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Libération de l'Irak: conséquences économiques pour la Syrie
MEMRI
THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE
Enquête et analyse / Syrie N° 133
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La libération de l’Irak aura des conséquences économiques sur les pays voisins, mais elles ne seront nulle part elles ne seront aussi déterminantes qu’en Syrie. L’intensité de l’opposition syrienne à la guerre en Irak s’explique par deux craintes : l’une, d’ordre politique, et l’autre, d’ordre économique.
Les appréhensions politiques, qui ne nous intéressent pas ici, résultent des affinités idéologiques de la Syrie avec le parti Baath irakien, au pouvoir pendant le règne de Saddam Hussein. La "dé-baathification" de l’Irak, qui ne manquera pas d’être prioritaire sur le calendrier du nouveau gouvernement irakien, aura des répercussions sur la Syrie, seul pays à épouser, aujourd’hui, encore la philosophie quasi totalitaire du baathisme. La Syrie craint également de se retrouver isolée sur la scène politique, du fait qu’elle se retrouve désormais entourée de tous côtés par des régimes pro-américains : l’Irak post-Saddam, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, la Turquie et Israël. Le seul pays de la région encore apparenté à la Syrie est l’Iran, avec qui elle n’a pas de frontière commune, tout en partageant des liens avec le Hezbollah et le Djihad islamique.
Toutes ces répercussions ne seront visibles qu’à long terme, alors que les récents bouleversements auront, eux, des effets immédiats et probablement désastreux sur l’économie syrienne :
La nature de l’économie syrienne
L’économie syrienne, essentiellement contrôlée par l’Etat, souffre d’un immobilisme dû à l’incapacité de l’establishment politique à mettre en œuvre d’importantes réformes économiques. Des taux de croissance économiques en chute, cumulés à un taux de croissance rapide de la population, une économie socialiste planifiée, un secteur public inefficace et lourdement régulé, une liberté politique limitée, ont contribué à décourager les investissements étrangers directs et à empêcher l’existence d’un secteur économique viable. En outre, l’infrastructure inadaptée de la Syrie, sa technologie dépassée et son système économique peu performant la rendent vulnérable aux chocs futurs. La libération de l’Irak et l’émergence d’une nouvelle réalité économique dans le pays vont profondément ébranler le régime syrien.
Relations commerciales avec l’Irak
A l’issue de 18 ans d’inimitié idéologique et d’animosité personnelle entre les dirigeants irakiens et syriens, les relations commerciales entre les deux pays ont été rétablies en 1997, passant à la vitesse supérieure en 2000, suite à la mort de l’ancien président syrien Hafez El-Assad. S’efforçant de sortir de l’isolement où l’avait enfermé l’occupation du Koweït, en 1990, l’Irak lance alors ce que l’ancien vice-président, Taha Yassin Ramadhan, appelait «la diplomatie du donnant-donnant» (diplomasiyyat al-safaqat) (1). Dans le cadre de cette diplomatie tout irakienne, des accords commerciaux sont conclus avec la plupart des pays arabes, motivés presque exclusivement par des considérations politiques, donnant lieu à des concessions commerciales qui bénéficient à une seule des deux parties (et non à la partie irakienne). L’un de ces accords commerciaux préférentiels a été signé avec la Syrie. Il est à noter que la plupart de ces accords seront soit renégociés sur la base de principes de réciprocité, soit rejetés par le nouveau gouvernement irakien.
Dans le cadre de cet arrangement commercial, souvent appelé «protocole commercial», entre l’Irak et la Syrie, la Syrie a bénéficié d’un statut préférentiel pour l’exportation de biens de consommation, tels que meubles, savon, objets électriques, équipement de purification d’eau, produits pharmaceutiques, tuiles, etc. (2). Le volume des échanges commerciaux a peut-être dépassé les 5 milliards, voire davantage encore si l’on tient compte de la contrebande, communément appelée «commerce frontalier», et de l’approvisionnement illégal de la Syrie en pétrole irakien.
Approvisionnement illicite de pétrole
Dans le cadre d’un accord officieux, l’Irak a fourni à la Syrie, à prix préférentiel, près de 200.000 barils de pétrole par jour, par le pipeline Kirkouk-Banias. Ce canal est actuellement fermé et le restera vraisemblablement dans les années à venir. A sa réouverture, la Syrie devra se plier au cours en vigueur sur la scène internationale, avec peut-être les frais de transit en moins. En attendant, la Syrie va se trouver contrainte d’utiliser son pétrole pour sa consommation intérieure plutôt que pour l’exportation. L’approvisionnement de la Syrie en pétrole irakien étant illégal, sous le régime de sanctions des Nations-Unies, on ne dispose d'aucun chiffre permettant d'évaluer ce que le pétrole irakien a coûté à la Syrie. Mais il est certain que l’argent transféré a été utilisé de façon illicite par le régime de Saddam Hussein.
Les exportations de la Syrie vers l’Irak ont également été freinées du fait de la fermeture des routes. Des usines syriennes qui destinaient leur production au marché irakien se trouveront peut-être dans l’obligation de mettre la clé sous la porte, ce qui aggraverait encore la situation de l’emploi en Syrie. En outre, le règlement des produits se faisait au moment de la livraison, et de nombreux commerçants syriens craignent à présent de ne pouvoir récupérer l’argent de ce qui a été livré avant la guerre (3). Lorsqu’un nouveau gouvernement se trouvera au pouvoir en Irak, il favorisera vraisemblablement la compétitivité au détriment des accords préférentiels, et la Syrie aura alors le plus grand mal à concurrencer des pays comme la Chine et la Corée, sans parler des Etats-Unis et du Royaume-Uni.
Conclusion
On peut conclure de ces considérations que, dans l’Irak post-Saddam, la Syrie pourrait être le plus grand perdant, tant au niveau politique qu'au niveau économique. Alors que son père savait se montrer prudent et calculateur, le président syrien Bashar El-Assad n’a vraisemblablement pas été bien avisé de placer tous ses oeufs dans le panier de Saddam Hussein.
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(1) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 10 avril 2003
(2) Al-Hayat (Londres), le 18 mars 2003.
(3) Voir Al-Hayat, le 21 mars 2003 et Al-Thawra (Syrie), le 9 avril 2003.
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