électorale

En raison des conditions de sécurité actuelles en Irak, une campagne à l'occidentale où le candidat pourrait réunir ses partisans lors de grands rassemblements publics est tout à fait impossible. Il faudra donc que les candidats utilisent au maximum les médias écrits et audiovisuels pour faire passer leur message. Pour les partis religieux, pour les Sunnites comme pour les Chiites, les sermons du vendredi dans les mosquées, joueront sans aucun doute un rôle primordial pour motiver les électeurs, où le cas échéant, les faire s'abstenir.

L'attaque la plus virulente de ces élections a été portée par le ministre intérimaire de la défense Hazim al-Sha'lan, lui-même Chiite, se présentant sur la liste du Premier ministre Mr. Allawi. Le 15 décembre, Mr. Al-Sha'lan critiquait la liste Alliance la considérant comme, «liste iranienne» et dénonçait l'un de ses membres dirigeant le Dr Hussein al-Shahristani en ces termes : « Cet expert,» déclarait à la presse Mr. Al-Sha'lan, «a travaillé deux ans sur les programmes nucléaires iraniens, et prétend aujourd'hui vouloir devenir Premier ministre. Nous sommes décidés à l'en empêcher» [24] Les religieux de la Hawza ont vite fait de désavouer al-Sha'lan l'accusant de partialité et donc inapte à assurer la sécurité des bureaux de vote et la protection des électeurs. [25] Les Iraniens ont renchéri en qualifiant Sha'lan de « lilliputien de la politique» [26] En attendant, les dirigeants religieux de la Hawza chiite ont émis des fatwas appellant leurs ouailles à considérer la participation aux élections comme une obligation religieuse. [27] La majorité des Chiites prendra une telle fatwa avec le plus grand sérieux. Interviewée sur la chaîne de télévision Al-Jazeera, une vieille femme irakienne qui va probablement voter pour la première fois de sa vie, résume en quelques mots son opinion: «Sistani a dit de voter; je voterai» [28]

Le parti communiste a été le premier à lancer sa campagne électorale. Au son de slogans comme « Le communisme est plus fort que la mort et plus haut que les échafauds», faisant référence au bon nombre de dirigeants du parti pendus ou fusillés par les divers régimes en place en Irak depuis plus de 50 ans, une foule importante de supporters déchaînés se sont rassemblés dans un stade pour lancer la campagne. Le parti a adopté le soleil comme symbole parce que «le soleil est rouge». Un officiel du parti déclarait que le lancement de la campagne représentait «un défi au terrorisme et aux ennemis du processus politique». [29]

La Haute Commission Electorale a fait imprimer des affiches et autres documents électoraux pour les distribuer en masse. Elle a également diffusé des annonces publicitaires, dans les journaux, à la radio, et à la télévision, expliquant la nature et le fonctionnement des élections à venir.

La confusion des électeurs

Alors que la multiplication des partis et groupements politiques briguant les sièges a l'assemblée nationale témoigne d'une certaine façon d'une compétition politique saine qui a fait défaut a la vie politique en Irak depuis plus de quatre décennies, le phénomène a un aspect négatif. Ceci place l'électeur devant de nombreux choix, une situation difficile même pour des électeurs éduqués et expérimentés, ce qui n'est pas le cas de la plupart des Irakiens, du moins pour ce qui est de l'expérience. Apres des années d'oppression, une liberté sans entraves a ressurgi avec une presse libre et la liberté de s'associer. Selon Farqad al-Husseini al-Qazwini, un érudit de l'université de Hilla, candidat sur la liste du Rassemblement Démocratique Indépendant de Adnan Al-Pachachi, l'après-Saddam a rendu possible que «trois personnes peuvent former un parti, quatre personnes peuvent créer une organisation, et cinq personnes peuvent fonder un mouvement [politique].» Bien souvent, personne ne peut dire avec certitude ce que chacun de ces groupes revendique. [30]

Une autre personnalité parmi celles interrogées par le quotidien Al-Sharq Al-Awsat résume la situation en ces termes:«Sous la coupe de l'ancien régime nous avions peur du gouvernement mais nous nous y opposions en secret. Aujourd'hui c'est l'inverse. Nous en sommes venus à avoir peur de l'opposition que nous ne connaissons pas et dont nous ne connaissons pas davantage les intentions.» [31]

Conclusion

Tout porte à croire que les élections auront lieu comme prévu le 30 janvier et que la participation sera forte dans de nombreuses couches de la population irakienne. Cependant les élections ne résoudront pas, comme par enchantement, les problèmes brûlants de sécurité dans le pays et elles ne conduiront pas pour autant à un gouvernement stable et démocratique. Une analyse équilibrée de ces élections doit prendre en compte certains risques:
  • Des attaques sur un nombre même restreint de bureaux de vote le jour des élections pourrait dissuader de nombreux Irakiens de voter.
  • Une abstention de la majorité de la population sunnite pourrait donner lieu, dans ce système de représentation à la proportionnelle, à une majorité Chiite disproportionnée à l'Assemblée Nationale, mettant en question la validité des résultats.
  • Les partis Chiites étroitement liés à l'Iran se trouvent fortement représentés sur la liste de premier plan parrainée par l'Ayatollah Al-Sistani. Il reste à voir si ces partis, une fois qu'ils auront obtenu la majorité à l'Assemblée Nationale, vont suivre une voie nationaliste indépendante, ou s'ils seront la proie des ambitions et des intrigues de l'Iran à l'égard de l'Irak.
  • Il est trop tôt pour écarter la possibilité que les Kurdes boycottent les élections si Kirkuk n'était pas déclarée ville kurde, conformément à leur revendication.
  • Il y a environ 26 candidats pour chaque siège à l'assemblée nationale. Un seul sera élu mais 25 seront rejetés. Des allégations prévisibles de fraudes pourraient mettre en question les résultats des élections.
  • La vaste majorité du peuple irakien n'a jamais participé à des élections libres et mettant face à face de vrais adversaires. Il reste à voir si l'électeur irakien moyen aura la maturité politique requise pour exercer son droit de vote d'une manière responsable.
Le précédent du Salvador

Un éditorial du quotidien irakien Al-Sabah exhorte les Irakiens à voter en dépit de la menace terroriste. Il leur rappelle l'expérience du Salvador en 1982 lorsque ce pays, comme l'Irak aujourd'hui, était en proie aux actions terroristes. Sous la pression populaire le scrutin eut lieu à la date fixée, et l'élection d'un parlement et d'un nouveau gouvernement constitua un tournant décisif dans le déclin du terrorisme. L'éditorial affirme que cet exemple s'applique à l'Irak et que «les Irakiens ne devraient pas avoir peur du terrorisme mais qu'ils devraient au contraire lui faire face car les terroristes sont lâches lorsqu'ils sont confrontés à la volonté du peuple». [32]




Dr Nimrod Raphaeli *

© MEMRI


* Analyste au Programme d'études économiques du Moyen Orient de MEMRI.

* Le Docteur Nimrod Raphaeli est le Responsable du Programme d'Etudes économiques de MEMRI.

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Notes

[1] Al-Sabah (Bagdad), 19 décembre 2004.
[2] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 17 décembre 2004.
[3] Al-Hayat (Londres), 13 décembre 2004.
[4] Al-Mada (Irak), 2 décembre 2004.
[5] Bagdad (Irak), 16 décembre 2004. Le quotidien Bagdad est l'organe officiel du Parti de l'Entente Nationale.
[6] Al-Zaman (Irak), 15 décembre 2004.
[7] Al-Hayat (Londres), 19 décembre 2004.
[8] Al-Mada (Bagdad), 10 décembre 2004.
[9] Al-Hayat (Londres), 12 décembre 2004.
[10] Al-Mada (Bagdad), 22 décembre 2004.
[11] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 14 décembre 2004.
[12] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 26 décembre 2004.
[13] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 10 décembre 2004.
[14] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 24 décembre 2004.
[15] Al-Hayat (Londres), 19 décembre 2004.
[16] Al-Mada (Bagdad), 22 décembre 2004.
[17] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 23 novembre 2004.
[18] Al-Zaman (Irak), 12 décembre 2004.
[19] Iran Daily, 20 décembre 2004.
[20] Al-Hayat (Londres), 3 décembre 2004.
[21] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 21 décembre 2004.
[22] Al-Sabah (Bagdad), 22 décembre 2004.
[23] Al-Zaman (Irak), 15 décembre 2004.
[24] Al-Sabah (Bagdad), 19 décembre 2004.
[25] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 17 décembre 2004.
[26] Iran Daily, 19 décembre 2004.
[27] Voir par exemple la fatwa émise par le Grand Ayatollah Kadhem al-Ha'iri. www.karbalanews.net/artc.php?id=1608.
[28] Al-Jazeera TV (Qatar), 16 décembre 2004.
[29] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 17 décembre 2004.
[30] Baghdad (Irak), 13 décembre 2004.
[31] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 7 décembre 2004.
[32] Al-Sabah (Irak), 18 décembre 2004.


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