Voir : "Le dominicain Marcel Dubois, Israélien et ami dIsraël, a-t-il changé de cap ou de camp ?"
Texte mis en ligne sur le site de Arouts7 en français, le mercredi 25 octobre 2006
Le Père Marcel Dubois a-t-il tourné sa soutane ? Citoyen israélien, Professeur de Philosophie à lUniversité hébraïque de Jérusalem, détenteur de lune des plus grandes distinctions dIsraël, le Grand Prix Prix dIsraël [1], ce Dominicain [2], qui vit à Jérusalem depuis 1962, semble avoir été atteint, lui aussi, de la maladie du misérabilisme pro-palestinien.
Pendant des décennies, le père Dubois a pourtant été lun des pionnier des relations judéo-chrétiennes si chaotiques, et rendues encore plus complexes par la difficulté kafkaïenne du Vatican à se positionner théologiquement et politiquement par rapport à lexistence de lEtat dIsraël. En faisant « son alyah », en créant et animant la Maison St-Esaïe, il affirmait vouloir « donner un accompagnement chrétien à la naissance dIsraël », tant il se disait fasciné par la vocation dIsraël et le retour du peuple juif sur la « terre de la Bible ».
Or, un virage à 180 degrés semble ressortir dun recueil dentretiens quil a publié cette année sous le titre évocateur de « Nostalgie dIsraël », dans lequel il livre son parcours spirituel et personnel durant ces décennies, mais surtout son passage dun « optimisme candide » à une déception clairement exprimée quant au sionisme tel quil sest, selon lui « dévoyé ». Il confesse (!) ressentir une « nostalgie dIsraël » en ce sens que la vie étatique dIsraël telle quelle sest développée le rendrait nostalgique de la « vocation spirituelle et morale dIsraël » ! Il justifie ainsi ses constantes interventions depuis quelques années en faveur des Palestiniens, qui représentent assurément à ses yeux les « souffrants » et les « victimes christiques » de ce conflit.
Joignant le geste à la parole (dévangile ?) le Père Dubois sest installé dans le quartier dAbu-Tor, quil qualifie de « quartier palestinien », car, pour lui, être réellement israélien aujourdhui cest habiter dans un tel quartier !!
On aurait pu penser que le fait de vivre de lintérieur la réalité juive israélienne depuis si longtemps allait pousser le Père Dubois à être plus lucide, et à avoir ne serait-ce quun peu de « compassion chrétienne» pour le sionisme et pour les Israéliens, soumis depuis des décennies à une situation sécuritaire difficile voire intenable. Or, il semble quil nen nest rien. Chassez le naturel, il revient au galop et sur un très vieux canasson ! Dans ses assertions, il revient au message évangélique originel du caractère exclusivement universel du message biblique. Il prend certes la défense du sionisme, je dirais « dun » sionisme, un sionisme universel, comme étant une promesse faite à toute lhumanité, mais pas comme celle dune possession concrète dun peuple en particulier. En senracinant dans une terre, et en inscrivant la vocation juive dans une réalité nationale, le sionisme a, selon lui, « perdu son aspect lumineux et plein de promesses ».
Mais son « désenchantement » le pousse à exprimer des considérations bien plus acérées encore, qui dépassent laspect théologique pour une critique morale sans nuance :
« Comme chrétien, je me suis réjoui à la pensée que le peuple de la Bible retrouve la terre de la Bible, mais la tragédie actuelle réside en linfidélité de ceux qui conduisent le destin dIsraël vers un destin terrestre de réussite, de violence et de conquête! » Son principal souci est maintenant : « comment continuer lhistoire damour de toute une vie avec Israël tout en rejetant la dérive violente du Sionisme ». La messe est dite !
Détail piquant, son livre et son message ont eu droit à une rubrique élogieuse dans L'Humanité, journal bien connu pour ses convictions chrétiennes !
De telles pensées et de tels propos sont choquants, surtout venant dune personnalité issue dune tradition dont la violence envers ceux-là mêmes quil dénonce a été, quant à elle, bien réelle et excessivement meurtrière.
Ny a-t-il donc rien de changé sous le ciel théologique chrétien ? Cette critique du sionisme et lidée selon laquelle la vocation du judaïsme serait exclusivement spirituelle font évoluer le Père Dubois vers une pente glissante. En remettant en question la légitimité même du sionisme réalisateur, il se fait lapôtre des adversaires les plus acharnés du sionisme et de lEtat dIsraël, selon lesquels, « le judaïsme étant une religion, il na pas besoin de sexprimer à travers un Etat ».
Dans toute cette effervescence à y perdre son latin, le Père Dubois exprime tout de même une idée sur laquelle nous pouvons le rejoindre, même si nous y donnons une réponse totalement différente : « Le testament sioniste comporte, en effet, ce risque pour les juifs de sinstaller, de devenir comme les autres. »
Ce livre est-il le testament de ce « chrétien ami dIsraël » ? Y a t-il un ancien Dubois et un nouveau Dubois ?
Espérons que non et... touchons du bois
Shraga Blum
Arouts7 en français
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Remarque de la Rédaction d'upjf.org
[1] Il n'y a pas de "Grand prix d'Israël", comme il existe des "grands prix, hippiques ou automobiles. Cette distinction s'appelle tout simplement "Prix d'Israël".
[2] Un Dominicain, avec majuscule, est un citoyen de la république dominicaine, ce que n'est pas Marcel Dubois, qui appartient à l'Ordre dominicain.
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