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Un intellectuel Qatari critique le rôle des médias arabes durant la guerre
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MEMRI

THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE


Dépêche Spéciale / Qatar/Iraq N° 503

14 mai 2003

www.memri.org/bin/opener_latest.cgi?ID=SD50303

Titre complet : Un intellectuel qatari : l’attitude des médias arabes pendant la guerre révèle un profond malaise


Le cheik Abd El-Hamid Al-Ansari, doyen de la faculté de la charia (loi islamique) au Qatar, est connu pour ses idées libérales. Après le 11 septembre, il a publié plusieurs articles où il appelle à la réforme du système éducatif des pays arabes. (1) Dans un récent article paru en anglais dans le quotidien saoudien Arab News, (2) il critique le rôle joué par les médias arabes au cours de la guerre en Irak. En voici quelques extraits.


Les médias arabes ont réussi à tromper le peuple

«Le peuple irakien a renversé la statue du tyran qui l’a opprimé pendant 35 ans. Des millions de personnes ont assisté à la fin misérable de l’un des régimes les plus ignobles, les plus sanguinaires de l’histoire moderne (…)

Après le premier souffle de liberté, que sont devenues toutes les promesses des médias arabes, faites avant la guerre ? Où sont ces 'moments décisifs', ces 'forces de l’invasion enterrées sous les murailles de Bagdad' ? Où sont ces 'combats de rues' ?

Les médias arabes ont réussi à tromper le peuple, plus encore qu’en 1967. Les fatwas ont réussi – 'levez-vous pour le djihad !' – à enterrer certains volontaires et auteurs d’attentats-suicide poussés dans la mauvaise direction. Ces malencontreuses fatwas n’ont fait que confirmer le malheur des malheureux, tandis que leurs auteurs continuaient de jouir de la vie. Et que disent maintenant ces masses heureuses d’assister à la fin d’un tyran dont elles déchirent la photo, dont elles tabassent l’image à coups de sandales ? Hier, elles se sont rangées, manifestant activement dans la rue en brandissant sa photo, scandant : 'Nous voici, prêts à nous sacrifier, corps et âme, pour toi !' Lui qui les a menées à la défaite !

Combien de temps encore subirons-nous la malédiction de notre attachement sentimental aux héros déchus ? Pourquoi a-t-il été dit de nous que nous sommes une nation incapable de tirer la leçon de ses échecs ? Alors que d’autres nations, en une génération, ont su, après une seule défaite, renaître de leurs cendres.»


Pourquoi les médias arabes ont-ils accepté de s’aligner sur le régime irakien ?

«La question qui se pose est la suivante : pourquoi les médias arabes ont-ils accepté de s’aligner sur le régime irakien, en faisant mine de se ranger du côté du peuple ?

La réponse a été donnée par le directeur de l’une des chaînes-satellite : 'A cause de la compétition. Soit c’est nous qui remportons les spectateurs, soit ce sont les autres'. Il a ainsi résumé les manières de la plupart des médias arabes. Leur but est de gagner la rue, à n’importe quel prix. La rue se laisse porter par les émotions et n’accorde pas une grande confiance aux Américains. On peut la séduire en attisant les flammes de ses émotions et en la faisant rêver d’une grande victoire arabe et d’une grande défaite américaine.

Ce qui caractérisait la plupart des médias arabes, c’était leur sélectivité, leur position résolument favorable au régime irakien. Nos intellectuels se sont calqués sur eux, ne cessant de ressasser [leurs arguments]. Nos médias ont ensuite créé des émissions spéciales destinées à la propagation des mensonges d’Al-Sahaf [ministre de l'information du régime de Saddam Hussein]. Leur parti pris a été imposé aux auditeurs. Nos médias ont essayé d’envenimer la haine envers la coalition, en se focalisant sur l’ampleur des dégâts et le nombre de victimes civiles, sans jamais préciser que le régime irakien plaçait ses forces et ses tanks dans les quartiers civils. L’armée de Saddam, dont l’aptitude à protéger les civils était source d’une si grande fierté, s’est en fait servie des civils pour assurer sa propre protection.

Ce sont les médias arabes qui ont affirmé que l’objectif de la guerre était de détruire l’Irak, de le rendre impuissant pour ensuite l’occuper. Ils n’ont, à aucun moment, évoqué le rôle du souverain irakien dans la destruction et la ruine du pays sur une période de plus de trente ans. Ils n’ont rien dit des torts dont il est à l’origine dans les domaines de l’environnement, de l’éducation, de la santé et de la légalité. [Saddam] a également mis le feu à des puits de pétrole, détruit des ponts, plongé des villes, principalement au Sud, dans la misère, villes qui se sont trouvées privées d’eau potable.

Les médias arabes ont attaqué l’opposition irakienne en imposant un boycott collectif, tandis que les chaînes satellite recevaient tout le monde sauf les Irakiens, pourtant les premiers concernés. »


Les médias koweïtiens ont fait figure d’exception

«Seuls les médias koweïtiens ont fait exception à la règle. Aucune chaîne satellite n’a eu le courage de diffuser les scènes d’accueil des troupes de la coalition dans les villes libérées. Au lieu de quoi, les chaînes-satellite ont monté en épingle ce qu’elles appellent 'les crimes de la coalition', ne disant mot des crimes du régime. Les correspondants ont continué à imposer leurs idées politiques aux spectateurs. Aucune chaîne satellite, sauf au Koweït, n’a eu le courage de passer l’enregistrement des frappes chimiques contre Halabja. Idem pour l’attaque aérienne contre le soulèvement de 1991, au cours duquel des lieux saints ont été endommagés, des centaines de chiites abattus et torturés. Plus de 250 000 citoyens irakiens ont trouvé la mort au cours de cette révolte. (…) »


Les chaînes-satellite arabes ont voulu faire croire que les alliés avaient fait preuve de 'sauvagerie'

Les chaînes satellite arabes ont voulu faire croire que les alliés ont traité les civils avec 'sauvagerie'. En outre, les journaux respectables auraient été mal vus de ne pas couvrir la fin tragique de journalistes tués par les forces de la coalition – dans le but, ont ils souligné, de faire taire les chaînes-satellite arabes. Une autre question se pose : les médias arabes sont-ils capables d’objectivité ?

A mon avis, la réponse est non : les médias arabes sont dominés par les idées ambiantes, les êtres abreuvés de slogans et de propagande depuis plus d’un demi-siècle. Ils sont prisonniers de ceux qui les ont nourris et éduqués, de ceux qui contrôlent leurs esprits et y ont implanté des lubies qui ont la vie dure, des fables et autres superstitions.

C'est un fait bien établi de la psychologie et la mentalité arabes. Ce point a déjà été évoqué dans un article remarquable, intitulé 'Nous sommes la nation des héros déchus'. Il s’agit d’une analyse très fine des raisons des défaites arabes. Mais la question de fond se pose à nouveau. »


Comment l’idée d’un « autre qui complote » s’est-elle installée dans nos esprits?

« Nous sommes éternellement à l’affût des propos de 'l’autre', celui qui nous veut du mal. Différents [peuples] ont connu ce genre d’appréhensions, mais ils se sont relevés et reconstruits, parce qu’ils ont su se débarrasser de la peur de 'l’autre'.

Il n’est donc pas étonnant que nous ayons qualifié de 'victoires' les défaites de 1956 et 1967, ainsi que lors de la "Mère de toutes les batailles", et à Qadissiyya.

Il y en a encore des gens qui justifient la partialité des médias et qui tergiversent à son sujet. Ils prétendent que c’est une partialité qui défend l’honneur de la communauté. Mais cet honneur n’est-il pas atteint quand l’homme perd sa dignité ?

Certains prétendent que cette partialité revigore les esprits, mais c’est là un mauvais argument : il n’est pas nécessaire de tricher ni de mentir pour remonter le moral des masses.

J’ai retenu une réflexion d’un simple Irakien d’une région libérée : 'Les Arabes nous ont laissés sans nous libérer. Pourquoi attaquent-ils [maintenant] la coalition qui veut notre libération?'

Pourquoi nos hommes cultivés, nos intellectuels, nos médias et nos guides religieux, ceux qui appellent au djihad, ne prenennent-ils pas conscience de ce simple fait ? »

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Notes

(1) Pour en savoir plus sur Abd El-Hamid Al-Ansari, voir la Dépêche Spéciale n° 307 de MEMRI : «Le doyen de la faculté de la Charia au Qatar : la lutte contre le terrorisme doit commencer par une réforme du programme scolaire, de l’éducation et des médias dans le monde arabe» ; et les Dépêches Spéciales n° 337 et 338 : «Le doyen de la faculté de la Charia au Qatar favorable aux Etats-Unis, à la guerre contre le terrorisme et la réforme du programme scolaire», Première Partie et Deuxième Partie.

(2) Arab News, le 21 avril 2003.
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