12/12/07
Paris, ville des Lumières, Paris, capitale de la paix. Paris, où les parents saffairent à polir léducation de leurs enfants
16h 40 ! Sortie d'école. Pour moi c'est du boulot : trois enfants à ramener et, en plus, aujourdhui, c'est mardi ! C'est le jour du cours d'anglais de ma fille de trois ans et de mon fils de cinq ans... Mais la culture n'a pas de prix, alors, armée de trottinette et de poussette, je me rends au Centre danimations culturelles de la Poterne des Peupliers, à Paris.
Une grande salle commune
we shall wait here le commencement du cours. Damned ! Ça commence mal. Je me suis trompée dendroit. Mais cest même lhorreur ! Que font toutes ces photos denfants qui pleurent, effrayés, de soldats, de pères humiliés, en culotte ! Mais où on est là ?
Ah ! oui, jy suis, on est dans les Territoires palestiniens. Toute cette souffrance, cette humiliation, et tout ça à cause de ces méchants soldats israéliens !
Eh ben, voilà, ça y est, « ils » ont réussi à me le faire dire sans que je men rende compte. « Ils », mais qui « ils » ? Y a-t-il des Palestiniens dans la salle ? Non. Des militants palestiniens ? Non. Des militants pro-Palestiniens ? Encore non. Mais, bon sang, alors, quest-ce qui se passe ?
Et puis, après tout, pourquoi pas ces images ? Tous ces gens ne souffrent-ils pas au point davoir le droit de se rendre visibles jusque dans les lieux déducation des tout-petits ? Les responsables de lexposition « Palestine, illusion ou réalité » (Manal Al Tamini et Hazem Bader) nont-ils pas le droit de proposer à la Mairie de Paris de parrainer cette exposition, puisque leur but est humanitaire : les fonds récoltés permettront d'acheter un vidéo-projecteur aux enfants de Naplouse, qui n'en ont pas ? De plus, comme le dit le petit texte qui accompagne lexposition, les deux responsables « défendent avec conviction lidée dune Palestine recomposée, où chaque communauté pourrait cohabiter en paix ». Ils saffichent donc comme des militants de la paix et du changement.Tous ces motifs ne valent-ils pas quelques concessions visuelles, quelques compromis émotionnels ? En un mot : la fin ne justifie-t-elle pas les moyens ?
Non.
Je suis là, saisie deffroi, terrorisée, lorsque, devant la photo du petit garçon qui pleure à côté de son papa mort, mon fils de 5 ans me dit : « Maman, quest-ce quil a, le petit garçon ? » Et moi de lui répondre : « Ben tu vois mon chéri, il a perdu son papa, alors il est triste
» Et mon fils : « pourquoi il a perdu son papa ? Il est mort ? » Moi : « Ben oui mon chéri, son papa, il est mort ». Lui : « Pourquoi il est mort ? » Moi : « Tu sais, mon chéri, parfois les choses sont compliquées, dans certains endroits du monde
»
Dans ma tête circule toujours le petit texte, et puis, des mots comme paix, réconciliation, changement, idéal, non-violence, etc. Daccord, mais quand même, ces images, cette nudité, cette douleur, tout ça, ça ne minspire pas, moi.
En plus, me voilà dans un centre danimation du treizième arrondissement de la ville de Paris, en train de tenter dexpliquer Israël et la Palestine à mon fils de cinq ans et à ma fille de trois ans, et de me débattre pour être à la hauteur dans la qualité de mes réponses, ce qui est fondamental, pour moi, dans léducation que je donne à mes enfants. Et me voilà acculée, cherchant désespérément à protéger encore un peu lenfance de ceux que jaime et que je veux aider à être et rester ouverts, intelligents, vifs, sensibles, optimistes, etc. Un lourd programme, trop lourd pour le moment présent, alors que, nous, personnellement, nous sommes juste venus pour le cours danglais.
Alors, OK, pour en finir, je vais dire que jai compris leur démarche, à ces « militants non-violents ». Je vais essayer de me persuader quils sy sont mal pris et quils ne voulaient pas magresser, avec leurs photos, mais juste faire un pas vers le « changement ». Mais je me contenterai juste de leur rappeler que la vie nest quune affaire de négociation, et quavec de telles photos, où la souffrance est à sens unique, il ny a pas despace pour la négocier.
Reste à répondre à la question de la légitimité dune telle exposition dans un centre danimation culturelle pour enfants. La mairie na-t-elle pas le devoir dencourager ce genre de manifestations ?
Non.
Je nai rien à faire de ce que pensent ce Centre, ou la Mairie, du conflit israélo-palestinien. Nous ne sommes pas sous Vichy, le Troisième Reich, ou en ex-Union Soviétique. Les lieux déducation ne sont pas des instruments pour assener je ne sais quelle propagande. Mes enfants, je veux les aider à penser, à réfléchir, à se révéler dans lenfance. Je veux quils marchent dans le monde, animés par leur optimisme et leur faculté de croire que tout est possible, que tout est ouvert. Je veux quils soient vivants. Je ne veux pas en faire des militants formatés.
Alors, le «théâtre prolétarien » pour les tout-petits, basta ! Cest un viol de leur conscience que de faire tomber leurs défenses naturelles devant lhorreur, en les surprenant, comme à la télé, sans quils sy attendent.
« De toute façon la vie est ce qu'elle est : dure et impitoyable, et il est bon que nos enfants soient conscients des réalités le plus tôt possible, car, tôt ou tard, ils devront s'y résigner. » Voilà ce que jentends dire, et je ne le supporte plus.
En vérité, tout cela nest que du blabla ! Du blabla pour ne pas répondre à cette question fondamentale : Y a-t-il encore des enfants, une enfance, avec un tel programme ? Et tout cela au nom de cette bouillie infâme de la culture du dire ses idées fixes, nimporte où, nimporte quand, et nimporte comment, quon justifie sans cesse au nom de « la liberté dexpression » (comme dans le cas de cette exposition).
Alors, je dis : stop !
Je renvoie ces nouveaux maîtres à leurs responsabilités. Eux, les "détourneurs" du sentiment dindignation et de la juste colère. Je les dénonce comme des abolisseurs du jugement critique, comme des militants de la pensée unique et végétative.
Et je ne les félicite pas pour leur maîtrise de lart de sortir de son contexte un contenu, de le retranscrire à sens unique, et de le transposer dans un autre contexte où il agira puissamment, de manière subliminale ! C'est, à mon sens, la pire des manipulations mentales, surtout lorsqu'elle opère dès le plus jeune âge.
Alors, de grâce, Girard et Delanoé (car cest surtout deux quil sagit, ici), ouvrez-les yeux. Avez-vous seulement idée de ce que tout cela fabrique chez un être humain ? Avez-vous seulement idée de lêtre humain que vous êtes en train de laisser fabriquer ? Mesurez-vous les conséquences de ce que ce genre dimages dépose chez les jeunes, sans les aider à élaborer quoi que ce soit ? Voulez-vous en faire des victimes ? Des hargneux ? Who knows ?
Paris, capitale de la paix ?
Jenny Bacry, psychologue
Mis en ligne le 12 décembre 2007, par M.











