Vous êtes :
Accueil » International» Monde Arabe
Monde Arabe
Moshe Katsav : Le judaïsme marocain, un apport fondamental
Le quotidien marocain "L'Economiste" publie un entretien exclusif avec le President Moshe Katsav.
2 novembre 2005
Un arbitre suprême
En Israël comme en Italie ou en Autriche, le président a un pouvoir exécutif limité. « Je suis le chef de lEtat et je représente le consensus national, au-dessus de larène politique. La responsabilité du chef de lEtat est une responsabilité morale », souligne Katsav. Cest lui qui, comme un arbitre suprême, décide qui sera Premier ministre et donc qui formera le nouveau gouvernement. Le président, avant cette nomination, entreprend une série de consultations avec tous les chefs de partis. Il apprécie, jauge et donne les directives en cas de conflit parlementaire. Il peut aussi décider, dans une situation de crise, de dissoudre le Parlement, et donc de renvoyer les partis devant les électeurs. « Si le gouvernement est mis en minorité, le président arbitre comme un juge suprême. Il est le garant des institutions et du bon fonctionnement de lexécutif ». Le président nomme aussi les ambassadeurs et les hauts magistrats.
Une invitation historique adressée au Souverain
Moshé Katsav est un homme souriant, ouvert, qui sintéresse particulièrement au dialogue interreligieux. La cordialité de ses rapports avec les dignitaires religieux musulmans en témoigne. Il a réagi aux propos du président iranien en indiquant quIsraël na pas de conflit particulier avec lIran et a rendu hommage au peuple iranien dont lhistoire le place au rang des grandes civilisations. Confirmant les propos de lensemble des leaders, aussi bien israéliens que palestiniens, il espère voir rapidement émerger une période de calme.
- LEconomiste: Vous êtes issu du Parti du Likoud ?
- Moshé Katsav: Oui, mais je ne suis plus membre du Likoud. Dès ma nomination, jai démissionné du parti. Jai effectivement été membre du Likoud et jai occupé diverses fonctions dans divers gouvernements dont celle de vice-Premier ministre. Aujourdhui, mon indépendance est une garantie de neutralité pour tous les partis qui viennent me consulter pour exprimer leurs opinions. Il est intéressant de noter que les différences entre les partis ont tendance à sestomper et je crois quelles nont jamais été aussi réduites, tous horizons confondus.
Dailleurs, le point de vue du président et celui du peuple israélien se confondent sur la question de lavènement dun Etat palestinien dont le principe est acquis. Nous navons jamais été aussi proches et les différences peuvent être aplanies.
- Vous recevez, à loccasion de lAïd el Fitr [1], les dignitaires arabes israéliens ?
- Jai été linvité, en la même occasion, du regretté roi Hussein de Jordanie, Dieu bénisse sa mémoire. Lorsque jai été nommé président, jai souhaité, à mon tour, partager avec les leaders qui représentent les citoyens arabes de notre pays ce moment empreint dune spiritualité exceptionnelle. Le ministre palestinien Nasser Youssef est aussi parmi nous et malgré quelques soucis sur le terrain, sa présence dans la résidence du chef de lEtat est un signe amical et un symbole fort. Nous accueillons avec plaisir les ambassadeurs dEgypte, de Mauritanie et Jordanie et jespère que lannée prochaine nous aurons parmi nous lambassadeur du Maroc en Israël. Dailleurs, jai eu le plaisir de visiter le Maroc pendant le mois du Ramadan et de constater la ferveur religieuse de tout le peuple marocain, qui me touche personnellement, en tant que juif, comme lexpression dune spiritualité forte.
Cest dans cet enrichissement mutuel entre le judaïsme et lislam que se trouvent les véritables ferments du progrès et de la modernité.
- Parallèlement vous accueillez une conférence sur le judaïsme marocain?
- Oui, cest un volet de la réflexion globale de lapport des diverses communautés à la construction de lidentité juive moderne, dans le contexte dun travail universitaire qui essaye de faire la synthèse des diversités dans leur contribution spécifique et dans leur capacité à se fondre dans le même creuset. La conférence organisée par la présidence sur le judaïsme marocain est un événement majeur qui sinscrit dans un cycle auquel ont déjà participé les communautés issues du judaïsme français, irakien, russe, américain, australien, sud-africain et iranien, dont je suis moi-même issu. La contribution du judaïsme marocain est fondamentale dans la construction du monde juif contemporain en Israël et dans le monde entier. En tant que président de lEtat, permettez-moi de rendre hommage à cette communauté dont lapport philosophique, talmudique et historique est fondamental. La conséquence logique de lensemble de ces analyses nous conduit à les intégrer dans une réflexion sur leur place dans le monde moderne, celui de la globalisation de lassimilation ou de la permanence de cette spécificité dans divers pays daccueil comme le Canada, la France ou les Etats-Unis. Le passé est important pour autant quil nous éclaire sur lavenir et le futur de la communauté des Juifs-Marocains. Cette communauté reste très importante, peut-être pas en nombre au Maroc, mais dans sa symbolique de paix et de communion spirituelle avec le peuple marocain et avec lislam.
- Pouvez-vous dire en retour que la ville de Jérusalem, sacrée pour les trois religions, est un lieu de communion spirituelle?
- Je peux le dire sans la moindre ambiguïté: les Lieux Saints de lislam, de la chrétienté et du judaïsme sont ouverts à tous les peuples, et je voudrais ici adresser, en ce jour sacré de Aïd el Fitr, une invitation officielle du président de lEtat dIsraël à Sa Majesté le Roi Mohammed VI à venir prier à la Mosquée Al Aqsa.
Sa venue avec le président de lAutorité palestinienne sur lEsplanade des Mosquées, dans un esprit de réconciliation, pourrait faire faire un bond à lHistoire de cette région en direction de la paix. Il serait naturel que le fils du Roi Hassan II, que Dieu bénisse sa mémoire, soit aussi lhéritier du combat que son regretté père a mené pour la paix. Nous ne loublierons jamais.
Propos recueillis par Claude Senouf
© LEconomiste
[Texte aimablement communiqué par Yigal Palmor, Israël.]
Note de la Rédaction dupjf.org
[1] "En arabe, Aid signifie Fête et Fitr la rupture. L'Aid el Fitr est donc la fête de la rupture du jeûne (siam) du mois de Ramadan par les musulmans. C'est une fête importante et heureuse qui se célèbre en famille ou en communauté." (Portail-Religion.com) http://www.portail-religion.com/FR/encyclopedie/a/Aid_el_Fitr/index.php
Mis en ligne le 02 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











