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Théories de complot autour de la capture de Saddam Hussein (Memri)
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THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE


Enquête et analyse n° 155 – Irak

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Presque tous les malheurs qui s’abattent sur le monde arabe suscitent des théories de complot qui ne tardent pas à prendre les formes les plus complexes, dans le but de prouver l’innocence de certains et la culpabilité d’autres. Les événements du 11 septembre ont donné lieu à de telles théories, ainsi que les attentats perpétrés en Arabie Saoudite. Quant à la capture de Saddam Hussein, elle aurait été le fait, pour reprendre l’expression chère à Saddam, de «la mère de tous les complots».

L’origine des complots dans l’histoire arabe remonte, selon Mushari Al-Dhayidi, chroniqueur au quotidien londonien, Al-Sharq Al-Awsat, à l’époque du troisième calife musulman, Othman ben Affan, dont le meurtre, au VIIe siècle, a suscité de nombreuses théories de complot. D’après Al-Dhayidi, cet événement historique témoigne de «la propagation des théories de complot, qui atteignent jusqu’à l’esprit des historiens, lesquels sont censés mener des études scientifiques précises, et non répandre des mythes, ou pire, en créer, comme dans le cas des [dizaines] de complots historiques qu’il reste encore à découvrir.» Al-Dhayidi mentionne le mythe selon lequel le Mossad et la CIA seraient responsables des attentats du 11 septembre, mythe qui prétend, en outre, qu’une unité américaine spécialisée se serait chargée des attentats du World Trade Center et du Pentagone, afin de permettre au président Bush de mener à bien son projet de nuire au monde musulman. Ce mythe affirme également que l’Amérique est responsable des attentats de Riyad, comme le prouverait l’avertissement annonçant l’attaque. Une autre théorie de complot mentionne le prétendu traitement suivi par Oussama Ben Laden dans un hôpital, sous la surveillance de la CIA, car Ben Laden agirait sous ses ordres (1).



Complots concernant la capture de Saddam

Aussitôt après la capture de Saddam, des théories de complot ont fait leur chemin jusque dans la presse arabe. Les partisans de Saddam Hussein en Irak et dans le monde arabe ont été choqués de constater que Saddam, qu’ils avaient appris à considérer comme «le chevalier des chevaliers, courageux et vaillant», s’était montré conciliant, vaincu et humilié sur les écrans télévisés, et n’avait pas cherché, comme ses fils, à se battre envers et contre tout.


Théorie de complot sur les drogues qu’aurait absorbées Saddam Hussein

La sœur de Saddam, Nawal Ibrahim Al-Hassan, dans une conversation téléphonique avec Al-Qods Al-Arabi, à partir d’une capitale arabe non-identifiée, fut la première à évoquer le complot en affirmant que son frère avait été drogué. Elle a déclaré qu’il n’était pas possible que son frère «se soit rendu de cette manière, à moins d’avoir subi une anesthésie ou de s’être vu administrer un gaz neurotoxique lui ayant paralysé les membres». Elle a précisé : «S’il avait été en pleine possession de ses moyens, il aurait résisté jusqu’à la mort. Il n’est pas homme à se rendre de manière aussi honteuse» (2).

Raghad, fille aînée de Saddam, a exprimé des sentiments similaires. Dans une interview télévisée d’Al-Arabiyya, Raghad affirme : «Il est clair pour tous que notre père a été drogué […] Quand on m’a décrit en détail son état, je leur ai dit qu’il n’est pas possible [qu’il ait été dans son état normal]. Il a dû être drogué» (3).


Théorie de complot invoquant les intérêts du président Bush

Le quotidien saoudien Al-Riyad estime qu’il est impossible de douter de l’existence d’un complot. On peut y lire : «On peut penser que Saddam était [déjà] aux mains des Américains, et que son apparition publique était préparée dans le but de calmer une situation explosive, de relâcher la pression psychologique et militaire exercée par les forces américaines, en donnant un nouvel élan au président américain au moment où il en avait le plus besoin» (4).


Théorie de complot impliquant la seconde femme de Saddam

Le quotidien saoudien Okaz estime que la seconde femme de Saddam Hussein, Samira Al-Shahbandar, qui réside au Liban sous une fausse identité, avec le seul fils encore vivant de Saddam, Ali, aurait pu être la source de l’information qui a conduit à la capture de Saddam. «Il est possible », écrit Okaz, que, «pour avoir livré la tête de son mari, elle recevra la récompense de 25 millions de dollars», offerte par les Etats-Unis contre une information conduisant à l’arrestation ou à l’exécution de Saddam (5).

La théorie d’Okaz repose sur une interview de Samira Shahbandar, fortuitement parue dans le Sunday Times, le 14 décembre, et le jour suivant dans Al-Sharq Al-Awsat, quotidien édité en arabe à Londres (6). Al-Shahbandar a révélé que Saddam l’appelait à peu près une fois par semaine. Okaz soupçonne les services de renseignements américains d’avoir mis les conversations sur écoute, précisant que la dernière conversation en date avait été prolongée par Al-Shahbandar dans le but d’accorder aux Américains le temps de situer la cachette de Saddam Hussein (7).



Théorie de complot selon laquelle Saddam serait un agent américain

Un éditorial du quotidien irakien Al-Shira, intitulé : «Le serviteur est tombé dans la cage du maître», résume la politique de Saddam Hussein, de 1963 jusqu’à sa capture, estimant qu’elle fut toujours conforme aux ordres de ses maîtres américains. Selon le journal, Saddam a mené la guerre contre l’Iran, en 1980, pour sortir les Etats-Unis de leurs difficultés avec l’Iran. L’occupation du Koweït, en 1990, aurait fourni aux Etats-Unis et à Israël «tout ce qu’ils ont toujours rêvé d’obtenir, ainsi que ce dont ils ne rêvaient [même] pas», à savoir : l’élimination du problème palestinien, le renforcement de la présence américaine dans le Golfe - laquelle a permis d’assurer la mainmise américaine sur les sources de pétrole arabes -, ainsi que la pénétration du capital arabe par Israël. L’occupation du Koweït aurait en outre permis de réduire à néant le rôle régional de l’Irak et de créer un déséquilibre des forces entre les pays arabes et leurs ennemis, ce qui équivalait à offrir l’Irak sur un plateau d’argent à l’Amérique.

Le dernier service rendu par le «super-serviteur» fut «un service gratuit à l’Amérique, et à Bush en particulier, avec ces images honteuses qui seront utilisées en autocollants pendant la campagne présidentielle» (8).



Théorie de complot : Saddam prisonnier de ses partisans

Les adeptes de cette théorie avancent que Saddam a été kidnappé par ses partisans, après avoir émis son dernier message radio, le 16 novembre, puis emprisonné dans le «trou» où il fut découvert, trois semaines plus tard. Cela expliquerait son apparence négligée et sa conciliante reddition aux soldats américains, en qui il aurait vu, en fait, des «sauveurs». Les partisans de cette théorie soulignent que les cheveux de Saddam étaient noirs, ce qui implique qu’il ne se trouvait pas depuis longtemps dans la fosse, car sinon, ils auraient grisonné (9).


La mère de tous les complots

La plus étonnante théorie de complot a été mise au point par Abd El-Bari Atwan, rédacteur en chef du quotidien Al-Qods Al-Arabi, édité en arabe à Londres, seul quotidien, hormis les quotidiens affiliés au régime de Saddam (qui n’existent plus), à être resté loyal au «président Saddam Hussein» (10).

D’après Atwan, «les Etats-Unis et leur puissante machine de propagande se sont lancés dans une campagne de désinformation qui atteint le niveau du terrorisme» et dont le but est de tromper l’opinion publique. Voici, en quatre points, les preuves qu’il avance :

  • Premièrement, sur les images diffusées par les Américains, on peut apercevoir un dattier derrière le soldat qui a découvert la fosse où se cachait Saddam. Le dattier portait une grappe de dattes jaunes pas encore mûres, ce qui laisse penser que Saddam a été arrêté au moins trois mois plus tôt, car les dattes mûrissent en été, où elles prennent alors leur couleur brune définitive. Atwan en conclut que l’arrestation était «une mise en scène» et que «le véritable lieu de l’arrestation était tout autre».
  • Deuxièmement, s’il y avait bien deux pièces dans la fosse, comment expliquer que Saddam «soit apparu crasseux, tel un homme qui ne s’est pas lavé depuis des semaines, si ce n’est des mois ?», interroge Atwan.
  • Troisièmement, les déclarations sur la prétendue coopération de Saddam étaient en contradiction les unes avec les autres : l’ambassadeur Paul Bremer a assuré qu’il coopérait, alors que le Secrétaire Donald Rumsfeld a affirmé le contraire.
  • Quatrièmement, Atwan dit avoir aperçu des contusions sur le visage de Saddam, et sur son front en particulier. Qui plus est, Saddam se serait comporté comme un robot, pendant son examen. Les vidéos le montrent la main sur la joue ; Atwan conjecture qu’il se passait la main sur le visage, comme «s’il venait tout juste de sortir du coma». Atwan estime que Saddam a respiré un gaz neurotoxique pendant le raid pour le capturer, un gaz apparenté à celui employé par les Russes contre les rebelles tchétchènes, au moment de la prise du théâtre du Bolshoï, gaz qui avait provoqué une paralysie de plusieurs heures. Ce recours au gaz expliquerait l’absence de réaction de Saddam ; Atwan préconise l’intervention d’ «experts impartiaux (…) chargés d’analyser la saleté de la cachette et des environs, afin de révéler la vérité» (12).


Conclusion

Dans son article, mentionné plus haut, Al-Dhayidi conclut : «Le temps est venu pour nous de lire l’histoire passée et le présent en fonction de la réalité et non de nos désirs. Ces épaisses couches d’illusions et de mensonges, qui enrobent nos esprits depuis trop longtemps, nous privant d’air et de lumière, sont nos pires ennemis. Notre véritable ennemi est notre ignorance. Pire encore : notre bonheur et notre satisfaction dans l’ignorance. Nous sommes le produit de notre histoire. C’est nous qui avons perpétré les attentats du 11 septembre, et ensuite ceux du 12 mai [2003] ; nous sommes également responsables de la non moins importante explosion du complexe de Muhaya [à Riyad], nous et non le Mossad, ou Ibn Saba [figure mythique dont on raconte qu’elle avait participé à l’assassinat du troisième Calife]. Cessons donc de boire de l’eau souillée, car notre soif ne s’en trouvera pas étanchée, quelle que soit la quantité d’eau que nous absorbons» (13).

© upjf.org

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Notes

(1) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 16 décembre 2003.
(2) Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 16 décembre 2003.
(3) Interview en arabe avec Raghad Hussein, fille de Saddam Hussein. Al-Arabiyya News, le 16 décembre 2003.
(4) Al-Riyadh (Arabie Saoudite), le 15 décembre 2003.
(5) Okaz (Arabie Saoudite), le 15 décembre 2003.
(6) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 15 décembre 2003.
(7) Al-Zaman (Irak), le 14 décembre 2003 : le journal rapporte que selon des sources américaines, aucun téléphone n’aurait été découvert au moment de l’arrestation de Saddam Hussein.
(8) Al-Shira (Bagdad), le 17 décembre 2003.
(9) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 17 décembre 2003.
(10) Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 17 décembre 2003.
(11) Un expert en agriculture a déclaré au quotidien arabe, édité à Londres, Al-Sharq Al-Awsat (le 17 décembre 2003), que certains types de dattes mûrissent en hiver après les pluies. D’autre part, certains arbres ne produisant pas suffisamment de pollen, les dattes restent jaunes et non comestibles, et sont en général utilisées dans l’alimentation des animaux.
(12) Abd El-Bari Atwan a toujours été partisan du régime de Saddam Hussein, ainsi que du «cheikh» Oussama Ben Laden, comme il continue de l’appeler. Les sources de financement du journal d’Atwan ne sont pas connues. Ce qui est sûr, c’est que son journal - un journal commercial -, ne comporte pas de publicité, et que la presse arabe a, à plusieurs reprises, posé la question de savoir comment un journal à tirage limité, n’ayant pas recours à la publicité, pouvait avoir ses bureaux dans un imposant immeuble londonien. Le 7 décembre 2003, l’hebdomadaire égyptien, October écrivait : «La personne connue sous le nom d’Abd El-Bari Atwan est un journaliste mercenaire, l’un des mercenaires ayant défendu Saddam, corps et âme ! Et il continue de le défendre aujourd’hui par loyauté et cupidité. »
(13) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 17 décembre 2003.

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Mis en ligne le 24 décembre 2003 sur le site www.upjf.org

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