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Critique de la couverture médiatique arabe du conflit
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MEMRI

THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE


Dépêche Spéciale N° 491

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Le directeur du quotidien Al-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres, critique la couverture médiatique arabe de la guerre

Dans une série de trois articles, le rédacteur en chef du quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, M. Abd El-Rahman Al-Rachid, critique la couverture médiatique arabe de la guerre. Voici certains extraits de ces articles. (1)


Ralentissez, médias de 1967

Dans un premier article intitulé "Ralentissez, médias de 1967", Al-Rachid écrit :

«(…) La guerre en Irak pourrait durer plusieurs années (…) ou être une guerre éclair (…) de 45 jours. Le devoir du personnel militaire est de se battre, mais celui des médias est de ne pas se laisser entraîner dans les tranchées (…) C’est en tous cas celui du journalisme respectable.

Or, en observant les médias arabes, on s’aperçoit que peu de choses ont changé depuis le siècle dernier. Comme si les guerres actuelles n’étaient pas différentes de celles d’il y a quarante ans. Il fut un temps où les médias arabes, avec leurs prévisions erronées, allaient plus vite que les armées arabes. Ils pensaient que la publication de gros titres annonçant la destruction de 100 avions de guerre israéliens - pendant la guerre de 1967 - contribuerait à accroître l’assurance [de la population] et pourrait même s’avérer prémonitoire. Toutefois, ceux qui s’endorment et se réveillent devant la télévision arabe ne pardonneront pas leurs mensonges aux médias arabes, une fois que la fumée se sera dissipée et que la vérité sera révélée.

Je comprends les sentiments de mes collègues, les journalistes arabes, qui traitent l’information avec leurs émotions plutôt que leur raison. Ils rassemblent des bribes d’informations qui concordent avec leurs désirs. Mais, d’un point de vue professionnel, un journaliste qui reste dans le cadre de l’information qu’il détient et conserve son impartialité rend un meilleur service à ses lecteurs et spectateurs, lesquels pourront ainsi voir la réalité telle qu’elle est.

Je sais bien qu’adopter une position impartiale dans le monde arabe revient à se suicider, car nombreux sont ceux qui poussent les médias vers les extrêmes, adoptent une position ‘nationaliste’, soutenant que quiconque pense différemment se rend coupable de trahison envers la cause [nationale], que mentir pour la cause est moral et noble. En ces temps difficiles, les médias arabes deviennent progressivement comme ceux de 1967. A cette époque, les présentateurs radio, les analystes et les journalistes montaient en épingle les actes de bravoure et masquaient les défaites, ce qui est devenu par la suite source de moquerie.

Les médias arabes actuels, portés qu’ils sont à l’exagération et aux fausses promesses de victoire, abreuvent le public de récits qui n’ont rien à voir avec la réalité des faits. Ils imitent les anciens médias, avec la diffusion couleur et l’utilisation de technologies électroniques en plus (…)

Avant [la guerre du Golfe de 1991], les Arabes favorables au régime irakien promettaient une grande guerre, un deuxième Vietnam, que des dizaines de milliers d’envahisseurs repartiraient dans des housses mortuaires, que le Golfe se transformerait en mer de sang. Nous avons reçu un déluge de rapports faisant état du soutien de l’opinion internationale [pour l’Irak], mais tout cela a bientôt pris fin, avec la signature de l’accord Safwan, par lequel l’Irak capitulait entièrement, à la surprise générale.

Les médias, dans leurs rapports, ne devraient pas devancer la propagande des ministères de l’Information (…) Le meilleur service que [les médias arabes] puissent rendre à leur public, c’est de dire la vérité. Ils sauveront ainsi leur réputation, ternie dans le passé au point d’être devenue la sœur jumelle de celle des régimes politiques inférieurs.»



Pire encore que les médias arabes de 1967

Dans un article publié quelques jours plus tard sur le même sujet, Al-Rachid répond aux critiques portant sur son précédent article :

«(…) Les médias arabes actuels sont pires que ceux de 1967, car ils ne sont ni objectifs, ni impartiaux (…) Les médias de 1967 ne connaissaient qu’une diffusion limitée, alors que personne n’est prémuni contre les médias de 2003, qui pénètrent dans tous les foyers (…)

Les médias arabes ont intentionnellement censuré les propositions de l’opposition irakienne, bien que celle-ci représente une partie de la population irakienne (…) Plus grave : ils ont censuré tous les rapports n’allant pas dans leur sens, comme ces rapports sur les tirs d’unités des services secrets irakiens sur des Irakiens qui tentaient de s’enfuir. Au lieu de quoi, les Irakiens ont publié des histoires dignes des aventures de Sindibad, comme celle du fermier qui a descendu un hélicoptère Apache avec son vieux fusil. Certains médias arabes ont mis en évidence des rapports portant sur l’utilisation d’armes chimiques par les forces de la coalition, ce que même le ministre irakien de l’Information n’a pas dit. Des dizaines de récits ont été écartés uniquement parce qu’ils contredisaient les déclarations de Bagdad ou que leurs sources étaient américaines.

La question qui se pose est la suivante : comment connaître la vérité quand le journaliste est partial et opère des censures ?

Je ne demande pas ici que l’on ignore la version irakienne, bien qu’elle soit ridicule quand elle n’est pas carrément mensongère. Je ne demande pas non plus que l’on se contente des nouvelles sorties de la bouche des commandants américains, même si celles-ci s’avèrent exactes. Je demande [simplement] que les Arabes puissent avoir accès aux deux versions, pour que nous ne tombions pas dans le piège des rapports partiaux de 1967 (…)

Aujourd’hui, nous avons affaire à une bataille de l’information, exactement comme en 1967. Chaque directeur de journal s’installe avec une paire de ciseaux et dit au peuple : voilà ce que vous allez voir, et voilà ce que vous n’avez pas le droit d’entendre, car on y présente un Irakien appuyant Washington, ou la défaite des courageuses troupes [irakiennes], ou parce que cela ressemble à une campagne de propagande. Il y a une différence entre les médias qui font le tri et ceux qui s’occupent de diffuser [l’information]. Ces derniers sont les meilleurs.

[Certains m’accusent] de nier les progrès des médias arabes. On n’est pas ici sur un forum d’évaluation des progrès technologiques de la diffusion – la couleur, l’électronique et la vitesse. Malheureusement, il ne s’agit pas là d’enfants du génie arabe. Ces éléments ont été importés, tout comme le papier importé de Suède et les imprimantes importées d’Allemagne. Ce sont des progrès importés, de même que les vêtements, les automobiles et les montres. Les rapports, eux, n’ont rien perdu de leur ancien style, qui s’attache davantage aux principes [nationaux] qu’à la vérité.

Voyez ce que la plupart des chaînes arabes câblées – et pas seulement Al-Jazira – diffusent de Bagdad. La plupart d’entre elles se comportent comme les porte-parole du ministère irakien de l’Information. Nul n’a eu le courage de demander – de simplement demander – lors de l’épisode de l’avion descendu à Bagdad et de la poursuite des pilotes dans les eaux du Tigre, personne n’a demandé au ministère de l’Information – qui a créé un rassemblement pour le conduire sur le lieu du drame – où se trouvait l’avion, lequel n’avait pas pu s’envoler après avoir été descendu, et où se trouvaient les parachutes des deux pilotes. (…) Cette histoire n’était malheureusement qu’une invention. (…)

Notez la différence entre les conférences de presse des deux côtés : en Occident, les journalistes ne se contentent pas d’écouter. Ils sondent, expriment des opinions divergentes et dénoncent les mensonges. Dans nos médias, tout ce qu’Al-Sahhaf [ministre irakien de l’Information] dit est diffusé comme s’il s’agissait d’un prédicateur du vendredi dans une mosquée (…) (2)»



Soit c’est vous qui récoltez les spectateurs, soit c’est quelqu’un d’autre

«Dans un troisième article, Al-Rachid écrit :
«L’influence des médias est telle que [même] les partisans de la démocratie se sont ralliés au dictateur, tandis que les personnes pieuses ont entrepris de se réunir pour prier derrière le dirigeant [laïque] du parti Baath (…)

Beaucoup, dans les médias arabes et à tous les niveaux (…) ont accepté de se soumettre au ministère de l’Information de Saddam, non par conviction, mais afin de [surfer sur] la vague d’émotion qui balaie les rues et d’en tirer profit. J’ai demandé à l’un d’entre eux comment il expliquait que sa chaîne télévisée prenne position. Il m’a répondu qu’il s’agissait là d’un concours, comparable à un concours de beauté : soit c’est vous qui récoltez les spectateurs, soit c’est quelqu’un d’autre.

Nous avons fait de nos médias les porte-parole du ministère irakien de l’Information : ils n’ont rien de plus à offrir à leurs spectateurs qu’un point de vue partial. Tout débat objectif s’apparente pour eux à de la trahison ; tout rapport impartial est prohibé (…)

Il y a des bandes de danseurs qui profitent de l’exacerbation des sentiments de l’opinion. Ces derniers n’ont rien à voir avec l’Irak et la guerre. Ils étaient plus contents de l’invasion américaine que les Américains eux-mêmes. Ils profitent de la crise pour recruter à des fins idéologiques (…) Je demande à l’un d’eux : comment pouvez-vous mener les protestations et enflammer l’opinion publique, sachant que demain il vous faudra coopérer avec les Américains dans la région ? Comment vendrez-vous votre pétrole et vivrez-vous avec les nouveaux diktats politiques ? Comment convaincrez-vous ces esprits que vous avez abreuvés de refus d’accepter la réalité ?

Dans des crises de cette ampleur, il est essentiel de faire preuve d’objectivité et de présenter les deux côtés du problème, cela afin d’empêcher cette folie qui atteint le peuple et les gouvernements.

On ne demande à personne d’approuver la guerre (…) Mais le fait que les médias puissent appuyer un régime en voie
d’effondrement, pour des raisons de compétition médiatique ou par peur de la rhétorique infernale des personnes nourries de haine, est quelque chose d’insensé.»
(3)

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(1) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 27 mars 2003
(2) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 1er avril 2003
(3) Al-Sharq Al-Awsat[i/] (Londres), le 29 mars 2003


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