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Libres Opinions
A Messieurs les donneurs de leçons, William Doukhan
16/01/03Certains d’entre nous qui se croient nés pour sauver le monde de la bêtise, n’iront jamais jusqu’à imaginer que cette dernière n’épargne personne. Sortis de la cuisse de Jupiter, ils se gargarisent de ce que le vocabulaire a de plus subtil pour poser en maîtres à penser. Le totalitarisme des mots est une autre forme de violence, qui, souvent, ne trahit qu’un lamentable complexe de supériorité. Les yeux rivés sur leur superbe, ces ténors ne s’inclineront jamais assez pour regarder l’inquiétante enflure de leurs prose. Ils sont malades de la grosse tête.
Les autres, les 'neuneus', les complexés, les troufions de l’écriture, les laborieux, tous les exclus des grandes écoles doivent fermer leur clapet et éteindre leur PC, pour ne pas dévoiler la pauvreté de leur culture et le vide de leurs idées.
Allons donc, messieurs les moustachus ! Les manuels, les sous-fifres que vous encadrez, ne sont pas forcément les attardés que vous croyez. Parfois même, ils rigolent de votre étonnante inaptitude à faire autre chose que pavoiser. Vous seriez vous-mêmes surpris de ce que la 'neuneutude' a apporté de génial à ce siècle malade de la foultitude des donneurs de leçons.
Prenez les écrivains. Il est de plus en plus fréquent qu’ils entrent en matière, en prenant le lecteur à témoin, pour se moquer gentiment des récidivistes sans talent qui s’adonnent à l’écriture avec obstination. Complice, le premier message : ce n’est pas en coupant les oreilles d’un âne qu’on en fait un cheval !
Pourtant, comme il était ridicule, cet essayiste de la réalité du déclin américain, que monsieur Charasse a rudement admonesté, l’autre soir, à la télé. "Comment osez-vous écrire autant d’insanités sur un pays que vos pieds n’ont jamais foulé !"
Il y a eu aussi le très sérieux Ché, le gueux qui va ras le sol, après avoir disserté sur l’imposture du 11 septembre. Celui-là n’ose plus interrompre sa tournée des co-dictateurs d’Orient, dignes lieutenants de Ben Laden, contraints de poser pour la photo, avec interdiction de ricaner !
Combien de fois ai-je communié avec des auteurs qui n’avaient d’admirable que la couleur du nègre qui écrivait dans l’ombre ? Éteignez, s’il vous plaît, à cette allure, il y aura bientôt plus d’intellectuels que de gens intelligents.
Prenez les journalistes français. Depuis la première Intifada, ils ne font qu’appliquer la 'newsletter' du Quai d’Orsay. Le «la» ayant été donné, ils hurlent avec les loups sans discontinuer. Il est vrai qu’il leur est plus facile de jeter l’anathème sur Sharon, Israël et son peuple, plutôt que de plancher sur la saga israélo-palestinienne ? Gageons qu’à force de dire des âneries, ils finiront bien par susciter des vocations parmi les plus hésitants. Suivez mon regard !
La profession s’est tellement dévergondée que, de nos jours, on peut voir fleurir toutes sortes de bouquets sur la tombe de la vérité. La déontologie n’excite personne, l’islamisme l’a remplacée. Convertis au 'journalistiquement abject', les nouveaux prophètes de l’information se sont faits les champions du manichéisme le plus sombre. L’empathie envers le 'faible' l’emporterait-elle donc sur toutes les considérations historiques, politiques, intellectuelles et professionnelles ? Est-ce la leçon à retenir du concert journalistique qui nous assourdit depuis deux ans ? Dans quelles écoles forme-t-on ces techniciens de la désinformation ? Si le 'faible' combat la démocratie, faut-il le rejoindre dans le camp du totalitarisme ? Si les Israéliens étaient chrétiens, auraient-ils été abandonnés par la France, avec la bénédiction des Français ?
Prenez les gouvernements français. Depuis l’embargo du général de Gaulle, Le juif «dominateur et sûr de lui» est témoin d’une incessante cabale anti-israélienne. Le poids électoral des mouvances anti-juives a enfin provoqué la véritable cassure. Le juif, en France, est aujourd’hui le seul citoyen sinistré. Il sait qu’un jour, le choix entre la valise et le cercueil se fera pressant. Liberté, égalité et fraternité ne sont plus que des slogans désuets. La république perd du terrain, la France ne s’appartient plus, elle a changé de propriétaire, le temps de se purger de sa plus encombrante communauté. Les donneurs de leçons se sont succédés à la tête du pays, au rythme des scandales qui les éclaboussaient. Dénoncer les ennemis du monde arabe tout en louchant sur leur pétrole, à la manière de l’oncle Sam, le faire en se réclamant de la morale, c’est mettre en évidence la fragilité des démocraties mercantiles.
Elle est longue la liste des donneurs de leçons qui feraient bien de balayer devant leurs portes. Faut-il être si malin pour comprendre le monde d’aujourd’hui ? Descendez de vos nuages, messieurs qu’on nomme grands, et observez les 'neuneus', écoutez-les, faites-vous humbles, et vous comprendrez que l’intelligence humaine est une mine dont ils sont le véritable filon. Votre vaste culture vous éloigne de la réalité. Dans les miroirs de votre splendeur, le commun des mortels ne participe plus de la vision que vous avez de vous-mêmes.
Cessez de le mépriser car, à tous les étages, la seule leçon qui vaille la peine d’être apprise, je vais me faire un plaisir de vous la donner. Elle se résume à enseigner que, quels que soient les hasards de sa naissance,
- l’homme, chrétien, juif, arabe, blanc, noir, est une créature digne de croiser votre regard ;
- qu’il y a en lui un trésor qu’il ne demande qu’à partager ;
- que tout est simple quand on met de la bonne volonté ;
- que l’amitié est le ciment de la fraternité ;
- qu’enfin, pour repartir d’un bon pied, il faut, de temps en temps, se recycler sur les bancs de l’humanité.
S’il faut de tout pour faire le monde, rien n’est plus superflu qu’un ego démesuré !
William Doukhan
© reinfo-israel.com et W. Doukhan











