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On va tout droit à un Etat palestinien raté, Efraïm Inbar
Une grande partie de la communauté internationale s'attend à ce que le retrait de Gaza facilite le retour des Israéliens et des Palestiniens à la table des négociations, dans le cadre de la Feuille de Route.
3 juillet 2005
The Jerusalem Post
Original anglais : "Heading for a failed state"
Disponible en ligne sur le site du Jerusalem Post :
www.jpost.com/servlet/Satellite?pagename=JPost/JPArticle/ShowFull&cid=1120357179299
Efraïm Inbar

Une grande partie de la communauté internationale s'attend à ce que le retrait de Gaza facilite le retour des Israéliens et des Palestiniens à la table des négociations, dans le cadre de la Feuille de Route. Qui plus est, Mahmoud Abbas est considéré comme le dirigeant politique capable de mettre fin à la violence palestinienne, de réformer la société palestinienne et de faire les compromis nécessaires en vue de parvenir à un accord avec Israël.
C'est une chose incroyable que de voir des dirigeants politiques étrangers, des diplomates et les médias incapables de reconnaître la cruelle réalité de l'Autorité palestinienne aujourd'hui. Ils ne semblent pas préparés à encaisser la mauvaise nouvelle, à savoir, que Abbas a échoué dans l'accomplissement de sa louable mission. De plus, en réalité, le retrait israélien de Gaza accentuera les tendance antagonistes au sein de la société palestinienne, la rendant plus pauvre, plus portée à la violence et moins encline à parvenir à un compromis avec Israël.
Malheureusement, Abbas ne parvient pas à dépasser l'héritage politique d'Arafat. Sous la férule de ce dernier, l'Autorité Palestinienne [AP] était un système byzantin et corrompu, qu'il gouvernait en appliquant la stratégie du diviser pour régner, en permettant la concurrence entre dirigeants et les services, et même entre les milices, ce qui lui conférait le rôle d'arbitre ultime et de distributeur d'emplois et de rémunérations. En fin de compte, ce système décentralisé dégénéra en chaos et en absence de loi et d'ordre (fawdah).
Abbas, dont l'aura politique était infiniment moindre que celle d'Arafat aux yeux des Palestiniens, fut élu, en janvier 2005, à la tête de l'Autorité palestinienne, après avoir promis de réformer les services de sécurité et de faire régner la loi et l'ordre. Il préféra incorporer les hommes en armes dans les services officiels de sécurité plutôt que d'affronter les bandes armées. Jusqu'ici, le succès de cette initiative a été mitigé. Il a échoué misérablement dans son effort en vue de centraliser les services de sécurité et de nommer de nouveaux responsables loyaux. En réalité, la fawdah se poursuit sans aucune amélioration de la situation, comme le démontrent clairement les récentes attaques armées contre des fonctionnaires de l'AP, ainsi que contre des civils et d'autres bandes.
Qui plus est, tout ce à quoi Abbas est parvenu, c'est à négocier, en mars, une fragile trêve (tahadiyeh) des attaques contre Israël. Alors que le degré de terrorisme palestinien diminuait drastiquement - principalement en raison des mesures anti-terreur prises par Israël, et du fait que les Palestiniens sont épuisés par le conflit -, les milices palestiniennes, même celles qui étaient partie prenante de la tahadiyeh, ont intensifié leurs tentatives d'attaques contre des cibles israéliennes, durant ces derniers mois, défiant ainsi le pouvoir d'Abbas.
La crise économique de l'AP, qui se prolonge, affaiblit, de surcroît, le régime d'Abbas. L'absence de loi et d'ordre n'est pas propice à l'instauration d'un climat favorable à une activité et une croissance économiques régulières. Le chaos au sein de l'AP entrave également les efforts de la communauté internationale pour fournir de l'aide aux Palestiniens.
L'AP est encore plus affaiblie par la montée en puissance du Hamas sur la scène politique palestinienne. Le Hamas a réussi à combler le vide laissé par une AP inepte, en développant un service d'aide à la population et en promouvant l'image de dirigeants intègres du Hamas, qui se dévouent à pourvoir aux besoins du peuple. Les échecs de Abbas, en politique intérieure, constituent un terreau fertile et propice à la contestation croissante des Islamistes.
Le Hamas s'est extrêmement bien comporté lors des récentes élections municipales, et les sondeurs palestiniens notent qu'il bénéficie d'au moins un tiers du soutien populaire.
Le rôle grandissant que joue le Hamas dans la politique palestinienne laisse présager des difficultés croissantes en matière de désarmement de son bras armé, ce qui aura pour conséquence de mettre hors de portée d'Abbas le monopole de l'usage de la force, auquel il aspire. L'influence croissante du Hamas durcira également les positions palestiniennes dans le conflit avec Israël, rendant plus difficile l'obtention d'un accord. Il n'y a guère de raison de croire que l'habilitation des islamistes radicaux conduit à la modération. En fin de compte, le retrait israélien imminent de Gaza, en août, sont un formidable test pour Abbas et le système politique palestinien. L'aptitude de l'AP à empêcher le pillage des biens que les Israéliens laisseront derrière eux, et à garantir une prise de contrôle en douceur du territoire évacué par Israël, est tout sauf assurée. Les efforts pour coordonner le retrait avec les Palestiniens ne sont pas encourageants et ont même provoqué une visite de Condoleeza Rice, dans le but de stimuler les Palestiniens à faire plus d'efforts en la matière.
Ce qui est possible, c'est que nous assistions à de violents échanges pour prendre le contrôle du terrain nouvellement disponible. Le Hamas est plus puissant à Gaza qu'en Cisjordanie, et il voudra sans doute tirer avantage de son pouvoir pour améliorer encore sa position vis-à-vis de l'AP. Toutes les factions palestiniennes comprennent que les "faits" accomplis durant la "libération de Gaza" affecteront les futurs modes de la politique intra-palestinienne. Même si Abbas parvient à un accord avec les milices sur le partage du butin, le problème structurel fondamental que constitue l'absence de monopole de l'usage de la force restera sans solution. L'échec de la prise de contrôle de Gaza par l'AP empêchera toute réforme des services de sécurité et renforcera encore plus le pouvoir du Hamas à Gaza.
Les cinq premiers mois du gouvernement de Abbas ont été une déception et ont montré qu'une amélioration à plus ou moins brève échéance est peu probable. C'est pourquoi le retrait de Gaza accentuera probablement les tendances actuelles de la société palestinienne, faisant de l'AP un candidat au titre d'"Etat raté".
Efraïm Inbar
© The Jerusalem Post pour l'original anglais, et M. Macina et upjf.org pour la version française
[Texte aimablement signal par N. Lipszyc.]
Mis en ligne le 5 juillet 2005, par M. Macina, sur le site http://www.upjf.org.
The Jerusalem Post
Original anglais : "Heading for a failed state"
Disponible en ligne sur le site du Jerusalem Post :
www.jpost.com/servlet/Satellite?pagename=JPost/JPArticle/ShowFull&cid=1120357179299
Efraïm Inbar

C'est une chose incroyable que de voir des dirigeants politiques étrangers, des diplomates et les médias incapables de reconnaître la cruelle réalité de l'Autorité palestinienne aujourd'hui. Ils ne semblent pas préparés à encaisser la mauvaise nouvelle, à savoir, que Abbas a échoué dans l'accomplissement de sa louable mission. De plus, en réalité, le retrait israélien de Gaza accentuera les tendance antagonistes au sein de la société palestinienne, la rendant plus pauvre, plus portée à la violence et moins encline à parvenir à un compromis avec Israël.
Malheureusement, Abbas ne parvient pas à dépasser l'héritage politique d'Arafat. Sous la férule de ce dernier, l'Autorité Palestinienne [AP] était un système byzantin et corrompu, qu'il gouvernait en appliquant la stratégie du diviser pour régner, en permettant la concurrence entre dirigeants et les services, et même entre les milices, ce qui lui conférait le rôle d'arbitre ultime et de distributeur d'emplois et de rémunérations. En fin de compte, ce système décentralisé dégénéra en chaos et en absence de loi et d'ordre (fawdah).
Abbas, dont l'aura politique était infiniment moindre que celle d'Arafat aux yeux des Palestiniens, fut élu, en janvier 2005, à la tête de l'Autorité palestinienne, après avoir promis de réformer les services de sécurité et de faire régner la loi et l'ordre. Il préféra incorporer les hommes en armes dans les services officiels de sécurité plutôt que d'affronter les bandes armées. Jusqu'ici, le succès de cette initiative a été mitigé. Il a échoué misérablement dans son effort en vue de centraliser les services de sécurité et de nommer de nouveaux responsables loyaux. En réalité, la fawdah se poursuit sans aucune amélioration de la situation, comme le démontrent clairement les récentes attaques armées contre des fonctionnaires de l'AP, ainsi que contre des civils et d'autres bandes.Qui plus est, tout ce à quoi Abbas est parvenu, c'est à négocier, en mars, une fragile trêve (tahadiyeh) des attaques contre Israël. Alors que le degré de terrorisme palestinien diminuait drastiquement - principalement en raison des mesures anti-terreur prises par Israël, et du fait que les Palestiniens sont épuisés par le conflit -, les milices palestiniennes, même celles qui étaient partie prenante de la tahadiyeh, ont intensifié leurs tentatives d'attaques contre des cibles israéliennes, durant ces derniers mois, défiant ainsi le pouvoir d'Abbas.
La crise économique de l'AP, qui se prolonge, affaiblit, de surcroît, le régime d'Abbas. L'absence de loi et d'ordre n'est pas propice à l'instauration d'un climat favorable à une activité et une croissance économiques régulières. Le chaos au sein de l'AP entrave également les efforts de la communauté internationale pour fournir de l'aide aux Palestiniens.
L'AP est encore plus affaiblie par la montée en puissance du Hamas sur la scène politique palestinienne. Le Hamas a réussi à combler le vide laissé par une AP inepte, en développant un service d'aide à la population et en promouvant l'image de dirigeants intègres du Hamas, qui se dévouent à pourvoir aux besoins du peuple. Les échecs de Abbas, en politique intérieure, constituent un terreau fertile et propice à la contestation croissante des Islamistes.
Le Hamas s'est extrêmement bien comporté lors des récentes élections municipales, et les sondeurs palestiniens notent qu'il bénéficie d'au moins un tiers du soutien populaire.
Le rôle grandissant que joue le Hamas dans la politique palestinienne laisse présager des difficultés croissantes en matière de désarmement de son bras armé, ce qui aura pour conséquence de mettre hors de portée d'Abbas le monopole de l'usage de la force, auquel il aspire. L'influence croissante du Hamas durcira également les positions palestiniennes dans le conflit avec Israël, rendant plus difficile l'obtention d'un accord. Il n'y a guère de raison de croire que l'habilitation des islamistes radicaux conduit à la modération. En fin de compte, le retrait israélien imminent de Gaza, en août, sont un formidable test pour Abbas et le système politique palestinien. L'aptitude de l'AP à empêcher le pillage des biens que les Israéliens laisseront derrière eux, et à garantir une prise de contrôle en douceur du territoire évacué par Israël, est tout sauf assurée. Les efforts pour coordonner le retrait avec les Palestiniens ne sont pas encourageants et ont même provoqué une visite de Condoleeza Rice, dans le but de stimuler les Palestiniens à faire plus d'efforts en la matière.
Ce qui est possible, c'est que nous assistions à de violents échanges pour prendre le contrôle du terrain nouvellement disponible. Le Hamas est plus puissant à Gaza qu'en Cisjordanie, et il voudra sans doute tirer avantage de son pouvoir pour améliorer encore sa position vis-à-vis de l'AP. Toutes les factions palestiniennes comprennent que les "faits" accomplis durant la "libération de Gaza" affecteront les futurs modes de la politique intra-palestinienne. Même si Abbas parvient à un accord avec les milices sur le partage du butin, le problème structurel fondamental que constitue l'absence de monopole de l'usage de la force restera sans solution. L'échec de la prise de contrôle de Gaza par l'AP empêchera toute réforme des services de sécurité et renforcera encore plus le pouvoir du Hamas à Gaza.
Les cinq premiers mois du gouvernement de Abbas ont été une déception et ont montré qu'une amélioration à plus ou moins brève échéance est peu probable. C'est pourquoi le retrait de Gaza accentuera probablement les tendances actuelles de la société palestinienne, faisant de l'AP un candidat au titre d'"Etat raté".
Efraïm Inbar
© The Jerusalem Post pour l'original anglais, et M. Macina et upjf.org pour la version française
[Texte aimablement signal par N. Lipszyc.]
Mis en ligne le 5 juillet 2005, par M. Macina, sur le site http://www.upjf.org.











