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Effets de la capture de S. Hussein sur le monde arabe, Stratfor's Intelligence
STRATFOR'S MORNING INTELLIGENCE BRIEF SITUATION REPORTS 15 déc. 2003
www.stratfor.com
Journal géopolitique: lundi 15 décembre 2003
Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org
(Le texte original anglais figure à la suite de la traduction française.)
La capture de Saddam Hussein est un événement qu’il ne faut pas sous-estimer.
Même à titre d’événement purement symbolique, il a une signification considérable. Comme on s’en souvient peut-être, nous avons affirmé qu'une des raisons fondamentales de l’invasion de l'Irak par les Etats-Unis était de démontrer au monde islamique l’inutilité de leur résister. Les Américains ont accepté, comme une situation contre laquelle il n’y a rien à faire, que le monde islamique les haïsse, et ils se sont concentrés sur le contrôle du monde islamique par une démonstration de force. Mais, depuis la fin de la guerre - en avril - jusque récemment, les Etats-Unis ont davantage fait montre de confusion et d'impuissance que de force.
La capture de Hussein et la manière dont elle a été présentée ont été soigneusement utilisées par des spécialistes américains de la guerre psychologique afin d’inverser cette perception. S. Hussein a été montré comme se terrant dans un trou et, bien qu'armé, se rendant sans combattre. On l’a vu déconcerté et désorienté et - c'est le point capital - résigné à son destin et coopérant pleinement avec ceux qui venaient de l’arrêter. Que ce soit vrai [ou non] n’a guère d’importance. Les Etats-Unis ont rendu public assez de matériau pour être pleinement convaincants.
Tout cela a joué un rôle en direction de deux publics. Dans le monde islamique, en général, voir Hussein terré dans un trou, se rendant sans combat, et se soumettant à un examen physique, est perçu tant comme une capitulation que comme une humiliation. Quoi qu’on ait pensé de Hussein, personne, dans le monde islamique, ne voulait le voir humilié par les Etats-Unis - moins à cause de Hussein qu’à cause des Etats-Unis. Le spectacle, sur toutes les chaînes de télévision, était celui d'un homme vaincu, déconcerté et désespéré. Le fait que les Etats-Unis aient pu mettre Hussein dans cet état a frappé tout le monde islamique. Il en est résulté un mélange de mépris pour Hussein et de refus de croire à ce qui était montré. Mais le monde islamique a compris que c’était vrai et que ce nouvel échec arabe et islamique venait s’ajouter à une longue série d’autres. La colère contre les Etats-Unis demeure intense; mais le sentiment de confiance en soi, engendré par Al Qaida et la résistance irakienne, diminue, au moins dans une certaine mesure.
Cette capture a une autre conséquence - plus pratique. Le spectacle de Hussein coopérant avec ceux qui l’avaient arrêté a constitué un message effrayant pour les chefs de la guérilla sur le terrain. Ils ignorent ce que Hussein sait ou ne sait pas. Il se peut qu’il ne joue plus aucun rôle dans la chaîne de commandement, ou qu’il en soit responsable. Mais, étant donné la compartimentation du mouvement de guérilla, ni les hommes de troupe, ni ceux qui les commandent n’ont la possibilité de connaître la réponse à cette question. Par conséquent, si Hussein devait parler, le pire des scénarios – et c’est ce à quoi s’en tiennent des soldats - serait que leur structure opérationnelle soit détruite. Leurs ‘sanctuaires’, leurs caches d’armes et leurs protocoles de transmissions pourraient être en danger.
Le fait même que Hussein ait été capturé témoigne du succès des services de renseignements américains. Il n'était certainement pas seul – sinon personne n’aurait pu le livrer. En effet, des sources américaines à Bagdad ont insisté sur le fait qu’on avait pu établir une topographie de l’endroit où se trouvait Hussein grâce à de nombreuses sources de renseignements. Cette information a également pour but de déstabiliser les combattants. Si les Etats-Unis ont des sources multiples pouvant les mener à Hussein, alors ils ont probablement infiltré une grande partie de l’organisation du mouvement de la guérilla elle-même. En fait, il se pourrait bien que ce soit le cas. Nous avons noté, ces dernières semaines ce que nous considérions comme une amélioration des opérations américaines, et nous l’avons attribuée à l’amélioration du renseignement.
Un commandant local de la guérilla doit maintenant songer à l’état de sa propre sécurité. Son infrastructure pourrait être en péril, et toute communication avec le sommet de la chaîne de commandement pourrait le compromettre ultérieurement. Cela pourrait mener à la paralysie opérationnelle. Cela pourrait entraîner une fragmentation du mouvement. A tout le moins, cela exigera une réorganisation importante de l'infrastructure, pour se protéger contre tous les aveux possibles de Hussein ou de ceux qui l’ont livré. Le fait que les combattants ne puissent pas être sûrs de ce que savent réellement les Etats-Unis est leur problème majeur. Il leur faut s’attendre au pire.
Par conséquent, les combattants ont maintenant un parcours très difficile à accomplir. Ils doivent se réorganiser. Mais, pour des raisons politiques, ils doivent également démontrer leur aptitude à frapper les Etats-Unis. Il leur sera difficile de se réorganiser secrètement tout en effectuant des opérations offensives. Il va de soi que les Etats-Unis essayeront de lancer d'autres opérations contre les combattants pour tirer profit de la situation. C’est dans les prochaines semaines que la guérilla sera dans la situation la plus vulnérable. Si les Etats-Unis ont des renseignements sur elle et peuvent effectuer des attaques, elle pourrait être exposée à une importante défaite. Nous nous attendons à une intensification de la guerre dans les deux prochaines semaines, quand les opérations américaines et celles de la guérilla se télescoperont. Il sera intéressant de voir ce que nous réserve la nouvelle année. Toute la question est de savoir si les Etats-Unis ont fait une brèche suffisamment importante dans la sécurité de la guérilla pour que cette dernière soit incapable d’y remédier efficacement.
Les combattants baathistes ne sont pas identiques à tous les combattants, sur le plan idéologique, mais ils possèdent l'infrastructure la plus sophistiquée qui soit.
La guérilla est une tâche complexe, et les Baathistes y ont investi toutes leurs ressources. D'autres idéologies irakiennes pourraient y participer, mais elles dépendent aussi de cette infrastructure. Les djihadistes de l'extérieur du pays sont plus indépendants, mais en tant qu’étrangers, ils ont besoin du soutien local du mouvement, de ses renseignements et de sa planification. Ainsi, il est possible que d'autres continuent de fonctionner sans l’infrastructure baathiste, mais certainement pas au niveau constaté jusqu'ici, ou du moins pas avec la même fréquence.
La capture de Hussein a, donc deux dimensions cruciales. La première est que, dans le monde islamique en général, elle a eu un effet psychologique considérable. La seconde est que, en Irak, elle pose aux combattants des problèmes sérieux sur le plan de la sécurité et, par conséquent, sur le plan opérationnel.
Elle pose également un problème crucial aux islamistes de la mouvance d'Al Qaida. Si les Etats-Unis peuvent réussir à limiter les opérations de guérilla, en les réduisant de 30 attaques par jour à deux ou trois par semaine, alors, l'invasion américaine aura été un succès. Avec l'Iran et l'Arabie Saoudite qui s’accommodent des Etats-Unis, et la Syrie qui demande à discuter des sanctions américaines, ce week-end, la région se tourne vers les Etats-Unis. Al Qaida risque la marginalisation politique et psychologique. Une chose est d’avoir la sympathie des masses islamiques, c’en est une autre d’être pris au sérieux par elles en tant que force.
Si les Etats-Unis parviennent à tirer avantage de la capture de Hussein, Al Qaida sera confronté à une crise de confiance qui excède ses possibilités dans le monde islamique et même au sein de l’organisation. Les Etats-Unis et Al Qaida mènent un dialogue auquel assiste le monde islamique. Les Etats-Unis disent : "Il n'y a rien à attendre sans notre intermédiaire." Al Qaida affirme : " la situation est loin d’être désespérée." Ce qu’on nous a montré de l’arrestation de Saddam Hussein a été conçu pour renforcer la position américaine. Al Qaida devra répondre, même si l’organisation méprise Hussein. Nous savons que nous battons tous les records en ce domaine, mais la pression sur les membres d’Al Qaida continue de s’intensifier. À un certain stade, la question se posera: Sont-ils encore vraiment dans le coup ? Puisque nous pensons que oui, il s’ensuit qu'ils voudront le prouver.
© Stratfor.com pour l’original anglais, et upjf.org pour la traduction française
[Texte aimablement communiqué par Posy McMillen, Fort Worth, USA.]
Mis en ligne le 15 décembre 2003 sur le site www.upjf.org
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Texte original anglais :
About the capture of Saddam Hussein, Stratfor’s Intelligence, 15 dec. 03
STRATFOR'S MORNING INTELLIGENCE BRIEF SITUATION REPORTS
Dec. 15, 2003
Geopolitical Diary: Monday, Dec. 15, 2003
The capture of Saddam Hussein is an event that shouldn't be trivialized.
Even as a purely symbolic event, it has substantial meaning. As you may recall, we argued that a primary reason the United States invaded Iraq was to demonstrate to the Islamic world the futility of resisting the United States. It accepted, as a given, the Islamic world's hatred for the United States, about which nothing could be done, and focused on controlling the Islamic world through a demonstration of power. But, between the end of the war in April until recently, the United States demonstrated confusion and impotence more than power.
Hussein's capture and the way it was portrayed were carefully managed by U.S. psychological warfare specialists to reverse this perception. He was portrayed as hiding in a hole and, though armed, surrendering without a fight. He was described as confused and disoriented and -- this is the critical part -- resigned to his fate and fully cooperating with his captors. Whether this is true is immaterial. The United States released enough material to be fully convincing.
This played to two audiences. In the Islamic world generally, the perception of Hussein as hiding in a hole, surrendering without a fight, and submitting to a physical examination represent both capitulation and humiliation. Whatever anyone thought of Hussein, no one in the Islamic world wanted to see the United States humiliate him -- less because of Hussein than because of the United States. The representation on global television was of a man who was defeated, confused and hopeless. The ability of the United States to bring Hussein to this point resonated throughout the Islamic world. It generated a combination of contempt for Hussein and denial about the truth of the portrayal. But the Islamic world knew it was true, and they knew that it was another in a long series of Arab and Islamic failures. The anger at the United States remains intense; the sense of self-confidence that had been engendered by al Qaeda and the Iraqi resistance declines, at least to some extent.
The capture has another, more practical consequence. Hussein's portrayal as cooperating with his captors sent a chilling message to field commanders among the guerrillas. They do not know what Hussein knows and doesn't know. He may be completely out of the command structure, or he might be in charge. However, given the guerrilla movement's compartmentalization, there is no way for the grunts on the ground and their immediate commanders to know the answer to that question. Therefore, if Hussein is going to talk, the worst-case scenario -- which is what soldiers live by -- is that their operational structure is blown. Their safe houses, arms caches and communications protocols could all be compromised.
The very fact that Hussein was captured indicates U.S. intelligence success. He was certainly not alone -- otherwise no one could turn him in. Indeed, U.S. sources in Baghdad insisted that they had been building a picture of Hussein's location from many sources. This information is also calculated to rattle the guerrillas. If the United States has multiple sources that can point to Hussein, then it has probably penetrated much of the structure of the guerrilla movement itself. In fact, this might well be the case. We have noted in recent weeks what we regarded as an improvement in U.S. operations that we traced to improved intelligence.
A local guerrilla commander must now think through his own security situation. His own infrastructure might be in jeopardy and every communication up the chain of command might further compromise him. This could lead to operational paralysis. It could lead to a fragmentation of the movement. At the very least, it will require a major reorganization of infrastructure to protect against any potential revelations by Hussein or from the people who turned him in. The fact that the guerrillas can't be
sure what, if anything, the United States knows is their dilemma. They must assume the worst.
Therefore, the guerrillas now have a very difficult path to execute. They must reorganize. But for political reasons, they must also demonstrate their ability to strike at the United States. Reorganizing covertly while carrying out offensive operations is going to be difficult. Obviously, the United States will try to launch further operations against the guerrillas to take advantage of their situation. The coming weeks will leave the guerrillas in their most vulnerable position. If the United States has some tactical intelligence on them and can carry out attacks, the guerrillas could be handed a substantial defeat. We expect an intensification of warfare over the next couple of weeks, as U.S. and guerrilla operations collide. But it will be interesting to see what the new year brings. The question is whether the United States has breached guerrilla security so deeply that they will not be able to reform effectively.
The Baathist guerrillas are not ideologically the same as all guerrillas, but they do possess the most sophisticated infrastructure available.
Guerrilla warfare is a complicated business, and the Baathists brought the most resources to the party. Other Iraqi ideologies might be participating, but they are dependent upon that infrastructure as well. The jihadists from outside the country are more self-contained, but as foreigners, they need local support for movement, intelligence and planning. Thus, it is possible for others to continue operating without the Baathist infrastructure, but certainly not at the level that has been seen until now, or at least not at the same frequency.
Hussein's capture, therefore, has two critical dimensions. The first is that, within the Islamic world generally, this has had a substantial psychological effect. The second is that, within Iraq, it creates serious problems for the guerrillas from a security and, therefore, an operational standpoint.
It also creates a critical problem for the Islamists around al Qaeda. If the United States can succeed in limiting the guerrilla war, reducing it from 30 attacks a day to two or three a week, then the U.S. invasion will have been a success. With Iran and Saudi Arabia accommodating themselves to the United States, and Syria asking for talks over sanctions this weekend, the region is tilting toward the United States. Al Qaeda is in danger of becoming politically and psychologically marginalized. It is one thing to have the sympathy of the Islamic masses, quite another to be taken seriously as a force by them.
If the United States can capitalize on Hussein's capture, al Qaeda will face a crisis of confidence over its capabilities in the Islamic world and even within the organization. The United States and al Qaeda are conducting a dialogue -- with the Islamic world as the audience. The United States is saying, "There is no hope except through us." Al Qaeda is saying, "The situation is far from hopeless." The Hussein spectacle was designed to make the U.S. point. Al Qaeda will have to respond, even if they did despise Hussein. We know we are a broken record on this, but the pressure on al
Qaeda keeps mounting. At some point, the question will arise: Are they really still out there? Since we think they are, it follows that they will want to prove it.
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