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Iraq: Passation de pouvoir, rôle accru de l'Otan, risque terroriste
EUROPEAN STRATEGIC INTELLIGENCE AND SECURITY CENTER (ESISC)NOTE BREVE
(14/2004)
À : DECIDEURS POLITIQUES, REDACTIONS ET CONTACTS
De : ESISC DEP 2 : WORLD OBSERVATORY OF TERRORISM (esisc@esisc.org)
Ref : ESISC/ NP/14.04
Date : 28 JUIN 2004
Objet LA PASSATION DE POUVOIR EN IRAK, LE ROLE ACCRU DE L’OTAN ET LE RISQUE TERRORISTE
En résumé : La passation de pouvoir en Irak et l’implication de l’OTAN et de l’Union Européenne qu’elle a, logiquement, entraînée, annoncent une nouvelle flambée de violence paroxystique en Irak. Les attentats et les prises d’otages devraient se multiplier sur le terrain. Par ailleurs, les pays membres de l’U.E. et de l’OTAN et qui prendront leur part dans l’application de ces décisions devraient devenir autant de cibles « légitimes » pour les terroristes. Les installations de l’OTAN et de son commandement militaire (SHAPE) sont également sous la menace.
1) Une étape politique importante
La passation de pouvoir entre les forces de la coalition et le nouveau pouvoir irakien aurait du être entourée d’un certain faste : pour la première fois depuis des dizaines d’années, en effet, le peuple irakien – qui a été libéré, il y a un peu plus d’un an de la sanglante dictature de Saddam Hussein – commence à reprendre son destin en main.
Des raisons sécuritaires en ont décidé autrement et le transfert d’autorité s’est fait à la « va-vite ». Il n’en demeure pas moins extrêmement important politiquement, juridiquement et symboliquement. Désormais en effet, c’est un gouvernement largement représentatif de l’ensemble de la population irakienne et de ses ethnies, autant que de ses courants religieux et politiques qui, même imparfait, dirige l’Irak. Même si les forces de la coalition et d’autres restent présentes sur le terrain, la décision et la gestion politiques appartiennent désormais aux Irakiens. Ceci suffit à enlever toute légitimité aux « insurgés » et autres terroristes qui tuent, depuis des mois, leurs concitoyens et les ressortissants étrangers. Il sera clair désormais – mais en fait, il était clair depuis longtemps pour quiconque n’était pas aveuglé par la passion partisane – que certains des « rebelles » ne cherchent rien d’autre que la restauration d’un régime dictatorial honni et rejeté tandis que les autres ne souhaitent que l’établissement d’un état islamique – c'est-à-dire d’une dictature théocratique – à Bagdad.
Le paroxysme de violence de ces deux dernières semaines témoigne d’ailleurs du désespoir des terroristes face à cette évolution. Malgré leurs efforts, malgré la violence déchaînée depuis l’été 2003 contre la communauté chiite, les bathistes et les terroristes djihadistes sunnites n’ont pu déclencher la guerre civile qu’ils appelaient de leur vœux et qui aurait rendu l’Irak ingouvernable. De même, l’insurrection chiite de Moqtada Sadr, qui a joué une carte purement personnelle et opportuniste s’est brisée autant du fait de l’action déterminée et mesurée des troupes de la coalition que de celui de l’indifférence ou de l’hostilité de la grande majorité des chiites d’Irak qui ont bien compris ou était leur intérêt.
2) La menace terroriste s’amplifie
Reste que le danger reste extrêmement important pour les semaines et les mois à venir. On pourrait même, probablement, avancer que le risque n’a jamais été aussi élevé ni aussi étendu.
Danger pour les autorités irakiennes et leur administration, d’abord. Si les appels au calme lancés par le premier ministre Iyad Allaoui restent lettre morte – et on peut parier, malheureusement qu’ils ne seront pas entendus – les forces de sécurité irakiennes seront plus que jamais en première ligne pour lutter contre la violence. Les lignes directrices qui seront celles du gouvernement sont connues : offrir une amnistie à tous ceux qui n’ont pas commis de crime. Isoler et réduire les terroristes et ceux qui refuseront de déposer les armes. Venant d’un exécutif purement irakien et autonome, cette stratégie peut fonctionner. Les groupes armés feront donc tout, et le plus rapidement possible, pour s’y opposer.
Danger pour les forces de la coalition, ensuite. Il est clair que, quelque soit le degré d’indépendance réelle du nouveau gouvernement, la sécurité dépendra encore, en Irak, pour un temps indéterminé, de la présence de troupes étrangères qui appuieront le processus d’évolution vers la démocratie. Les terroristes viseront donc à décourager ces troupes et, surtout, les gouvernements qui les ont déployées : attentats et prise d’otage dirigés contre les militaires et responsables de la coalition devraient donc se multiplier. Dans le très court terme, l’assassinat des otages actuellement aux mains des terroristes paraît, malheureusement, extrêmement probable.
Danger pour l’OTAN et ses membres, également. Réunis à Istanbul ce lundi, les dirigeants de l’OTAN ont donné leur feu vert à la formation par les membres de l’alliance des forces de sécurité irakiennes. D’autres décisions pourraient intervenir à moyen terme. Il est évident que les personnels envoyés sur place et dans les pays voisins seront des cibles toutes désignées pour les groupes terroristes qui entendent isoler le nouveau gouvernement et la coalition actuelle et la réduire à ses composantes américaine et britannique. De même, les capitales des pays qui décideront l’envoi de personnels et les installations de l’OTAN dans le monde – et entre autres en Belgique – se trouvent désormais en première ligne. On notera que la montée en puissance de l’OTAN en Afghanistan - décidée lors du même sommet d’Istanbul – est, elle aussi, porteuse de risques.
Danger pour l’Union Européenne, enfin. La volonté affichée par l’U.E. d’envoyer un représentant spécial en Irak et d’assister ce pays en vue de l’organisation de ses premières élections démocratiques prévues pour le début 2005 fait également de l’Union Européenne une cible désignée pour les groupes terroristes, qu’ils soient bathistes ou djihadistes. On se rappellera, de ce point de vue, qu’une des premières cibles du terrorisme islamique en Irak fut, durant l’été 2003, la présence de l’ONU.
En conclusion, les experts de l’ESISC estiment que l’avenir de l’IRAK, à court et à moyen terme, dépend désormais de la résolution et du courage politique des nouvelles autorités mais aussi de la résolution et du courage des pays et ensembles géopolitiques qui se sont engagés à soutenir la transition du pays vers la démocratie. Face au terrorisme, il importe que ces pays – ensemble avec ceux des voisins de l’Irak qui sont acquis à cette transition démocratique, tels la Turquie et la Jordanie (et qui sont également des cibles du terrorisme) montrent, enfin, un front uni et passent – pour ceux qui ne l’ont pas encore fait - du stade du discours à celui des actes.
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