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Sami Naïr, Professeur de cancérologie politique, S. Pilczer
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29/06/04


M. Sami Naïr est ce triste sire qui commit, en 2002, dans le journal Le Monde, avec la complicité de ses acolytes Edgar Morin et Danièle Sallenave, cette infamie d’article intitulé «Israël, le cancer» [1].

En tant que médecin, il m’est arrivé de croiser, dans la carrière, des cancérologues à la main lourde : leurs chimiothérapies étaient si mal dosées que leurs patient(e)s pouvaient en mourir guéri(e)s.

M. Sami Naïr - D. merci ! - n’a pas de responsabilité thérapeutique. Mais il a charge d’âmes, puisqu’il enseigne (à l’issue du nouveau pensum qu’il nous inflige il n’omet surtout pas de rappeler qu’il est Professeur de Sciences Politiques à Paris VII), et il récidive dans l’écriture d’une libre opinion [2] qui prouve encore son manque absolu de lucidité.

Comme il s’agit d’un personnage crédité d’une certaine audience dans notre intelligentsia parisienne, ex-eurodéputé chevènementiste, nous allons tenter de comprendre pourquoi il nous fait voir le monde avec des lunettes qui prennent les effets pour les causes et inversement.

Tel un Saint-Thomas à l’envers, en idéologue à courte vue, ainsi que le suggérait François Zimeray, «Loin de croire ce qu’il voit, il voit ce qu’il croit». Ensuite, peu importe qu’il s’agisse véritablement de mauvaise foi, ou de faux diagnostic, avec parfois un certain talent de polémiste, il parvient à nous asséner ses arguments, où un filet de réalité est mêlé à une grosse trame de descriptions malveillantes et mensongères.

Il commence très fort :

« L'échec cuisant de l'occupation américano-britannique a des conséquences dévastatrices. Il est urgent que la communauté internationale reconnaisse la pleine souveraineté des Irakiens sur le territoire et les richesses du pays. Irak: triste bilan d'une invasion »

- Réjouissez-vous M. Naïr, le transfert de souveraineté s’est produit avec 48 heures d’avance, en vous coupant l’herbe sous les pieds, car vous aviez, bien entendu, prémédité cette parution dans Libération pour la veille du transfert de souveraineté, des forces de la coalition au gouvernement provisoire, entre les mains des Irakiens. Il y avait même probablement un véritable « plan médias » concocté entre vous et Libération.

Première contrariété, M. Sami Naïr.

Surtout, votre diagnostic tonitruant est totalement faux. D’une part, la coalition emmenée par les Américains et les Britanniques n’était pas une occupation, mais une libération du Peuple irakien, qui leur rendra l’hommage et la gratitude mérités bien plus vite qu’ils ne le feront pour la France, objet de leur défiance. D’autre part, les conséquences de cette libération de l’Irak, 15 mois après la libération de Bagdad, commencent [à] crever l’immense abcès d’un monde arabo-musulman piloté par des tyrans, enfin remis en cause. Aussi bien en Arabie saoudite, en Irak, en Syrie et donc au Liban, mais aussi en Iran, en Afghanistan, en Libye, en Egypte, ou encore en Algérie.
On sait bien que votre ancien gourou, M. Chevènement, était un admirateur sans bornes de l’ancien dictateur Saddam Hussein, qui lui rendit peut-être quelques menus services. Au point que M. Chevènement démissionna de son poste de ministre de la défense en pleine première guerre du golfe, en mars 1991, alors que la France s’était engagée avec la coalition forgée à l’époque par George Bush père. Ce comportement de M. Chevènement aurait dû lui valoir la cour martiale pour désertion devant l’ennemi, alors que nos aviateurs étaient engagés sur le théâtre des opérations, ou la cour de Justice de la République, puisqu’il était ministre.

M. Sami Naïr, en censeur sévère, prétend faire le bilan, je le cite (en bleu, ci-après]

Cette invasion se solde, au regard des objectifs politiques affichés (établissement de la démocratie à l'américaine et respect des droits de l'homme en Irak), par un échec cuisant sur le terrain et un gâchis aux conséquences régionales et mondiales dévastatrices.

En ce qui concerne l’établissement de la démocratie en Irak, je ferai d’abord remarquer qu’elle se porte infiniment mieux que du temps de Saddam Hussein : de nombreux journaux paraissent, les conflits politiques font l’objet de débats, des élections législatives s’organisent pour le début 2005. Certes, de nombreux groupes terroristes essaient de mettre par terre cette œuvre d’assainissement. Mais nulle part la démocratie ne s’est construite en un an : il faudra aider l’Irak à renforcer sa démocratie naissante.
Les autorités françaises semblent déjà vouloir manifester leur mauvaise volonté dans ce domaine : pas de formation des troupes de police et de gendarmerie sur place, mais à l’étranger. Cela correspond-il à la crainte d’importer le terrorisme dans nos banlieues ? Il ne serait pas honteux de le reconnaître. Soyons plus efficaces que fanfarons, et cessons de dissimuler derrière de grandes envolées lyriques nos petites lâchetés bien françaises.

"Le péché originel de cette entreprise guerrière, le viol de la légalité internationale par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, n'a jamais pu être occulté. Aucune des puissances qui s'y sont opposées, France, Chine, Russie, Allemagne, n'a accepté de le légitimer : elles ne sont d'accord que pour appeler l'ONU à jouer un rôle dans l'imbroglio actuel."

Nous ne reprendrons pas le débat sur la légalité internationale de l’intervention, justifiée par la résolution 1515 de l’ONU : la France a prétendu opposer son veto à une nouvelle résolution impliquant l’intervention, en bloquant par avance le processus. C’est la France qui [a recouru à] cette manœuvre dilatoire, alors que les conditions météo sur la région imposaient d’intervenir dès mars 2003, ou de reporter encore d’une année la réplique à une menace certaine de l’Irak sur l’ensemble du Moyen-Orient, et [a ainsi] encouragé le terrorisme international.

La France a alors, en effet, [procédé à] un tir de barrage diplomatique dans lequel elle a entraîné l’Allemagne – et Schroeder, gêné aux entournures, à quelques semaines d’élections en Allemagne, ne voulait pas s’aliéner les pacifistes et la Russie, qui voulait garder les mains libres en Tchétchénie. Quant à la Chine, peu soucieuse de remettre en cause un tyran pourvu que son approvisionnement en pétrole soit garanti dans sa phase de croissance explosive, elle n’avait nul besoin de remettre en cause l’équilibre régional, en luttant pour la démocratie.

On se souvient de l’agitation frénétique qui saisit alors Dominique de Villepin, parti faire une tournée africaine où il tenta de convaincre nos anciennes colonies, notamment le Cameroun, mais aussi l’Angola, de voter contre l’intervention à l’ONU.

"Plus grave : l'Espagne, qui avait aliéné son indépendance en se hissant sur les chars américains, a abandonné le couple Bush-Blair en retirant ses troupes d'Irak."

Aussi, quand M. Sami Naïr vient nous rappeler la volte-face de l’Espagne après les attentats de Madrid du 11 Mars 2004, il ne fait que conforter ce constat de lâcheté éprouvé chez tous nos Munichois, qui croient faire la politique de leur pays en manifestant dans la rue. C’est d’ailleurs l’illusion que défendait M. Pascal Boniface en prétendant que la politique étrangère d’un pays se fait de plus en plus en s’appuyant sur l’opinion publique.

Si vous racontez cela aux diplomates du Quai d’Orsay, ils riront sous cape, car ces messieurs sont trop fins : l’opinion publique, ils se chargent de la forger, grâce à l’incomparable instrument de propagande et de lavage des cerveaux francophones, qu’est devenue l’AFP. Voyez comme pratiquement toute notre presse est univoque, même pas bâillonnée, mais docile, anesthésiée, et distille la bien-pensance pacifiste que chaque citoyen doit ingurgiter avant d’aller dormir et d’aller au boulot. Le discours convenu sur l’Irak, le «couple infernal Bush – Sharon», on l’a tellement matraqué, qu’il faut être très résistant pour n’y avoir pas succombé.

Allez raconter cela aussi à notre Président de la République, qui en a tellement fait son domaine réservé, que le budget du quai d’Orsay est voté chaque année sans débat au Parlement : M. Claude Goasguen a bien voulu nous le confirmer lors du débat sur «la démocratie à l’épreuve de la menace islamiste». Aussi, prétendre que c’est la rue qui décide : Non ! On fait dire à la rue ce qu’on a envie qu’elle dise. Et on se méfie des «banlieues».

Nous passerons, par charité, sur les élucubrations de M. Sami Naïr concernant la politique intérieure aux USA, et les suites de la guerre d’Irak. En rappelant seulement [ce qui suit] :
  • L’ancien Président Clinton a approuvé, à plusieurs reprises, la politique suivie par le président George W. Bush, et l’intervention en Irak.
  • Le candidat Kerry n’aura même pas besoin d’approuver le transfert de souveraineté déjà effectué, et il a eu la sagesse de ne pas se prononcer sur le maintien de troupes américaines en Irak s’il est élu en novembre, parce que les dirigeants américains ont conscience de leur écrasante responsabilité en matière de lutte contre le terrorisme international.
  • Donald Rumsfeld est loin d’être dans les cordes, même si les informations concernant les Armes de Destruction Massive [ADM], et les tortures à la prison d’Abu Ghraïb ont pu entamer son aura. On a d’ailleurs retrouvé des éléments d’ADM en Irak, et de forts soupçons persistent quant à leur dispersion avant l’intervention de la coalition. La certitude existe quant à l’utilisation, par le régime de Saddam Hussein, de gaz mortels à Halabja, contre les Kurdes.
  • La bataille d’Irak n’est qu’une étape dans la vaste réorganisation du «Grand Moyen-Orient» que les USA mettent en place : le dictateur Mouammar Khadafi, dans son style fantasque, a déjà rendu les armes. Les Iraniens et les Syriens se savent sous surveillance étroite, et l’Egypte accepte de jouer sa partition à condition que cela soit à son rythme. L’Arabie Saoudite a senti le vent du boulet, et si les luttes de clan et les combats fratricides se poursuivent dans la famille royale, l’œuvre de rénovation, en particulier la remise en cause de l’expansion du wahhabisme intransigeant et conquérant est en route.
Si M. Sami Naïr veut bien reconnaître les succès militaires américains, il ne peut s’empêcher de cracher son venin sur Dick Cheney, en tentant de le salir par la médisance et la désinformation, alors que [Cheney] a renoncé à ses mandats et vendu ses actions de la société Halliburton, bénéficiaire de contrats en Irak. Eh, oui, Schlumberger est supplanté !

Et comme un pilier de café du commerce, M. Sami Naïr voudrait nous convaincre que les Américains n’auraient fait cette guerre que pour le pétrole. Vieille antienne, que les petits franchouillards se plaisent à nous répéter en faisant leur plein tous les vendredis avant de partir en week-end.

Alors, avouons-le, M. Naïr, les Américains se sont [en effet] préoccupés de l’approvisionnement en pétrole, mais cela concerne bel et bien toute l’économie occidentale.

Et il est vrai que Saddam Hussein savait en récompenser certains [par] des centaines de milliers de barils de pétrole volés à son peuple, dans le cadre de l’accord onusien «pétrole contre nourriture», sous forme de «bons échangeables» : la liste des bénéficiaires fait apparaître quelques Français qui se sont beaucoup mis en avant pour la défense du régime du tyran, parfois sous des prétextes humanitaires, comme la femme de M. Le Pen pour les «enfants irakiens victimes de l’embargo injuste de l’ONU». L’ex-numéro deux de l’ONU, et le propre fils de Kofi Annan auraient également bénéficié des largesses du tyran, ce qui jette un doute glacial sur les positions «humanitaires» de certains acteurs de ce conflit.

A ce stade, on aura la charité de ne pas s’interroger sur le goût - prononcé mais imprononçable - de votre gourou Chevènement pour un tel tyran.

On ne s’attardera pas plus sur les dénigrements concernant les sociétés de sécurité : le terrorisme en Irak est une menace permanente, souvent importée par les affidés des ben ladénistes. La pratique de la torture dans les prisons a été justement dénoncée, et, suite à une mise en cause on ne peut plus démocratique, un terme y a été mis.

Et comme le faisait remarquer, avec une ironie cinglante, un excellent journaliste marocain indépendant, cette dénonciation indignée de la torture aurait été plus crédible dans l’ensemble du monde arabo-musulman si elle y était aussi sévèrement condamnée. Or, c’est une pratique constante, un espèce de «modus operandi», qui rendra d’autant plus difficile l’apprentissage de la démocratie, puisque, à l’image de ces enfants battus qui deviennent des parents violents, les politiciens torturés dans l’opposition n’hésitent pas à recourir à la violence quand ils se saisissent du pouvoir.

Et puis, M. Sami Naïr émet une accusation grave, qui pourrait déstabiliser les naïfs : le tyran Saddam Hussein était parvenu à faire plier, sous sa férule, les Chiites majoritaires, qu’il brimait, les sunnites minoritaires, qu’il favorisait, et les Kurdes, éternels rebelles, qu’il euthanasiait sans pitié - l’épisode le mieux connu étant celui de Halabja, en 1988.
Les charniers saddamites n’ont pas tous été découverts, mais les éliminations de masse allaient bon train sous le régime du dictateur sanguinaire : éradication de la révolte chiite après la première guerre du golfe, suivant un million d’Irakiens sacrifiés lors de la guerre avec l’Iran, de 1980 à 1988. Mais le tyran ne s’attire pas la moindre remarque désobligeante de la part de notre «professeur de Sciences Politiques» à Paris VII. Pas une fois M. Sami Naïr n’a le bon goût de dénoncer le régime de sang, de violence, d’arbitraire, et d’assassinats, que Saddam Hussein à imposé au peuple irakien martyr pendant trente ans. Nous verrons qu’à la fin de son pensum, notre professeur de cancérologie politique va s’efforcer de faire porter le chapeau du martyre infligé aux Irakiens [à] «l’invasion des américano-britanniques». Vieille technique de démagogue, qui consiste à s’appuyer sur la méconnaissance, et la courte mémoire des lecteurs, voire de ses étudiants, pour leur faire [avaler] des couleuvres de contrevérités.

Voici un exemple de cet exercice de déresponsabilisation de son camp, et de transmission de la «patate chaude», comme M. Sami Naïr, à l’exemple malheureusement de nombreux dirigeants du monde arabe, sait les pratiquer :

"Autre réussite de l'invasion : l'ethnicisation et la confessionnalisation du pays. L'Irak était laïc, il est devenu un champ de forces religieuses. Désormais, les Irakiens doivent se définir en fonction de leurs «origines» et de leurs «confessions». Transposant dans ce pays le différentialisme racialisant anglo-saxon, les Etats-Unis ont systématiquement cherché à jouer les Kurdes, les chiites et les sunnites les uns contre les autres. Une situation de guerre civile potentielle peut à terme en résulter."

Outre un recyclage à un cours d’éthique primaire [qu’il conviendrait de] recommander à M. Sami Naïr, on peut évoquer la situation léguée par Tito en Yougoslavie, avant la dislocation [de cette fédération], dans le cadre plus général de l’effondrement du monde communiste. Les guerres idéologiques, et religieuses, ne furent pas, pour un sou, ethniques entre Serbes ultra patriotes et orthodoxes, Croates catholiques, Bosniaques à majorité musulmane, descendants d’une population convertie à l’islam du temps de l’empire ottoman, où aucune différence «ethnique» n’a de réalité génétique, Bosnie où les trois communautés religieuses coexistaient, Kosovo musulman avec minorité serbe. Ce patchwork «d’ethnicisation et de confessionnalisation», pour reprendre les néologismes pompeux, pédants, et vains de notre professeur de cancérologie politique, a éclaté, après avoir été maintenu, pendant près de 50 ans, au congélateur communiste par le dictateur yougoslave Tito, qui tenait le pays d’une main de fer.

Milosevic était autrement moins crédible pour reprendre le rôle fédérateur de Tito, alors que le monde communiste s’effondrait, et les peuples ainsi rassemblés voulaient à toutes forces se séparer : [c’est] bel et bien la guerre civile des Balkans dans sa énième réédition, qui [ouvrit] le XXe siècle, avec l’attentat de Sarajevo, et qui l’acheva dans de nouvelles convulsions.

Là encore, l’Europe avec son pacifisme en cul de poule, pas plus que l’ONU, avec ses discours désarmés et désarmants, ne furent capables de mettre fin au conflit : il fallut l’intervention armée des Américains pour faire tomber la marionnette Milosevic, qui effrayait si fort les chancelleries européennes.

Les Américains avaient-ils autre chose que des coups à prendre, et des reproches à assumer, en Yougoslavie ? Alors que nos courageux diplomates, et les troupes de l’ONU se révélèrent ensuite bien incapables de protéger les Bosniaques à Srebrenica, ou les Serbes du Kosovo, plus récemment.

L’angélisme qui consiste à croire qu’on peut tout résoudre par les beaux discours est à l’image de la civilisation vieillissante de l’Europe : sur notre «vieux continent», tel que décrit par Villepin, en février 2003, à l’ONU, où il fut tant applaudi pour sa harangue pacifiste, nous sommes fatigués de voir le sang couler, et c’est très légitime. Pourtant, la politique du «big stick» [gros bâton] doit parfois suppléer celle de la diplomatie en dentelles, quand on a affaire à des barbares qui ne comprennent que le langage de la force.

Dans notre vieux pays fatigué, le dernier débat à la mode est de savoir si c’est bien le mariage homosexuel qui va sauver l’institution du mariage, et si les donneurs de la banque du sperme vont accepter de livrer leurs paillettes aux généreuses donneuses d’ovules, venues de Vénus : elles n’auront plus besoin d’entrer en contact avec ces horribles mâles venus de Mars. Oui, c’est bien la fin d’un monde, et on est à peine surpris que les islamistes fassent leur miel de cette dégénérescence de notre civilisation. Une réflexion sur les pulsions de mort des uns [pour] la mort violente, et le nihilisme des autres, pour le seul souci de leur jouissance immédiate, mériteraient un approfondissement.

[Et] notre professeur de cancérologie politique, de poursuivre sur la route de son aveuglement. M. Sami Naïr, décidément jamais avare de son venin qu’il crache si généreusement, accuse le nouveau premier ministre irakien, M. Allaoui, d’avoir été un agent de la CIA depuis 20 ans. M. Allaoui est un vrai résistant de longue date au régime de Saddam Hussein, qui a obtenu la confiance des autres représentants de la société civile et religieuse d’Irak, de nature complexe, comme il vient d’être rappelé. Et M. Sami Naïr voudrait que M. Allaoui se déplace en décapotable, pour aller par exemple dans l’ancien fief de Saddam Hussein à Falloudja ? Alors que des terroristes infiltrés d’Iran, de Syrie, d’Algérie, du Maroc, de Tchétchénie, voire de certaines de nos banlieues et de nombreuses organisations islamistes étrangères, font leur possible pour provoquer le chaos dans cette Irak renaissant.

Pourquoi notre professeur de cancérologie politique ne qualifie-t-il pas ces étrangers infiltrés en terre d’Irak de «mercenaires» ? Il préfère leur décerner le titre glorieux de «résistants», parce que, dans notre mythologie gaulliste, le terme a un retentissement autrement plus glorieux.

Nous savons bien, à travers les déclarations d’un Pascal Boniface - qui dit tout haut ce que le porte-parole de notre Quai d’Orsay ne peut dire qu’à mi-voix -, que «la France n’ira pas se mettre dans ce bourbier», que «les Américains l’ont bien cherché, qu’ils se débrouillent maintenant» .

Et puis, le Président Chirac, fraîchement débarqué à Istanbul pour le sommet de l’OTAN, a eu la surprise d’apprendre que le transfert de souveraineté était déjà consommé dès le 28 juin 2004 : il a aussitôt trouvé un bâton à mettre dans les roues du nouveau carrosse, alors que tous se félicitent du rôle de l’OTAN pour sécuriser le nouvel Irak. La tirade qui précède la conclusion est plaisante. Elle reprend des points déjà abordés sur la réorganisation du Grand Moyen-Orient. Mais M. Sami Naïr a le culot de rendre l’intervention de la coalition responsable :
  • des attentats de Madrid ;
  • du conflit de civilisation entre l’Islam et l’Occident ;
  • de la rupture dans l’Union Européenne, alors que les nouveaux arrivants d’Europe de l’Est ne veulent surtout pas de la férule d’un démagogue super-menteur qui se permet des mises en garde arrogantes «aux nouveaux venus» ;
  • la réorganisation de l’Arabie Saoudite, que M. Naïr ne saurait positiver : le fait que la monarchie la plus retardataire, la plus haineuse envers les Juifs et les Chrétiens, l’Arabie qui, depuis des décennies, engrange les royalties du pétrole, et enseigne à son peuple et à sa jeunesse la haine de l’Occident, en y envoyant en «mission» (ce sont bien des «missionnaires de l’Islam») des imams forgés à la pratique la plus intolérante, ainsi que des fonds pour alimenter sa déstabilisation.
  • Enfin - cerise sur le gâteau -, les Américains seraient responsables du «conflit de civilisations» annoncé par Samuel Huntington, que les islamistes fanatiques ont ouvert un certain onze septembre 2001, de façon retentissante.
On sait [qu’]un certain nombre d’intellectuels [sont] habiles à fuir leurs responsabilités, en tentant d’[inverser] la charge accablante de la preuve. Notre professeur de cancérologie politique est, en France, le champion, toutes catégories, de ce genre de pratique.

Enfin, M. Sami Naïr ne saurait achever son pensum sans évoquer la «haine du monde arabo-musulman contre l’Amérique, alimentée par le conflit israélo-palestinien».

Mais c’est bien sûr, inspecteur Colombo ! Comment n’y avions-nous pas pensé plus tôt ? C’est ce satané pays de m. – l’entité sioniste, comme dit mon ami Tawfik Mahlouti, pour ne pas s’écorcher les lèvres - qui est responsable de tous les malheurs du monde : comme un mantra, notre professeur nous répète son antienne obsessionnelle : «Bush – Sharon, complices, USA, commanditaires de la politique de colonisation dans les territoires occupés !».

Conclusion : détruisez Israël, et instantanément, comme par magie, le terrorisme international disparaît, les conflits de civilisation s’évanouissent dans l’acceptation générale et universelle de l’Islam.
  • L’Union Européenne vote l’instauration du Califat à Bruxelles.
  • Une antenne de bienfaisance est dépêchée à Londres, Washington, et San Francisco.
  • New York et Los Angeles, trop Jui… sionistes, sont vitrifiées pour l’exemple.
  • Tokyo fabrique des téléphones cellulaires islamiques, avec 72 vierges visibles à l’écran.
  • La menace nucléaire iranienne et les missiles Shahab se transforment en tapis persans.
  • La bombe pakistanaise est offerte en kit aux nécessiteux du Bengladesh.
  • La bêtise humaine est officiellement abolie par MM. José Bové et Alain Lipietz en personne.
  • Et M. Sami Naïr est élevé au rang et à l’appellation de professeur émérite de cancérologie politique, avec capacité d’irradiation extralucide !
Un adage anglais déclare très sagement "You start to be a failure when you charge others for your faults". C’est le fondement même des comportements sacrificiels, et de la nécessité de "boucs émissaires". Dans le cas présent, l’agneau du sacrifice le plus commode est l’état d’Israël, ce pelé, ce galeux, et le bouc émissaire est l’Amérique. Ainsi, le monde arabo-musulman peut s’exonérer de s’observer dans le miroir, qui lui renverrait une image peu encourageante : [arriérée], tyrannique, refusant l’égalité des droits aux femmes, aux minorités religieuses vivant dans son domaine, pourchassant avec cruauté les minorités - dont les homosexuels qui devraient bien y songer avant d’importer leurs rêves de tourisme dans le cauchemar de banlieues désintégrées.

Le monde arabo-musulman rêve donc de revanche, de «venger l’humiliation» d’un monde occidental qui lui démontre chaque jour qu’il est plus efficient, plus libre, plus agréable à vivre. Et il enrage de constater que Juifs et Américains sont, le plus souvent, en tête dans cette course à l’amélioration de la condition humaine.

"Par ailleurs, jamais la haine antiaméricaine n'a été aussi forte dans le monde arabo-musulman. Et cette haine profite d'abord aux intégristes. Le terrorisme international qui va en résulter n'épargnera aucun pays. C'est une véritable guerre entre le monde arabo-musulman et l'Amérique qui a été déclenchée par l'invasion américaine de l'Irak. Celle-ci est venue aviver un sentiment de frustration et de colère préexistant et lié au conflit israélo-palestinien. Les Etats-Unis sont maintenant perçus comme les principaux commanditaires de la politique de Sharon dans les territoires occupés. Ce point est central, parce qu'il constitue un tournant dans la représentation imaginaire de l'opinion publique de ces pays."

Il est intéressant encore de noter que le «point central» de l’argumentation de M. Sami Naïr se situe «dans les représentation imaginaire de l’opinion publique des pays» arabo-musulmans. Et les représentations imaginaires, vous autres intellectuels et dirigeants de pays arabo-musulmans, vous n’en seriez pas réellement responsables, Monsieur l’irradié ?

Et puis, l’apocalypse que nous sert M. le professeur Sami Naïr ressemble fort à ce dont il rêve en faisant mine d’en faire un cauchemar. Pourtant, malgré toutes les informations défaitistes serinées à longueur d’année en France depuis la deuxième intervention en Irak, voilà un peuple sur le chemin de sa libération.

Avec les Américains, nous devons former des vœux pour que, contrairement à cet oiseau de mauvais augure, du Maroc à l’Afghanistan, comme cela s’est déjà produit partiellement en Libye, au Pakistan, en Afghanistan, le nouveau monde arabo-musulman sache entrer dans la modernité, en abandonnant ses regrets d’hégémonie religieuse, et en acceptant de partager les responsabilités du monde à venir.


"Que peut-il se passer après le 30 juin ? Tout d'abord, et quoi qu'il arrive, le régime mis en place par les occupants sera toujours considéré comme illégitime ; il ne peut se défendre seul […] Le temps joue en faveur de la résistance."

A la fin, le discours du Pr. Sami Naïr se fait carrément menaçant, en se référant à la volonté «de la France» (limitée à celle de Chirac et du Quai d’Orsay, comme on l’a vu) :

"La France a clairement dit qu'elle ne voulait pas en entendre parler. C'est qu'il faut se rendre à l'évidence : toute participation militaire aux côtés du corps expéditionnaire américano-britannique fait de vous un ennemi des résistants irakiens et de votre pays une cible du terrorisme."

Chaque mot est pesé au millimètre pour faire peur et tromper. Al Qaïda est d’emblée [gratifiée] de l’auréole de la résistance : Ben Laden et de Gaulle, même combat ! M. le professeur de cancérologie politique, à défaut d’être un manipulateur, vous êtes, à tout le moins, un imposteur.

La conclusion correspond platement au projet que la coalition met en place avec le gouvernement provisoire irakien. Et M Sami Naïr appelle de ses vœux l’administration du pays sous le contrôle de l’ONU : celle-ci y a déjà démontré son incapacité, seule.

M. Sami Naïr n’omet pas d’imposer le règlement de dommages de guerre à l’Irak. Faisons un parallèle audacieux, M. le professeur de cancérologie politique : au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne hitlérienne fut défaite sans condition, la reddition fut totale. L’Europe de l’ouest put se relever des dommages de guerre dans les dix ans suivants, grâce au plan Marshall. Le plan d’aide économique mondial que vous évoquez est bien l’une des seules idées sensées que vous ayez développées dans cet article.

Et, dans ce dernier paragraphe, retour sur la «résistance qui créerait l’enfer pour l’occupant», après les Etats-Unis, «trop engagés… pour accepter une défaite sur le terrain».

A ces conditions, les pays voisins, comme la communauté internationale, pourront et devront s'impliquer pour soulager ce malheureux pays. Malheureusement, tout laisse à prévoir que rien ne sera réglé d'ici au mois de novembre. L'équipe de Bush est trop engagée dans cette guerre pour accepter une défaite sur le terrain. La solution ne peut être militaire, même si la résistance crée l'enfer pour les occupants. En réalité, tout dépend des élections aux Etats-Unis : le peuple américain, en se débarrassant de Bush et de ses affidés, dira clairement qu'il choisit la paix. Dans le cas contraire, le pire sera encore à venir.


M. Samu Naïr croit 'naïrement' que tout dépend des élections de novembre aux USA : je crains que vous ne soyez déçu, M. le professeur de cancérologie théologique. D’une part, M. George Bush junior remonte sérieusement dans les sondages, et l’économie américaine est plus florissante que sous l’ère Clinton. D’autre part, même si M. Kerry était élu, ce qui est fort improbable, il ne modifierait pas le projet politique de réorganisation du Moyen-Orient, parce qu’il ne s’agit pas d’un projet imaginaire, mais d’un plan rationnellement réfléchi pour mieux assurer la paix dans cette région, et dans le monde.

Et tant pis si cela ne recouvre pas vos rêves, qui sont nos cauchemars.

Une chose est certaine, M. le professeur de théologie cancérologique, la guerre contre le terrorisme islamiste mondial est engagée. Toutes les forces démocratiques ne seront pas de trop pour vaincre cette hydre [aux] milliers de tête.

Pour paraphraser Théodore Herzl, le visionnaire, «dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans sûrement», le fascisme islamiste, et son bras armé, le terrorisme international, seront définitivement vaincus, écrasés, laminés, et, selon les termes chers aux léninistes, définitivement «rejetés dans les poubelles de l’histoire», comme le furent tous les totalitarismes du vingtième siècle, si coûteux en vies humaines et en richesses.

Il serait honorable que la France joigne ses forces à ce combat-là, et le plus tôt sera le mieux : car, dans ce camp-là, les vrais résistants commencent à se compter.

© Simon Pilczer

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Notes de la Rédaction d'upjf.org

[1] Titre exact : "Israël-Palestine : le cancer". Le texte intégral de cet article, paru le 3 juin 2002, peut être consulté sur le site Harissa.com.

[2] "Irak: triste bilan d'une invasion", paru dans Libération du 28 juin 2004.

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Mis en ligne le 29 juin 2004 sur le site www.upjf.org.
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