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Accord Europe-Syrie: chèque en blanc pour la dictature syrienne
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Accord Europe-Syrie: chèque en blanc pour la dictature syrienne

EUROPEAN STRATEGIC INTELLIGENCE AND SECURITY CENTER (ESISC)

NOTE BREVE



À : DECIDEURS POLITIQUES, REDACTIONS ET CONTACTS
De : ESISC DEP 2 : WORLD OBSERVATORY OF TERRORISM (esisc@esisc.org)
Réf : ESISC/ NP/16.04

Date : 20 octobre 2004

Objet : L’ACCORD DE COOPERATION : UN CHEQUE EN BLANC POUR LA DICTATURE SYRIENNE


[Et l’on demande à Israël de faire confiance à la perception européenne du conflit israélo-palestinien ! Menahem Macina.]



Ce mardi 19 octobre, l’Union Européenne et la Syrie ont signé, à Bruxelles, un vaste accord de coopération économique et politique. Du côté européen, les plus optimistes voient dans ce traité une possibilité de faire évoluer le régime syrien vers plus de transparence et d’ouverture. D’autres, dont nous sommes, estiment plutôt que cet accord est un véritable chèque en blanc signé au régime du président Assad, qui constitue actuellement (avec l’Iran) l’une des dictatures les plus brutales et les plus dangereuses de la région.

1) LES CINQ FAUTES MAJEURES DE LA SYRIE

La Syrie refuse toute évolution démocratique et bafoue les droits de l’homme.

Pour s’en tenir à l’actualité récente :
  • Le 10 octobre 2004, l’activiste Kurde Mas’oud Hamid était condamné à 5 ans de prison pour appartenance à « une organisation secrète ».
  • Le 30 septembre et le 1er octobre 2004, la police arrêtait Nabil FAYAD et Jihad NASRA, qui, le 13 septembre, avaient fondé le site www.liberalsyria.com, un forum indépendant.
  • Le 16 septembre 2004, Hanan Bakr Deeko, qui assistait au mariage de son neveu, était enlevé par des hommes du renseignement militaire, dans la ville d’ALEP et emmené vers une destination inconnue. Six jours plus tard, son cadavre, portant de nombreuses traces de coups et de tortures était rendu à sa famille. M. Deeko était un activiste kurde .
  • Dans la première quinzaine d’août 2004, 25 personnes ont été arrêtées, pour des raisons non spécifiées, dans la ville de HAMA.
  • Le 25 juillet, un tribunal condamnait Haytham Qutaysh, son frère Muhammad et Yahya al-Aws, à 4 ans de prison pour le premier, et à trois ans de prison pour les deux autres. Leur crime : avoir répandu « de fausses informations » obtenues sur des sites Internet censurés en Syrie.
  • Le 27 juin 2004, 7 activistes kurdes étaient condamnés à des peines de prison pour « séparatisme ».
  • Lors des manifestations indépendantistes kurdes réprimées par l’armée, en mars 2004, entre 25 (sources officielles) et 100 (opposition) personnes ont été tuées, des centaines d’autres blessées et 6 000 arrêtées. Six mois plus tard, entre 500 et 600 personnes seraient toujours détenues sans jugement.
  • En janvier 2004, un détenu identifié comme étant Firas Mahmud Abdullah est mort sous la torture à la prison de Lataquié.
La Syrie continue à occuper le Liban :
  • Le 1er octobre dernier, Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations unies, affirmait que 14 000 soldats syriens demeuraient au Liban, en dépit d’un simulacre de retrait.
  • le 2 septembre dernier, le Conseil de Sécurité de l’ONU adoptait la Résolution 1559, co-parrainée par Washington et Paris, appelant au respect de la souveraineté du Liban par le retrait de toutes les troupes étrangères de son sol. L’armée syrienne est seule concernée par ce texte.
La Syrie continue à abriter des organisations terroristes
  • Le Hamas et le Djihad islamique de Palestine disposent de bureaux et de nombreuses facilités à Damas et dans d’autres villes syriennes ;
  • Plusieurs terroristes mêlés à de récents complots islamistes en Jordanie auraient transité par la Syrie.
La Syrie constitue une menace régionale pour d’autres pays arabes
  • Outre le fait qu’elle continue illégalement à occuper le Liban, la Syrie déstabilise l’Irak en permettant que s’y infiltrent, depuis son territoire, des « volontaires arabes » et autres terroristes, parfois entraînés par ses propres services de renseignement avec la complicité du Hezbollah libanais.
La Syrie n’a jamais reconnu sa responsabilité dans les actions terroristes des années 70 et 80
  • La Lybie n’a pu réintégrer la communauté internationale qu’après avoir admis sa responsabilité dans certains attentats et accepté d’indemniser les victimes. La Syrie, qui fut, elle aussi, l’un des sponsors majeurs du terrorisme international entre 1970 et 1990, n’a jamais fait aucun geste dans ce sens.

2) AU PLAN POLITIQUE, UN PAYS TOTALEMENT FIGE

A la mort de Hafez al-Assad, certains ont pu penser que le régime allait évoluer. Bachar al-Assad avait fait des études de médecine et d’ophtalmologie en Grande-Bretagne et passait pour un homme moderne et compétent. Les dernières années de pouvoir de Hafez al-Assad avaient, d’ailleurs, été marquées par quelques timides réformes économiques, qui avaient permis l’émergence d’une microscopique classe moyenne de commerçants et de petits entrepreneurs.

Dans un régime marqué par le socialisme et l’économie étatique, il pouvait s’agir d’une petite révolution. Celle-ci ne s’est, toutefois, jamais transposée dans le domaine politique, celui-ci demeurant totalement verrouillé. Et l’arrivée au pouvoir de Bachar al-Assad, malgré les discours dans lesquels il insistait sur l’importance de l’économie, n’y a rien changé. Certes, en novembre 2000, plusieurs centaines de prisonniers politiques avaient été libérés, suite à une mesure d’amnistie. On a vu aussi apparaître des Forums de discussion au sein desquels des intellectuels de diverses tendances pouvaient échanger leurs vues. Mais leurs réunions ont rapidement été soumises à autorisation, on leur a ensuite imposé de n’aborder aucun débat politique, et ils sont aujourd’hui purement et simplement interdits.

Enfin, à l’été 2001, plusieurs vagues d’arrestations ont frappé les milieux « dissidents ». De nombreux hommes d’affaires influents qui avaient osé souligner que le marché a besoin de la liberté pour s’épanouir pleinement, ainsi que des intellectuels, ont été arrêtés. Parmi eux, les « parlementaires indépendants » Maamoun al-Homsi et Riad Seif. Jugés avec d’autres par la Makhamat Amn al-Dawla al-Aliya (Cour Suprême de la Sûreté de l’Etat), ou par des tribunaux pénaux, ils ont été condamnés respectivement à 5 ans et à 4 ans de prison pour avoir réclamé une plus grande ouverture politique. Les seuls « changements » réels auxquels on semble avoir assisté, à Damas, depuis juin 2000, sont des rééquilibrages entre les familles, tribus ou clans alaouites au pouvoir.

Et pourtant, c’est ce pays qui a été accepté par l’Union Européenne comme partie prenante de ce que Monsieur Chris Patten, Commissaire Européen aux Relations extérieures, a appelé « un partenariat géostratégique » prévoyant un dialogue politique régulier.

Nous craignons que, loin d’y voir un encouragement à choisir la voie de la réforme et de l’ouverture, le régime syrien ne comprenne cette décision comme un chèque en blanc l’autorisant à continuer ses activités de déstabilisation, ses violations des droits de l’homme et à utiliser le terrorisme comme un instrument politique. Il nous semble que des sanctions – comme celles prises aux Etats-Unis cette année avec le Syrian Accountability Act, auraient été plus efficaces. Si l’Europe avait rejoint Washington et totalement isolé Damas, le régime n’aurait eu d’autre choix, à terme, que de céder. De même les sanctions ouvraient d’intéressantes possibilités de diplomatie secrète - ou à tout le moins discrète -, comparables à celles qui ont été utilisées par Londres et Washington pour faire céder Tripoli.

Mais l’U.E. a choisi de se priver de cette possibilité et de donner une véritable prime à la dictature et au terrorisme.

© ESISC 2004

esisc@esisc.org

Mis en ligne le 20 octobre 2004 sur le site www.upjf.org.
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